Cet épisode de Pagaille plonge au ras du bitume, là où la République trébuche. Direction les rues de Paris, auprès de celles et ceux que la ville laisse dormir dehors : sans abri, sans répit, sans horizon. À l’heure où la campagne municipale s’intensifie, la question du sans-abrisme s’impose comme un test de crédibilité politique. Alors que l’équipe de Rachida Dati occupe le terrain avec une communication offensive, 40 associations réunies au sein du collectif Le Revers exigent des engagements fermes sur un plan d’action destiné à provoquer un véritable « choc de solidarité ». Le Revers a transformé ce qui aurait pu être un enjeu périphérique en centre de gravité de la politique locale. Ce collectif, anciennement connu sous le nom de Le Revers de la Médaille, s’était déjà illustré lors des Jeux olympiques d’été de 2024 en dénonçant le « nettoyage social » opéré en marge de l’événement : expulsions, déplacements forcés, invisibilisation des plus précaires pour offrir au monde une carte postale lissée de la capitale. Leurs efforts se concentrent aujourd’hui sur un plan d’action concret, chiffré et contraignant, soumis à la signature des principaux candidats lors d’une réunion publique le 11 février à la Gaîté Lyrique. Le message est clair : la solidarité ne peut plus être une promesse sans lendemain. Les chiffres sont sans appel. Lors de la dernière Nuit de la Solidarité, fin janvier 2026, plus de 3 800 personnes ont été recensées sans solution d’hébergement à Paris, et près de 5 000 dans le Grand Paris, un chiffre en hausse. Au niveau national, la Fondation pour le Logement des Défavorisés estime à plus de 330 000 le nombre de personnes sans domicile en France. L’errance n’est plus marginale : elle structure désormais le paysage urbain. Dans ce nouvel épisode de Pagaille, nous suivons les bénévoles et les équipes de Médecins du Monde le long de la ligne 2, de Colonel Fabien à Barbès. Sous les arches métalliques, des tentes serrées les unes contre les autres. Des demandeurs d’asile, des personnes en migration, bloquées dans des impasses administratives, sans solution d’hébergement, sans réponse institutionnelle. La survie tient à un fil : consultations médicales de rue, accompagnement social, orientation juridique. Aux côtés de Médecins du Monde, Utopia 56 et des collectifs d’aide juridique comme le CAD (Collectif Accès au Droit) tentent de garantir des droits élémentaires. Sans ces ONG, la jungle urbaine deviendrait un angle mort sanitaire et administratif. Nous irons également place de l’Hôtel de Ville, où l’association La Chorba distribue des repas dans la cantine des salariés municipaux. Un contraste saisissant : la solidarité s’organise au cœur même des institutions. Sur le parvis de l’Hôtel de Ville, les bénévoles de l’association « Zéro bébés à la rue » manifestent comme chaque premier lundi du mois. Notre nuit dans ce Paris sans toit se termine dans un abri de la ville voisine de Bagnolet, où Utopia 56 propose une centaine de places au chaud à des femmes, la plupart du temps seules avec leurs enfants. À Paris, la question est simple : qui protège réellement celles et ceux que la République laisse dehors ? Avec :Paul Alauzy, coordinateur Médecins du Monde, porte-parole du collectif Le ReversAurélia Huot, coordinatrice du collectif Le Revers et bénévole au Collectif Accès au Droit (CAD)Nathan Lequeux, coordinateur Utopia 56 – antenne de Paris Pour aller plus loin :Le Revers : https://collectiflerevers.fr/Médecins du Monde France : https://www.medecinsdumonde.org/pays/europe/france/Utopia 56 : https://utopia56.org/paris/Zéro Bébé à la Rue : https://www.archipelia.org/2025/01/02/z%C3%A9ro-b%C3%A9b%C3%A9-%C3%A0-la-rue-une-mobilisation-de-resf-et-du-p%C3%B4le-de-sant%C3%A9-des-envierges/Débat du 11 février 2026 organisé à la Gaîté Lyrique :https://www.gaite-lyrique.net/agenda/2026/debat-des-candidates-aux-municipales-de-paris/