Le podcast des Voyages ordinaires

François LOZET

Les Voyages ordinaires, ce sont des livres-objets, des romans fragmentaires, qui explorent des mondes qui ont été et des mondes qui auraient pu être. Ce sont des visages, des silhouettes, des plantes, des animaux, insérés dans une sorte de kaléidoscope d’étonnements, entre êtres vivants et corps imaginaires. Et ce sont aussi des podcast, des univers sonores, des pages jouées, avant d’être imprimées.

  1. EPISODE 2

    Le Podcast des Voyages ordinaires, tome 2, saison 2

    A Kyoto, le jeu commençait à la nuit tombée. On allumait dans la pièce une centaine de bougies. Puis on ouvrait le grand livre des cauchemars. On commençait en riant par se raconter un épisode. On soufflait une bougie. On s’en racontait un autre. On soufflait une autre bougie. Après chaque histoire, et tandis que la pénombre se faisait progressivement plus dense, les apparitions devenaient plus affreuses. Le silence était chaque fois plus long après les rires nerveux, et on acquiesçait vite à la morale, à la damnation de l’amoureuse infidèle ou du criminel tourmenté. Et la nuit continuait de monter. Après deux heures, esprits, monstres, yūrei et yōkaï bougeaient aux coins de la pièce. A la surface de l’eau, un revenant fontinal remplaçait les reflets de visage de passants par le sien, et ses horribles souvenirs prenaient possession de vous. Des créatures ophidiennes s’introduisaient dans les maisons pour vous mordre le cœur ou le sexe. Une femme abandonnée se laissait mourir de faim puis sortait de sa tombe pour vous accueillir et vous faire à manger. En le comprenant, vos cheveux blanchissaient sur le coup. Le bonze accroupi dans le noir et qui vous parlait il y a un instant encore était mort depuis des années. La dernière bougie éteinte, nous étions tous plongés dans le noir. Les esprits étaient conjurés. Retrouvez le roman des Voyages ordinaires (Tome I) en librairie, ou commandez-le ici en ligne. Pour découvrir Wasaburo, pour les plus chanceux, allez le voir chanter au Studio Ki-Yan à Kyoto le 18 avril prochain à partir de 18h, avec Toru Nakajima au trombone et Yu Ma au violon – ou le 8 mai à Kawanishi, préfecture de Hyogo, Asté Hall, concert à 14h.

    5 min
  2. EPISODE 3

    Le Podcast des Voyages ordinaires 2, saison 2

    Portrait d’instant. Rue Saint-Maur, à Paris. Fin de printemps. L’air est saturé de pollens et de gaz d’échappement. Au premier étage d’un immeuble, au-dessus du maigre auvent rouge (qui a voulu faire riche, mais que le passage du temps a rendu sale, et signe à l’inverse l’ambition perdue) surplombant une terrasse de café, je surprends dans l’encadrement d’une fenêtre ouverte une jeune femme qui écrit un texto. Elle tient une cigarette à la main. Aucun passant sur le trottoir ne la remarque. Elle ne remarque personne dans la rue, qu’elle ne regarde pas au reste. Est-elle vraiment là, prise dans sa conversation avec un interlocuteur lointain dont peut-être déjà elle imagine la réponse, et que ressent-elle, machinalement, du vent qui lui soulève légèrement les cheveux, du climat du jour, des discussions qui doivent à moitié lui parvenir des clients attablés, du moteur des voitures qui déplacent leur ombre, ou du regard qui s’attarde sur elle ? Un instant, elle lève les yeux, me regarde, me sourit. Je lui souris aussi et je passe mon chemin. Un peu plus loin, je vois un gamin de cinq ou six ans assis sur sa chaise les jambes ballantes. Il boit un verre d’eau. Je pense à l’atome d’hydrogène, venu de si loin, formé peut-être pendant les âges sombres de l’univers, au cours de la nucléosynthèse primordiale des premiers temps de la naissance du monde : et l’instant, dans sa constellation d’êtres et de choses, particules fantômes incluses, semble si parfait que j’en oublie enfin de penser au souci du jour. Retrouvez le roman des Voyages ordinaires (Tome I) en librairie, ou commandez-le ici en ligne. Que dire de JuliE GAsnieR ? Si vous ne la connaissez pas, il vous faut la connaître. Cela tombe bien, elle sort son album perso « Feux de nuit » le 28 avril, avec un concert de sortie à l’ermitage (Paris 19) le 9 mai à partir de 20h. En attendant, retrouvez-la sur sa chaîne Youtube.

    4 min
  3. EPISODE 4

    Le Podcast des Voyages ordinaires 2, saison 2

    Un jour, alors qu’il prenait le train, Léo se mit à penser : Eh bien voilà, vous êtes voyageur et vous partez, ou vous arrivez. Pour vous, ce sont des événements. Des événements créant – pourquoi pas ? – une histoire. Les histoires, c’est exactement « comme » ça, vous le ressentez comme ça : comme une suite d’événements. Alors, ce peut être un voyage de noces, un retour chez soi, l’ouverture de vacances, une étape sur un chemin d’exil, ce sera toujours le début, le milieu ou la fin d’une histoire. Pour l’employé de la gare ou de l’aéroport, qui reste, renseigne et réceptionne, c’est un quotidien. Ça ne se rappelle pas. Rien à penser de cette mémoire. L’événement aurait été qu’il ne vienne pas au travail. Ces différences vécues occasionnent des malentendus en cascade, les uns prenant l’exceptionnel pour l’ordinaire, tandis que les autres finissent par s’en flatter sans trop savoir pourquoi. Beaucoup de nos somnambulismes et prestiges sociaux jouent de ces quiproquos bizarres ; beaucoup de nos premiers sentiments amoureux ; toute l’aura du lointain peut tenir dans un visage, qu’il soit celui d’un amant, d’une maîtresse, ou d’un personnage de pouvoir  – c’est-à-dire de ce pouvoir sur nous qu’on accorde d’avance à quelques-uns.  Retrouvez le roman des Voyages ordinaires (Tome I) en librairie, ou commandez-le ici en ligne. Une grande vocaliste française du Jazz, sensible et exigeante, suivie par le label Harpo, Cecil L. Recchia. Après « Song of the tree« , « The Gumbo » et « Play Blue« , elle s’est lancée dans la conception de son quatrième album… Vous pouvez la retrouver le 30 avril avec « Play Blue » à « l’international jazz day » le 30 avril au Cazaudehore (IdF), avec « The Gumbo » le 13 mai à Pavillons sous Bois dans le cadre de Pavillons Jazz (IDF), le 14 Mai au Sunside (Paris 1) en Quartet jazz & Jam vocale, le 28 mai avec « Play Blue » au Festival Jazz Dixie Days (Normandie) etc…

    4 min

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Les Voyages ordinaires, ce sont des livres-objets, des romans fragmentaires, qui explorent des mondes qui ont été et des mondes qui auraient pu être. Ce sont des visages, des silhouettes, des plantes, des animaux, insérés dans une sorte de kaléidoscope d’étonnements, entre êtres vivants et corps imaginaires. Et ce sont aussi des podcast, des univers sonores, des pages jouées, avant d’être imprimées.