Reportage France

RFI

Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

  1. 7 Ώ. ΠΡΙΝ

    En France, un «catakit» pour faire face aux catastrophes

    Inondations, feu de forêt ou encore tempêtes, la France est de plus en plus exposée aux catastrophes naturelles et industrielles. Chaque année, selon la Croix-Rouge, les Françaises et Français font face à quatre événements naturels jugés « très graves ». Alors, pour préparer au mieux les habitants aux gestes qui sauvent, l'association forme plus de 100 000 personnes par an. Et lance aussi, après 20 ans de conception, son catakit, un sac de secours avec tout le matériel nécessaire à l'intérieur en cas de situations urgentes. Il coûte 80 euros pour une personne seule, 150 euros pour une famille de quatre personnes. L'argent récolté sert à financer les cours de premiers secours et, pour les bénévoles rencontrés, c'est surtout le prix de la simplicité et de la sérénité. Reportage de Mathilde Deparois. Des compresses, des pansements ou encore un garrot, tout le matériel est rangé dans le fameux catakit. Un sac à dos rouge, avec au centre le logo de l'association. Jérémie Chaligné est responsable du pôle éducation à la Croix-Rouge française. Pour lui, en cas d'urgence, le catakit sert avant tout à se soigner. « Ça peut être des petits bobos. Ça peut être des blessures aussi, plus importantes à la jambe, qui vont nous empêcher par exemple de nous déplacer. De pouvoir aussi s'informer. Il se peut qu'on ait des coupures d'Internet. On a pu voir ça en Espagne aussi très récemment pendant de longues heures. »  Une coupure d'internet peut survenir lors d'une inondation. En France, la dernière date de février 2026. Près d'un quart des habitants vivent d'ailleurs en zone inondable. Alors pour s'informer, le mieux c'est d'avoir une lampe-radio, présente dans le catakit. « On a la manivelle qui est vraiment une dynamo. On va pouvoir utiliser le signal d'alarme. Il y a vraiment toutes les fréquences », démontre ce bénévole de la Croix-Rouge. À lire aussiInondations: des crues record et «généralisées» dans l'ouest de la France Seul 1 Français sur 10 est prêt en cas de catastrophes climatiques ou industrielles Aujourd'hui, toute la France métropolitaine et les Outre-mer sont touchés par des phénomènes extrêmes qui se multiplient et s'intensifient à cause de l'urgence climatique. « Que ce soit dans les Hauts-de-France, que ce soit beaucoup plus dans le Sud. On peut penser au département de l'Aude, il y a quelques années, qui a été aussi ravagé par des inondations. On peut penser aux feux de forêt qui ont eu lieu en Gironde, mais qui sont remontés quasiment jusqu'en Bretagne, voire même en Normandie aussi », complète le bénévole. Angèle, 63 ans, est bénévole à la Croix-Rouge. Elle habite près d'une base militaire, à côté d'Évreux en Normandie. « Tout ce qui est bombardement, s'il y avait un conflit… Dans la région, on a beaucoup d'inondations. On a pas mal aussi d'effets de tornades qui se produisent de plus en plus régulièrement. » Même si la retraitée est formée aux risques, elle n'a pas encore tout à fait créé son sac d'urgence chez elle. « C'est vrai que les médicaments, je les ai laissés dans la pharmacie. Et les papiers, ils sont avec nous au quotidien, donc c'est vrai qu'on sait qu'on doit y penser, mais on ne les a pas dupliqués par exemple », relève-t-elle. Elle compte alors bientôt s'acheter un catakit, comme ça tout est au même endroit. Si demain une catastrophe arrive, elle n'est pas du tout angoissée, elle fait même de la prévention auprès de ses amies. « Ça leur fait quand même un peu peur de se dire : "Pourquoi il nous faut absolument un sac de secours ?". Donc c'est à amener vraiment en douceur, et bien expliquer. Je pense qu'il faut vraiment qu'il y ait de la pédagogie qui soit faite autour de ça pour rassurer les gens, leur montrer que c'est dans leur intérêt et pas autre chose. »  Aujourd'hui, peu de citoyens sont aussi informés et préparés qu'Angèle. Selon la Croix-Rouge, seul 1 Français sur 10 est prêt en cas de catastrophes climatiques ou industrielles. À lire aussiCatastrophes climatiques: faut-il s'équiper d'un kit de survie?

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  2. 1 ΗΜ. ΠΡΙΝ

    Individualisation du taux de prélèvement d'impôts: une mesure jugée féministe

    En France, plus que quelques jours pour rendre sa déclaration de revenus. Et pour la deuxième année, les foyers mariés ou pacsés verront leur taux d'imposition être individualisé par défaut. En clair, le montant des impôts des couples ne change pas, mais sauf indication contraire, leur paiement est réparti en fonction des revenus de chacun. Une mesure qui vise à rétablir l'égalité fiscale entre les hommes et les femmes, qui ont encore souvent de forts écarts de salaires. de Clara Duban, service France de RFI « Je pense que j'ai gagné 2 000 euros. » Audrey est assistante de galerie d'art, son conjoint est chasseur de têtes. En septembre dernier, comme nombre de Françaises, elle a eu une agréable surprise sur sa fiche de paie. Son taux de prélèvement à la source a été automatiquement diminué, car il n'est plus calqué sur celui de l'homme avec qui elle est pacsée depuis trois ans. « Lui gagne trois fois ce que je gagne. Je me retrouvais effectivement à payer une part beaucoup plus importante d'impôts par rapport à mes revenus. » Depuis un an, le taux de prélèvement à la source par défaut n'est plus le même pour les deux membres d'un couple. Une mesure jugée féministe car elle répartit le poids de l'impôt selon le revenu. Plus juste pour les petits salaires. Et donc, dans 8 couples sur 10, plus juste pour les femmes. À lire aussiAides sociales, fiscalité: l'État favorise la dépendance économique des femmes, selon un rapport Avec le taux individualisé, une économie mensuelle pour les revenus faibles Démonstration avec Héloïse Bolle, conseillère en patrimoine pour Oseille et compagnie et autrice du livre Aux thunes citoyennes. « On va faire un couple qui gagne 60 000 €. On va dire qu'il y en a un qui gagne 20 000 et l'autre qui gagne 40 000. Si ce couple passe au taux individualisé, celui qui gagne 20 000 €, qui payait 94 € d'impôts tous les mois, passe à 10 € d'impôts par mois. C'est une économie mensuelle de 84 €. C'est pas mal quand même. Et celui qui gagne 40 000 € par an, chaque mois, il payait 187 € en taux commun. Et avec le taux individualisé, il paye 273 €. Ça fait une augmentation, c'est vrai, mais c'est une répartition qui est beaucoup plus juste dans le paiement de l'impôt, puisque l'idée, c'est quand même que ceux qui gagnent davantage sont davantage imposés, démontre Héloïse Bolle. Et en plus cette personne qui gagne 40 000 € par an parce qu'elle vit en couple avec quelqu'un qui gagne moins qu'elle par la magie du quotient conjugal, elle fait quand même une économie d'impôt réel. » Le quotient conjugal, c'est le fait de calculer l'impôt d'un couple marié ou pacsé selon l'ensemble de ses revenus. À lire aussiLes femmes et la finance : clôturer l’année en toute sérénité Le quotient conjugal et le quotient familial ne vont pas dans l'intérêt de la femme Marie-Pierre Rixain, députée Renaissance, est à l'origine de la loi qui a instauré l'individualisation par défaut du taux de prélèvement. Et ce qu'elle souhaite maintenant, c'est voir disparaître ce fameux quotient conjugal. Une mesure qu'elle juge bonne pour l'égalité de genre et pour l'économie du pays. « Plus vous allez permettre aux femmes d'avoir des bénéfices fiscaux, plus vous allez les inciter à travailler à temps plein. Aujourd'hui, le quotient conjugal et le quotient familial font qu'il peut y avoir un intérêt à l'échelle du couple. Pas l'intérêt de la femme, mais à l'échelle du couple, à ce que madame travaille un petit peu moins, de manière à rester sur un barème fiscal qui est favorable au couple. Et pour autant, est-ce que c'est favorable à la vie professionnelle, à la vie économique, à l'autonomie économique des femmes ? Non, parce qu'on sait, par exemple, que ce temps partiel a un impact sur le niveau de retraite des femmes lorsqu'elles sont plus âgées. Donc, on sait qu'aujourd'hui, la meilleure protection pour les femmes, c'est leur autonomie professionnelle et c'est le fait qu'elles fassent des calculs à l'aune de leurs propres intérêts à elles », explique Marie-Pierre Rixain. La France est le dernier pays d'Europe qui oblige encore les couples mariés et pacsés à faire une déclaration de revenus commune.

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  3. 2 ΗΜ. ΠΡΙΝ

    Juliette, ex-mannequin française qui a échappé à Epstein, raconte sa rencontre avec le criminel sexuel

    Quatre mois après la publication des dossiers Epstein par la justice étatsunienne, de nouveaux témoignages de victimes du criminel sexuel, mort en prison en 2019, sont recueillis chaque semaine. En France, une dizaine de nouvelles victimes présumées se sont manifestées auprès du parquet de Paris, a déclaré le 17 mai la procureure Laure Beccuau sur RTL. Certaines ont pu échapper de justesse au prédateur sexuel, comme Juliette, 43 ans aujourd'hui, une ancienne mannequin française qui a rencontré Jeffrey Epstein il y a plus de 20 ans. Depuis février, deux enquêtes ont été ouvertes dans l'Hexagone sur le dossier Epstein, l'une sur les violences sexuelles, l'autre sur le volet financier. Le criminel sexuel, qui a vécu à Paris de nombreuses années, avait des recruteurs qui repéraient pour son compte des proies potentielles. C'étaient souvent des mannequins, à qui on faisait miroiter de futurs contrats. Quand elle entend le nom de Jeffrey Epstein à la radio en 2019, Juliette est en état de « sidération ». Et pour cause, elle a croisé le chemin de cet homme, aujourd'hui reconnu comme un criminel sexuel, alors qu'elle était mannequin, il y a plus de vingt ans. De cette époque, Juliette a presque tout gardé : son book, ses échanges de mail, ou encore son carnet d'adresses, où sont notamment inscrits à la main les contacts de Jeffrey Epstein, ou encore de Daniel Siad, recruteur de mannequin. Elle apprendra bien plus tard que cet homme est suspecté par le FBI d'avoir été « rabatteur » de jeunes femmes pour le compte du criminel sexuel. Et c'est ce même homme qui l'aborde dans la rue à Paris en 2004 entre deux castings, voyant qu'elle est mannequin, pour lui proposer des opportunités de travail à New York. À l'époque, Juliette s'estime en fin de carrière. Alors après avoir consulté son agence de l'époque, qui lui a assuré que ce David Siad était quelqu'un de reconnu et fiable, elle accepte. Elle reçoit dans la foulée un billet pour New York, et pour instruction de demander un visa touriste : « On me donne l'adresse d'un appartement dans New York, je ne savais pas s'il était lié à une agence ou pas, on ne m'avait pas donné du tout d'information, ni de processus, quelle agence j'allais voir, quel était le planning. Je n'ai pas trop cherché à comprendre, je pars du principe que je suis dans un processus professionnel, donc si on ne me donne pas d'information, c'est certainement qu'il n'y a pas besoin de poser des questions. » Juliette rencontre une première fois brièvement Jeffrey Epstein, qui n'a pas le temps de la recevoir, prend son passeport, et lui donne rendez-vous le lendemain. Entre temps, au téléphone, sa mère, déjà très méfiante, s'inquiète d'un réseau de trafic sexuel, lui dit d'aller récupérer son passeport et de partir. « Je vous préviens, je ne ferai rien » Elle explique qu'elle n'a pas le choix, et que puisqu'il ne s'est rien passé, aucune situation ne lui a fait penser qu'il pouvait y avoir un danger : « J'avais un objectif, c'était de faire le tour des agences et d'avoir un contrat. » Le lendemain, Jeffrey Epstein la reçoit, tente de la mettre à l'aise, lui fait visiter les lieux. Il lui montre une salle de musculation, et Juliette observe que cela ne ressemble pas à un immeuble d'agence de mannequin : des photos en gros plans de parties intimes de femmes recouvrent certains murs : « Je regarde ça avec beaucoup de curiosité en me disant mais qu'est-ce que cette fascination pour des parties intimes de femmes. J'ai trouvé ça un peu déplacé, et ça a commencé à me mettre une petite puce à l'oreille. » Juliette suit Jeffrey Epstein dans un couloir, avec des chambres de part et d'autre. Il entre dans l'une d'elles, s'assied sur le lit et lui fait signe de venir. C'est là qu'elle sent qu'il y a un piège. Elle s'arrête à l'entrée de la chambre et lui dit : « Je vous préviens, je ne ferai rien », pour lui faire savoir qu'elle n'ira pas plus loin. « C'était une chambre, pas un contexte professionnel », raconte-t-elle. Jeffrey Epstein la rassure, lui dit qu'il veut juste s'assurer qu'il peut lui faire rencontrer ses agences partenaires. Elle entre dans la pièce, il lui demande de se mettre en sous-vêtements, ce qui est fréquent dans le métier, mais il lui fait aussi retirer son soutien-gorge, ce qui l'est beaucoup moins. Juliette est mal à l'aise tandis que Jeffrey Epstein tourne autour d'elle, l'examine, lui touche le corps : les hanches, les fesses. Il lui dit qu'elle n'est pas encore « prête », autrement dit qu'elle a des kilos en trop. Il lui explique qu'il lui faudra environ trois mois avant d'être présentée à des agences, et lui propose un accès à son réseau de salles de sport. Mais c'est lorsqu'il lui propose des petits boulots alternatifs pour gagner de l'argent « en attendant d'être prête » qu'elle comprend qu'il faut fuir : hôtesse dans une compagnie aérienne privée, accompagnatrice en soirée. Juliette fait le lien avec des histoires sordides qu'elle a pu entendre dans le passé dans le milieu du mannequinat. Elle sait que certains usent de leurs pouvoirs pour abuser de jeunes femmes. Alors elle se rhabille, dit à Jeffrey Epstein qu'elle va réfléchir, et lui demande de récupérer son passeport. « Je pense qu'il a senti que je n'allais pas me laisser faire, ou que j'avais compris son fonctionnement », explique-t-elle aujourd'hui. Prise de conscience après l'incarcération du criminel sexuel Elle reste quelques temps à New York, passe d'autres castings, mais comprend vite que Jeffrey Epstein l'a mise sur liste noire auprès de toutes les agences : « Encore aujourd'hui, je ne sais pas comment, en étant allé aussi loin dans le processus, ça n'est pas allé plus loin, c'est de la folie. Je me rappelle que, ne sachant pas qui il était, je n'en parlais pas beaucoup, parce que j'avais honte. Honte d'une part, si c'était une opportunité de mannequinat, d'être partie, et d'un autre côté, si c'était un réseau pédo-criminel, honte d'avoir cru que ça pouvait être autre chose. » Après des années à se repasser la scène dans la tête, Juliette ne comprend qu'en 2019, lors de l'incarcération du criminel sexuel, ce à quoi elle a échappé. Car Jeffrey Epstein a été condamné pour sollicitation de prostitution et incitation de mineurs à la prostitution à 18 mois de prison, mais il n’en fera que 13, après une réduction de peine pour « bonne conduite ». Puis il est arrêté par le FBI en juillet 2019, et retrouvé mort un mois plus tard dans sa cellule. Aujourd'hui, l'ancienne mannequin constate que le criminel sexuel l'a fait passer par des « paliers de soumission » pour voir jusqu'où elle était prête à aller pour trouver un travail. Elle a déposé son témoignage à la police judiciaire en 2019, peu de temps après l'éclatement de l'affaire. Et son nom figure dans les Epstein Files, les quelques trois millions d'archives du prédateur sexuel publiées par le ministère de la Justice américain, le 30 janvier 2026. À lire aussiAffaire Epstein: qui sont les personnalités citées dans les derniers documents rendus publics?   À écouter dans L'invité internationalAffaire Epstein: «Nous avons voulu comprendre la place de Paris dans ce système de prédation»

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  4. 11 ΜΑΪ́

    Au Père-Lachaise, la biodiversité reprend ses droits à la faveur d'une politique écologique volontariste

    La France vient d'accueillir le Printemps des cimetières, un évènement national qui a permis du 8 au 11 mai de découvrir – ou redécouvrir – les richesses du patrimoine méconnues des cimetières. Le nombre d’organisateurs et de visiteurs est en constante hausse depuis la création de l'opération en 2016, ce qui prouve l’intérêt du public. Sachant que le Printemps des cimetières permet d’aborder des sujets très variés, comme l’écologie ! À cette occasion, nous prenons la direction du cimetière du Père-Lachaise à Paris, où son conservateur, sensible à la biodiversité, a accepté d'emmener en balade nocturne RFI. Il est 20 heures passées au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Benoît Gallot, son conservateur, ouvre la porte de l’entrée de la rue du Repos. “C’est là où commencent toutes nos observations nocturnes, explique le responsable des lieux, qui assure qu’il connaît le cimetière comme sa poche ou presque. Je ne peux plus me perdre, mais je découvre toujours des choses ici, comme des gravures sur une tombe, une épitaphe. » Depuis plus de huit ans, Benoît Gallot observe au milieu des tombes la présence d’une faune qu’il ne soupçonnait pas avant d’habiter le cimetière. « On a eu la chance de voir le renard revenir au Père-Lachaise, le faucon hobereau également. » La faune comme la flore sont ainsi au centre de l’attention du conservateur du cimetière : « J’ai beaucoup appris sur les oiseaux ici, mais aussi sur les fleurs. Nous avons par exemple quatre espèces d’orchidées sauvages, revenues grâce à l’enherbement des trottoirs. Le cimetière verdit peu à peu. Le sol est de moins en moins imperméable. » À ses côtés se trouve Nicolas Robin, cartographe-référent biodiversité du service des cimetières de la Ville de Paris. Il se rend régulièrement au Père-Lachaise en compagnie de Benoît Gallot, pour observer la faune présente dans le cimetière lorsque la nuit tombe. « À part la petite lumière à l’entrée du cimetière, nous sommes sur 44 hectares de pleine nuit en plein Paris. C’est notre plus grand espace vert intramuros, clôturé et calme. Tout ça est parfait pour observer la faune sauvage en plein milieu de la ville », explique-t-il.  Absence de pollution lumineuse   Toutes ces conditions permettent aussi de voir une faune s’installer sur la durée, notamment en l’absence de pollution lumineuse. Une situation propice à l'observation, souligne aussi Hugo de Vergès de la Ligue de protection des oiseaux. Coordinateur du suivi des rapaces à Paris, il s'intéresse notamment à la chouette hulotte, un oiseau strictement nocturne. « La pollution lumineuse influence directement son cycle biologique, sa chasse et l’élevage des jeunes, raconte-t-il. L’avantage dans le cimetière, c’est qu’il n’y a pas de pollution lumineuse. Elle est donc tranquille. » Au milieu des allées, le petit groupe s’avance vers le hululement de la chouette qui prend place dans l’obscurité des arbres. Il est 21 heures passées, et l’animal est toujours ponctuel : « On l’entend tous les soirs à cette heure jusque fin mars », raconte Hugo De Vergès. Pour permettre la circulation de ces espèces sensibles à la pollution lumineuse, des réflexions sont menées, analyse Nicolas Robin : « L’objectif est d’imaginer les déplacements qui leur permettent de passer d’un réservoir comme le Père Lachaise à un autre réservoir comme le bois de Vincennes ou le bois de Boulogne. En passant par d’autres espaces verts occupés par le passé par la chouette. On parle de “projets de trames vertes et bleues”. C’est ce qu’on appelle les chemins de la nature pour la ville de Paris.  Biodiversité visible en plein jour  Si la chouette hulotte est une espèce nocturne, les visiteurs du cimetière en pleine journée ensoleillée peuvent quand même profiter de la faune et de la flore du Père-Lachaise. « Il faut faire un peu plus attention et ouvrir davantage les yeux, mais plusieurs espèces d’oiseaux sont visibles. Parfois même les renards », souligne Benoît Gallot.    Toute cette biodiversité en partie visible le jour est par ailleurs appréciée par les visiteurs et endeuillée : « Beaucoup d’usagers, de propriétaires concessionnaires me disent que c’est formidable et apaisant de voir autant d’animaux. Savoir que leurs défunts reposent au milieu d’autant de vie leur apporte du réconfort. Les témoignages sont très positifs. Tout cela aide les endeuillés à faire leur deuil », raconte Benoît Gallot. Au-delà du retour du renard, de la chouette hulotte ou encore du faucon hobereau ces dernières années, le conservateur du Père-Lachaise espère également voir revenir définitivement l'écureuil dans le cimetière, car sa présence sur le long terme n'a pas encore été observée. À lire aussiLe Père-Lachaise, un cimetière plein de vie

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  5. 10 ΜΑΪ́

    Taekwondo: Zakia Khudadadi, naturalisée Française, combat au nom des femmes afghanes

    Les championnats d'Europe de taekwondo et de para-taekwondo démarrent lundi 11 mai à Munich. Un moment fort pour une para-athlète, Zakia Khudadadi, née en Afghanistan, pays qu'elle a dû fuir en 2021 à la reprise du pouvoir des talibans. Installée en France, la médaillée de bronze aux Jeux paralympiques de Paris avec l'équipe des réfugiés, dans la catégorie des moins de 47 kg, a obtenu la nationalité française l'été dernier. Une naturalisation qui lui a rouvert le chemin des tatamis en compétition, ce qu'elle attendait avec impatience. RFI l'a suivi à l'entraînement avant son départ pour l'Allemagne. Séance matinale studieuse à l'INSEP, sur fond musical. Zakia Khudadadi répète ses gammes avant ses grands débuts en bleu La fin d'une longue attente, une frustration évacuée fin octobre 2025 lorsqu'elle obtient le droit de voyager et de concourir de nouveau librement. « Quand j'ai récupéré mon passeport, c'était une surprise parce que je ne m'attendais pas à le recevoir en 2025. Il y a beaucoup d'amour. Tout ce que j'attendais depuis quatre ans et demi en France. J'ai enfin récupéré mon passeport, je n'ai plus de stress pour le côté visa, et en plus je suis en équipe de France », se réjouit-elle. Une intégration à part entière, une appartenance à un pays, mais aussi l'expression d'une reconnaissance. « C'est la France qui m'a aidé quand j'étais à Kaboul, quand j'étais vraiment menacée. Depuis mon arrivée en France, j'ai progressé vraiment 100 % dans mon sport et j'ai gagné plusieurs médailles. Bien évidemment, les médailles aux Jeux paralympiques de Paris me donnent une motivation pour l'Afghanistan et pour la France. Cela veut dire que j'ai deux pays dans mon cœur et que je me donne à fond pour les deux », explique-t-elle. Paris 2024, le 29 août. Premier moment de bonheur dans sa carrière, sous la bannière de l'équipe de réfugiés. Sitôt sa victoire acquise sur la Turque Nurcihan Ekinci, Zakia Khudadadi se retrouve plongée dans les bras de son entraîneuse Haby Niaré. La vice-championne olympique 2016 et championne du monde 2013 poursuit plus que jamais l'aventure avec sa protégée, qu'elle a vue s'affirmer : « Au départ, c'était une gentille petite fille qui ne parlait pas trop. Il y avait la barrière de la langue, ce n'était pas évident pour elle. Elle a appris le français en peu de temps. Elle nous partage des petites expressions qui nous font rire de temps en temps. Elle sait blaguer, mais lorsqu'il s'agit du travail et qu'on est à l'entraînement, elle met un pied sur le tapis et c'est la transformation. Elle est née avec cette facilité. Elle a un don qui fait qu'elle apprend vite les choses. En une séance, elle peut être capable de retenir une stratégie complète. Techniquement, c'est une athlète qui sait tout faire, sans exagérer. Elle a cette intelligence dans le combat, cette lucidité. C'est quelqu'un qui a vraiment énormément de qualités en tant qu'athlète. » Un potentiel pour le très haut niveau qu'il a fallu libérer durant ces longs mois sans compétition internationale, notamment dans l'état d'esprit de la combattante. « En Afghanistan, elle a été peu confrontée à la réalité de compétition, au combat, à l'affrontement. On a fait un gros travail depuis trois ans, et elle y répond parfaitement. Elle se découvre à ce niveau. Cela veut dire que ses qualités physiques et techniques peuvent s'exprimer parce qu'il y a ce moteur de combativité, d'agressivité et surtout d'esprit de compétitrice affirmé. Elle se découvre. La marge était là et elle l'a dépassée. Maintenant, il va falloir la développer », détaille Louis Lacoste, le directeur de la performance paralympique à la fédération française de taekwondo. Zakia Khudadadi s'est préparée à ces championnats d'Europe à raison de 5 heures par jour, 5 jours par semaine. Première étape vers l'objectif suprême, la médaille d'or à Los Angeles en 2028. Mais elle n'oubliera jamais pour qui elle a d'abord changé de vie et fait tant de sacrifices : « En mon fort intérieur, ce sont les femmes afghanes. Chaque podium est une lutte contre les talibans, contre tous les problèmes politiques de mon pays. Cela veut dire que je ne lâche pas et que je n'abandonne pas. J'avance. Je continue et j'espère que la paix va se réaliser dans notre pays. »  Sur le tatami de Munich, les lettres inscrites au dos du dobok – le kimono du taekwondo – ont changé, l'hymne national sur les podiums résonne différemment, mais Zakia Khudadadi poursuit le combat : celui du droit d'exister et de choisir son destin. À lire aussiZakia Khudadadi, championne de para-taekwondo: «à chaque tatami, je pense aux femmes afghanes»

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