Un premier roman social et politique, plein de courage et de dignité, inspiré de faits réels. Leur lutte a duré 22 mois, de juillet 2019 à mai 2021. Celle du pot de terre contre le pot de fer. 17 femmes de chambre en grève à l’Hôtel Ibis Clichy-Batignolles, dans le XVIIè arrondissement de Paris. Face à elles, le groupe Accor, sixième groupe hôtelier du monde, qui sous-traite le nettoyage de l’établissement à un prestataire, STN Groupe. C’est ce conflit social un temps médiatisé qui a été le déclencheur de la première œuvre romanesque de Romuald Gadegbeku, journaliste indépendant et collaborateur régulier au quotidien suisse Le Temps et aux magazines français Society et So Foot. Même si pour écrire son roman, il a rencontré des femmes de chambre d’un autre hôtel parisien, à l’origine d’un mouvement social du même genre. Contre la précarité et pour la dignité Le livre nous emmène au pied de l’hôtel, au cœur du piquet de grève, avec ces femmes d’origine africaine, de langues et de religions différentes, et qui tapent sur des casseroles pour faire entendre leurs revendications. Un combat contre la précarité et pour la dignité, mais aussi à la tonalité féministe et antiraciste, qui eut comme détonateur le viol d’une des femmes de chambre (le coupable sera condamné en 2024 à 7 ans de prison ferme). Douleurs corporelles Dans une prose qui fleure bon le mafé, le pondu ou le thiéboudienne -les plats du quotidien concoctés par les personnages sont très présents dans le récit- le romancier partage avec ses lecteurs le dur labeur des travailleuses. Il évoque avec précision mais sans pathos les douleurs corporelles liées à la pénibilité de leur travail, la difficulté de se mobiliser et de rester unies pendant aussi longtemps et les sacrifices financiers et matériels liés à la grève. Une réalité que l’auteur a côtoyée quand il était enfant, mais sans toujours en prendre la mesure : à travers sa plume, c’est aussi un fils qui parle du métier de sa mère, femme de ménage une vingtaine d’années auparavant. D’ailleurs, Les Gréveuses, à travers Rita, le personnage principal, est aussi le roman d’une mère qui se voue corps et âme à la réussite de ses enfants. C’est pour eux qu’elle travaille ; leur offrir un avenir et de petits plaisirs est sa priorité, ce qui n’est pas une mince affaire lorsque l’argent manque et que l’on vit dans une cité de banlieue. Social et engagé -et donc politique- le roman accorde aussi une place au rêve et à la poésie. Il cite d’ailleurs les mots du grand poète créole Léon-Gontran Damas dans l’un de ses textes les plus forts, Nous les gueux. Romuald Gadegbeku est l’un des invités du Salon du livre africain de Paris (21-22 mars au Réfectoire des Cordeliers, Paris 6e arrondissement). Les Gréveuses, Romuald Gadegbeku (Grasset).