Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 17 HR AGO

    Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre ne baissent-elles pas assez vite?

    La France et d'autres pays pollueurs historiques vont-ils parvenir à atteindre leur objectif de neutralité carbone ? Le rythme de réduction des émissions de CO2 s'essouffle alors que les efforts les moins difficiles ont été accomplis. Elles baissent, mais pas assez vite. Les émissions de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique, n'ont diminué que de 1,5% en France l'an dernier. Elles baissent, c’est déjà ça, pourrait-on se rassurer. Mais on est très loin de l'objectif de 4% par an fixé pour atteindre la neutralité carbone en 2050. On est aussi loin du rythme des années précédentes.   La France n'est pas le seul pays où la baisse est en baisse. L'Allemagne fait pire : ses émissions l'an dernier n'ont diminué que de 0,1%. Autant dire qu'elles n'ont pas baissé, à l'image de l'ensemble des pays de l'Union européenne, avec seulement moins 0,4%. Mais il y a pire encore : les États-Unis. En 2025, l'année du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l'année de la sortie de l'Accord de Paris sur le climat, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de presque 2%, après des années de baisse. En attendant Pékin Sur l'ensemble de la planète, les émissions de CO2 (le principal gaz responsable du réchauffement climatique) ont atteint un nouveau record, en hausse de 1% environ. Tout le monde attend le pic des émissions, et quand elles commenceront à baisser, peut-être dans les prochaines années ? Le signal viendra sûrement de la Chine, le plus gros pollueur aujourd'hui. On se trouve actuellement dans une situation paradoxale : jamais la planète n'a produit autant d'énergie renouvelable, jamais on n'a installé autant d'éoliennes et de panneaux solaires, jamais on n'a produit autant de voitures électriques... Et d'ailleurs, sans elles, sans les technologies vertes, la hausse des émissions de gaz à effet de serre aurait été trois fois plus importante. Le problème, c'est que la demande en énergie augmente encore plus vite. Consommer toujours plus Parce que la population mondiale continue d'augmenter, parce que l'énergie est à la source de la croissance économique, de la production de richesse, du développement, et parce que le modèle économique mondial (consommer toujours plus), entre en contradiction avec la nécessite de faire baisser la température de la planète.  Il est aussi aujourd'hui plus compliqué de diminuer son empreinte carbone. Depuis le début du siècle, on a fait le plus facile : fermer les centrales à charbon, l'énergie la plus polluante, et développer les énergies renouvelables. Mais aujourd'hui on entre dans le dur. Pour résumer le problème, on n'a jamais autant pris l'avion et on n'a jamais autant utilisé de béton.  Problème politique Le transport représente un quart des émissions mondiales de CO2, et le transport aérien et le transport maritime continuent de croître, alors qu'on n'a pas encore la solution pour faire voler les avions sans pétrole. C'est la même problématique pour l'industrie lourde : le frein technologique pour devenir plus vertueuse. Le secteur du bâtiment, gros émetteur lui aussi, peine également à baisser ses émissions. La rénovation thermique des bâtiments, pour qu'on utilise moins de chauffage l'hiver, et moins de climatisation l'été, cela prend du temps et demande de l'argent.   Hier en France, le gouvernement a reconnu que la baisse des émissions de CO2 était « insuffisante ». C'est pourtant lui qui possède les leviers d'action, qui a les moyens d'agir. La réduction des gaz à effet de serre est d'abord le problème des politiques. Même si, à la fin, ce sera notre problème à tous.

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  2. 1 DAY AGO

    Cessez-le-feu en Iran: le biocarburant est-il la solution pour se passer du pétrole?

    Le blocage du détroit d'Ormuz a souligné la dépendance aux énergies fossiles. Pour faire rouler les voitures, des alternatives existent, comme le bioéthanol, produit à partir de végétaux, au risque d'accaparer des terres agricoles au détriment de la sécurité alimentaire. L’effet ne s’est pas fait attendre : sitôt un cessez-le-feu de deux semaines annoncé entre l’Iran, les États-Unis et Israël, le prix du baril de pétrole est largement redescendu en-dessous des 100 dollars. Un soulagement, s’il est confirmé, pour tous les automobilistes de la planète, effrayés par l’explosion des prix de l’essence depuis les premiers bombardements sur l’Iran. En quelques semaines, le biocarburant a ainsi eu le vent en poupe partout dans le monde. Le biocarburant, ou le bioéthanol, est un carburant fabriqué à partir de matière végétale, céréales ou betterave. En France, dans les stations essence, il s'appelle E85 parce qu'il est composé jusqu'à 85% de produits végétaux, le reste étant du pétrole. Hier, avant l’annonce du cessez-le-feu, il s'affichait à 85 centimes le litre, quand le carburant classique coûtait au moins 2 euros. Des automobilistes ont ainsi décidé de passer au bioéthanol, grâce à un petit boitier rajouté dans le moteur. « C’est le fameux boîtier éthanol qui permet de faire des économies au quotidien en roulant avec un carburant made in France et un carburant écologique, expliquait sur France 2 un garagiste, Sylvain Catard. C'est votre budget annuel divisé par deux ». Économique, oui, puisque le bioéthanol permet d’économiser plusieurs milliers d’euros par an. Mais sa dimension écologique est plus controversée. De la nourriture dans le moteur Une voiture qui roule au biocarburant reste une voiture à moteur thermique, et son bilan environnemental « est très mitigé, juge Bastien Gebel, responsable décarbonation de l'industrie automobile au sein de l'ONG Transport et environnement. D'un côté, on a une réduction d'émissions de gaz à effet de serre d'environ 50% par rapport au pétrole, mais je rappelle que la réduction d'émissions de gaz à effet de serre de l'électrique est de 80%. Deuxième point, la question de la qualité de l'air : les résultats des biocarburants sont assez décevants puisqu’ils émettent les mêmes quantités de polluants que les véhicules qui roulent au pétrole ». Surtout, pour produire du biocarburant, on utilise des terres agricoles. Un réel problème dans un monde où tout le monde ne mange pas à sa faim, où il peut y avoir des tensions sur les terres agricoles disponibles. L'an dernier, le Pulitzer Center publiait une enquête très critique sur un projet européen de biocarburant au Congo-Brazzaville qui pourrait menacer la sécurité alimentaire. En Europe, les surfaces agricoles utilisées pour le biocarburant permettraient de nourrir 120 millions de personnes. Le biocarburant, c'est un peu de la nourriture qu'on mettrait dans le moteur de sa voiture. La solution électrique « Au niveau mondial, la surface agricole mobilisée pour produire ces biocarburants est équivalente à la taille de l'Italie, souligne Bastien Gebel. C'est quand même une surface très conséquente. Et l'augmentation de l'usage de ces carburants-là, notamment pour décarboner les secteurs aériens et maritimes, augmentera la surface totale mobilisée au niveau mondial qui sera équivalente à la taille de la France en 2030 ». Il y a bien les biocarburants de deuxième génération, produits à partir de résidus, de déchets végétaux, mais les stocks disponibles sont limités ; ce n’est pas comme ça qu'on pourra décarboner l'industrie automobile. La seule solution durable reste la voiture électrique – on y revient toujours. « La meilleure solution pour les automobilistes est clairement de passer à la voiture électrique plutôt qu'au biocarburant, assure Bastien Gebel, de Transport et environnement. Il reste un surcoût à l'achat de ces véhicules, mais qui est largement amorti, surtout dans une période de prix des carburants qui explosent et qui est une période qui peut être amenée à durer. C'est le bon moment pour investir dans une solution électrique ». Quel que soit l'avenir du cessez-le-feu annoncé autour du détroit d’Ormuz, c'est toujours le bon moment pour passer à l'électrique.

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  3. 2 DAYS AGO

    Exportation de pesticides interdits: c'est quoi ce double jeu de l'Europe?

    Les industriels de la chimie européens continuent de vendre dans le monde entier des produits phytosanitaires pourtant bannis dans l'Union européenne : plus de 120 000 tonnes en 2024, selon l'ONG Public Eye. Une loi promise depuis six ans par Bruxelles n'a toujours pas vu le jour. On n’a qu’une santé, proclame le sommet One Health, organisé aujourd’hui en France. Ce qui n’empêche pas la France et les autres pays membres de l’Union européenne de continuer à exporter des pesticides qui sont pourtant interdits dans l’UE. La justice française, à Marseille, se prononce d'ailleurs aujourd'hui sur le cas de six agriculteurs accusés d'avoir importé des pesticides interdits. Mais c’est généralement dans l’autre sens que les choses se jouent, même s’il ne s’agit malheureusement pas d’un jeu, puisqu'il est question de vie humaines. Dans l’histoire des pesticides, utilisés par l’agriculture pour limiter les ravageurs et autres maladies, on retrouve l’éternelle opposition entre la santé des consommateurs et les profits des industriels. L'Europe est championne du monde des pesticides, pas pour leur utilisation grâce à la règlementation la plus stricte au monde, mais pour leur production : la chimie est un savoir-faire historique, du côté de l'Allemagne notamment, avec Bayer et BASF, sans oublier le Suisse Syngenta. « Ces trois entreprises, qui sont donc européennes, contrôlent plus de la moitié du marché mondial des pesticides. Et une bonne partie de leurs usines sont basées en Europe. Quand on interdit un produit, c'est uniquement son utilisation qu'on interdit sur le sol européen. Mais les industriels peuvent continuer à fabriquer ces produits », relève Laurent Gaberell, enquêteur au sein de l'ONG suisse Public Eye qui travaille sur l’impact des « entreprises sur les pays économiquement défavorisés ». 122 000 tonnes exportées en 2024 Public Eye a ainsi publié une enquête éloquente sur le marché des pesticides. En 2024, 122 000 tonnes de pesticides interdits en Europe ont été exportés par les industriels européens. Un chiffre qui a plus que doublé depuis 2018. Empêchés de vendre en Europe, les industriels ne se sont pas gênés pour poursuivre leur dangereux commerce et faire des affaires partout ailleurs dans le monde. L’Europe exporte ainsi des pesticides interdits sur son territoire dans près d'une centaine de pays en développement ou aux économies intermédiaires : le Brésil, l'Inde, ou encore le Maroc et l'Afrique du Sud, les premiers clients en Afrique. Partout où la règlementation est plus souple et où les agriculteurs sont encore moins protégés. Agriculteurs pieds nus En Inde, « dans les campagnes, raconte Laurent Gaberell, vous voyez les paysans qui appliquent ces pesticides sans aucune protection, sans masque, sans gants, sans lunettes, souvent pieds nus, alors que ce sont des pesticides extrêmement dangereux, qui sont même trop dangereux pour être utilisés par des agriculteurs européens avec toutes les protections disponibles. Vous imaginez donc les risques pour des paysans indiens qui les appliquent sans aucune protection, et souvent sans aucune conscience des dangers ». Au Brésil, l’épandage est la règle (une technique interdite en Europe, sauf exceptions) : des tonnes de pesticides balancées par avion, dispersés à tous vents – il ne vaut mieux pas habiter ou aller à l’école près d’un champ. Malgré les risques pour la santé, qui ont justement entrainé leur interdiction dans l’UE, la fabrication de ces poisons reste encore autorisée. En 2020, la Commission de Bruxelles avait promis une loi pour interdire ces exportations. Mais on l'attend toujours. Et aujourd'hui, la remise en cause régulière du Pacte vert européen ne rend pas très optimiste. Les Européens « ont subi de fortes pressions de l'industrie. Il faut le dire : il y a des grosses résistances du côté de l'industrie chimique européenne. Et maintenant, le vent a tourné un peu au niveau politique et on sent que cela ne fait plus autant partie des priorités. On a un peu peur que la Commission renie son engagement pris en 2020 », avoue Laurent Gaberell. Deux poids deux mesures Cette histoire révèle ainsi une forme d'hypocrisie de la part de l'Union européenne. On tolère pour les pays pauvres ce qu'on refuse chez soi. « Il y a un deux poids deux mesures, un double standard de la part de l'Union européenne sur ce sujet. Il s’agit des pesticides les plus dangereux au monde qui ont été retirés du marché parce qu'ils polluaient les nappes phréatiques, parce qu'ils tuaient les abeilles en masse, parce que ce sont des produits qui sont cancérogènes ou qui peuvent nuire à la fertilité ou qui empoisonnent les agriculteurs. Mais on décide de fermer les yeux pour protéger notre industrie », condamne Laurent Gaberell. Là où l’histoire est encore plus absurde, c'est que l'Europe importe des produits agricoles venus de ces pays. Les pesticides interdits reviennent ainsi dans les assiettes des Européens.

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  4. 3 DAYS AGO

    Pourquoi les œufs (de Pâques mais pas qu'eux) sont-ils menacés par le réchauffement climatique?

    À Pâques, c'est la saison des œufs dans le jardin. Des œufs en chocolat, et d'autres plus naturels : ceux des oiseaux, des reptiles ou des poissons. Mais dans un monde de plus en plus chaud, leur survie est en jeu.  Ils symbolisent la vie depuis des siècles et des siècles, la renaissance (pour ne pas dire la résurrection de Jésus), parce que c'est souvent au printemps que la vie reprend, que les œufs éclosent, mais aujourd'hui, dans un monde qui se réchauffe, les œufs de Pâques (mais pas qu’eux), les œufs des oiseaux, des reptiles et des poissons, sont menacés. C'est le cas des œufs des tortues. Les tortues marines sont parmi les animaux les plus touchés par le réchauffement climatique. Le sexe, à la naissance, dépend de la température d'incubation des œufs. Au-delà d’une certaine température, c’est une femelle, et en-deçà un mâle. Le réchauffement climatique a ainsi tendance à donner plus de femelles, ce qui risque, à terme, d’avoir un impact sur la survie de l'espèce. Féminisation des tortues « Plus c'est chaud, plus on aura de femelles. C'est ce qu'on appelle la féminisation d'une population. Ce qui pose problème puisque pour qu'il y ait une capacité de reproduction, pour que l'espèce perdure, il faut une probabilité de rencontre assez bonne. Et forcément, si dans notre population on a une part trop importante de femelles, la probabilité de rencontre entre les mâles et les femelles va diminuer », explique François-Elie Paute, chargé de mission scientifique au sein de l’association Oulanga Na Nyamba qui protège les tortues à Mayotte, dans l'océan Indien. Dans la Grande barrière de corail, au nord de l'Australie, jusqu'à 99% des tortues qui naissent aujourd'hui sont des femelles.  Le réchauffement climatique a aussi un effet sur le niveau des mers, et donc sur les plages où pondent les tortues. La fonte des glaciers et la dilatation de l'eau provoquent une montée des océans, ce qui augmente le risque d'inondation des sites de pontes. C'est le cas à Mayotte, où le phénomène est aggravé par la proximité d’un volcan : l'île s'enfonce. « De l’eau va rentrer dans le nid de manière trop régulière et à des périodes bien précises de l'incubation. Ensuite, ce qu'on peut retrouver, ce sont des embryons qui ne se développent pas ou avec des malformations, des choses comme ça… En fait, l'air ne circule plus dans le nid, ce qui altère le développement des embryons », détaille François-Elie Paute, également membre du Conseil scientifique du patrimoine naturel. Quitter le nid Les œufs des oiseaux subissent également le réchauffement climatique. Trop de chaleur peut menacer la phase de reproduction, ainsi que la survie des œufs une fois que la femelle a pondu. Le phénomène a été observé notamment chez un oiseau d'Afrique australe, le cratérope bicolore, qui peut quitter le nid pour aller se rafraîchir, ce qui rend les œufs plus vulnérables à la chaleur. En Australie, chez un autre passereau, le miro enchanteur, les parents étendent leurs ailes pour faire de l'ombre à leurs œufs. Mais essayez de garder les bras tendus toute une journée : c'est épuisant, les oiseaux se déshydratent et certains en meurent. Lors d'une forte canicule, des scientifiques ont aussi observé que les embryons, dans les œufs, n’ont pas supporté la chaleur. Les parents ont continué à les couver, pendant des jours, pour rien, et au péril de leur survie. Les poissons aussi pondent des œufs, et les œufs et les larves sont les plus sensibles au changement climatique. C’est le cas chez le poisson-clown (le poisson du film Némo) qui vit dans les anémones de mer. Leur blanchiment, provoqué par des eaux plus chaudes, entraine une baisse des œufs viables de 73%, selon une étude menée en Polynésie. Quelques degrés de plus suffisent à menacer toute une génération. La crise climatique fait désormais des victimes avant même leur naissance.

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  5. 2 APR

    La France a-t-elle perdu la guerre contre le frelon asiatique?

    Malgré un plan d'action national doté de 3 millions d'euros, les autorités français peinent à éradiquer la colonisation du territoire par le frelon asiatique, une espèce invasive présente depuis une vingtaine d'années. Tueur d'abeilles, l'insecte provoque aussi des dégâts dans l'agriculture. Vingt-mille nids détruits en une année. La lutte, en France, contre les frelons asiatiques peut sembler importante, à l’image de la taille de leurs nids, d’énormes boules faites de fibre de bois mâché qui atteignent jusqu’à 80 centimètres de diamètre, généralement perchées dans les arbres. Et pourtant, le frelon asiatique se porte mieux que jamais, en France où il a mis à peine 20 ans pour coloniser la totalité du territoire, mais aussi toute l'Europe de l'ouest et une partie de l'Europe de l'est. Le frelon asiatique vient d’Asie, présent naturellement de l'Afghanistan jusqu'à l'Indonésie. En France, les premiers ont été aperçus en 2005, sans doute arrivés dans une cargaison de poteries chinoises. Et chaque année ils ont avancé de près de 100 kilomètres, sans parler du transport humain qui leur permet de faire des bonds de géant.  Peur sur la ruche Cette grosse guêpe aux pattes jaunes, plus petite que le frelon européen, a été classée espèce exotique envahissante, ce qui autorise sa destruction. L’idée de faire la guerre à un animal peut paraître choquante. Mais une espèce invasive, par définition, n'a rien à faire là car elle vient perturber l'équilibre fragile de la nature. « Certains ont la vision d’une espèce vivante qu’il faut respecter en tant que telle. Mais elle n'a rien à faire dans un endroit donné, sachant qu'elle peut avoir des impacts très négatifs qui peuvent conduire à une diminution des populations d'insectes localement, voire la disparition de certaines espèces » souligne Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l'université de Tours, spécialiste des insectes sociaux dont font partie les frelons. Ce sont les apiculteurs, les premiers, qui ont tiré la sonnette d'alarme, en assistant, impuissants, à la disparition de leurs abeilles domestiques. Certaines sont attaquées et tuées par le frelon. Et d'autres, juste terrorisées à la vision d'un insecte deux fois plus gros, posté en embuscade devant la ruche, n'osent plus sortir butiner, et la colonie finit par mourir de faim. Des millions d'euros de pertes Mais les abeilles ne sont pas les seules victimes. « Dans les boulettes de proies que ramènent les frelons à leur nid et analysées par des chercheurs, on a trouvé plus de 150 espèces d'insectes. Dès que les frelons tombent sur un rucher, c'est du pain béni : il y a des dizaines de milliers d'abeilles, de proies potentielles. C’est super intéressant pour récupérer des protéines, pour ramener au nid et nourrir le couvain, les larves en développement », raconte Eric Darrouzet. Les frelons seraient responsables de la disparition prématurée de 20% des abeilles. Juste pour l'apiculture, les pertes se chiffrent en millions d'euros – plus de 5 millions d'euros de préjudice en 2025. Mais le frelon asiatique ne nuit pas qu’à l’apiculture, « il touche aussi d'autres secteurs agricoles, précise Eric Darrouzet, notamment la viticulture et les vergers, parce qu’il va attaquer les fruits avant maturation. On a des baisses de rendement des parcelles qui peuvent être catastrophiques. »  Nids détruits, reines piégées Pour tenter d’éradiquer le frelon asiatique, les méthodes sont limitées : détruire les nids et tuer la future reine au printemps. « Si vous détruisez un nid, vous éliminez une colonie. Si vous éliminez la colonie avant fin août, elle ne produira pas de reproductrices. Le piégeage de printemps cible les reproductrices qui se réveillent après leur hivernage. La première chose qu'elles vont faire, c'est rechercher de la nourriture, donc du sucre sur des plantes pour se requinquer et reconstituer leurs réserves corporelles. Le piégeage repose donc sur des appâts sucrés », précise Eric Darrouzet. La semaine dernière, le gouvernement français a présenté un plan d’action national destiné à enrayer la progression du frelon asiatique, doté de 3 millions d’euros. Les espoirs de son éradication semblent abandonnés. « Le frelon est bien installé, confirme Eric Darrouzet. Donc éradiquer cette population invasive semble un peu compliqué. La seule chose que l'on peut faire, c'est d'essayer de diminuer le nombre de colonies pour qu'on ne soit pas trop embêté. » D'autant qu'un autre frelon vient de pointer le bout de son dard : le frelon oriental, un frelon originaire du sud de la Méditerranée, arrivé à Marseille il y a quatre ans. Lui aussi se régale des abeilles, entre autres. Mais lui, on peut encore arrêter sa progression.

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  6. 2 APR

    Pêche au maquereau en Europe: pourquoi les politiques n'écoutent pas les scientifiques?

    L'Union européenne a finalement décidé d'autoriser davantage de captures du poisson à l'avenir menacé. Sur l'environnement, le climat, les pesticides, etc., les alertes de la science sont régulièrement ignorées ou marginalisées. Trois mois pour une volte-face. L’Union européenne révise finalement à la hausse les quotas de pêche du maquereau, en s’en tenant à une réduction de 48% des captures, alors que les scientifiques préconisent une baisse de 70% parce que la survie de cette espèce de poisson est en jeu. On est « au point de rupture », les populations de maquereaux ne seront bientôt plus assez importantes pour se reproduire suffisamment. D'où la nécessité de réduire la pêche. À lire aussiDix choses à savoir sur la surpêche, fléau des océans au fil des siècles L'Union européenne avait d'ailleurs, dans un premier temps, suivi les recommandations scientifiques. « Pendant des mois, on a entendu les dirigeants européens accuser les pays extra-européens que sont la Norvège, l'Islande, les Féroé et le Royaume-Uni d'être des États voyous parce qu'ils refusaient de se mettre en accord avec les recommandations scientifiques, souligne Fabien Randrianarisoa, responsable de la campagne pêche industrielle chez Bloom, l'ONG qui défend l'océan – et ceux qui y vivent. Et on se rend compte à peine trois mois plus tard que l'UE décide de ne plus respecter les avis scientifiques. Cette augmentation-là des captures de maquereaux par l'UE, pour nous, c'est le dernier clou dans le cercueil de cette espèce. » Travail de sape Plusieurs raisons expliquent cette volte-face européenne. D’abord, l’Union européenne n’a pas voulu laisser les pêcheurs britanniques ou islandais profiter de la manne abandonnée quand elle avait décidé, en décembre, de baisser de 70% ses prises de pêche. S’ajoutent le poids des lobbys de la pêche industrielle ainsi que le contexte actuel et la crise pétrolière provoquée par la guerre en Iran. « Il y a un certain nombre d'acteurs économiques, un certain nombre de lobbies industriels qui militent depuis des mois, accuse Fabien Randrianarisoa. Ce travail de sape est donc en train de porter ses fruits, dans un contexte où la pêche est totalement déstabilisée par les coûts du carburant et où les ministres tentent d'éviter un mouvement de colère de grande ampleur dans les ports. » L'Union européenne sacrifie les maquereaux pour protéger les pêcheurs, malgré les alertes scientifiques. La sauvegarde de l’emploi est un argument récurrent en oubliant qu'il n'y aura plus de pêcheurs quand il n'y aura plus de poissons. C'est aussi au nom de l'emploi, des agriculteurs, qu'on a voulu réintroduire des pesticides, comme les néonicotinoïdes, nocifs pour la biodiversité, les abeilles ou les vers de terre. Pour prendre l'exemple d'un autre pesticide, le glyphosate, ce désherbant industriel accusé de provoquer des cancers, l'Union européenne avait renouvelé son autorisation pour dix ans en disant qu'il y avait des lacunes dans les données, que certaines questions restaient en suspens... C'est une autre manière d'agir contre la science, en réclamant toujours plus de preuves alors que les preuves sont là, alors qu'on a n'a jamais autant produit de rapports.   Court-terme Un aveuglement volontaire, pour ne pas voir les mauvaises nouvelle. Le premier rapport du Giec (les experts du climat), date de 1990 et on n'a rien fait pendant des années et des années. En 2021, même l'Agence internationale de l'énergie expliquait qu'il fallait arrêter tout nouveau projet gazier ou pétrolier pour respecter l'Accord de Paris sur le climat. Et pourtant, on continue comme avant. Les scientifiques éclairent la décision des politiques, mais les politiques ne prennent pas les décisions. Face à la science, le pouvoir joue la montre.  À lire aussiPêche au thon: le jeu trouble de l'Union européenne dans l'océan Indien Politiques et scientifiques ne jouent pas dans la même temporalité. La science, c'est le temps long, quand la politique doit souvent agir à court terme et gérer de multiples contradictions. « Je ne pense pas que la politique se résume au court terme, mais force est de constater que dans la période très instable qu'on connaît en ce moment on n'arrive pas à faire émerger des propositions de réformes sur le temps long », constate Fabien Randrianarisoa, de Bloom, un peu désemparé. Les maquereaux, c'est vrai, ne votent pas aux élections.

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  7. 1 APR

    Les poissons vont-ils manquer d'oxygène dans l'océan? (Et ce n'est pas un poisson d'avril)

    La désoxygénation des mers et océans, provoquée par le réchauffement climatique et l'agriculture, affecte les espèces marines, mais aussi les humains qui vivent de la pêche. Jusqu'à 700 zones mortes sont recensées dans les océans.  En ce 1er avril, on se devait de parler des poissons, mais attention, ce n’est pas une blague : les poissons pourraient manquer d’oxygène. Comme nous humains, ils en ont besoin pour respirer, et donc pour vivre mais, en cinquante ans, la quantité d'oxygène présente dans les océans a baissé de 2%, et la diminution devrait atteindre 7% d'ici la fin du siècle.   La désoxygénation est causée par trois phénomènes, et l'homme y est, comme souvent, pour quelque chose. Il y a d'abord le réchauffement climatique : les océans absorbent 90% de l'excès de chaleur dans l'atmosphère, et l’oxygène se dissout dans l’eau chaude ; une eau plus chaude contient ainsi moins d'oxygène, un phénomène particulièrement marqué lors des canicules marines. Vie et mort du plancton Le réchauffement climatique a ensuite une autre conséquence : la stratification de l’océan, quand les eaux de surface se mélangent moins avec les eaux des profondeurs. « Et quand le mélange diminue, les couches du dessous perdent de l'oxygène. Le plancton et toutes les formes de vie qui sont produites en surface tombent dans l'océan quand elles meurent, et du fait des attaques bactériennes qu'elles subissent, tendent à consommer de l'oxygène. L'oxygène est consommé et il est moins renouvelé », explique Christophe Rabouille, océanographe et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement. Moins 2% d'oxygène en cinquante ans, c'est une moyenne, et des zones sont beaucoup plus touchées que d'autres. C’est en particulier le cas des zones côtières, et on en arrive à la troisième explication : l'eutrophisation, l'accumulation de nutriments, de l'azote et du phosphore. Les engrais utilisés en agriculture et charriés dans les cours d'eau finissent à la mer. Cet excès de nutriments provoque un excès de micro-algues, qui consomment de l'oxygène. Quand elles meurent et finissent au fond de l’océan, leur décomposition par les bactéries consomme aussi de l'oxygène. Quand l'eau devient irrespirable Quand les trois phénomènes se combinent (réchauffement, stratification et eutrophisation), comme dans le Golfe du Mexique en été, l'eau devient irrespirable, littéralement. « On s'est effectivement aperçu que la ressource, notamment des crevettes, diminue chaque été, témoigne Christophe Rabouille. En fait, l'eau se réchauffe beaucoup. Sur la partie côtière, l'océan est très stratifié et il y a aussi beaucoup de matières organiques. Ces trois conditions font donc que la teneur en oxygène descend sous des seuils qui sont impropres à la vie. » On recense ainsi quelques 700 zones mortes dans les océans, où l'oxygène a disparu.  Les poissons, coquillages et crustacés ayant besoin d'oxygène, la désoxygénation de l'océan entraine ainsi des migrations forcées pour les espèces vivantes. « Celles qui sont mobiles se déplacent, et celles qui sont immobiles, si l'oxygène vient à manquer complètement, vont finalement mourir et ainsi pourrir sur place et être consommées par les bactéries, ce qui va encore augmenter la désoxygénation », précise Christophe Rabouille.  La pêche menacée La désoxygénation des océans a aussi des conséquences, in fine, pour les humains. On le voit par exemple au large des côtes du Maroc et de la Mauritanie, une zone de pêche réputée, mais jusqu'à quand ? « Une zone extrêmement riche en plancton et donc en poissons, décrit Christophe Rabouille. L'eau du dessous se désoxygène et donc le poisson, à la fois chassé des eaux de fond par la désoxygénation et pêché par-dessus avec la surpêche dans ces zones-là, tend à diminuer. » Une fois encore, l'homme est à la fois coupable et victime.

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  8. 30 MAR

    El Niño est de retour: quelles seront les conséquences en Afrique?

    « L'enfant terrible du Pacifique », comme on le surnomme, est de retour : le phénomène climatique El Niño devrait se former pendant les mois d’été et persister jusqu’à la fin de 2026, voire plus longtemps, avec une chance sur trois de devenir fort durant les mois d’hiver, selon la NOAA, l'agence américaine d'étude de l'atmosphère et de l'océan. Canicules, sécheresses ou inondations, El Niño entraîne des évènements météo mondiaux. El Niño est un phénomène naturel qui a lieu tous les deux à sept ans et qui dure plusieurs mois. Normalement, au-dessus du Pacifique au large de l'Amérique latine, les vents dominants font remonter des eaux froides en surface de l'océan, ce qui rafraîchit l'atmosphère. Mais de temps en temps, ces vents s'affaiblissent. L'eau est donc plus chaude dans cette région et l’atmosphère aussi. Les pêcheurs péruviens l'ont constaté depuis longtemps et ont appelé ce phénomène El Niño, « l'enfant » en espagnol, en référence à Jésus car le phénomène est le plus fort vers la fin de l'année, date officielle de l'arrivée de l'enfant Jésus, dans la croyance chrétienne. El Niño n'a pas que des effets dans la région. Ce réchauffement de l'atmosphère de quelques dixièmes de degrés va bousculer le climat planétaire. On s'attend à des sécheresses en Australie et en Asie du Sud-Est ou à des inondations en Amérique du Nord. Sécheresses et inondations en Afrique En Afrique, en général, une forte sécheresse sévit dans le sud du continent, dans des pays comme le Mozambique, le Zimbabwe ou l'Afrique du Sud. L’Afrique de l’Ouest peut également, dans une moindre mesure, être touchée. Lors du dernier El Niño en 2024, ces sécheresses ont entraîné « des pertes de récoltes et des problèmes de malnutrition et d'insécurité alimentaire pour des millions de personnes », rappelle Benjamin Sultan, climatologue à l’Institut de recherche sur le développement (IRD). L’Organisation mondiale de la météorologie (OMM) note que « les rendements céréaliers globaux en Afrique australe ont été inférieurs de 16 % à la moyenne sur cinq ans – et, dans le cas de la Zambie et du Zimbabwe, de 43 % et 50 % respectivement. Les faibles niveaux d'eau et la faible production hydroélectrique du lac Kariba, le plus grand réservoir artificiel d'Afrique qui se situe entre les deux pays, ont provoqué des coupures d'électricité prolongées et des perturbations économiques ». En Afrique de l'Est, au contraire, El Niño provoque de fortes pluies. En 2024, « des pluies exceptionnellement abondantes et prolongées de mars à mai ont provoqué de graves inondations au Kenya, en Tanzanie et au Burundi », relate l’OMM. Il y a deux ans en Éthiopie, dans la région de Somali, « il s’est mis à pleuvoir très fort, c’était incontrôlable, et la maison s’est effondrée sur nous. Des voisins sont venus nous secourir », témoignait un homme au micro de RFI. « Je plantais beaucoup de choses, du maïs, de la papaye, des bananes… beaucoup de nourriture. Mais il ne reste plus rien des arbres, juste le tronc », se désole un autre habitant. « On utilisait des sacs de terre pour retenir l’eau. Mais au bout de 20 jours, ce n’était plus possible de garder le contrôle, et tout a été emporté. On a retrouvé dans l’eau quatre corps de personnes âgées et beaucoup d’animaux sont morts aussi ». Selon l’OMM, « des centaines de personnes ont perdu la vie et plus de 700 000 ont été touchées ». Au niveau sanitaire, l'humidité favorise aussi le développement des moustiques qui transmettent le paludisme. El Niño s'ajoute au réchauffement climatique Le continent est particulièrement vulnérable, les scientifiques du GIEC estiment que les évènements climatiques extrêmes font 15 fois plus de victimes dans les pays en développement que dans les pays riches. Surtout, El Niño s'additionne au changement climatique d'origine humaine, lui, explique Benjamin Sultan. « Dans un monde qui va être plus chaud, avec El Niño, il va faire encore plus chaud, donc on pourra trouver des températures à des niveaux très extrêmes, peut être insupportables pour certaines plantes, certains animaux, voire les hommes ». L’année 2024 a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée. La moyenne des températures mondiales a dépassé pour la première fois 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, le seuil critique fixé par l’Accord de Paris pour lutter contre le changement climatique. « De la même manière, si on a des pluies qui sont plus intenses avec le réchauffement climatique et des sécheresses qui seront plus sévères, là, ça sera d'autant plus intense, d'autant plus sévère si on est pendant un épisode El Niño. Il aggrave finalement les impacts, menace les ressources en eau, l'économie, les infrastructures, la sécurité alimentaire, la santé en Afrique », résume le climatologue. Alors pour éviter le pire, même si on ne connait pas encore l'ampleur du prochain El Niño, les pays peuvent se préparer, mettre en place des systèmes d'alerte, faire des stocks de médicaments ou de denrées par exemple.

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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