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Courts propos improvisés et quotidiens,

A propos de tout et de rien.

Improvisations (le podcast‪)‬ Aldor

    • Society & Culture

Courts propos improvisés et quotidiens,

A propos de tout et de rien.

    Bonne appétence !

    Bonne appétence !

    Il y avait le goût, le désir, la tendance, l’inclination, le penchant, l’amour, éventuellement, mais c’est désormais l’appétence seule qui demeure, traînant de note de travail en conversation de machine à café, se répandant de bureau en salle de réunion, sautillant de discours en planches de présentation, dégoulinant des plans d’action pour envahir les revues stratégiques.

    Ah ! L’appétence ! Qu’elle est belle et légère, aérienne, délicate ! On est loin de la grossièreté charnelle et intestinale de l’appétit et du désir ! On est dans la nuance et la grâce de l’euphémisme, de l’effacement progressif du sens, celui qui, à explique, préfère explicite, au répond, préfère adresse, et au bonne préfère belle. Ne pas heurter, ne pas affirmer, s’évanouir.

    Honnis soient les dinosaures du goût et du penchant ! Cachez ce goût que je ne saurais voir !

     

     

    • 1 min
    Texture

    Texture

    Dans La source vive (The Fountainhead), Ayn Rand dresse le portrait et fait l’apologie d’un architecte brillant qui conçoit et construit des bâtiments audacieux et intransigeants faits de grandes masses et de lignes droites.







    Elle raille, symétriquement, les architectes moins novateurs qui bariolent leurs constructions de colonnes, frises et autres fanfreluches.







    Howard Roark, le héros, est un personnage épique : il est beau, sûr de lui, digne, intransigeant ; il en va de même de celle qu’il aime et ce couple sublime fait penser aux statues héroïques des arts nazi et stalinien : des dieux à la mâchoire carrée et aux muscles tendus, descendus parmi nous pour y incarner l’élan vital.















    Tout en lignes et en force, son architecture est à son image : de grands pans, de larges surfaces, une géométrie deployant dans l’espace la grandeur de l’homme.







    Et pas de texture. Du lisse fait d’acier ou de verre car la geste est dans la masse et non dans le détail, dans la ligne et non dans le grain.







    Il y a, dans ce dédain de la texture, qui pourtant crée l’intimité, le contact, la proximité, une recherche éperdue et tragique de la pureté. Ne rien mêler, ne jamais faiblir, rester virginal comme Hérodiade ou Antigone, refuser les compromis à la Créon, ne jamais céder à la tentation de l’humain, en oubliant que si humain signifie parfois trop humain et ses compromissions, il signifie aussi, et de façon probablement indissociable, accessible à la pitié, à la tendresse, à l’amour, à ce retournement des choses que permet l’acceptation de ses faiblesses.







    Décidément, à Simone Weil, je préfère Etty Hillesum.







    La photo a été prise au MUCEM, à Marseille, bâtiment qui si joliment jpie des textures et des lumières.

    • 5 min
    Parler ou penser, il faut parfois choisir

    Parler ou penser, il faut parfois choisir

    Toutes ces forêts qui, un peu partout, brûlent, toutes ces catastrophes qui se produisent ou se profilent, et, au même moment, les Jeux olympiques, suivis avec passion. Du rapprochement de ces deux événements, beaucoup tirent la formule : “Du pain et des jeux”, “Panem et circenses”, dans sa version latine, par analogie avec l’abrutissement du peuple romain quand l’Empire s’écroulait.

    C’est une analogie intéressante, et qui donne à penser. Sauf qu’à force d’être inlassablement répétée, ressassée comme j’imagine assez bien que Monsieur Homais le ferait avec ses idées toutes faites, elle perd toute vertu et devient une formule creuse.

    Et il en va ainsi de tous les mots, de toutes les formules, de toutes les explications qu’on utilise trop.

    On a, face à un phénomène social, trouvé un angle d’analyse riche et pertinent qui permet de découvrir et comprendre plein de choses, de voir apparaître l’ordre et la cohérence là où ne semblaient régner que l’informe et le disparate ; on a trouvé une clé qui ouvre plein de portes et permet d’éclairer le monde d’un jour nouveau ; on a mis un nom sur cette clé : la lutte des classes, le complotisme, le capitalisme, la bêtise, le système, le pain et les jeux, Orwell, La Boétie, etc. Mais voici que cet angle d’analyse, ce mot, cette formule, qui apportait quelque chose de neuf quand il avait été trouvé, on se met à le répéter comme une litanie, comme un mantra magique se suffisant à lui-même, comme s’il suffisait de le dire pour que tout soit dit. Et la pensée, alors, se fige : la formule, qui nous aidait à réfléchir, devient une entrave à la réflexion. Dans sa fixité et sa pérennité, le mot empêche de distinguer la diversité, la vivacité, la fluidité des choses réelles : nous sommes engoncés dans une explication, dans une analyse qui ne parvient plus à s’accrocher au réel parce qu’elle s’accroche aux mots. A vouloir absolument mettre des mots sur les phénomènes, nous ne pouvons plus les penser.

    Et peut-être (est-ce que veut me dire Katia ?) cela vaut-il aussi pour l’expression des sentiments  : à vouloir trop dire “Je t’aime”, on confond la chose et le mot.



    L’image représente une gargouille du Palais Jacques Coeur, à Bourges. Comme chacun, j’y ai reconnu Le cri, de Munch.

    • 6 min
    Ombre, invisibilité, hommes et femmes

    Ombre, invisibilité, hommes et femmes

    Belle exposition vue hier à Beaubourg sur les femmes et l’abstraction, qui montre que la place et l’apport des femmes à l’art abstrait ont souvent été sous-estimés, négligés, les artistes femmes étant ainsi souvent victimes du phénomène social d’invisibilisation.







    C’est sûrement vrai dans nombre de cas. Celui du Bauhaus, au sein duquel les femmes furent quasi constamment reléguées dans le groupe mercerie, est, de ce point de vue, exemplaire.







    C’est sûrement vrai dans nombre de cas mais ça ne l’est pas forcément partout, et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

























    Certaines des artistes dont les oeuvres sont présentées, notamment celles se réclamant de la théosophie, avaient expressément requis l’anonymat et demandé que leurs oeuvres ne soient rendues publiques qu’après leur mort. D’autres,  parmi lesquelles celle qui figure en illustration de ce papier, intitulée La loi des femmes est vivante sur nos terres, ne sont pas signées.









    Il y a, chez certaines, une volonté de rester dans l’ombre, à tout le moins un désintérêt pour la célébrité.







    Il est certain qu’en très grande partie, ce comportement pourrait lui être considéré comme sexuellement typé et résultant de siècles d’éducation incitant les femmes à rester en retrait tandis que les hommes se mettaient en avant.







    Mais on perçoit bien que cette analyse peut elle-même être retournée : considérer le fait de se mettre en avant comme intrinsèquement supérieur au fait de rester dans l’ombre, cela ne va pas de soi. Considérer que celles et ceux qui préfèrent rester dans l’ombre, cette attitude serait-elle sexuellement connotée, le feraient forcément du fait d’un sentiment d’illégitimité produit de la domination masculine, c’est peut-être l’ultime avatar, et victoire, de la pensée machiste.







    On peut, après tout, n’éprouver aucun intérêt à voir son nom flamboyer sur les murs de Broadway. On peut, comme les constructeurs et les sculpteurs des cathédrales, comme la foule des artistes anonymes, considérer que l’ombre vaut mieux parce qu’elle révèle l’œuvre et qu’il y a plus de dignité, d’honneur et de satisfaction dans l’humilité que dans la course au renom. Peut-être le désir de gloire n’est-il finalement qu’un travers masculin. Et peut-être est-ce s’enfoncer dans cette vision masculine que de mesurer la satisfaction a l’aune de la célébrité.







    Si les femmes sont souvent moins vaniteuses que les hommes, ce ne serait donc pas forcément parce qu’elles le subissent mais parfois parce qu’elles le choisissent.







    Au moins faut-il ne pas éliminer d’avance cette hypothèse.

















    La photo de titre est celle du tableau intitulé Naganampa mantangka minyma tjutaku Tjukurpa ngaranyi alajutu (2018), qu’on traduit par La loi des femmes est vivante sur nos terres, réalisé par un collectif de femmes aborigènes., membres du APY Art Centre Collective.

    • 3 min
    Nudge, Name and shame, puritanisme et khméritude

    Nudge, Name and shame, puritanisme et khméritude

    J’aime bien le nudge et le Name and shame, toutes ces méthodes désormais largement utilisées par les autorités et les forces politiques,  qui visent à substituer au couperet froid et brutal de la sanction diverses formes d’incitation, positives ou négatives. Elles permettent d’atténuer les tensions en incitant avant que ou au lieu de punir.

    Mais il ne faut pas sous-estimer leurs inconvénients et leur danger, qui tiennent en grande partie à leur ressemblance aux méthodes et façons de faire d’un certain puritanisme. Car il y a des façons d’inciter en jetant le blâme et le discrédit qui, tout en étant formellement paisibles, recèlent en elles une réelle violence.

    C’est un peu le climat puritain qu’on trouve dans certaines communautés, notamment religieuses où, en sus des règles clairement établies et passibles de sanctions, existe un catalogue plus nébuleux des comportements corrects et déviants dont le respect ou le non-respect n’est pas juridiquement puni mais moralement, socialement, interindividuellement proscrit et dénoncé. Et où ceux qui ont de tels comportement sont mis au ban sans réel recours puisque cette mise au ban n’est pas en dur mais seulement morale et sociale.

    Alors que ces méthodes, plus doucereuses que vraiment douces, largement fondées sur la glorification de la bien-pensance, ont longtemps été l’apanage des parties les plus conservatrices de l’opinion, qui s’appuyaient sur le clergé – sur les clergés – pour exercer leur pouvoir et leur magistère moral, elles sont aujourd’hui utilisées par d’autres courants. Et c”est un des paradoxes de la situation actuelle que de voir les opposants au passe sanitaire ou à la transition écologique, très souvent issus de la frange la plus conservatrice de l’opinion, s’offusquer de l’ordre moral que leurs adversaires, disent-ils, voudraient imposer.

    Mais ce paradoxe une fois relevé, il ne faut pas en rester là. ‘Car il y a bien, derrière l’expression, évidemment outrancière et caricaturale de “Khmer vert”, un rendu du malaise qu’on peut éprouver devant la tentation que paraissent avoir certains de vouloir non seulement le changement des actes et des façons de faire mais aussi des pensées et des façons de voir. Car une chose est de réclamer, légitimement, plus de sobriété, d’exiger même qu’elle soit instaurée ; et une autre de désigner comme criminels et responsables des malheurs du monde ceux qui n’adhèrent pas à cette pensée.

    Il y a, dans ce glissement de la démarche juridique au jugement éthique quelque chose dont on sent qu’il peut déboucher sur le pire. Et c’est ce glissement qui est au cœur du nudge et du name and shame, méthodes dont je redis en toute sincérité qu’elles ont par ailleurs plein d’avantages.

    Je ne pense pas qu’on puisse sortir de cette contradiction. Il faut seulement en avoir conscience et se comporter en conséquence.



    L’image représente la partie infernale du jugement dernier telle qu’elle est sculptée sur le porche central de la cathédrale de Bourges. Désigner des comportements individuels comme sataniques et conduisant à la damnation éternelle, voici une autre précursion du nudge.

    • 4 min
    Volonté politique

    Volonté politique

    “C’est une question de volonté politique !” – Combien de fois ai-je entendu cette expression, dans mon enfance, et encore ce matin, sur France Culture, à propos de la faim dans le monde.

    Elle est étrange, tout de même, cette expression qu’on emploie justement uniquement pour les problèmes hypercompliqués qui traînent depuis des années, des décennies, des siècles, et qu’on emploie pour signifier que, derrière ces prétendus problèmes, poudre jetée aux yeux du profane, il n’y a en fait qu’un manque de volonté, une absence de courage : la faim dans le monde ? – Bah ! C’est une question de volonté politique ! On voudrait vraiment y mettre fin, ça serait évidemment fait en deux coups de cuillère à pot, car ici comme ailleurs, la sagesse populaire le clame, quand on veut on peut.

    Il y a à nouveau là un avatar de cette croyance, qu’on a tous en tête mais qui n’en est pas moins infantile, à la tout puissance du politique et aux pouvoirs magiques du pouvoir. Il suffirait de gouverner pour que tous les problèmes s’apaisent, pour que les contradictions multiples dont sont tissées nos sociétés disparaissent pour que les nœuds s’évanouissent.

    Je ne parle pas de nœud au hasard. Derrière cette histoire de volonté politique, il y a une sorte de nostalgie du geste d’Alexandre qui, sommé de résoudre un problème irresoluble, choisit de trancher le noeud gordien. L’idée que le rôle du politique, c’est de s’affranchir des règles pour avancer



    La volonté politique, c’est ça : une sorte de coup d’Etat permanent qui se fiche des règles, des traditions, des bienséances comme de sa première chemise parce que l’amoncellement de toutes ces règles et façons de faire finit par imposer l’immobilisme.

    Et aussi convaincus soyons nous de la vertu des processus démocratiques et partagés, nous ressentons parfois des élans rimbaldiens vers la liberté, la sauvagerie, l’action débarrassée de tout ce qui peut l’entraver.

    C’est cela que, par euphémisme, nous appelons la volonté politique.

    “S’en aller, s’en aller, parole de vivant !”, dit Saint-John Perse.

    bien sûr.

    • 1 min

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