Afrique mémoires d’un continent explore ce dimanche la société d’initiation Nya, pratiquée chez les Minianka au Mali et destinée à maintenir l’harmonie collective. Bénédictions pour la pluie, la maternité, la protection contre les maladies, fusion avec des esprits… Les cultes sont incontournables dans l’identité d’un peuple. L’arrivée de l’Islam a-t-elle eu un impact sur ces savoirs transmis de génération en génération ? Avec la participation de Jean-Paul Colleyn, anthropologue et cinéaste, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris et professeur à l'université de New York ************************************ Le Nya et la société minyanka : une force spirituelle vivante L'émission nous plonge au Mali, au cœur de la société minyanka, pour explorer le Nya, un culte de possession et une société d’initiation centrale dans l’organisation sociale et spirituelle. Le Nya est une force spirituelle et une pratique coutumière ancestrale, associée à des rituels de possession, de protection, de fertilité et de lutte contre la maladie ou la sorcellerie. Contrairement aux visions coloniales il constitue, loin d’un simple « fétiche », un véritable art de vivre, un lien au monde et à l’ordre social, structuré par la transmission du savoir entre anciens et cadets. Le culte demeure actif dans plusieurs centaines de villages, malgré les transformations contemporaines. Déconstruction de l’ethnologie coloniale et des identités figées Jean-Paul Colleyn critique l’ethnologie coloniale qui a figé les sociétés africaines dans des catégories ethniques artificielles. Il rappelle que les « ethnies » sont souvent des constructions extérieures et que les identités sont en réalité fluides, issues de mélanges, de migrations et d’emprunts culturels. Cette approche remet en cause les visions essentialistes et hiérarchisées héritées de la colonisation. Nya, islam et transformations contemporaines Les cultes de possession comme le Nya n’ont jamais été totalement opposés à l’islam. Celui-ci s’est diffusé au Mali par des voies multiples, parfois pacifiques, parfois violentes, mais a souvent coexisté avec les cultes de possession. Loin d’une opposition frontale, des formes de syncrétisme se sont développées, intégrant des éléments islamiques dans les pratiques traditionnelles. Aujourd’hui, ces cultes sont moins menacés de disparition que de transformation, confrontés aux mutations sociales, à l’urbanisation et au désengagement partiel des jeunes générations, tout en restant des repères symboliques essentiels.