Le balado du CRIDAQ

Le balado du CRIDAQ

Le Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ)

  1. Projet de loi C-12 : Amélioration ou sécuritisation du système d’immigration canadien ?

    MAR 2

    Projet de loi C-12 : Amélioration ou sécuritisation du système d’immigration canadien ?

    Le gouvernement libéral de Mark Carney a récemment fait adopter en troisième lecture à la Chambre le projet de loi C-12, nommé « Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada ». Actuellement examiné par le Sénat, ce nouveau texte législatif remplace la très contestée loi C-2 que les libéraux avaient été contraints de retirer à l’automne sous la pression de nombreuses oppositions venant de la société civile et de députés conservateurs s’inquiétant de mesures de violation de la vie privée. Comme son prédécesseur, le projet de loi C-12 vise un renforcement de la sécurité à la frontière et reprend la plupart des mesures de C-2 en matière d’asile et d’immigration. En vertu de cette nouvelle loi, les personnes présentes depuis plus d’un an sur le territoire ne seraient plus éligibles à une demande d’asile. Le projet de loi prévoit aussi de restreindre le nombre de dossiers auditionnés par un juge – accroissant ainsi les pouvoirs de l’administration dans la gestion des dossiers. Les autorités publiques pourraient enfin élargir leurs pouvoirs d’annulation ou de suspension de documents d’immigration tels que des permis de travail ou d’étude. C-12 ne se limite toutefois pas à l’immigration et comporte une série de dispositions en matière de renforcement de la sécurité à la frontière. De nombreux travaux ont souligné ces trente dernières années la « sécuritisation » croissante de l’immigration et des frontières, c’est-à-dire, la transformation de ces sujets en enjeux de sécurité nécessitant le recours à des pratiques de contrôle. Toutefois, le Canada étant souvent associé dans l’imaginaire collectif à une forte tradition d’accueil et au multiculturalisme, la sécuritisation de son système d’immigration peut surprendre. Alors, dans quelle mesure le pays suit-il cette tendance ? Le projet de loi C-12 s’inscrit-il dans une telle dynamique de sécuritisation ? Et plus largement, pourquoi observe-t-on à une échelle globale un durcissement des politiques migratoires et qu’est-ce que cela implique pour les droits des personnes ? Pour explorer ces questions, nous avons le plaisir de recevoir Anne Marie D’Aoust. Elle est professeure en science politique à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance sécuritaire des corps, la mobilité et les frontières. Elle s’intéresse dans ses travaux aux évolutions des dispositifs de contrôle des migrations et à leurs conséquences sur les individus et les corps. Elle s’est notamment intéressée aux politiques de réunification familiale. Animation: Olivier Salomon Réalisation: Olivier Salomon et Camille Ranger Production sonore: Alysée Lavallée-Imhof

    35 min
  2. Loi 94 : une relance du débat sur la laïcité au Québec?

    2025-11-19

    Loi 94 : une relance du débat sur la laïcité au Québec?

    Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a fait voter à la fin du mois d’octobre la loi 94 « visant à renforcer la laïcité dans le milieu de l’éducation ». Parmi les mesures qui ont le plus retenu l’attention figurent l’interdiction du port de signes religieux pour l’ensemble du personnel présent dans les établissements scolaires y compris dans les CPE (centres de la petite enfance), et l’obligation pour les élèves d’avoir le visage découvert. Portée par le ministre de l’Éducation Bernard Drainville - auteur de la charte des valeurs en 2013 - l’objectif affiché par les pouvoirs publics est de préserver l’école et les élèves de l’influence de la religion. La nouvelle ministre de l’Éducation, Sonia Le Bel, s’est pour sa part félicitée de l’adoption d’une loi qui, selon elle, permettra « d’encadrer de façon beaucoup plus concrète plusieurs principes qui sont chers aux Québécois », parmi lesquels la liberté de conscience et l’égalité entre les femmes et les hommes. De nombreux acteurs tels que la Ligue des droits et libertés et le Conseil national des Musulmans ont plutôt fait part de leurs craintes quant à un nouvel empiètement sur les libertés et droits fondamentaux de la personne que pourrait induire cette loi. Six ans après l’adoption de la loi 21 qui interdit le port de signes religieux pour les fonctionnaires en position d’autorité et les enseignants du secondaire, se trouve donc relancé le débat sur la laïcité, son interprétation et sa mise en œuvre dans une société pluraliste. Ces controverses, à la fois juridique, politique et philosophique, soulèvent des questions fondamentales sur la conception québécoise de la neutralité de l’État, sur la gestion du fait religieux dans l’espace public et, plus largement, sur le rapport entre identité collective et diversité culturelle. Pour éclairer ce sujet, nous recevons Frédéric Dejean, il est professeur au département des sciences de religion de l’UQAM. Dans un texte pour le journal Le Devoir, il souligne l’émergence d’une « nouvelle laïcité » au Québec, qui étend de plus en plus son domaine d’application. Nous aurons également le plaisir de discuter avec David Koussens, juriste et professeur à l’université de Sherbrooke, qui a récemment publié « Quand les juges disent la laïcité. Perspectives belges et françaises ». Animation: Olivier Salomon Réalisation: Olivier Salomon et Camille Ranger Production sonore: Alysée Lavallée-Imhof

    41 min
  3. Projet de loi 84: continuité avec l'interculturalisme québécois?

    2025-03-16

    Projet de loi 84: continuité avec l'interculturalisme québécois?

    Le ministre de la langue française M. Jean-François Roberge a récemment déposé le projet de loi 84, appelé, « Loi sur l’intégration nationale » qui vise à définir officiellement le modèle d’intégration du Québec. Dans ses récentes sorties médiatiques, le ministre M. Roberge a déclaré à plusieurs reprises que le PL 84 s’inscrivait en continuité avec l’interculturalisme. L’un des objectifs principaux de ce modèle d’intégration est d’assurer la continuité de la culture francophone au Québec et il se distingue en cela du multiculturalisme canadien. Toutefois, et c’est un point important, l’interculturalisme cherche aussi à favoriser les échanges entre le groupe majoritaire et les minorités, et à reconnaître les droits et les aspirations des minorités, dans le respect d’une pensée pluraliste. L’interculturalisme repose donc sur un équilibre fragile entre ces deux objectifs. Or, selon certains, c’est précisément cet équilibre entre continuité de la culture francophone et apports de la diversité qui serait mis en péril avec le PL 84. En insistant notamment sur les exigences relatives à l’intégration des personnes immigrantes et en demandant l’adhésion à un certain nombre de « valeurs », le projet de loi de la CAQ se rapprocherait davantage d’une approche assimilationniste qu’interculturaliste. C’est le point de vue que défendent nos deux invités, François Rocher et David Carpentier, qui ont cosigné avec une trentaine de professeurs et d’anciens ministres une lettre ouverte parue dans Le Devoir au mois de février 2025 dans laquelle ils mettent en garde contre une dérive assimilationniste. Avec eux, nous explorons dans cet épisode les enjeux et les défis que soulève ce projet de loi sur l’intégration nationale, et nous revenons aussi sur l’histoire et les principes phares de l’interculturalisme au Québec. Animation: Olivier Salomon Réalisation: Olivier Salomon et Camille Ranger Production sonore: Alysée Lavallée-Imhof

    48 min
  4. De l’hospitalité aux frontières - Épisode 1

    2025-03-08

    De l’hospitalité aux frontières - Épisode 1

    De l’hospitalité aux frontières Alors que la situation migratoire aux frontières se crispe par les pratiques restrictives des acteurs étatiques, le temps est venu de repenser notre relation à la frontière, à la condition migrante et à l’hospitalité. C’est dans cet esprit que le CRIDAQ-Antenne Concordia et le secteur Vivre-ensemble du Centre Justice et Foi (CJF) ont collaboré depuis 2021 à plusieurs activités scientifiques autour de ces questions centrales à une proposition cosmopolitique de la migration. La fin des activités du CJF, le 9 janvier 2025, a quelque peu bouleversé notre relation, mais cette série de balados permettra tout de même d’en faire rayonner les fruits. En effet, cette série propose de poursuivre notre réflexion autour de l’hospitalité et des expressions citoyennes aux frontières. Dans le cadre d’un évènement en ligne que nous avons organisé le 25 novembre 2021, nous avons mis en dialogue des personnes qui ont tissé une autre « dramaturgie de la frontière » mettant en scène des groupes engagés et des personnes du milieu de la recherche qui oeuvrent dans une optique de solidarité et de co-construction des savoirs. Cette première rencontre a mené à la parution du recueil de textes (Dé)passer le régime international des frontières. L’hospitalité en actes, contribution qui propose différents points de vue et des regards croisés de l’institution frontalière et des dynamiques qui s’y déploient. Le premier épisode de la série présente l’histoire du collectif citoyen Bridges not Borders/Créons des ponts, regroupement qui s’est mobilisé pour venir en aide aux migrants traversant au chemin Roxham. Il s’agit d’une conversation mettant en dialogue Frances Ravensbergen, l’une des fondatrices du collectif, et Chedly Belkhodja, professeur à l’Université Concordia et chercheur au CRDIAQ dont les travaux portent sur les questions migratoires et des frontières. La discussion chez Frances, à Hemmingford, est animée par Mouloud Idir et Élodie Ekobena du secteur Vivre-ensemble. Édition, mixage, mastering et musique: Julien Simard, Les sons hybrides

    57 min
  5. Liberté d’expression, désinformation, réseaux sociaux & retour de Trump:  quid de la démocratie?

    2025-01-19

    Liberté d’expression, désinformation, réseaux sociaux & retour de Trump: quid de la démocratie?

    Liberté d’expression, désinformation, réseaux sociaux... et retour de Donald Trump: qu’en est-il de la démocratie? Donald Trump effectue cette semaine son grand retour à la Maison Blanche et c’est en compagnie d’alliés de poids qu’il entame son nouveau mandat. Des géants de la tech, dont Elon Musk en premier lieu, puis Mark Zuckerberg ont en effet affiché leur soutien au président nouvellement élu (certains plus ouvertement que d'autres). Dans le sillage de la droite libertarienne et du camp trumpien, ces milliardaires de la tech ont fait de la liberté d’expression leur nouveau cheval de bataille. Après Elon Musk, propriétaire de X anciennement Twitter, Mark Zuckerberg a annoncé vouloir supprimer les vérificateurs de faits et d’information des réseaux sociaux du groupe Meta, au nom donc de la liberté d’expression des utilisateurs, et contre la « censure » qu’imposeraient les médias officiels et les institutions gouvernementales. Le fondateur de Facebook parle même d’un « point de bascule culturel vers une nouvelle priorité accordée à la liberté d’expression ». La liberté d’expression est l’un des piliers des régime démocratiques, elle est en effet le point de départ d’un débat démocratique libre et éclairé. Toutefois, cela fait plusieurs années que qu’elle est instrumentalisée par l’Alt Right et par toute une partie de la galaxie trumpienne. Les conservateurs libertariens plaident en effet pour une liberté d’expression totale alors que d’autres voix et instances officielles, à l’instar de de la Commission Européenne, insistent sur la nécessité de réguler les contenus diffusés en lignes et les algorithmes des réseaux sociaux. Ces questions se posent de façon encore plus épineuse avec le développement d’intelligences artificielles génératives capables de produire du contenu de façon autonome. À l’ère de la désinformation, de l’IA et des réseaux sociaux, doit-on redéfinir notre rapport à la liberté d’expression ? Quelle régulation peut-on raisonnablement imposer à la liberté d’expression sans entraver les principes de la démocratie ? Comment encadrer l’usage des nouvelles technologies afin de garantir un débat libre et éclairé ? C’est à ces questions que notre invité, Louis-Philippe Lampron, juriste et professeur à l’Université Laval à Québec, a dernièrement consacré des recherches. Il revient tout juste d’un séjour aux États-Unis au cours duquel il a suivi la campagne présidentielle. Animation: Olivier Salomon Réalisation: Olivier Salomon et Camille Ranger Production sonore: Alysée Lavallée-Imhof

    48 min
  6. Expulsions de masse en République dominicaine: Droits des Haïtien.ne.s menacés

    2025-01-06

    Expulsions de masse en République dominicaine: Droits des Haïtien.ne.s menacés

    Alors qu’Haïti traverse une grave crise sécuritaire et humanitaire, le gouvernement du pays voisin, la République dominicaine, a annoncé au mois d’octobre dernier un plan d’expulsion de 10 000 immigré.e.s haïtien.ne.s par semaine. En 2023, ce sont plus de 250 000 personnes qui avaient été expulsées par les autorités dominicaines. Ces expulsions sont menées de façon arbitraire et expéditive, dans des conditions éprouvantes, et concernent bien souvent des personnes nées en République dominicaine, n’ayant jamais vécu en Haïti. Ainsi, ces déportations de masse inquiètent quant au non-respect des droits de la personne les plus fondamentaux. Le représentant d’Haïti auprès de l’Organisation des États américains, Gandy Thomas, a qualifié ces expulsions de « nettoyage ethnique » et de « campagne discriminatoire contre les Haïtien.ne.s en raison de leur nationalité et de la couleur de leur peau ». Garry Conille, le premier ministre haïtien, qui depuis, a été démis de ses fonctions, avait dénoncé sur son compte X anciennement Twitter une « violation des principes fondamentaux de la dignité humaine ». Le président dominicain réélu au printemps dernier, Luis Abinader, ne semble pas tenir compte de ces mises en garde, et en réalité, ces évènements récents s’inscrivent dans une longue histoire d’exploitation économique et de marginalisation sociale des immigrant.e.s haïtien.ne.s. Aussi, ces pratiques semblent être en quelque sorte précédées et permises par un processus de criminalisation et de déshumanisation des Haïtien.ne.s. Dans quel contexte politique, social et historique se déroulent ces expulsions de masse ? Quelle est l’histoire des relations entre ces deux pays voisins et comment de telles actions sont-elles rendues possibles ? Pour répondre à ces questions, nous recevons Amín Pérez, professeur en sociologie à l’UQAM et spécialiste des questions d’immigration. Dans un texte publié en mai dernier, il dénonçait ces expulsions massives et forcées, ce mois-ci, il est notre invité pour ce nouvel épisode du Fil d’actualité du balado du CRIDAQ. Animation: Olivier Salomon Réalisation: Olivier Salomon et Camille Ranger Production sonore: Alysée Lavallée-Imhof

    37 min

About

Le Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ)