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Courts propos improvisés et quotidiens,

A propos de tout et de rien.

Improvisations (le podcast) Aldor

    • Journaux personnels
    • 3.0 • 2 notes

Courts propos improvisés et quotidiens,

A propos de tout et de rien.

    Acteur

    Acteur

    J’aimais beaucoup Jean-Pierre Bacri.J’étais ravi de le voir jouer. Parce qu’en le voyant jouer, je découvrais plein de choses. Des choses qui n’avaient rien d’exceptionnel, des choses qui étaient extrêmement banales ; et c’est justement cela qui était extraordinaire : il ne jouait pas les grand hommes, il ne jouait pas les héros ; il jouait des hommes comme tout le monde, des hommes comme vous et moi ; des scènes qu’on vit tous les jours. Et pourtant, c’est quand il les jouait que, pour la première fois, on les vivait vraiment : “C’est ça ; c’est exactement ça ; c’est bien vu !“, pensions-nous ; et cette exclamation était celle de la découverte.L’acteur est celui qui nous permet de découvrir la vérité des situations,  des comportements, des choses qu’on croise à chaque instant mais qu’on ne voit pas, ou qu’on ne voit plus et que lui,  par son jeu, dévoile.C’est toujours ça, l’art : montrer à voir, découvrir ce qui se cache au fond des choses qu’on connait si bien qu’on ne les regarde plus et qu’on ne les connaît plus. Ces choses qui, grâce au talent de l’artiste, se dévoilent et se montrent enfin. Et on est abasourdi et ravi à la fois de ce spectacle parce qu’on comprend enfin des choses qu’on avait jamais comprises, qu’on avait jamais osé s’avouer. La vérité éclate et on en éprouve un immense soulagement,  un immense plaisir.Comme une pâmoison.La photo a été prise à Barcelone, au Liceu. 

    • 3 min
    “Engagements volontaires”

    “Engagements volontaires”

    L’article 5 du projet de loi mettant en œuvre les propositions de la Convention citoyenne pour le climat prévoit, pour reprendre les termes de son exposé des motifs, que “en complément des interdictions de publicités de l’article 4,  [soit mis en œuvre] un code de bonne conduite qui transcrirait les engagements pris au sein d’un “contrat climat” conclu entre les médias et les annonceurs d’une part, et le Conseil supérieur de l’audiovisuel, d’autre part, afin de réduire la publicité pour les produits polluants, par des engagements volontaires ambitieux“.Est-ce ma lecture récente de La grève (Atlas shrugged) d’Ayn Rand, mais ce genre de dispositions me paraît scandaleux et fondamentalement malsain.Ce n’est pas le fait qu’on interdise la publicité pour les produits polluants qui me choque, au contraire ; ça n’est pas non plus le fait que, pour permettre aux activités concernées de se redéployer, on prévoie des périodes de transition et qu’on confie à la profession le soin de gérer cette transition. Non : ce qui me choque, c’est qu’on impose par la loi des engagements dits volontaires, ou plutôt qu’on baptise volontaires des engagements imposés par la loi.Si l’on juge que la publicité pour les produits polluants est néfaste, interdisons là, immédiatement ou à terme. Mais ne demandons pas à des entreprises de prétendre s’engager volontairement alors qu’on leur braque un revolver sur la tempe. Il y a là pour le législateur une façon de se défausser de sa responsabilité en demandant à ceux dont on force la main de l’endosser qui est non seulement indigne mais très profondément perverse en ceci que le sens des mots y est nié.L’image est une photo prise dans la Beauce un jour que je revenais de Pithiviers à vélo: un papillon et un chardon au dessus d’un champ de blé sous un ciel gris de nuages.

    • 5 min
    Je pense, donc je ne suis pas

    Je pense, donc je ne suis pas

    Discussion, hier, avec ma fille, sur la philo et sur ce qui est attendu dans cette discipline. Elle m’explique, à un moment donné, qu’il ne s’agit pas, dans un devoir de philo, de dire ce qu’on pense et, bêtement, je lui dis être d’accord.Bêtement parce que, à la réflexion, je crois que c’est justement cela qui est demandé : dire ce qu’on pense, et comment on le pense. Non pas notre opinion, mais ce qu’on pense ;  ce qu’on pense dans le sens qu’on donne à cette expression quand on demande à un ami : “Qu’en penses-tu, toi ?“.C’est une demande très paradoxale : parce qu’elle insiste sur la dimension individuelle, personnelle, de l’avis demandé alors que ce qu’elle vise est en réalité l’exact contraire : une pensée  débarrassée des préjugés, des “on-dit”, de l’opinion, et qui, en cela, atteint l’universel.J’attends de la personne à qui je demande ce qu’elle en pense qu’elle rentre au plus profond d’elle-même, qu’elle oublie toutes ses préoccupations, toutes ses préférences, tous ses intérêts, pour me donner un avis qui est objectif en ceci justement qu’il émane d’elle seule. Quand on me demande ce que j’en pense et que je prends cette demande au sérieux, je fais abstraction du monde entier pour prendre le problème à bras-le-corps et pour le traiter sans considération du reste, au seul moyen de ma raison et de ma conscience. Et c’est en ce tréfonds de moi-même que ma pensée, débarrassée de l’opinion, devient totalement objective : quand je pense vraiment, je ne suis plus moi-même ; la pensée que je pense n’est plus la mienne ; elle est une manifestation de la pensée, une expression de la raison, une transe divine.Et c’est pourtant dans cette capacité à nous oublier nous-mêmes pour nous fondre dans une pensée plus vaste et plus vraie (ce que certains appellent Dieu) que se trouvent justement notre identité, notre liberté et notre plus éminente dignité.

    • 4 min
    Aide et complicité

    Aide et complicité

    On est, chaque jour, à chaque instant, confronté à un dilemme : poussé par notre propension à aider, à faire avancer le choses, à être positif, on prête main forte, on met la main à la pâte ; et on se rend compte, en le faisant, qu’on est, du coup, en train de perpétuer un système, une organisation, des pratiques, qui feraient mieux en fait de disparaître. On voulait simplement aider quelqu’un et on devient, ce faisant, complice d’un truc un peu pourri et décadent qu’il serait mieux de laisser mourir.On est tiraillé entre ces deux aspirations : construire, fortifier, sauvegarder, mais ne pas pour autant pérenniser ce qui s’apprêtait à s’écrouler et ne mérite pas de subsister.C’est la grande difficulté du réformisme :  jusqu’à quel point faut-il aider et à partir de quel point cette aide devient-elle en fait une complicité de conservatisme  ?Il faut évidemment toujours aider les personnes, même si les organisations moribondes ou néfastes peuvent être laissées à l’abandon. C’est même sans doute ce qu’il faut faire : distinguer les êtres des structures. Mais les deux sont parfois tellement imbriqués ! Et c’est ainsi que, pour aider des hommes et des femmes qui le méritent évidemment, on soutient des organisations, des systèmes,  des branches qu’il serait mieux de laisser tomber. L’image représente un coquille d’ormeau trouvée à Porquerolles, crique de la Galère.La musique qu’on entend est Bayaty, de Georges Gurdjieff, dans la très belle interprétation d’Anja Lechner (violoncelle) et Vassilis Tsabropoulos (piano). 

    • 2 min
    Statue de sel

    Statue de sel

    Que la femme de Loth soit changée en statue de sel parce qu’elle s’est retournée en arrière, est-ce punition divine parce qu’elle a désobéi ou n’est-ce que la manifestation appuyée d’une situation déjà existante : se retournant au lieu d’aller de l’avant, la femme de Loth est en fait déjà figée dans le passé et sa statufaction ne fait que révéler une réalité déjà présente.Qu’il est dur, pourtant, lorsqu’on avance, de ne pas, de temps à autre, ne serait-ce qu’à la croisée des ans, se retourner pour voir d’où l’on vient et le chemin accompli ; qu’il est dur, à la croisée des ans, de ne pas repenser à l’année écoulée !Se retourner, regarder d’où l’on vient, se remémorer le passé, c’est toujours un peu céder aux appels siréniques de la nostalgie et risquer de se précipiter dans les flots du souvenir au lieu de demeurer capitaine de son âme.Et ça n’est pas nécessaire : nous ne sommes pas de simples particules sans dimensions mais des créatures étendues dans l’espace et le temps. Nous avons les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, un passé qui vit en nous et un avenir qui s’y prépare. Nul besoin de nous retourner pour voir le chemin parcouru : nous ne serions pas là où nous sommes si nous n’avions pas avancé.Bonne année ! 

    • 2 min
    Le greenwashing et les rois mages

    Le greenwashing et les rois mages

    Il n’y a aucun mal à tirer profit des bonnes causes qu’on défend. Après tout, l’intérêt est un puissant moteur, et s’il peut aider le monde à aller mieux, tant mieux.

    Ce qui peut heurter, ce qui me choque profondément, c’est que, tirant profit des bonnes causes qu’on défend, on prétende cependant n’agir que pour la bonne cause, passant sous silence le fait que c’est la recherche de notre propre intérêt qui d’abord nous meut.

    Là est ce qui me hérisse dans ce qu’on appelle communément aujourd’hui le greenwashing : non pas qu’on fasse des affaires et des fortunes avec la défense de l’environnement et l’avenir de la planète mais qu’on prétende agir pour l’environnement et l’avenir de la planète quand c’est la réussite de nos affaires qui est notre véritable aiguillon. Il y a là un mensonge qui me choque.

    C’est un peu, me semble-t-il, le sens du précepte biblique qui dit que la main gauche ne doit pas savoir ce que fait la main droite quand celle-ci fait la charité :  soit les deux mains doivent être complètement indépendantes ; soit, si elles ne le sont pas, il faut le reconnaître et s’interdire de se prévaloir de faire la charité quand, en vérité, on fait des affaires.

    Ou dit autrement : les rois mages peuvent bien venir à Bethléem pour affaires ; ils peuvent bien à la fois faire des affaires et suivre l’étoile ; mais qu’ils ne prétendent pas, alors, être venus pour voir le nouveau né. Et s’ils reviennent dans leur pays, qu’ils ne fassent pas de cette rencontre un argument publicitaire !

    Joyeux Noël !



     

    L’illustration est une photo de l’adoration des mages, mignonnement et magnifiquement sculptée sur un chapiteau de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun.

    La musique qu’on entend est Bayaty, de Georges Gurdjieff, dans la très belle interprétation d’Anja Lechner (violoncelle) et Vassilis Tsabropoulos (piano). 

    • 3 min

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