À Port-Louis, Jack plonge dans l'âme musicale de l'île Maurice. Entre le séga envoûtant et les vinyles oubliés du disco mauricien, il explore les trésors sonores de l'île, comme ces 6 000 disques précieusement archivés par le label Babani. Son voyage l'amène aussi à rencontrer Menwar, maître de la ravanne, et Manu Desroches, l'un de ses héritiers musicaux. Mais au bout du voyage, une mystérieuse lettre écrite en créole mauricien l'attend… Briani Express : le restaurant de Port-Louis qu'on entend avant de voir Près de la gare routière, un haut-parleur d'un mètre de haut crache le menu en continu dans toute la rue : briani poulet, bœuf ou poisson. Un plat de riz épicé d’origine indienne, popularisé à Maurice par les travailleurs venus d’Inde après l’abolition de l’esclavage. Pas de doute, Jack est bien arrivé à Maurice. Au marché central, les marchands chantent les carottes et les betteraves comme une radio vivante, entre caramboles, letchis et chou palmiste, le cœur de palmier frais. Jack en tire naturellement un premier constat : à Maurice, tout passe par le son. Studio Boucan : 6 000 vinyles pour sauver la mémoire sonore de l'océan Indien Pour poursuivre sa quête musicale, Jack quitte le marché pour se rendre à Phoenix, au sud de Port-Louis. Il y rencontre Avneesh, qui a bâti son studio d'enregistrement sur le modèle de la Factory d'Andy Warhol, située à New York – un espace ouvert, collectif et collaboratif, un studio d'enregistrement au milieu de la végétation tropicale. Avneesh est une rencontre de choix pour Jack. Le DJ et producteur déniche notamment les perles rares de la musique vintage de l'océan Indien. Avec son label Babani, il numérise, restaure et remasterise des trésors oubliés : séga vintage, disco mauricien des années 1970, maloya de La Réunion signé Danyel Waro ou Gramoun Lélé. Avneesh est un grand passionné, et il n'a qu'une obsession : donner enfin une couleur sonore à l'océan Indien et à Maurice, cette île que le monde réduit à une carte postale. Quand je te dis Égypte, Chine ou Rio de Janeiro, tu entends quelque chose. Quand je te dis Maurice, tu n'entends rien. La musique mauricienne n'a pas été médiatisée. – Avneesh, DJ, producteur et curateur musical. Menwar et la ravanne : l'instrument qui a survécu aux maîtres des plantations Le séga est né des réunions d'esclaves qui jouaient durant leur temps libre. Une histoire qui rappelle celle de Congo Square, à La Nouvelle-Orléans. Quand les instruments étaient confisqués, la ravanne, percussion plate qui se dissimule facilement, a, elle, bien résisté. Et pour aider Jack à mieux comprendre la culture musicale de l'île, Avneesh l'oriente vers l'un de ses acteurs incontournables : Menwar. Un grand joueur de ravanne, qui a développé son propre style, le sagaï, une forme de séga acoustique nourrie d’influences blues, jazz, reggae et africaines. Dans sa maison proche de la mer, Menwar, 70 ans, raconte comment il a fusionné ce tambour avec différentes influences musicales, et inventé son propre style à partir du geste des matelassiers battant la paille de coco, « comme des percussionnistes », précise-t-il. Son inspiration pour l'écriture ? La vie qui l'entoure. Mais Menwar défend aussi son engagement, en chantant la société et en dénonçant l'appropriation des terres dans un monde qu'il souhaite égalitaire. De Sarah Honoré à Manu Desroches : la lettre en créole qui ramène Jack à Toulouse Le lendemain, Jack se dirige vers la maison de la jeune chanteuse Sarah Honoré. L’artiste, musicienne et chanteuse, défend une pratique de la musique en live et revendique la dimension brute de la musique traditionnelle, qu’elle aime particulièrement explorer. Une approche qui contraste avec la puissance de diffusion et de résonance offerte aujourd’hui par les plateformes numériques. La ravanne est un instrument cru et subtil, pas aussi puissant qu'un tambour, tu le joues principalement à la force de tes mains. Mais aujourd'hui, il y a la ravanne synthétique pour prioriser le niveau sonore. Il y a désormais deux écoles. – Sarah Honoré, chanteuse et musicienne. Jack découvre aussi la dimension spirituelle du séga et de ses instruments. Ils connectent Sarah Honoré aux précédentes générations et aux cultes que ses ancêtres ont initiés pour exorciser leurs émotions. C'est, selon la jeune chanteuse et musicienne, le seul héritage traditionnel afro-mauricien qui lui est accessible. À Cap Malheureux, Jack rencontre un finaliste du Prix RFI Découvertes Sur les conseils de Sarah Honoré, Jack part à la rencontre du chanteur et multi-instrumentiste Manu Desroches. L'occasion pour Jack de comprendre le parcours et les inspirations de l'artiste qui mêle jazz, blues, musiques traditionnelles africaines et mauriciennes. Bercé par Whitney Houston, chantée par sa mère, ou par le chanteur et guitariste mauricien Eric Triton, Manu Desroches grandit dans une famille où la musique tient une place toute particulière. Toutes ces influences se retrouvent dans son EP de sept titres, Chapter of Sound, qui compte d'ailleurs six morceaux en langue créole. Mais alors que l'artiste revient sur ses meilleurs souvenirs de concert, il évoque le Rio Loco, le fameux festival toulousain. Jack y voit forcément un signe. C'est à ce moment précis qu'un voisin entre dans la pièce muni d'une lettre trouvée par terre. Son destinataire ? Jack, évidemment. À l'intérieur, une lettre écrite en créole mauricien. Manu Desroches assure la traduction : « Si ces mots sont arrivés dans tes mains, crois-moi, ce n'est pas par hasard. Mon ami, ta quête prend une nouvelle direction : Cannes. » Une série écrite et présentée par Jack Souvant, coréalisée par Simon Decreuze, d’après une idée originale de Guillaume Ajavon. Musique originale de Benjamin Moussay. En partenariat avec l’UNESCO et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Une coproduction France Médias Monde et Mairie de Toulouse. Un merci tout particulier à la ville de Port-Louis pour son aide.