Reportage international

Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro. 

  1. 23 HR AGO

    Turquie: «Yellow Letters», un film choc sur la répression après la tentative de coup d'État de 2016

    Entre 2016 et 2018, la Turquie a vécu sous état d'urgence dans la foulée de la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016. Pendant cette période, des milliers de professeurs, enseignants et syndicalistes turcs opposés au régime du président Recep Tayyip Erdogan ont été limogés. Accusés d'avoir des liens avec des organisations terroristes, ils avaient été mis au ban de la société. Récompensé de l'Ours d’or du Meilleur film de la Berlinale 2026, Yellow Letters, le long-métrage d'İlker Çatak, se penche sur leur sort et réveille de douloureux souvenirs chez ces anciens membres du corps enseignant. De notre correspondante à Ankara, Can Irmak Özinanir, 44 ans, cligne des yeux à la sortie du cinéma. Il vient de voir le film Yellow Letters dont il entend parler depuis plusieurs jours. Cet ancien universitaire a été limogé par décret-loi en 2017 en Turquie. Ce film raconte en partie son histoire, ces années de flou, dans l'attente d'une décision de justice favorable. « L'incertitude, c'est le sentiment dominant ces dernières années. Ne jamais savoir ce qu'il va se passer. Et c'est une période d'incertitude qui s'installe dans le temps long. Il y a des périodes où j'avais une grande confiance en moi car nous avons bénéficié d'une grande solidarité. Mais il y a aussi des périodes où je me suis senti très seul et où cela s'est traduit par de la colère envers mon entourage », raconte Can Irmak Özinanir. À lire aussiBerlinale: le festival teinté de polémiques s'achève avec l'Ours d'or pour «Yellow Letters» d'Ilker Catak « Pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre » Nous sommes ici dans les couloirs de la célèbre université d'Ankara, celle qu'a choisie le réalisateur Ilker Catak pour démarrer son film. Mustafa Kemal Çoşkun, 56 ans, fait partie des universitaires limogés par décret-loi. Il a fini par être réintégré il y a trois ans, après plusieurs années de petits boulots. « Quand on est communiste, on apprend vite. J'ai appris beaucoup de choses. Par exemple, après avoir été limogé, j'ai monté un cabinet d'études. Après, j'ai repassé les concours d'entrée à l'université d'Ankara et j'ai intégré la faculté d'informatique. J'ai appris la programmation. J'ai aussi appris un programme Da Vinci Resolve. Je me suis mis à mon bureau et j'ai appris. On a pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre », confie-t-il. À lire aussiLe réalisateur allemand Ilker Çatak en un mot, un geste et un silence Aucune décision de justice ne fera justice Au centre d'Ankara, dans le quartier de Kizilay, le bar Zurafa a ouvert ses portes il y a un peu plus d'un an. C'est Veli Sacilik, 49 ans, qui le gère avec sa compagne. Amputé de son bras droit lors d'un séjour en prison, c'est le seul métier qu'il peut faire aujourd'hui, assure-t-il. Comme de nombreux fonctionnaires, il a perdu son travail pendant l'état d'urgence. Alors, quand Yellow Letters est sorti, il a tenu à emmener sa fille de 15 ans voir le film : « J'ai emmené ma fille voir le film car elle a aujourd'hui le même âge que le personnage d'Ezgi dans le film, et qu'elle a vécu des périodes très similaires. Je voulais qu'elle comprenne ce que son père et sa mère avaient traversé. » Comme d'autres limogés, Veli Sacilik accuse la Cour européenne des droits de l'homme de les avoir abandonnés à leur sort. La Cour avait en effet stipulé que toutes les voies internes de justice devaient être épuisées avant d'examiner leurs dossiers. Pour l'heure, les réintégrations se font au compte-gouttes. Certains ont repris les chemins de l'université, d'autres attendent encore une décision du Conseil d'État. Mais ils l'assurent : aucune décision de justice ne leur rendra ces dix années d'errance. À lire aussiEntretien avec Ilker Çatak sur «Yellow Letters», le splendide Ours d'or 2026

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  2. 1 DAY AGO

    «Siga siga», un art de vivre récupéré par l'industrie touristique

    Si vous venez en Grèce, on vous servira du « siga siga » à toutes les sauces. C'est une expression dont les Grecs sont particulièrement friands. Et celle-ci est devenue une tendance dans le tourisme.  « Pour prendre un café, on s'assied pendant deux heures », explique Alex, un comédien de profession qui sirote son café depuis un bon moment à la buvette du parc Areos, dans le centre d'Athènes, la capitale de la Grèce. Littéralement, « siga siga » veut dire « lentement, doucement ». Et il n'est pas rare de voir des Grecs reprocher en ces termes à des étrangers de boire leur café beaucoup trop vite. « La culture grecque de l'Antiquité a beaucoup à voir avec la conception du temps. Et ça, c'est une part véritablement importante de la culture qui s'est transmise à travers les siècles. La vie n'a aucun sens si on court tout le temps. Il faut la vivre "siga siga" », développe Alex. À lire aussiÀ Rhodes, le tourisme-roi face aux défis du développement durable Le « siga siga », une nouvelle tendance du tourisme À quelques pas de la buvette, une dizaine d'hommes sont regroupés autour d'une minuscule table où deux joueurs s'affrontent au backgammon. C'est un groupe d'amis, tous retraités, qui vivent leur propre version du « siga siga ». Mais quand le mot est lancé, ils se hérissent. « ​​​​​​​En Europe, ils vont encore dire que nous ne travaillons pas », s'inquiète l'un d'entre eux. « ​​​​​​​Nous avons ici des rythmes différents de l'Europe ou de l'Amérique, par exemple », explique un autre. Les étrangers, ils adorent ça, le « ​​​​​​​siga siga ». D'ailleurs, c'est une nouvelle tendance dans le secteur du tourisme. « Siga siga » devient une vision de la vie aux antipodes de la culture de la productivité, une façon de se recentrer sur l'essentiel. C'est un état d'esprit. Effie Papadopoulou a fondé Slow Travel Greece en 2010, la première agence de ce type en Grèce. Maintenant, la mode s'est étendue, de même que la tendance « ​​​​​​​wellness », le tourisme « bien-être ». La retraite de yoga dans les Cyclades, pour Effie, c'est vraiment bateau : « Au lieu de cela, j'organise des ateliers de peinture d'icônes dans un milieu rural avec des artistes locaux. Pour moi, le "slow travel", c'est nourrir son âme, pas suivre des tendances. Et les retraites yoga, c'est vraiment tendance. » L'esprit « ​​​​​​​siga siga », c'est peut-être dans le fameux poème du Grec Constantin Cavafy qu'on le retrouve le mieux : « Quand tu partiras pour Ithaque. Souhaite que le chemin soit long. Riche en péripéties et en expériences. N'écourte pas ton voyage. » À lire aussi«Siga-siga», boutique sans argent

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  3. 1 DAY AGO

    «Nous payons un lourd tribut»: au Liban, hôpitaux et secouristes sont aussi dans le viseur d'Israël

    À Nabatiyeh, grande ville commerçante du sud du Liban devenue ville fantôme, les services de secours ont été durement frappés par les bombardements israéliens. Au total, au Liban, plus de 100 secouristes ont perdu la vie depuis la reprise de la guerre, le 2 mars 2026. Les hôpitaux sont aussi menacés et des centres de santé ont été détruits ou ont dû fermer, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban. Le ministère de la Santé libanais dénonce des attaques répétées contre le secteur de la santé. De notre correspondante de retour de Nabatiyeh, À Nabatiyeh, au Liban, les secouristes sont considérés comme des héros. Uniforme bleu et rouge, gilet pare-balles, Mohamad Khayyat ne profite pas vraiment de cette trêve de papier. « Il y a une trêve, mais même les drones sont toujours là : hier, il y avait beaucoup d'avions de guerre dans le ciel, et la veille aussi. C'est clair qu'ils violent déjà la trêve. Nous, en tant qu'équipe de secours, nous restons présents et prêts à servir les gens en cas d'incident », confie-t-il. Responsable des opérations des ambulanciers de Nabatiyeh, Mohamed a perdu plusieurs collègues. « Malheureusement, nous avons payé un lourd tribut – un tribut qui ne peut pas être compensé : la perte de nos jeunes, de nos vies. » Il dénonce le ciblage à répétition des secouristes par Israël. « La première fois, deux jeunes, Joud et Ali, étaient sur une moto quand ils ont été ciblés. Puis, deux jours avant la trêve, notre martyr Mahdi a été directement ciblé alors qu'il était dans une ambulance, en train d'accomplir son devoir pour aider nos collègues des autres associations de secours, qui avaient déjà été frappés par une première et une deuxième frappe. Nous sommes allés leur porter secours et soutien pour évacuer les blessés. Notre ambulance a elle aussi été ciblée par une troisième frappe. » À lire aussiLiban: la santé en péril « C'est comme s'ils nous poussaient à partir » Ces trois frappes successives ont fait quatre morts qui viennent s'ajouter aux plus de 100 secouristes tués par Israël depuis le début de la guerre. À l'hôpital du Secours populaire de Nabatiyeh, les chambres des patients hébergent désormais les soignants et les pompiers. « ​​​​​​​On héberge les gens des organisations qui aident comme la nôtre. Sinon, on ne pourrait pas travailler, explique Mona Abou Zeid, qui dirige l'hôpital. Regardez, vous voyez cet immeuble ? Maintenant, il est complètement à terre. Il était à 200 mètres, mais le souffle était très fort, c'était un grand immeuble. La fumée est arrivée jusqu'ici, le verre était cassé partout. Des gens dormaient ici. » Au moins 59 centres de soins et six hôpitaux ont été détruits ou ont dû fermer. « ​​​​​​​On ne se sent pas très en sécurité. Il n'y a aucun respect du droit international, qui protège les secouristes, les hôpitaux. À la fin, si personne ne nous protège, aucune loi, qui va protéger la population ? Le jour où ils vont bombarder l'hôpital, qui va rester ​​​​​​​? C'est comme s'ils nous poussaient à partir. » Viser intentionnellement des secouristes ou des hôpitaux est un crime de guerre. À lire aussiLe secteur libanais de la santé dans le viseur de l'armée israélienne

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  4. 3 DAYS AGO

    40 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les habitants se souviennent

    Ce dimanche 26 avril, l'Ukraine commémorera les 40 ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Une catastrophe environnementale et humaine qui a entraîné l'évacuation de dizaines de milliers de personnes de la région dans les jours qui ont suivi l'explosion du réacteur numéro 4. Parmi elles, des travailleurs de la centrale qui ont vu leur vie basculer ce 26 avril 1986. Ils partagent leurs souvenirs et racontent les conséquences de la catastrophe nucléaire pour eux et pour leurs familles. De notre correspondante à Kiev,  À Troieshchyna, un quartier résidentiel du nord-est de Kiev, des cerisiers en fleurs et des barres d'immeubles identiques d'une vingtaine d'étages se dressent. C'est dans ces bâtiments qu'après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des liquidateurs et leurs familles ont été évacués. Volodymyr Vassilievitch faisait partie de la police routière qui évacuait des civils à l'époque. Il nous raconte les premiers jours après la catastrophe. « Nous avons embarqué dans un véhicule blindé, se rappelle-t-il. La cabine était recouverte de plomb pour bloquer les rayons radioactifs et nous sommes partis à l'hôpital. » Entre avril 1986 et 1988, Volodymyr a participé à des dizaines d'évacuations. Aujourd'hui, on estime qu'environ 300 000 personnes ont été déplacées de la zone. À l'époque, l'ampleur du désastre et de ses conséquences humaines et environnementales n'était pas encore connue, aussi bien pour les évacués que pour les fonctionnaires en charge des opérations. Volodymyr, lui, a été irradié pendant ses nombreuses missions et diagnostiqué à l'automne 1986. Après un premier séjour à l'hôpital, il a repris les évacuations puis a fait un accident cardiovasculaire. « En 1987, un AVC m'a paralysé tout le côté gauche. Je ne pouvais plus parler, explique-t-il. Mon visage et ma langue étaient déformés comme ceux d'un cadavre. J'avais alors 46 ans et j'en ai maintenant 86. » À lire aussiNatalia Manzurova, «liquidatrice», survivante de Tchernobyl Des alentours interdits au public En bas de son immeuble, Lioubov, 55 ans, discute avec ses voisines. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce qui est devenu la zone d'exclusion. « Mon oncle était liquidateur, il travaillait à la centrale. Avant cela, ça ressemblait à un conte de fées. Vous savez, il y a une rivière là-bas, si belle, et une forêt, des lacs, décrit-elle. Et quand nous sommes revenus au fil des années, tout était encore là, intact, comme si c'était hier. » Elle a aussi essayé de voir le nouveau sarcophage qui protège le monde des émanations radioactives du réacteur quatre, mais les alentours de la centrale sont inaccessibles au public. « Peut-être qu'il faut une autorisation spéciale. Il paraît que cette année, personne n'est autorisé à entrer dans la zone », relate-t-elle. Et pour cause, la zone d'exclusion est également devenue un théâtre de guerre. En février et mars 2022, elle a été occupée par les troupes russes. Pourtant, la mémoire de la catastrophe de Tchernobyl devrait servir de mise en garde pour prévenir tout nouvel incident nucléaire majeur, dont les conséquences pourraient s'étendre bien au-delà des frontières de l'Ukraine. À lire aussiUkraine: à Tchernobyl, Greenpeace craint de nouveaux rejets de radioactivité

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  5. 4 DAYS AGO

    Au Mexique, les centres de données des Gafam épuisent les ressources hydriques de la population

    La région de Querétaro, à trois heures de la capitale, se présente désormais comme un hub des technologies digitales et de l’innovation. Les géants de l’Internet s’y installent pour construire des centres de données. Une bonne nouvelle pour l’économie de la région. Mais se convertir en arrière-boutique de l’intelligence artificielle (IA) a un prix. Derrière les discours et les promesses de croissance, se trouve la réalité des habitants qui ne profitent pas des retombées. Des centres qui consomment énergie et eau en grande quantité dans une région semi-aride. De notre envoyée spéciale à Querétaro, À la périphérie de la ville de Querétaro, dans la localité de La Esperanza, Monserrat Sanchez tient dans sa maison un petit restaurant où elle vend des tacos. Comme de nombreux habitants ici, la jeune femme ne reçoit l’eau courante que deux ou trois jours par semaine. « Regardez, le robinet est ici. Non, il n’y a rien », montre-t-elle. Ce dernier mois, elle est restée trois semaines sans eau. « Je crois que c’est à cause de tous ceux qui viennent ici, les entreprises et les usines qui sont là », ajoute-t-elle. Interrogée sur l’évolution de la situation, elle répond : « On n’a jamais eu autant de problèmes, je crois que cette année c’est la pire. On s’y habitue. De toute façon, on ne s’intéresse pas à nous, que peut-on faire ? » Pendant que la population lutte au quotidien pour accéder à l’eau, l’industrie de Querétaro se développe à grande vitesse, en particulier le secteur du cloud et du stockage en ligne. Dans d’immenses hangars ultra-sécurisés, les géants du web hébergent leurs centres de données. D’autres sont attendus dans les prochaines années, fruit d’un investissement de 12 milliards de dollars. Une aubaine pour le gouvernement local, malgré la réputation de ces infrastructures d’être très gourmandes en énergie et en eau, notamment pour leurs systèmes de refroidissement. Marco Antonio Del Prete, secrétaire local du développement durable, affirme cependant que les centres de données installés à Querétaro utilisent beaucoup moins d’eau. « Ils utilisent un circuit d’eau fermé qui remplit un réservoir. N’est alors remplacée que l’eau perdue par condensation ou évaporation. Ils ne consomment pas d’eau en continu. Selon les rapports que nous avons, leur utilisation est beaucoup moins intensive… au moins ici, au Querétaro », précise-t-il. Interrogé sur des chiffres précis, il répond : « Non, parce que ce n’est pas une obligation de le demander. » Faute de transparence et de contrôle, la consommation réelle de ces centres de données à Querétaro reste floue. Les estimations varient selon les acteurs et les technologies employées. Néanmoins, les autorisations délivrées par la Commission nationale de l’eau (Conagua) concernent plusieurs millions de litres par an. « Le centre de données d’Amazon consomme la même quantité d’eau que deux villages », souligne Erick Silva, député local d’opposition. Ce dernier porte un projet de loi visant à donner la priorité à la population en matière d’accès à l’eau. Il dénonce l’encouragement à installer de nouvelles entreprises dans cette région semi-aride. « Puisque la Conagua nous a classés comme une zone à haut risque en ce qui concerne la période d’étiage, sur quelles bases peut-on proposer à ce type d’entreprises de venir installer des centres de données ici, à Querétaro ? » s’interroge-t-il. Au Mexique, l’État de Querétaro se positionne ainsi au cœur d’un secteur promis à contribuer à plus de 5 % du PIB national d’ici 2029. Mais dans un contexte où les ressources hydriques sont déjà surexploitées, la question de la répartition de l’eau entre la population et l’industrie devient de plus en plus pressante. À lire aussiÉtats-Unis: Instagram et YouTube condamnés dans un procès inédit sur l'addiction aux réseaux sociaux

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  6. 18 APR

    En Pologne, le développement économique ne bénéficie pas à tout le monde

    Ce lundi 20 mars se tiendra le premier sommet France-Pologne depuis la signature du traité de Nancy, un traité pour renforcer la collaboration entre les deux pays signé il y a presque un an. Depuis le retour au pouvoir de Donald Tusk fin 2023, la Pologne est redevenue une puissance centrale de l’Union européenne, portée par l'économie la plus dynamique de la région. De notre correspondant à Varsovie,  Dans les rues de la capitale, les Varsoviens ressentent le développement économique du pays dans leur portefeuille depuis quelques années, pour le meilleur comme pour le pire. Les bras chargés de deux sacs de courses remplis à ras-bord, Ewa, 80 ans, sort tout juste du centre commercial où elle a l’habitude de faire ses achats. « Même en étant à la retraite, je sens que je vis plus confortablement qu’avant, confie l'octogénaire. Je peux acheter des articles plus haut de gamme, plus chers, de meilleure qualité, mes courses n’ont plus rien à voir. » Comme tous les Polonais, Ewa a vu le pays se transformer drastiquement ces 20 dernières années. Pour Marzena, 67 ans, c’est l’adhésion à l’Union européenne en 2004 qui a été l’élément déclencheur de la transformation du pays. « Avant, selon moi, l’économie n’était pas aussi stable et prévisible qu’elle peut l’être aujourd'hui, analyse-t-elle. Avant, on nous promettait que tout allait changer, qu’on allait reconstruire la Pologne, mais rien ne marchait. Mais depuis qu’on a reçu des fonds européens, on voit que ça fait avancer les décisions politiques. Il suffit de regarder à quoi ressemble la capitale, et surtout le centre ! Et si vous roulez vers l’est, vous pourrez voir l’amélioration de nos infrastructures routières. » Avec un taux de chômage parmi les plus bas d’Europe et 3,6 % de croissance enregistrée en 2025, le pays est désormais la 6ᵉ puissance économique européenne et la 20ᵉ mondiale. Mais à l’École de commerce de Varsovie, le professeur Marius-Jan Radlo met en garde contre les risques d’une croissance essentiellement tirée par le Plan de reconstruction européen, dont les fonds devraient cesser d’affluer d’ici la fin de l’année. « Les pays qui ne financent pas leur propre potentiel de croissance peuvent tomber dans le piège du développement régional : on se développe vite, donc l’aide européenne retombe, alors qu’on n’a pas mis de modèle en place pour se développer de façon autonome », explique le professeur. À lire aussiRafał Trzaskowski : «L'investissement européen a soutenu le miracle économique de la Pologne» Une forte inflation Malgré une hausse certaine du pouvoir d’achat et un salaire moyen qui avoisine désormais les 2 100 euros par mois, les Polonais se retrouvent aussi confrontés à une forte inflation. Dans le quartier résidentiel d’Ursynow, au sud de Varsovie, Marta promène son fils dans une poussette. La jeune maman de 39 ans et son compagnon se félicitent d’avoir acheté leur appartement avant la naissance de leur fils. Cinq ans après l’achat, ils estiment qu’ils ne seraient pas en capacité d’acheter le même bien aujourd’hui. « On l’a acheté à 1 600 euros le m², alors que maintenant, dans notre quartier, on ne peut pas viser un appartement à moins de 4 200 euros le m², témoigne-t-elle. C’est difficile, car les salaires ne sont pas en adéquation avec les besoins et la hausse des prix. » Pour la jeune maman comme pour beaucoup de Polonais, la croissance a un prix que tous ne peuvent pas se permettre de payer. À écouter dans Reportage internationalEn Pologne, la ville de Stalowa Wola attend les fonds européens du programme de défense Safe

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