Parce que… c’est l’épisode 0x741! Shameless plug 14 au 17 avril 2026 - Botconf 2026 20 au 22 avril 2026 - ITSec Code rabais de 15%: Seqcure15 28 et 29 avril 2026 - Cybereco Cyberconférence 2026 9 au 17 mai 2026 - NorthSec 2026 3 au 5 juin 2026 - SSTIC 2026 19 septembre 2026 - Bsides Montréal 1 au 3 décembre 2026 - Forum INCYBER - Canada 2026 24 et 25 février 2027 - SéQCure 2027 Description Un retour inattendu sur une plateforme paradoxale Cet épisode du podcast Sécure réunit deux anciens connaissances, Gabrielle Thibault-Delorme et son interlocuteur, qui se sont retrouvés par hasard grâce à un article publié sur LinkedIn — ce qui constitue en soi une ironie savoureuse étant donné le sujet de leur conversation. Avant même d’appuyer sur « enregistrer », ils ont jasé pendant plus d’une heure dans un café, rappelant au passage qu’une rencontre dans le vrai monde reste, malgré tout, la forme de connexion la plus naturelle et la plus riche. LinkedIn : une plateforme de performance déguisée en réseau professionnel Gabrielle a récemment vécu un changement de carrière majeur : après quinze ans dans les médias, le journalisme et le marketing, elle a choisi de devenir massothérapeute. C’est dans ce contexte de transition professionnelle qu’elle s’est retrouvée aspirée, presque malgré elle, dans le fil d’actualité de LinkedIn. L’expérience a été psychologiquement éprouvante : au moment précis où elle se trouvait dans un « no man’s land » entre deux carrières, elle était bombardée de publications célébrant des promotions, des équipes « en feu » et des lancements de marque triomphants. Ce contraste a mis en lumière un des malaises fondamentaux de la plateforme. LinkedIn n’est pas un réseau de connexion authentique : c’est un espace de performance de soi. Chaque publication devient une mise en scène, un acte de marketing personnel. Le vocabulaire y est codifié — on est toujours « dynamique », toujours « résilient », toujours en croissance. Même les récits d’échec y sont systématiquement assortis d’un spin positif, d’une leçon tirée, d’un rebond annoncé. L’échec pur et simple, sans morale édifiante, n’a pas sa place. Or, comme le souligne Gabrielle, des fois une mauvaise nouvelle, c’est juste une mauvaise nouvelle — et la forcer dans un cadre de croissance personnelle ne fait qu’amplifier le sentiment d’isolement de ceux qui traversent des moments difficiles. La fausse positivité et ses effets pervers La conversation aborde deux phénomènes particulièrement irritants sur LinkedIn : le compliment biaisé et la fausse humilité. Dans les deux cas, il s’agit de formes de communication dissonantes où le message réel est enveloppé dans un vernis de bienveillance qui sonne creux. L’échec n’y sert que de tremplin narratif pour mieux vendre sa réussite. Cette positivité performative, amplifiée depuis l’arrivée de ChatGPT et la multiplication des emojis automatisés, vide progressivement les échanges de leur substance humaine. Ce contexte est d’autant plus problématique que LinkedIn est souvent consulté à des moments de vulnérabilité — lors d’une recherche d’emploi, d’un burnout, d’une réorientation professionnelle. C’est précisément quand on est le moins bien dans sa peau qu’on se retrouve confronté à un flux ininterrompu de succès affichés. Le poids psychologique de cet écart entre la réalité vécue et l’image projetée par les autres est réel et sous-estimé. Un réseau qui tient rarement ses promesses Sur le plan concret, LinkedIn déçoit également. La plateforme promet du réseautage et des opportunités d’emploi, mais les deux interlocuteurs s’accordent à dire que le retour sur investissement est maigre. Les notifications de visites de profil créent une illusion d’attention qui ne se traduit presque jamais en contact réel. Pire encore, savoir que cinquante personnes ont consulté son profil sans laisser de message peut tout aussi bien être vécu comme cinquante rejets silencieux. Pour trouver du travail, les sites d’emploi traditionnels et le réseau réel restent bien plus efficaces. La bonne vieille lettre de motivation — et un profil Facebook sans photo embarrassante — l’emporte souvent sur un profil LinkedIn soigné. La reconnexion entre Gabrielle et son interlocuteur, facilitée par LinkedIn, est ouvertement décrite comme une heureuse exception, pas comme la norme. Reddit : l’anonymat comme espace d’humanité En contraste frappant avec LinkedIn, la discussion se tourne vers Reddit, que Gabrielle fréquente assidûment. Structuré autour de communautés thématiques, basé sur l’écriture et l’anonymat, Reddit offre un espace où les gens parlent de vrais problèmes — maladies, séparations, deuils — sans avoir à les habiller d’un spin positif. L’anonymat, loin d’être un vecteur systématique de toxicité, devient ici un outil de liberté et d’authenticité. Les gens y confient des choses qu’ils ne diraient jamais à visage ouvert, précisément parce qu’ils n’ont pas d’image professionnelle à protéger. La plateforme n’est pas sans défauts — les chambres d’écho, les communautés toxiques et les mouvements extrémistes y ont aussi trouvé terreau fertile — mais son modèle de modération par communauté et son filtrage par pertinence plutôt que par polémique en font un espace plus propice à la vraie connexion. Le vrai monde comme horizon La conclusion naturelle de cet échange revient à ce qui a rendu la conversation elle-même possible et agréable : deux personnes dans un café, avec du non-verbal, de la chaleur humaine, et l’impossibilité d’ouvrir quatre onglets en parallèle. Les réseaux sociaux, dans leur forme actuelle, sont devenus des bazars numériques où tout coexiste pêle-mêle — tribunes, portfolios, confessions, haine, validation — sans jamais vraiment remplir leur promesse originelle de créer du lien. Ce lien, rappellent-ils tous les deux, se construit encore dans le vrai monde, en se montrant dans son humanité imparfaite, sans masque ni mise en scène. Notes Pourquoi LinkedIn me fait sentir aussi mal? Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Gabrielle Thibault-Delorme Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux réels par Cafés Europa