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Bienveillance Polaroid 41

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http://polaroid41.com/bienveillance/

Lundi 5 Octobre 2020 - 13h18

Covid-19. Impossible d’y échapper. Je choisis d’ailleurs de dire le covid et non la covid, qu’on est censé employer. Un truc aussi guerrier ne peut-être que masculin. Il est là, il occupe toutes les conversations, il arrive, très vite, il progresse de manière exponentielle nous dit-on. Tout le monde, ou presque, a un avis. Pour certains c’est une escroquerie, une pure invention de nos dirigeants politiques, un complot, et pour d’autres c’est une angoisse, une peur panique, un repli sur soi, une sidération. Je fais partie de ceux qui n’ont pas d’avis. Ben non, désolé… Je ne suis pas virologue, je ne suis pas complotiste, je ne suis pas angoissé. Je ne suis que triste, et c’est bien assez. Je fais ce qu’on me dit de faire, sagement. Je mets mon masque dès qu’il y a promiscuité et j’utilise du gel hydroalcoolique quand j’en croise un flacon, ici ou là. Sans conviction, sans peur, sans colère ni résignation. Je le fais, un point c’est tout, pour l’instant. Par contre je refuse de croire que cette situation va durer. Je pense qu’en tant qu’êtres humains il est indispensable qu’on se touche, qu’on s’embrasse. On est nombreux à penser ça je le sais. Là non plus je n’innove pas. Maigre joie de la semaine dernière, mister T.  de la Maison Blanche a le covid. Je ne suis pas mécontent. Lui qui nous prescrivait de boire de l’eau de javel dès les premiers symptômes, qu’il y goûte. Encore un qui avait un avis sur ce virus. Il le qualifiait d’étranger, de chinois, et se vantait de le tenir loin de ses côtes alors le covid galopait déjà dans les rues de New-York.

Bref, tout le monde en parle. C’est probablement une sorte de catharsis. Tant qu’on en parle on le tient à distance. Une sorte de jeu d’enfants joué par des adultes. Comme les pitchounets qui parlent du loup sans l’avoir jamais vu. On se fait peur, on joue les gros bras, mais on n’aimerait pas le croiser en vrai. Finalement les choses sont bien faites, les adultes et le covid, les enfants et le grand méchant loup. La seule différence, mais pas des moindres, c’est que les enfants sont obligés de jouer au grand méchant Covid, là où les adultes peuvent passer leur tour au jeu du grand méchant loup.

Et puis, il y a les pas encore adulte mais déjà plus enfant, comme ma grande fille de douze ans. L’année dernière, sa sixième s’est arrêté deux mois, confinement oblige. Sa rentrée en cinquième cette année est conditionnée au port du masque. Elle doit le porter, ce qu’elle fait. Elle n’a pas vraiment d’avis là-dessus, c’est bien la fille de son père, mais elle le fait parce qu’on lui a dit que c’était important et qu’on n’avait que ça pour l’instant. Il faut le mettre pour soi, pour les autres. Elle le fait. Cet enfant a la fâcheuse habitude de se plaindre, mais bizarrement je ne l’ai jamais entendu s’exaspérer à propos du masque “qui tient chaud, qui démange, qui fait de la buée sur les lunettes”, comme on l’entend souvent. C’est pour moi la preuve qu’elle a saisi l’importance du geste, c’est non négociable, pour l’instant.

Polaroid et texte intégral disponibles à http://polaroid41.com/bienveillance/

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Lundi 5 Octobre 2020 - 13h18

Covid-19. Impossible d’y échapper. Je choisis d’ailleurs de dire le covid et non la covid, qu’on est censé employer. Un truc aussi guerrier ne peut-être que masculin. Il est là, il occupe toutes les conversations, il arrive, très vite, il progresse de manière exponentielle nous dit-on. Tout le monde, ou presque, a un avis. Pour certains c’est une escroquerie, une pure invention de nos dirigeants politiques, un complot, et pour d’autres c’est une angoisse, une peur panique, un repli sur soi, une sidération. Je fais partie de ceux qui n’ont pas d’avis. Ben non, désolé… Je ne suis pas virologue, je ne suis pas complotiste, je ne suis pas angoissé. Je ne suis que triste, et c’est bien assez. Je fais ce qu’on me dit de faire, sagement. Je mets mon masque dès qu’il y a promiscuité et j’utilise du gel hydroalcoolique quand j’en croise un flacon, ici ou là. Sans conviction, sans peur, sans colère ni résignation. Je le fais, un point c’est tout, pour l’instant. Par contre je refuse de croire que cette situation va durer. Je pense qu’en tant qu’êtres humains il est indispensable qu’on se touche, qu’on s’embrasse. On est nombreux à penser ça je le sais. Là non plus je n’innove pas. Maigre joie de la semaine dernière, mister T.  de la Maison Blanche a le covid. Je ne suis pas mécontent. Lui qui nous prescrivait de boire de l’eau de javel dès les premiers symptômes, qu’il y goûte. Encore un qui avait un avis sur ce virus. Il le qualifiait d’étranger, de chinois, et se vantait de le tenir loin de ses côtes alors le covid galopait déjà dans les rues de New-York.

Bref, tout le monde en parle. C’est probablement une sorte de catharsis. Tant qu’on en parle on le tient à distance. Une sorte de jeu d’enfants joué par des adultes. Comme les pitchounets qui parlent du loup sans l’avoir jamais vu. On se fait peur, on joue les gros bras, mais on n’aimerait pas le croiser en vrai. Finalement les choses sont bien faites, les adultes et le covid, les enfants et le grand méchant loup. La seule différence, mais pas des moindres, c’est que les enfants sont obligés de jouer au grand méchant Covid, là où les adultes peuvent passer leur tour au jeu du grand méchant loup.

Et puis, il y a les pas encore adulte mais déjà plus enfant, comme ma grande fille de douze ans. L’année dernière, sa sixième s’est arrêté deux mois, confinement oblige. Sa rentrée en cinquième cette année est conditionnée au port du masque. Elle doit le porter, ce qu’elle fait. Elle n’a pas vraiment d’avis là-dessus, c’est bien la fille de son père, mais elle le fait parce qu’on lui a dit que c’était important et qu’on n’avait que ça pour l’instant. Il faut le mettre pour soi, pour les autres. Elle le fait. Cet enfant a la fâcheuse habitude de se plaindre, mais bizarrement je ne l’ai jamais entendu s’exaspérer à propos du masque “qui tient chaud, qui démange, qui fait de la buée sur les lunettes”, comme on l’entend souvent. C’est pour moi la preuve qu’elle a saisi l’importance du geste, c’est non négociable, pour l’instant.

Polaroid et texte intégral disponibles à http://polaroid41.com/bienveillance/

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