Renouée - Agriculture de Régénération

Lennan Bate

Le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine.

  1. 22 AVR.

    36 - Quand on rencontre ceux qui nous nourrissent - Dans ta Ferme & Obione

    https://www.helloasso.com/associations/dans-ta-ferme   https://www.obione.fr/   https://www.happy-production.com/   Cet épisode est un peu différent du format habituel puisqu’il est constitué de plusieurs interviews capturées lors de l’événement Dans ta Ferme, organisé par Obione. L’ambition affichée est simple, presque évidente : défaire la caricature, trop souvent relayée — et parfois entretenue — par certains médias, au profit de la rencontre humaine et de l’expérience réelle. « Dans ta Ferme ! » part d’un constat clair : l’élevage est aujourd’hui un sujet sensible. Entre les controverses autour du bien-être animal, de l’environnement, de l’alimentation, du modèle agricole, de la place des animaux dans la société, la déconnexion au vivant d’une grande partie des consommateurs, et le bien-être du monde agricole. La volonté est de remettre de la rencontre et du lien réel entre deux mondes constamment liés mais qui ne se côtoient presque plus : d’un côté les éleveurs, de l’autre des citoyens « voisins », invités à vivre l’élevage de l’intérieur. Ce terme de « voisins » dit quelque chose de l’esprit du projet. Il ne s’agit pas de consommateurs abstraits ou de visiteurs de passage, mais de personnes qui partagent un même territoire et qui, par l’expérience, peuvent rouvrir un dialogue souvent inexistant. La promesse repose sur l’immersion, avec un objectif pédagogique assumé : rencontrer les animaux, participer aux activités quotidiennes, comprendre la réalité du métier et la place de l’élevage dans l’alimentation et l’environnement. Même si cet épisode m’a demandé beaucoup (beaucoup !) plus de travail de montage que d’habitude, certains mots et témoignages m’ont profondément touché. Ce travail m’a alors semblé d’autant plus important : faire entendre certaines voix et partager les retours d’un moment précieux — celui d’une rencontre, d’une reconnexion entre un monde devenu urbain, souvent éloigné de la terre, et un autre qui y reste proche mais se retrouve parfois éloigné du reste. Merci à Léna Joannès, Lionel Reisdorffer, Christine, Mégane, Cyriane, Florent, Florian, Guillaume, Arnaud LECLERCQ et Nathalie pour leur confiance, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont témoigné.e à mon micro.

    32 min
  2. 25 FÉVR.

    33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

    Partir garder les chèvres avec Odile Christine, c’est comme assister à une masterclass où chaque geste, même le plus subtil, devient un enseignement. Odile ne parle ni de GMQ, ni de qualité fromagère, ni d’équilibrage en oligo-éléments. Sa compréhension de son système est d’une autre nature : plus complexe, plus instinctive, plus fine. Un savoir profondément intégré, vivant. Un jour, je m’étais amusé à analyser ses résultats techniques et à les comparer à ceux d’éleveurs du coin, parfois bien plus “techniques”. Ses performances — et surtout sa marge — étaient pourtant nettement supérieures. Chez Odile, il n’y a pas de grandes théories ni de sur-explications. Tout est incarné. Tout se joue dans l’attention et la finesse. Deux ou trois chèvres lèvent la tête ? On déplace le troupeau. L’une commence à grignoter de l’écorce ? On change de parcelle. Résultat : les chèvres consomment une quantité et une diversité impressionnantes de végétaux, sans que la forêt ne subisse le moindre dommage. Bien au contraire, la régénération est au rendez-vous et les risques d’incendie sont considérablement réduits. Odile est pour moi une immense source d’inspiration. J’ai énormément appris à ses côtés. Cet épisode a donc une saveur toute particulière, et je suis très heureux de pouvoir partager avec vous un moment de garde, aux côtés d’Odile et de ses chèvres.     Liens :  Jean Yves Ruelloux https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/un-chevrier-qui-fait-des-emules-9647200 Transcription :    33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine   Odile Christine: Coucou Lennan Bon, si je ne me casse la figure... Pour répondre à ta question, les biquettes, depuis qu'elles ne font plus de bébés, elles sont beaucoup plus belles, en meilleure santé, plus grasses, et moi je trouve que c'est nettement mieux comme ça. Sauf si tu veux faire du renouvellement du cheptel, il faut les remettre au bouc parce que là ça fait déjà cinq ans qu'elles n'ont pas eu de bébé et du coup ça fait des animaux en meilleure santé quand même. Mais si on veut, Si on veut garder des chèvres, des chevrettes pour le renouvellement, je pense que leur faire faire des bébés tous les 2 ou 3 ans, c'est pas mal aussi. Lennan Bate: Oui. Parce que du coup, tu es en lactation longue depuis 5 ans, c'est ça? Odile Christine: Oui, je suis en lactation longue depuis 2021. Lennan Bate: Oui. Et alors pourquoi est-ce que tu es passée en lactation longue? Odile Christine: Alors au début je suis passée en lactation longue parce que je veux prendre ma retraite et que je ne voulais pas avoir de chevrettes de renouvellement. Je ne voulais plus qu'elles aient des bébés les chèvres parce que je ne voulais pas sacrifier toutes les belles chevrettes qu'il pouvait y avoir. Et continuer avec mon trompeau tranquillement et laisser mourir de vieillesse à la maison. Lennan Bate: C'est fou, je viens dans le Var pour avoir de la neige. Ok, et alors concrètement, comment ça se passe la lactation longue? Est-ce que tu as une baisse de production de lait? Comment tu gères ça?Odile Christine: L'hiver, en fait, je me cale sur le changement d'heure. Quand on passe à l'heure d'hiver, je passe à une traite par jour parce qu'elles ont commencé à diminuer, et quand on remet une heure en plus, au mois de mars, je me remets à traire deux fois par jour, parce que là la lactation elle repart vraiment très très bien. Alors c'est sûr que... celles qui ont un petit peu moins de lait, qui sont moins bonnes laitières, elles ont une lactation qui baisse un peu, mais les super laitières, la lactation, elle ne bouge pas du tout. Et ça remonte au printemps comme si elles avaient fait les chevrons. Je trouve ça super. Lennan Bate: Et tu dirais que c'est en lien avec la race? Est-ce que tu penses que toutes les races peuvent... Ah non, moi je pense Odile Christine: que toutes les races. Parce qu'il y a un monsieur qui est en Bretagne qui s'appelle Jean-Yves Riou. Lennan Bate: Oui, je crois que c'est ça. Odile Christine: Je crois que tu as raison. C'est pas vraiment comme ça. J'avais le mot. à la maison, et lui il a des alpines, et lui ça fait je crois 30 ans qu'il fait la lactation longue, et lui il fait des conférences, j'avais été invitée, c'était l'année dernière, mois de mai, il faisait une grande conférence sur les lactations longues, et bon je ne pouvais pas monter parce que c'est pas facile de laisser les lactations, mais voilà pour que les gens connaissent un peu plus On va le laisser grignoter là. Et voilà, lui, il fait, je ne sais pas s'il achète des chevrettes, ou il fait de temps en temps porter une biquette parce qu'il en a de temps en temps des jeunes. Mais lui a un tout petit troupeau, il disait qu'il ne voulait pas plus de 15 à 17 biquettes.Lennan Bate: Oui, c'est ça. Parce que toi, maintenant, tu en as... Odile Christine: J'en ai plus que 21. Lennan Bate: Et avant tu en avais? Odile Christine: Jusqu'à 38, jusqu'à 40 même. Mais voilà, donc là je les laisse tranquillement vieillir et mourir tranquille. Attention, ça passe. Allez les frangines. Ça neige de rue! Lennan Bate: OK, alors comment tu as démarré avec les chèvres? Ça remonte à quand la première chèvre? Odile Christine: Alors, ça remonte à 64 ans, quand ma mère n'avait plus assez de lait pour me nourrir. Du coup, ils ont acheté une chèvre qui avait mis bas dans la journée où ils l'ont achetée. Et voilà, j'ai été nourrie au lait de chèvre. Lennan Bate: Génial. Et quand j'ai raconté cette histoire à quelqu'un, il m'a dit mais elle buvait à même la chèvre? Je pense pas, parce que les chefs, ça fout des coups de patte quand même. De temps en temps, ce serait un peu risqué. Odile Christine: Il y avait un truc rigolo, c'est que je pense qu'au printemps, enfin, ma mère trayait la biquette et le lait tournait. Donc, il me le donnait cru, finalement. Au début, il faisait bouillir, puis après, il me le donnait cru, comme ça. Lennan Bate: Ça va?Odile Christine: Oui, je pense que ça m'a pas mal réussi. Voilà. Lennan Bate: Ok et du coup ensuite tu t'es installée en chèvre? Odile Christine: Ouais alors après quand j'ai eu 16 ans il n'y avait rien qui m'intéressait ailleurs et c'est vrai que la terre ça me parle, la forêt... C'est là où je me sens très, très bien. Et je trouve que les biquettes, c'est un animal super. C'est des super animaux de compagnie qui sont très, très sensibles. Et voilà, du coup, j'ai continué. On en a eu plus et j'ai fait toute ma carrière là-dedans. Lennan Bate: Et donc pour situer, parce que là il n'y a que l'audio qu'on va entendre, donc on est où et c'est quoi ton environnement, comment ça se passe avec les chèvres, où est-ce que vous allez? Odile Christine: Alors on est dans la forêt, alors il faut que je dise à peu près les arbres qu'il y a? Lennan Bate: Tu décris ce que tu vois. Odile Christine: Alors il y a des endroits où il y a plus de chênes verts, Il y a des endroits où vraiment on a beaucoup de chênes verts, d'autres endroits où on a des chênes blancs, il y a des ducades, des ronces, des oliviers sauvages qui restent des anciennes plantations. Après il y a beaucoup de la broussaille parce que les biquettes évidemment c'est ce qu'elles préfèrent le plus, la broussaille. Et du pain aussi, on a des pains. Plusieurs catégories de pains. On a du pain d'Alep, du pain blanc, du pain... Je ne sais plus comment ça s'appelle celui-là.Lennan Bate: Celui-là, ce n'est pas le pain d'Alep? Odile Christine: Peut-être bien. Et ça y est, l'autre. Lennan Bate: Le maritime. Odile Christine: Ah oui, le maritime, c'est ça. Le maritime et du pain d'Alep. Parce que là-bas, on a des longues aiguilles. Lennan Bate: D'accord. Odile Christine: Et puis après on a du schiste, le schiste cotonneux, voilà. Lennan Bate: Oui, il y a de quoi faire. Odile Christine: Oui, bon, le schiste, elle ne le mange pas. Je ne sais pas si c'est quelque chose qu'elle mange. Lennan Bate: Et donc tu les gardes tous les jours? Odile Christine: Ouais, tous les jours on part dans la forêt, au moins deux heures ou deux heures et demie pour qu'elles mangent de la groussaille et puis après elles mangent de l'herbe ou ça dépend de la saison du foin, voilà parce que l'été il n'y a pas grand chose dans les champs et du coup après elles sont au foin, un peu de buzères. Lennan Bate: Donc parce qu'il y a un truc, moi je me souviens une fois tu m'avais dit qu'il y avait des gens de l'agence de la forêt qui étaient venus et qui avaient étéagréablement surpris de voir comme cette forêt, elle se régénérait bien, il y avait plein de jeunes arbres, et surtout il n'y a pas de risque de feu ici, grâce à l'action de l'échever. Odile Christine: Bah écoute, j'espère. Après c'est vrai qu'elles ne sont pas parquées, donc du coup elles abîment moins aussi, parce que quand elles sont parquées, elles abîment, ce qui les laisse un peu trop longtemps, et du coup elles abîment la forêt. Et puis bon, c'est vrai qu'il y a des chevreuils aussi qui s'occupent de la forêt en ce moment. Lennan Bate: Et du coup, la bonne santé de tes chèvres, il y a cet élément-là, le fait qu'elles ne portent plus de petits au niveau hormonal, disons que ça fait un stress en moins. Odile Christine: Marie-Claude Bon, pour moi oui, parce que je trouvais qu'en vieillissant, ça me stressait beaucoup les mises bas, parce qu'il y a des moments où les bébés quand ils étaient un peu coincés, je n'avais plus assez de force pour les sortir. Et du coup, il fallait faire intervenir le vétérinaire ou faire des césariennes, mais les médicates ne supportent pas les anesthésies, chaque fois elles meurent. Voilà, et

    46 min
  3. 11 FÉVR.

    32 - Pourquoi cohabiter avec le castor avec Cécile Auberson

    LIENS :  https://emilyfairfaxscience.com/research/   conseil-castor.ch   Société française pour l'étude et la protection des mammifères https://www.sfepm.org/le-castor-deurope.html   Office Français de la Biodiversité https://ofb.gouv.fr/especes/castor-europe-castor-fiber   Livre Les milles vies du Castor https://boutique.salamandre.org/les-mille-vies-du-castor.pdt-1461/     Dans les années 1960, Robert Paine et son équipe ont mis en lumière des principes écologiques fondateurs avec leur expérience sur les bassins à marée basse du litoral Nord américain. Une de leur trouvaille, c’était l’existence et l’importance d’espèces clé de voute. C’est à dire une espèce caractérisée par la qualité, le nombre et l'importance des liens qu'elle entretient avec son habitat et les autres espèces. Et en entendant Cécile Auberson me parler du castor, impossible de ne pas sentir comme nos besoins, en tant que société et habitant de la terre, sont alignés avec l’impact du castor sur les écosystèmes. Pourtant nous entretenons avec le castor une longue histoire de chasse qui a mené a sa quasi disparition en Europe. Le rôle de Cécile est de comprendre l’impact du castor, le quantifier et le prédire afin de permettre que son retour à travers nos paysages soit bien compris et bien accueilli. Parce que lui aussi peut, pour certaines communautés, être aussi clivant que l’ours ou le loup. Alors soyons curieux et découvrons les extraordinaires interrelations du vivant. Transcription :    32 - Pourquoi cohabiter avec le castor avec Cécile Auberson Cécile Auberson: on sécurise les surfaces pour la nature aménagées par le castor. Parce que de nouveau, un castor, il est hyper adaptable et il n'a pas besoin de nous pour sécuriser les surfaces. Lui, il a besoin juste d'eau, de nourriture, comme je l'ai dit, et il s'installe où il veut, en fait. Après, c'est comment nous, est-ce qu'on arrive à réagir à sa présence? Et comment est-ce que nous, on arrive à cohabiter avec lui? Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture réellement bénéfique pour tous? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Alors, il ne s'agit pas du loup ni de l'ours. Pourtant, le petit animal dont on va parler aujourd'hui a pour certains une image assez controversée. Il s'agit du castor. Et donc toi, Cécile Auberson, tu étudies ses impacts, ses comportements et tentes d'améliorer son acceptation en considérant chacun des acteurs qui seront impactés par son retour sur le territoire suisse où tu travailles. Pour commencer, est-ce que tu peux nous dresser un historique de la relation humain-castor? Cécile Auberson: C'est une relation qui n'a pas toujours été simple. Le castor a quasiment été éradiqué au début du XXe siècle. En Suisse, déjà en 1820, on a tué le dernier castor du territoire pour trois raisons. Pour la viande qui était consommée demanière régulière. Pour le castoreum, qui est une substance qu'il a utilisé pour marquer son territoire et qui était très utilisée, très recherchée dans la pharmacopée. C'était une substance qui était censée guérir tous les petits maux, tous les bobos. Lennan Bate: Aussi dans la parfumerie, non? Cécile Auberson: Oui, la parfumerie aussi, exactement. Et toujours aujourd'hui en fait, mais aujourd'hui on utilise du castorium de synthèse, des composés de synthèse. Donc on ne tue plus de castor aujourd'hui pour la parfumerie. Et puis on utilisait aussi sa fourrure, énormément. Il a une fourrure, l'une des fourrures les plus denses du règne animal. Comme il y a beaucoup d'animaux aquatiques, semi-aquatiques, on pense à la loutre aussi, qui ont une fourrure extrêmement dense, forcément parce qu'ils en ont besoin pour survivre dans l'eau l'hiver aussi. Et puis, du coup, il a des poils de bourre, donc c'est le sous-poil qui est extrêmement chaud et qui feutre extrêmement bien. Et puis, il était très recherché, du coup, par notamment les chapeliers qui faisaient des chapeaux en poils de castor. Et au 16e, 17e siècle, les chapeaux en poils de castor étaient vraiment hyper à la mode, ce qui a conduit à une quasi-éradication du castor d'Europe dans un premier temps. Puis après la chasse, une fois que les stocks de castor, en guillemets, en Europe étaient complètement vidés. Ils sont allés en Amérique du Nord pour chercher l'espèce voisine, donc l'espèce nord-américaine. On a Castor fiber en Europe, Castor canadensis en Amérique du Nord. Et puis ils ont commencé à chasser là-bas aussi à grande échelle. Donc voilà pour le début un peu de la relation qu'on a eue, on a vraiment complètement surexploité en fait cet animal. si bien qu'en Europe, je dis Europe mais c'est l'Eurasie, c'est le castor, il s'appelle le castor d'Europe mais il est répandu sur toute l'Eurasie en fait, originellement donc de l'Espagne, du Portugal jusqu'à l'Est de la Russie en Chine et puis donc il y avait environ à l'époque on estime 100 millions de castors d'Europe et puis on a laissé entre 1000 et 2000individus en vie au début du XXe siècle. Donc il a vraiment réchappé de peu à l'extinction. Et c'est grâce à des naturalistes en Suisse assez motivés qui se sont rendus compte qu'il manquait quelque chose, il manquait une force créatrice dans nos rivières. C'est eux qui ont décidé de réintroduire le castor dans le pays. entre les années 50 et 60. Lennan Bate: Dans l'ensemble de l'Europe? Cécile Auberson: Oui, en Suisse. Là, je parle vraiment de la Suisse, mais il y a eu des initiatives similaires un peu partout en Europe. Après, les premières réintroductions ont eu lieu déjà dans les années 30, en Finlande, par exemple. Mais là, il y avait plutôt une idée de réintroduire le castor pour l'exploiter de nouveau comme fourrure pour la viande. Il y avait moins cette idée de de rendre aux rivières un élément qui lui manquait, un élément naturel, en fait. Et ça, c'est plutôt vraiment dans les années 50 que ça a commencé à se développer, cette pensée-là. Il y a différents autres pays qui ont suivi. Par exemple, là, aujourd'hui, on est en 2025 en Angleterre et en Écosse. Ils réintroduisent vraiment le castor à grande échelle, mais là, c'est encore un stade de pensée plus loin. Maintenant, ils réintroduisent les castors là-bas, notamment pour leur effet sur la rétention de l'eau, et donc dans une idée de protection contre les crus. En Californie, c'est l'effet inverse. On va réintroduire le castor pour lutter contre les incendies, contre les feux de forêt. Donc maintenant, aujourd'hui, on est vraiment passé par une phase où d'abord on a réintroduit le castor en années 30 pour l'exploiter de nouveau. Ensuite, années 50, on était un peu dans une idée de réparation, rendre à la nature ce qui lui manque. Et puis aujourd'hui, progressivement, on passe dans une phase maintenant où on va réintroduire le castor pour les services écosystémiques qu'il peut nous rendre.Lennan Bate: Justement, toi tu parlais de son rôle pour la réhydratation du paysage, la gestion des potentiels feux en Californie. C'est quoi le rôle du castor dans l'écosystème? On parle souvent d'une espèce clé de voûte. Quel rôle il a? Quel impact il a sur l'écosystème? Cécile Auberson: On l'appelle clé de voûte, on l'appelle aussi des fois ingénieur de l'écosystème parce qu'un castor, dans l'imaginaire collectif, il y a tout le monde qui a à peu près cette idée, cette image du castor. il abat des arbres, il construit des barrages et puis il inonde un peu des surfaces. Mais en fait, et c'est très précisément ce qu'il fait, mais en faisant ça en fait il va modifier son environnement comme aucune autre espèce parce que grâce à ses capacités là, notamment d'abattage des arbres, typiquement si on pense à une forêt fermée où il y a un petit ruisseau qui coule au milieu, Tout d'un coup on a un castor qui arrive, il commence à abattre des arbres, puis on se retrouve avec tout d'un coup une petite clairière à un endroit où il n'y avait pas du tout cet habitat-là. Donc le castor est vraiment capable de créer de multiples petits habitats où avant il y avait quelque chose de très uniforme peut-être. Et puis c'est pour ça aussi qu'on l'appelle clé de voûte, c'est parce que grâce à toutes ces actions qu'il va avoir sur l'écosystème, il va permettre aussi le développement de très nombreux autres espèces. Et puis on peut penser à l'activité d'abattage d'arbres, qui permettent d'ouvrir des clairières. On peut penser à la construction de barrages qui vont créer des surfaces d'eau stagnantes, là où on avait une rivière qui était courante, avec des zones d'eau plus profondes, moins profondes. Tout ça, c'est une petite niche différenciée qui permet à d'autres espèces de se développer. Il y a aussi l'activité de creusement, Donc il va creuser dans la berge que ce soit pour installer un terrier, que ce soit pour créer des petites niches où il peut se réfugier en cas de danger ou carrément des canaux. Les castors sont vraiment capables de créer des véritables canaux pour accéder à une ressource plus éloignée de la rivière. Il y a aussi tout le bois mort qui va amener dansle co

    50 min
  4. 29/12/2025

    31 - Bien-être animal avec Luc Mounier

    Le bien-être animal est aujourd’hui au cœur de nombreux débats, mais il reste souvent mal compris. Entre idées reçues, injonctions sociétales et réalités de terrain, une question essentielle demeure : de quoi parle-t-on vraiment quand on parle de bien-être animal ? Pour en discuter, j’accueille Luc Mounier qui travail depuis plus de 25 ans à VetAgro Sup. Responsable de la chaire Bien-Être Animal et expert auprès du ministère et du Parlement européen, il travaille sur les filières bovines, porcines et volailles et nous aide à faire le lien entre science, élevage et société. Dans cet épisode, nous allons revenir aux fondamentaux : comment définir les besoins des animaux, quel rôle joue l’éthologie, et en quoi le bien-être animal impacte la santé, la productivité, l’environnement et les choix de société. Un échange pour dépasser les oppositions simplistes et remettre de la nuance au cœur du débat. LIENS :  https://chaire-bea.vetagro-sup.fr/   https://www.cnr-bea.fr/   https://www.anses.fr/fr   https://www.sismique.fr/ Transcription :  31 - Bien-être animal avec Luc Mounier Luc Mounier: C'est pas la faute des éleveurs, le système dans lequel on est. C'est la faute de tout le monde. Tout le monde a été dans ce système-là. A la sortie de la guerre, on a dit aux éleveurs, il faut produire. On a mis des zootechniciens en leur disant, voilà comment on va produire. Le consommateur s'est mis à manger de la viande midi soir, midi soir, à un prix défiant toute concurrence. Donc, il était bien content. Les politiques ont été dans ce système-là. Donc, c'est la faute de tout le monde. C'est la faute du système. C'est pas la faute de l'éleveur. La majorité des éleveurs que je connais, aiment leurs animaux et aimeraient bien avoir un système qui soit plus propice au bien-être des animaux, c'est évident. Mais il faut aussi qu'ils puissent manger, qu'ils puissent rembourser les investissements qu'ils ont fait. Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Le bien- être animal est un terme omniprésent aujourd'hui, souvent débattu, parfois instrumentalisé et surtout entouré de nombreuses idées reçues. J'ai donc demandé à Luc Mounier, qui est enseignant bien-être animal chez Vetagro Sub depuis plus de 25 ans, de nous éclairer sur ce sujet complexe. Donc voici un épisode pour prendre du recul, déconstruire les idées reçues et comprendre pourquoi une approche holistique du bien-être animal est aujourd'hui essentielle, que ce soit pour les animaux, leséleveurs, l'environnement et notre société dans son ensemble. Tu enseignes le bien- être animal depuis 25 ans chez Vetagrosup et t'es aussi responsable cher bien-être animal. Alors avant de commencer, est-ce que tu peux te présenter, peut-être nous parler comment t'en es venu à devenir prof. Luc Mounier: De bien-être animal ? Alors ça c'est une longue histoire et c'est complètement le hasard. J'étais étudiant à l'école Veto à Lyon, donc qui est devenu Vetagrosup. et je m'occupais pas mal des associations étudiantes. Et le directeur de l'époque m'a dit, à la fin de mes études, « Mounier, ça serait pas mal que vous restiez. » Et il m'a dit, il y a une discipline qui va se développer, et ça, c'était en 2000-2001. C'est le bien-être animal. Moi, je voulais faire vétérinaire à la campagne, je voulais faire vétérinaire rural, aller faire des césariennes, soigner des vaches, des choses comme ça. Puis j'avais un attrait J'étais curieux, j'avais un attrait pour l'enseignement, je lui ai dit pourquoi pas. Et il m'a dit dans ce cas-là, si tu veux faire ça, il faut faire ta thèse à Clermont-Ferrand. Il y a une équipe, c'est des experts du bien-être animal, c'est les seuls qui travaillent là-dessus actuellement. Et donc, il m'a envoyé là-bas. Je me suis intégré à l'équipe. Je suis revenu à l'école Véto où j'ai passé les concours pour devenir prof. En zootechnie, donc c'est l'étude des élevages, je restais sur ma discipline, et bien- être animal. Et les deux sont étroitement liés. Mais au début, je n'avais aucun attrait particulier pour le bien-être des animaux. On n'en parlait pas. On m'avait appris la zootechnie, on m'avait appris la production, on m'avait appris éventuellement le confort des animaux, mais c'était loin du bien-être. Et je suis rentré dans cette discipline. J'étais un des premiers. En tous les cas, j'étais le premier à l'enseigner dans une école véto. Et ce qui fait qu'après, petit à petit, ça s'est construit comme ça. J'ai participé à des projets européens, j'ai monté mon enseignement, j'ai fait des collaborations. Mais au début, ça vient vraiment de mon investissement associatif où le directeur m'a dit « Mounier, ce serait pas mal que vous restiez ». Et il y a une discipline qui se développe.Et depuis, je suis resté dans le domaine parce que je trouve que c'est hyper intéressant. On a une vision systémique de l'élevage. qui m'intéresse et qui m'a permis de découvrir et de rencontrer des gens extrêmement. Lennan Bate: Intéressants sur des thématiques assez variées. Super, on va pouvoir décortiquer un petit peu ça. Mais pour commencer, est-ce que tu peux définir. Luc Mounier: Ce qu'on appelle le bien-être animal ? Il y a une définition officielle qui a été définie par l'ANSES en 2018, alors il y en a d'autres. Mais celle de 2018 de l'ANSES, j'ai participé au groupe de travail et ce n'est pas pour ça que je l'aime bien, mais je la trouve extrêmement intéressante. parce qu'elle recentre l'animal comme étant l'acteur du bien-être des animaux, vraiment, et elle dit que le bien-être des animaux dépend de l'état mental et physique des animaux, et que ça dépend de la perception qu'il a de l'environnement. Et ça, c'est extrêmement important, parce que le bien-être, il faut toujours prendre en compte l'animal, et c'est toujours l'animal qui a raison, Et pendant très longtemps, on a fait plutôt de la bien-traitance, on a essayé de mettre des conditions qui étaient favorables à l'animal, mais sans regarder vraiment ce que l'animal nous disait. Et avec cette définition, on replace bien la notion d'être sensible, qui est inscrite dans la loi, qui veut à la fois tout dire et rien dire, enfin qui n'est pas suffisante en tous les cas en tant que tel, être sensible. Et donc, c'est un état mental. Et cet état mental, il dépend de la perception. que l'animal a de la situation, à la fois de son environnement physique, de son interaction avec les humains, avec ses congénères, mais aussi de sa propre expérience, et donc ça va influer. Et donc, dans une même situation, les animaux auront des bien-êtres qui sont différents. Et donc ça, je trouve que c'est extrêmement important. Et tout ça, c'est basé sur la capacité des animaux à ressentir des émotions. En fait, ils peuvent être tristes, ils peuvent être joyeux, ils peuvent être frustrés. Et donc ça génère un état mental qui va être plutôtpositif ou plutôt négatif. Donc ça, c'est la définition que j'aime bien. Après, il y a des définitions qui sont plus opérationnelles, parce que sur le terrain, état mental et physique, c'est parfois un peu compliqué. Et donc, on utilise des définitions opérationnelles. La plus connue, c'est celle qu'on appelle le principe des cinq libertés. Il y a cinq grandes catégories de critères à respecter. Pour garantir le bien-être des animaux, je vais en donner 2-3. La première, il ne faut pas qu'il ait faim et qu'il ait soif. La deuxième, il ne faut pas qu'il soit dans un état d'inconfort. La troisième, il ne faut pas qu'il ressente de douleurs, qu'il ait de blessures ou de maladies. La quatrième, il faut qu'il puisse exprimer son comportement. Et la cinquième, il faut qu'il soit dans un état émotionnel positif. Et donc, ces cinq libertés, on peut les évaluer facilement sur le terrain. C'est pour ça qu'on dit que c'est des définitions opérationnelles et qui font pendant de la définition un peu plus théorique de l'Anses. Voilà, donc c'est les deux grandes définitions qu'on va utiliser. Il y en a d'autres, mais c'est les deux plus connues. Lennan Bate: Et les deux plus faciles à utiliser. Génial, ça me donne bien envie de creuser certains points. Mais avant ça, moi, j'avais besoin de comprendre Je sais qu'il y a eu beaucoup d'évolution. Les anciens pouvaient dire des choses sur ce qui était bien pour les animaux. Aujourd'hui, on a des nouvelles considérations qui peuvent être justes ou fausses. Quel rôle est-ce que l'éthologie a joué dans la prise de conscience du bien-être animal, de ses comportements. Luc Mounier: De ses besoins, des interactions sociales, etc.? Un rôle absolument fondamental. L'équipe où on m'a envoyé en 2001, c'était des éthologues et en fait, c'était les premiers à regarder l'animal. Vraiment, à regarder les réactions de l'animal face à une situation. Moi, j'avais appris plutôt de la zootechnie. On me disait qu'il faut que le bâtiment soit comme ça. Et en fait, j'ai été chez ces experts, ces zoologues. Ils m'ont dit que le bâtiment peut être comme ça. Regarde ce qu

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  5. 18/12/2025

    30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif avec Sylvain Couderc

    Sylvain Couderc   https://www.lesjardinsdelavalette.com/   https://www.lecercle.lesjardinsdelavalette.com/feed   www.spidplant.com   https://brinjel.com/fr/   John Jeavons https://johnjeavons.org/   Eliot Coleman https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=eliot+coleman   JM Fortier https://www.librairie-permaculturelle.fr/recherche?s=jean+martin+fortier   Ben Hartman https://www.claybottomfarm.com/books   Curtis Stone https://theurbanfarmer.co/   Richard Perkins https://www.richardperkins.co/ Transcription :  30 - Maraichage, rentabilité et système bio-intensif avec Sylvain Couderc Sylvain Coudert: Je trouve que parfois, ce n'est pas assez fait par les jeunes maraîchers. Il faut vraiment aller voir ailleurs et aller voir dans d'autres fermes parce qu'il y a des choses, tu vas peut-être le découvrir par toi-même, sauf que si on te le dit, tu vas gagner des années. Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Ayant grandi en ville, ma première réelle reconnexion au vivant s'est faite avec les mains dans la terre, à récolter mes premiers légumes. Pour reprendre conscience de la magie du vivant et la générosité de la terre, rien de tel que de voir une graine germer devenir peu à peu une salade ou une tomate. Ou bien de sortir de terre des pommes de terre ou des carottes. Mon premier mentor, Léo Drevet, était maraîcher et mes premières lectures ont donc assez naturellement été Elliot Colleman John Jeavons ou encore Jean-Martin Fortier. Plus tard, j'ai beaucoup appris des approches de rentabilisation et d'optimisation fonctionnelle d'autres maraîchers tels que Curtis Stone, Ben Hartmann ou encore Richard Perkins. Le maraîchage est l'une des portes d'entrée les plus fréquentes pour ceux qu'on appelle les NIMA, les nouveaux installés du monde agricole, parce qu'il faut moins de terre et moins d'investissements pour se lancer, etaussi souvent parce que les légumes sont plus faciles d'accès que les animaux par exemple. Pourtant, le maraîchage diversifié est extrêmement complexe. Les types de sols, les microclimats, les dizaines et dizaines de légumes à maîtriser tout au long de la saison et l'enjeu de la vente directe sont qu'un imperçu de tous les aspects qu'il faut apprendre à maîtriser afin de créer une entreprise de maraîchage rentable. Entre la culture en serre, le plein champ non irrigué, l'attraction animale, le biointensif et j'en passe, les types de maraîchage sont multiples et complémentaires. Alors aujourd'hui c'est la méthode biointensive dont nous allons parler et pour ce faire je reçois Sylvain Coudert qui est fondateur des Jardins de la Valette, maraîcher biointensif, formateur et cofondateur de Speedplant qui conçoit des outils professionnels pour maraîcher. Alors bonne écoute ! Je me souviens d'une discussion avec un collègue maraîcher au marché de Saint-Giron en Ariège où je suis. qui me disait non, mais vraiment, c'est pas possible. Le maraîchage, ça paye pas. Vraiment, c'est pas possible de faire du maraîchage et d'en vivre. Et j'ai été très frustré parce que moi, ça marche. Après, ça demande pas mal de travail, de réflexion, d'aménagement. Il y a des décisions à faire, des choix à faire. Et du coup, c'est un peu pour ça que je voulais en parler avec toi. essayer de voir un peu décortiquer à quoi ça tient, qu'est-ce qu'il faut pour penser à une entreprise maraîchère qui tourne et de pouvoir en vivre. Mais donc avant qu'on creuse ce sujet plus en détail, est-ce que tu veux bien te présenter, nous parler de toi, ton parcours, ce que tu fais et comment t'en es venu à. Sylvain Coudert: Faire ça ? Donc moi je m'appelle Sylvain Coudert, je suis maraîcher depuis 2012, fin 2011 exactement. Je me suis installé sur la ferme familiale, la ferme de mes grands-parents. J'utilise la méthode buentensive depuis toujours, depuis le tout début. Alors moi je ne suis pas issu du milieu maraîcher. J'ai fait des études électrotechniques et je me suis reconverti, je crois que j'avais 27 ans à l'époque, dans le maraîchage. Donc ça fait 12-13 ans maintenant que je suis maraîcher, donc je suistoujours maraîcher. Je développe aussi des formations depuis quatre ans maintenant à côté, en parallèle de cette activité-là, pour transmettre ce que j'ai appris et ce qui me semble bon. Lennan Bate: Dans le maraîchage. Alors tu parles de la méthode biointensive, est-ce que tu veux. Sylvain Coudert: Bien la présenter, de quoi il s'agit ? La méthode biointensive, ça vient d'un système des maraîchers parisiens, enfin maraîchers, on va dire citadins, au début du siècle, ou plutôt dans les années 1800-1850, C'est un peu le début de la spécialisation de l'agriculture. Peut-être que jusqu'avant les années 1800, les agriculteurs étaient surtout en polyculture élevage et ils avaient des activités à côté où ils pouvaient cultiver quelques légumes. D'ailleurs, c'est resté longtemps dans les campagnes comme ça. Mais il y a eu à un moment donné cette spécialisation, notamment dans les grandes villes, Paris, Londres, les grandes villes européennes, Bruxelles. Il y a peut-être un problème de foncier à l'époque, mais c'était pas comme aujourd'hui. Ils produisaient sur ces petites parcelles, apportaient leurs légumes à la ville et revenaient. avec énormément de matière organique à l'époque, parce qu'à l'époque c'était encore les chevaux qui dominaient les transports, et donc ils avaient accès comme ça à une matière organique importante. Et ils ont développé des techniques sur toute petite surface, donc c'était généralement des parcelles de moins de 8000 m², très cultivées, et à plusieurs personnes, on a des écrits là-dessus, où ils étaient assis, 7 travailleurs, moins de 8 millimètres carrés, et ils produisaient comme ça plusieurs tonnes de légumes qu'ils apportaient dans les capitales. Et ce terme bio- intensif, c'est un anglicisme qui a été rapporté je pense de Paris-Lutte ou Allemagne, je ne sais pas ce que ça a été introduit. Ça vient de « biologic intensive method », « French method » même au départ. Donc c'est d'avoir une vie intense. Alors c'est vraique quand on utilise le mot « intensif » en français, ce n'est pas toujours bien compris et connoté. mais ça vient vraiment d'une activité biologique intense dans nos sols, ça vient de là. Et c'est un terme que moi je garde et que j'emploie encore aujourd'hui pour expliquer mon maraîchage parce que ça reprend justement cette méthodologie avec la modernité. Lennan Bate: De 2020-2025, mais ça vient de là, de cette base. Si on se balade dans tes jardins, à travers ton maraîchage, à quoi ça ressemble ? Qu'est-ce qu'on verrait et en quoi ce serait différent. Sylvain Coudert: D'Un autre type de maraîchage, peut-être plus classique, plus conventionnel ? Oui, parce que c'est vrai que je parlais de l'origine, mais je n'ai pas vraiment décrit ce que c'était. Déjà, peut-être quand même la taille, comme les maraîchers du début, c'est que c'est tout petit. Moi, si on prend ma surface, grosso modo, vue du ciel, de mes cultures, on est à moins de 5 000 mètres carrés. Donc ça, c'est déjà le premier élément. Deux personnes à temps plein à travailler sur cette surface, c'est une première spécificité, c'est la taille. Deuxième spécificité, c'est qu'on est en planche permanente, c'est qu'il y a une standardisation et un découpage au fil des ans, elles sont tout le temps là, tout le temps au même endroit. Elles font toutes 75 cm, avec des passepieds de 45 cm, et dans mon cas, elles font toutes 20 m. Donc ça, c'est aussi une spécificité d'avoir cette standardisation. Alors, tu peux être en bio- intensif et avoir des tailles un peu différentes, mais généralement, on retrouve ce standard-là et surtout cette standardisation dans tous nos jardins, parce qu'on a découpé notre parcelle, même si elle ne fait que 5000 m², de 12 planches qui vont tourner en rotation sur 7 ans. Et dans mes serres, pareil, je vais avoir 6 blocs qui vont tourner sur 6 ans. Donc toujours avec la même longueur, toujours cette même standardisation. Ça, c'est vraiment un point qu'on retrouve partout dans la méthodebiointensive. La taille, donc petite, standardisée. Troisième point, je pense que c'est l'apport quand même important de matières organiques, comme ils faisaient au début du siècle. parce qu'on est sur petite surface, donc on a accès aujourd'hui à la matière organique différente, nous dans notre cas ça va être du compost de déchets verts, qui est aussi finalement produit par les villes, donc on est comme au début du siècle, on récupère cette matière organique qui est produite par les villes ou par les citadins, et que nous on va utiliser, c'est plus le fumier du transport, mais c'est quand même aussi finalement un peu le même rôle qu'on récupère. Donc ça c'est un élément, c'est le troisième élément. Et puis très diversifié, ça aussi. Souvent dans le maraîchage on va trouver, déjà quand on parle de 10-15 légumes, on est déjà dans un système diversifié. Moi j'ai envie de d

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