Histoire des systèmes de pensée - Michel Foucault

Histoire des systèmes de pensée - Michel Foucault

La chaire Histoire des systèmes de pensée est créée en novembre 1969 sur proposition de Jules Vuillemin, professeur du Collège de France de 1962 à 1990. Michel Foucault s'était lié avec lui quelques années plus tôt, lorsqu'il avait accepté d'enseigner la psychologie dans le département de philosophie de l'université de Clermont-Ferrand, dont Vuillemin était alors le directeur. En proposant la création de cette nouvelle chaire, Jules Vuillemin se fait alors le relais de la volonté de Jean Hyppolite, décédé l'année précédente sans avoir pu présenter Foucault, dont il était proche, au Collège de France. En 1969, Michel Foucault est un philosophe auréolé du succès populaire de ses derniers livres Les Mots et les Choses et L'Archéologie du savoir, qui vient de prendre la direction du département de philosophie du jeune Centre universitaire expérimental de Vincennes. Suivant la tradition du Collège de France, il adresse à l'ensemble des professeurs une plaquette pour exposer ses Titres et Travaux, esquisser les grandes lignes de ses enseignements à venir et justifier l'intitulé de la chaire. Par la suite, Jules Vuillemin présente à l'assemblée des professeurs du Collège de France deux rapports soutenant la création de la chaire pour Michel Foucault. Le premier rapport, constitué à partir de celui que Jean Hyppolite avait lui-même établi, est exposé lors de l'assemblée du 30 novembre 1969. Il vise à défendre la création de la chaire au travers de « la nouveauté et l'entreprise qu'elle instituerait », en la situant dans « la tradition de la philosophie, en général et, plus particulièrement au Collège de France ». Il inscrit la nouvelle chaire dans la continuité de « la tradition non cartésienne » développée par Henri Bergson, Maurice Merleau-Ponty, et Jean Hyppolite, sans mentionner le candidat. Le vote a lieu le jour même et la chaire est créée à une majorité de vingt-cinq voix sur quarante-six. Un nouveau scrutin est organisé à l'occasion de l'assemblée des professeurs du 12 avril 1970 afin de désigner le titulaire de cette nouvelle chaire. Jules Vuillemin y présente un nouveau rapport mettant nommément Foucault à l'honneur et revenant longuement sur son œuvre qui suggérait « qu'on pouvait infléchir l'histoire de la pensée vers l'étude des systèmes qui, plutôt que des sciences ou rhapsodies d'opinions, forment des savoirs et qui se trouvent investis dans des institutions, des techniques et des comportements ». Après le dépouillement des trente-neuf bulletins, vingt-quatre sont favorables. Michel Foucault est élu au Collège de France. Le 2 décembre 1970, Michel Foucault prononce sa leçon inaugurale qui sera publiée deux mois plus tard sous le titre L'Ordre du discours. Le philosophe y explore les relations entre pouvoir, savoirs et discours, en mettant en lumière les mécanismes par lesquels le discours est contrôlé, sélectionné, organisé et diffusé dans la société. Il décrit le discours à la fois comme moyen de pouvoir et comme espace de résistance, régulé par des règles et des institutions qui déterminent ce qui peut être dit, par qui, et comment. Il dessine alors un programme de recherche et d'enseignement dans lequel il propose une méthode à la fois critique et généalogique. Ces quatorze années passées au Collège de France seront les témoins des engagements de Foucault tout autant que de l'évolution de ses recherches. Chaque semaine, d'abord le mercredi en fin d'après-midi, puis le matin à partir de 1976, Foucault donnera ses cours qui aboutiront à la publication de Surveiller et punir en 1975 et La Volonté de savoir un an plus tard. L'année 1980 verra son enseignement, formé jusqu'alors d'analyses contemporaines en prise avec l'actualité politique, se muer en lectures méticuleuses et en commentaires d'auteurs antiques. Ce seront les années d'étude des « techniques de soi », qui donneront nais

  1. 19/07/2024

    09 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 9 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 28 mars 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    1 h 48 min
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    06 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 6 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 7 mars 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    1 h 49 min
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    05 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 5 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 29 février 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

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    04 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 4 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 22 février 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    1 h 51 min
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    03 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 3 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 15 février 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    2 h 9 min
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    02 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 2 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 8 février 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    1 h 46 min
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    01 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1983-1984 Cours 1 - Le Gouvernement de soi et des autres : le courage de la vérité Date : 1er février 1984 ------ Le cours intitulé « Le courage de la vérité » est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate (« Criton, nous devons un coq à Esculape ! »), que Foucault, avec G. Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du « dire-vrai » en politique, afin d'établir, pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles. « Il n'y a pas d'instauration de la vérité sans une position essentielle de l'altérité. La vérité, ce n'est jamais le même. Il ne peut y avoir de vérité que dans la forme de l'autre monde et de la vie autre. »

    1 h 33 min
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    10 - Le Gouvernement de soi et des autres

    Michel Foucault Histoire des systèmes de pensée Collège de France Année 1982-1983 Cours 10 - Le Gouvernement de soi et des autres Date : 9 mars 1983 ------ Le cours que Michel Foucault prononce en 1983 au Collège de France inaugure une recherche sur la notion de parrêsia. Ce faisant, Michel Foucault poursuit son travail de relecture de la philosophie antique. À travers l'étude de cette notion (le dire-vrai, le franc-parler), Foucault réinterroge la citoyenneté grecque, en montrant comment le courage de la vérité constitue le fondement éthique oublié de la démocratie athénienne. Il décrit encore la manière dont, avec la décadence des cités, le courage de la vérité se transforme et devient une adresse personnelle à l'âme du Prince, donnant de la septième lettre de Platon une lecture neuve. De nombreux topoi de la philosophie antique se trouvent revisités : la figure platonicienne du philosophe-roi, la condamnation de l'écriture, le refus par Socrate de l'engagement. Dans ce cours, Foucault construit une figure du philosophe, en laquelle il se reconnaît : en relisant les penseurs grecs, c'est sa propre inscription dans la modernité philosophique qu'il assure, c'est sa propre fonction qu'il problématise, c'est son mode de penser et d'être qu'il définit. « La philosophie moderne, c'est une pratique qui fait, dans son rapport à la politique, l'épreuve de sa réalité. C'est une pratique qui trouve, dans la critique de l'illusion, du leurre, de la tromperie, de la flatterie, sa fonction de vérité. C'est enfin une pratique qui trouve dans la transformation du sujet par lui-même et du sujet par l'autre [son objet d']exercice de sa pratique. La philosophie comme extériorité par rapport à une politique qui en constitue l'épreuve de réalité, la philosophie comme critique par rapport à un domaine d'illusion qui la met au défi de se constituer comme discours vrai, la philosophie comme ascèse, c'est-à-dire comme constitution du sujet par lui-même, c'est cela qui constitue l'être moderne de la philosophie. »

    1 h 51 min

Notes et avis

4,5
sur 5
10 notes

À propos

La chaire Histoire des systèmes de pensée est créée en novembre 1969 sur proposition de Jules Vuillemin, professeur du Collège de France de 1962 à 1990. Michel Foucault s'était lié avec lui quelques années plus tôt, lorsqu'il avait accepté d'enseigner la psychologie dans le département de philosophie de l'université de Clermont-Ferrand, dont Vuillemin était alors le directeur. En proposant la création de cette nouvelle chaire, Jules Vuillemin se fait alors le relais de la volonté de Jean Hyppolite, décédé l'année précédente sans avoir pu présenter Foucault, dont il était proche, au Collège de France. En 1969, Michel Foucault est un philosophe auréolé du succès populaire de ses derniers livres Les Mots et les Choses et L'Archéologie du savoir, qui vient de prendre la direction du département de philosophie du jeune Centre universitaire expérimental de Vincennes. Suivant la tradition du Collège de France, il adresse à l'ensemble des professeurs une plaquette pour exposer ses Titres et Travaux, esquisser les grandes lignes de ses enseignements à venir et justifier l'intitulé de la chaire. Par la suite, Jules Vuillemin présente à l'assemblée des professeurs du Collège de France deux rapports soutenant la création de la chaire pour Michel Foucault. Le premier rapport, constitué à partir de celui que Jean Hyppolite avait lui-même établi, est exposé lors de l'assemblée du 30 novembre 1969. Il vise à défendre la création de la chaire au travers de « la nouveauté et l'entreprise qu'elle instituerait », en la situant dans « la tradition de la philosophie, en général et, plus particulièrement au Collège de France ». Il inscrit la nouvelle chaire dans la continuité de « la tradition non cartésienne » développée par Henri Bergson, Maurice Merleau-Ponty, et Jean Hyppolite, sans mentionner le candidat. Le vote a lieu le jour même et la chaire est créée à une majorité de vingt-cinq voix sur quarante-six. Un nouveau scrutin est organisé à l'occasion de l'assemblée des professeurs du 12 avril 1970 afin de désigner le titulaire de cette nouvelle chaire. Jules Vuillemin y présente un nouveau rapport mettant nommément Foucault à l'honneur et revenant longuement sur son œuvre qui suggérait « qu'on pouvait infléchir l'histoire de la pensée vers l'étude des systèmes qui, plutôt que des sciences ou rhapsodies d'opinions, forment des savoirs et qui se trouvent investis dans des institutions, des techniques et des comportements ». Après le dépouillement des trente-neuf bulletins, vingt-quatre sont favorables. Michel Foucault est élu au Collège de France. Le 2 décembre 1970, Michel Foucault prononce sa leçon inaugurale qui sera publiée deux mois plus tard sous le titre L'Ordre du discours. Le philosophe y explore les relations entre pouvoir, savoirs et discours, en mettant en lumière les mécanismes par lesquels le discours est contrôlé, sélectionné, organisé et diffusé dans la société. Il décrit le discours à la fois comme moyen de pouvoir et comme espace de résistance, régulé par des règles et des institutions qui déterminent ce qui peut être dit, par qui, et comment. Il dessine alors un programme de recherche et d'enseignement dans lequel il propose une méthode à la fois critique et généalogique. Ces quatorze années passées au Collège de France seront les témoins des engagements de Foucault tout autant que de l'évolution de ses recherches. Chaque semaine, d'abord le mercredi en fin d'après-midi, puis le matin à partir de 1976, Foucault donnera ses cours qui aboutiront à la publication de Surveiller et punir en 1975 et La Volonté de savoir un an plus tard. L'année 1980 verra son enseignement, formé jusqu'alors d'analyses contemporaines en prise avec l'actualité politique, se muer en lectures méticuleuses et en commentaires d'auteurs antiques. Ce seront les années d'étude des « techniques de soi », qui donneront nais

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