Chez Molière, on ne mange jamais innocemment. À sa table comme dans ses pièces, chaque bouchée révèle un travers, une hypocrisie, une vérité. Bienvenue à la table du plus grand auteur comique français. Chez Molière, la nourriture n'est jamais là pour nourrir. Elle est là pour révéler. Dans ce nouvel épisode d'À la table des illustres, nous partons à la table de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière — acteur, auteur, directeur de troupe et favori de Louis XIV. Un homme qui a passé sa vie à observer les travers des vivants, surtout quand ils avaient la bouche pleine. Dans ses pièces, la table est un véritable théâtre. Dans L'Avare, Harpagon rationne ses repas au point de faire fuir ses domestiques — il invente le zéro déchet avant l'heure, en exigeant un repas fastueux avec presque rien. Dans Le Bourgeois gentilhomme, Monsieur Jourdain commande des festins somptueux pour singer la noblesse — on y mange plus de titres que de victuailles. Dans Dom Juan, le souper funeste scelle un destin. Et dans Les Précieuses ridicules, on se moque des petites bouches qui ne veulent rien avaler. Car Molière a l'œil pour repérer les gloutons prétentieux, les faux maigres, les gourmets de pacotille. Son époque adore les banquets ostentatoires — gibiers rôtis, pâtés, poissons farcis, pyramides de fruits. Il y voit un terrain idéal pour dénoncer les excès des puissants et l'hypocrisie des courtisans. En 1664, il triomphe aux Plaisirs de l'Île enchantée — cette fête d'une semaine à Versailles où l'on mange, où l'on danse, où l'on rit, et où naît la comédie-ballet. Molière observe ce grand banquet royal... et transforme les courtisans en personnages. Mais pour connaître le vrai Molière, il faut quitter Versailles pour la rue d'Auteuil. Au Mouton Blanc, il s'attable avec Racine, La Fontaine, Boileau autour de repas simples — pain, viande froide, bon vin — où les mots valent mieux que les morceaux. Et son péché mignon à lui ? Pas le vin, pas le gibier. Le lait. À la fin de sa vie, souffrant de nombreux maux, ses médecins — ceux-là mêmes qu'il caricature si bien — lui imposent un régime lacté. Boileau se moque gentiment : "Molière boit du lait comme un enfant." Mais c'est ce breuvage simple et modeste qui le maintient en vie. Le 17 février 1673, Molière joue Le Malade imaginaire. Il tousse, il souffre, mais il joue. Il tombe sur scène et meurt quelques heures plus tard. Il devait souper ce soir-là. Il n'y touchera jamais. Le rideau tombe. Et la table reste vide. Un épisode immersif de 10 minutes, avec ambiances sonores, pour découvrir l'homme derrière le masque — et comprendre pourquoi Molière reste, 350 ans après sa mort, le contemporain de chacun d'entre nous. L'histoire racontée par la gastronomie. À la table des Illustres est un podcast culturel qui raconte l’histoire des grandes figures culturelles à travers la gastronomie et le patrimoine culinaire.Un Podcast narratif mêlant récit, ambiance, musiques et archives sonores pour une immersion totale, un véritable plongeon dans l'histoire. Si vous aimez les récits courts mêlant histoire, littérature et gastronomie, pensez à vous abonner : un nouvel épisode sort chaque mardi matin. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.