Culture Pixelle

Radio Grenouille

Culture Pixelle – Le podcast qui interroge l’impact du numérique dans la culture une aventure portée par Marie Picard et emmanuel vergès. Chaque semaine, 30 minutes de conversation avec un·e invité·e de choix pour explorer ensemble l’impact du numérique dans nos pratiques culturelles, médiatique et créatives. Ici, le numérique n’est pas seulement une affaire de technologies, ce n’est pas que capitaliste, polluant, addictif… mais c’est aussi coopératif, créatif et démocratique. Culture Pixelle est un espace d’échanges pour partager des expériences, faire de la veille, réfléchir de manière critique et politique et prendre une longueur d’avance. Le pari : vous faire faire un pas de côté pour mieux comprendre la puissance et les limites de ces outils, et imaginer ensemble de nouveaux usages. 📻 En direct : chaque jeudi du mois à 17h30 sur Radio Grenouille 88.8 et en web radio 🔁 En rediffusion : le mercredi à 13h 🎧 En podcast : à écouter et binger sur toutes les plateformes et sur Instagram

  1. vor 2 Tagen

    Culture Pixelle #53 - Donner les clefs du savoir, avec Ali Sabbagh de Assabil

    Un épisode pour regarder la bibliothèque publique non comme un équipement culturel parmi d'autres, mais comme l'une des formes les plus concrètes et les plus vivantes de ce qu'on appelle le commun. Des sujets qui montre comment les bibliothèques alimentent nos réflexions sur le numérique depuis toujours ! Parce que l’Internet n’est peut-être juste qu’une grande bibliothèque mondiale ?!    Cette semaine à Culture Pixelle, on a reçu Ali Sabbagh, coordinateur des activités culturelles de ASSABIL — le chemin, la source d'eau en arabe — une ONG libanaise fondée en 1997 pour créer et gérer des bibliothèques publiques à Beyrouth. ASSABIL c’est trois bibliothèques municipales, un réseau à travers le Liban, une bibliothèque mobile née après la guerre de 2006. Ali était en résidence à la Friche Belle de Mai dans le cadre du programme Courants du Monde de l'Institut français. On s’est croisé. On a partagé des vieilles amitiés, et des sujets de préoccupation communs autour de la culture, des institutions et de la place du savoir dans nos sociétés.  En effet, ce qui se joue à ASSABIL, c'est une question que l’on travaille à Culture Pixelle : la place des citoyennes et citoyens organisés en société civile, dans la garantie de continuité des services publics, en particulier culturels. Dans un moment où les Etats se pensent plateformes, entreprises ou s’effacent, comment les associations inventent ce qui fat aussi société ? Quelque chose qui résonne avec ce mantra de Culture Pixelle : l’intelligence est dans les périphéries. Et l’importance des savoirs et de leurs libres circulation. En ce sens, les bibliothèque, comme l’Internet, sont pour nous, des équipements fondamentaux de nos démocraties. « La lecture nourrit l'esprit critique. Elle nous permet de couvrir les différents points de vue. La lecture elle-même a un rôle très important dans la cohésion sociale et de construire le vivre ensemble. » La bibliothèque n’est pas qu’un dépôt de livres mais une infrastructure de démocratie. Au Liban — 18 communautés religieuses reconnues, des centaines de milliers de réfugiés palestiniens et syriens, une histoire de guerres civiles — l'enjeu n'est pas culturel au sens étroit. C'est la question même du vivre ensemble qui se joue dans ces espaces de cultures partagées. Des bibliothèques laïques, non confessionnelles, où ni la religion ni la politique ne sont promues. Des lieux neutres dans un pays où la neutralité est déjà un acte politique. « On a réussi à transformer la crise en une opportunité. »* Quand la municipalité de Beyrouth coupe les financements en 2020, ASSABIL ne ferme pas. Elle installe des panneaux solaires, ouvre 7 jours sur 7 avec des volontaires qui ont les clés. Le modèle associatif rend tangible l’acte collectif de chacune et chacun. Pas la résilience comme exploit, mais l'inventivité et la détermination à se tenir ensemble comme manière d'être au monde. « On n'est pas seulement bibliothécaire chez ASSABIL. On est facilitateur culturel. » Le facilitateur culturel chez ASSABIL, c'est quelqu'un qui organise des ateliers d'écriture, accueille des classes, monte des projets de soutien psychosocial après l'explosion du port, invite la communauté éthiopienne à présenter sa culture et ses danses, conserve le patrimoine oral en formant une nouvelle génération de conteurs. La bibliothèque comme le lieu du lien. Un espace où l'on vient chercher un livre, charger son téléphone, trouver de la chaleur, faire une fête, écrire, écouter. Un lieu où l'on lit le monde plus qu'on ne lit un livre.

    29 Min.
  2. 23. Juni

    Culture Pixelle #52 - L'espoir c'est punk ! avec Garance de l'Hydre

    Quand on ouvre un livre de hopepunk, on dialogue avec le futur. Aujourd'hui et maintenant. La littérature de l'imaginaire n’est pas une fuite hors du réel, mais un des outils les plus politiques dont on dispose pour le réinventer, à commencer par ce soir, en ouvrant un livre. Cette semaine à Culture Pixelle, on a reçu Garance, libraire et sociétaire de L'Hydre aux mille têtes. Une librairie généraliste et engagée, tournée vers les éditions indépendantes, féministes, anticoloniales, la littérature de l'imaginaire, organisée en Scop, fondée en 2018.  Le sujet du jour : le hopepunk. Un mot né en 2017 d'un simple post Tumblr d’Alexandra Rowland - l'espoir est un acte de rébellion - devenu un genre littéraire à part entière. Le hope punk est au croisement de l'écologie, du féminisme, du queer et de la justice sociale. Et une réponse directe à la saturation du cyberpunk, ce futur de néons et de surveillance qui était censé être de la fiction et qui est devenu notre présent.  Pourquoi parler du Hope Punk à Culture Pixelle ? Parce qu’il ouvre ouvre une troisième voie narrative au delà d’une utopie naïve ou d’une dystopie paralysante du Cyberpunk, cette littérature et ces univers cinématographiques qui alimentent tout notre imaginaire technologique depuis Philip K. Dick à Norman Spinrad, de John Brunner à William Gibson. De Minority Report à Blade Runner 2049 ! Pourquoi aussi ?  “Parce que les autrices et les auteurs sont gentils avec leur personnage. Et ça, ça change vraiment énormément. » Cette gentillesse dit tout sur la révolution esthétique du hopepunk et de ce que ces oeuvres transforment les théories narratives classiques qui font souffrir les personnages, aggravent sans cesse leur situation pour croire que notre attention demande cela ! Le hopepunk refuse cette logique. Les personnages sont préservés, soignés, laissés à une existence qui leur est propre au-delà de l'arc narratif. Ce n'est pas de la complaisance mais une posture politique. Becky Chambers, une des figures centrale du genre, construit des univers où les personnages pensent, évoluent, existent pour eux-mêmes. Et cette tendresse-là, dans un monde saturé de violence narrative, est joyeusement subversive. « On y est déjà. Il y a des choses qui étaient dans des livres de SF des années 70, on a dépassé. »* Le hopepunk est aujourd’hui nécessaire plutôt que simplement désirable. Le cyberpunk des auteurs des années 50 et 60 qui écrivaient notre présent sans le savoir, n'est plus un référentiel. La dystopie est arrivée. Elle est là : les métacorporations, la surveillance numérique, les inégalités explosées … On n'a même plus besoin de les imaginer. Ce qui manque maintenant, ce sont d'autres mondes possibles à faire exister. Le hopepunk ne nie pas le marasme, mais ouvre des bifurcations. « Cette littérature de l'imaginaire nous permet de réinterpréter le présent. Elle ne nous envoie pas dans le futur — elle nous permet de réactualiser notre présent. » A Culture Pixelle on aime citer Nicolas Nova pour formuler ce qui est peut-être la clé de ce rapport complexe que l’on a aux récits et leur supposé pouvoir de transformation : la littérature de SF n'est pas prophétique, elle ne prédit pas ce qui va venir, elle nous donne des outils pour lire ce qui est déjà là autrement, pour faire dès aujourd’hui. Et si le hopepunk arrive aujourd'hui avec cette force-là, c'est parce qu'on en a besoin maintenant, pour regarder différemment un présent numérique qui se raconte lui-même et nous accompagner à faire, ensemble, un pas de côté.

    30 Min.
  3. 15. Juni

    Culture Pixelle #51 - Street Press donne à voir le documentaire du Collectif Nawak

    Un épisode pour appréhender l'évolution de l'écriture journalistique comme une bifurcation vers des récits plus lents, plus collectifs, plus situés, plus libres, et demain peut-être portés directement par ceux qui les vivent. Et qui se diffusent sur les médias indépendants À Marseille, les chiffres du narcotrafic font régulièrement la une. Derrière les statistiques, derrière les faits divers, il y a des visages, des familles, des vies interrompues — et des proches qui refusent que leurs morts soient réduits à quelques lignes dans une dépêche. Cette semaine à Culture Pixelle, on a reçu Mickaël Gence et Étienne Bonnot du Kollectif Nawak pour parler de leur documentaire Jusqu'à notre dernier souffle, diffusé en partenariat avec Street Press. Pendant deux ans et demi, ils ont suivi Atika, Karima et Laetitia, trois femmes marseillaises qui ont perdu un proche dans des assassinats liés au trafic de drogue et qui se battent au sein du Collectif des familles de victimes. Un film qui parle de violences, et aussi de mémoire, de dignité, et de ce qui transforme des citoyennes en militantes infatigables. « On s'est dit qu'on pouvait prendre le temps - ce temps que l'on n'a pas dans les médias traditionnels, dans le news - le temps de rencontrer qui sont ces personnes dont on ne parle jamais. » Étienne nomme ce que le digital et l'autoproduction rendent possible : sortir du format imposé. Dans le JT, ces femmes n'existent qu’à peine, comme contexte d'un fait divers, comme chiffre dans une statistique. Prendre le temps de les rencontrer, de les suivre sur deux ans et demi, de laisser le récit se construire à leur rythme plutôt qu'à celui de l'actu a été une ligne éditoriale que seule l'autoproduction numérique rend aujourd'hui possible. Le digital n'a pas seulement changé la diffusion. Il a changé les conditions mêmes de l'écriture. « Street Press a pris le film comme il est, sans couper — alors que les télés, on sait qu'elles vont charcuter. C'est une liberté. » Mickaël évoque que la liberté formelle est une condition du récit juste. Pas de 52 minutes imposées, pas de coupes éditoriales qui dénaturent, pas de politique de diffusion qui efface ce qui dérange. Le choix de Street Press est un choix conscient, compte tenu de l’ADN de ce média à la fois pure-player mais aussi travaillant ces sujets de société. Les médias indépendants en ligne rendent possible aujourd'hui ce que les chaînes traditionnelles ne peuvent plus offrir. Ces nouvelles écritures documentaires trouvent des espaces de respiration dans le paysage numérique. « Les médias indépendants permettent d'avoir un contre-récit, une autre manière de raconter, de choisir d'autres sujets — et c'est souhaitable. » Étienne et Michaël parlent depuis l'intérieur des médias traditionnels -  pigiste et monteur à France 3. Ils connaissent les contraintes des médias mainstream. La galaxie Street Press, Blast, Mediapart et plus n'est pas une alternative fragile mais une nécessité démocratique. Des économies précaires, mais des espaces où l'horizontalité est réelle, où les autres manières de raconter sont encouragées, où le dialogue entre journalistes et personnes peut prendre des formes que le grand média ne tolère plus depuis longtemps. « Demain, peut-être qu'elles porteront leur propre récit, et c'est peut-être ça le chemin d'après des narrations. » Si le documentaire de Mickaël et Étienne est déjà une étape pour raconter autrement, depuis une position assumée, avec le temps qu'il faut, le chemin d'après, sera peut-être que les personnes concernées deviennent elles-mêmes autrices de leurs récits. Une décentralisation narrative et médiatique comme horizon politique ? Le numérique l'a rendu techniquement possible. Il reste à le rendre structurellement réel.

    30 Min.
  4. 9. Juni

    Culture Pixelle #50 - Plateforme vidéo et algorithme coopératif, avec Mohamed Rochdi Sifaoui de TËNK

    Cette semaine à Culture Pixelle, on fête les 10 ans de TENK, avec Mohamed Rochdi Sifaoui directeur général de la plateforme depuis 2021. 10 ans de cinéma documentaire en ligne, sans algorithme dominant, sans logique de buzz, sans actionnaire à satisfaire. On a aprlé de ce que ça veut dire, concrètement, de tenir un projet comme celui-là dans un paysage numérique de plus en plus concentré, algorithmisé et ou l’économie de l’attention à remplacé les enjeux de culture commune. Et la réponse collective et coopérative que propose TËNK est une réponse pragmatique à la nécessaire reconfiguration des dynamiques de diffusion en ligne. TËNK n’est plus une alternative, mais un modèle à suivre et à dupliquer ! TËNK est née à Lussas, village ardéchois historiquement lié au cinéma documentaire d'auteur, d'un constat simple et une vigilance : les chaînes publiques et privées réduisaient leur place au documentaire de création au profit de formats formatés, prévisibles, calibrés pour l'audience. Donc à une réduction de la liberté d’expression, et de la pluralité et diversité des expressions La plateforme a répondu à ce manque comme coopérative. 60 sociétaires au départ, 600 aujourd'hui. La filière, puis les citoyens. « On se définit volontiers comme faisant partie de la bataille culturelle. Les films documentaires, la complexité du monde, la nuance que des cinéastes vont chercher, c'est une résistance à l'affaiblissement de la pensée. » On ne dit plus "on fait de la culture" mais “bataille culturelle”. Le mot dit quelque chose d'important sur le moment qu'on traverse. Dans un paysage médiatique qui s'appauvrit, où les algorithmes des plateformes dominantes poussent ce qui est déjà vu vers encore plus de visibilité, le documentaire d'auteur est une forme de résistance et surtout un espace pour rendre visible les diversité, les autres regards sur le monde. Un documentaire qui prend le temps, qui cherche la nuance, qui va là où le regard ordinaire ne va plus forcément. TËNK se définit comme un outil politique de réflexion commune partagée.  « Une personne, une voix. Celui qui a mis beaucoup d'argent et celui qui n'a pas mis beaucoup d'argent, c'est pareil au niveau du pouvoir. » Dans un monde où les plateformes culturelles sont soit des multinationales cotées en bourse, soit des services publics sous pression budgétaire, TËNK propose un troisième chemin : la coopérative ouverte aux citoyens. “Une personne, une voix”, la formule est classique, et elle prend tout son sens quand on la pose face aux modèles de gouvernance de Netflix ou de Meta. Ce qui se joue dans la structure de TËNK, c'est une question de pouvoir d’agir collectif : qui décide de ce qui mérite d'être vu ? La réponse coopérative, c'est que cette décision appartient à la communauté, pas au capital. « Chaque outil qu'on choisit, c'est politique. Mon éthique, c'est faire mieux : comment on fait mieux l'année prochaine ? » A TËNK on refuse à la fois le purisme idéologique et la résignation pragmatique. TËNK utilise des outils GAFAM. comme le référencement Google amène du trafic sur la plateforme. Mais chaque année, la question est posée : comment faire mieux ? Pas de manière parfaite, mais de manière progressive, itérative, collective, en alliance, avec l'économie sociale et solidaire, avec les bibliothèques, avec les centres sociaux, avec des partenariats municipaux. Marseille, depuis le 1er janvier, offre l'accès à TËNK gratuitement via ses bibliothèques. C'est ça, aussi, la bataille culturelle collective, qui fait que le documentaire n’est pas qu’un genre en voie de disparition, mais comme une infrastructure de la pensée collective, à défendre, à élargir, et à rendre accessible au plus grand nombre.

    30 Min.
  5. 28. Mai

    Culture Pixelle #49 - Les bombes n’éteignent pas les réseaux avec Francky Blandeau de l'Institut Français et Laurent Bigarella du Reset!

    Cette semaine à Culture Pixelle, on retourne au 101ème rencontre de Trans-Europe Halles à la Friche Belle de Mai en avril dernier. On en a profité pour inviter deux acteurs qui travaillent au croisement de la culture, du politique et du numérique, depuis des situations différentes avec une même conviction : la culture est une infrastructure de résilience avec les réseaux numériques . Au micro de Culture Pixelle, Franky Blandeau, directeur adjoint de la coopération et du dialogue des sociétés à l'Institut français de Paris, et Laurent Bigarella, coordinateur au sein de Arty Farty du réseau RESET : réseau européen de structures culturelles et médias indépendants avec 160 membres à l’échelle européenne. Un échange qui a commencé en Ukraine et s'est terminé sur nos propres dépendances numériques. Un chemin plus court et plus évident qu'on ne le pensait. « Un pays qui est sous les bombes invente sa propre image, invente en même temps sa projection à l'international. » Franky Blandeau décrit comment en Ukraine, depuis 2022, s’est construit une stratégie de soft power culturel en temps de guerre. Les médias, les artistes, les institutions sont les vecteurs pour exister à l’international, mobilisés en même temps que les armes sur le terrain. Et le numérique joue un rôle clé, que ce soit via Telegram comme espace d'information de masse, ou la présence quotidienne de Zelensky sur les réseaux comme un plaidoyer incarné, et le développement de média public de confiance sur le net. L'Ukraine ultra-connectée depuis longtemps renvoie un miroir sur ce que les outils numériques peuvent réellement faire. « Nous sommes complètement dépendants de plateformes qui ne sont pas européennes, qui nous empêchent d'avoir le lien avec nos communautés. » Laurent Bigarella pose néanmoins un diagnostic sans détour. Le virage des GAFAM dans la diffusion des contenus n'est pas un accident isolé, c'est le signal d'une dépendance structurelle. Pour les structures culturelles indépendantes comme pour les médias, le lien avec les publics passe aujourd'hui par des infrastructures qu'elles ne contrôlent pas, dont elles ne fixent pas les règles, et qui peuvent changer de cap du jour au lendemain. La souveraineté numérique n'est plus une question technique, c'est une condition de l'indépendance éditoriale et culturelle. C'est la priorité que Reset! s'est donnée pour cette année. « Si on veut avoir prise sur le réel et sur les politiques publiques, on a besoin des acteurs publics. » Laurent décrit le modèle Reset! : trois collèges avec les structures indépendantes, les organisations ressources, et les collectivités locales. Lyon, Bruxelles, Gênes. Des villes membres d'un réseau d'acteurs indépendants. Sortir du silo, construire des coalitions avec la Commission européenne, avec les parlementaires, avec les acteurs publics qui partagent les mêmes valeurs sur la liberté de création et d'expression. Dans un contexte où des régimes illibéraux freinent l’accès aux financements étrangers des structures culturelles - comme en Géorgie avec la loi sur les agents de l'étranger - ce travail d'alliance est fondamental, prospectif et urgent.

    30 Min.
  6. 13. Mai

    Culture Pixelle #48 - L'info ne se scrolle pas, elle se choisit, avec Brief.me et Marsactu

    A Culture Pixelle on a reçu deux figures des médias indépendants en ligne. Laurent Mauriec, co-fondateur et CEO de Brief.me qui propose chaque soir l'actualité expliquée en 7 minutes, sans publicité, sur abonnement. Et Julien Vinzent, journaliste et président de Marsactu, média d'investigation locale à Marseille, depuis 15 ans, que l’on avait déjà reçu pour les 10 ans de Marsactu. Deux projets importants pour la presse indépendantes, deux modèles qui ne ressemblent à rien d'autre. L'occasion pour nous de traverser une question qui ne lâche pas : dans un paysage informationnel saturé de flux, d'algorithmes et d'IA générative, de la multiplication des fakes news et des stratégies d’influences intérieures et étrangères, comment le journalisme et les médias indépendants sont des vigies de la démocratie ? Comment ces pure-players rendent robustes l’information quotidienne ? « En étant abonné, on reprend le contrôle de son information. » Laurent Mauriac pose une distinction simple et qui change tout : s'informer versus être informé. Être informé, c'est se mettre en position de recevoir les flux, les algorithmes, les recommandations de plateformes qui publicisent l'engagement plutôt que la compréhension. S'informer, c'est un geste actif, politique. Choisir un média, s'y abonner, y revenir, c'est reprendre la main sur ce qu'on laisse entrer dans sa tête. Dans un contexte où l'IA générative inonde les médias gratuits de contenus de plus en plus indiscernables, ce geste-là devient une ligne de robustesse démocratique. « Ce n'est pas une opinion qui manquerait, c'est finalement des infos qui manquent. »Julien Vinzent décrit ainsi le positionnement de Marsactu : on pourrait croire que la pluralité du débat public manque de voix supplémentaires, de points de vue, d'éditoriaux engagés. Mais ce qui manque ce sont des faits : des enquêtes sur des projets d'incinérateur, sur des marchés publics, sur des décisions qui se prennent loin des pages people et des résultats de l'OM. L'investigation locale, ce n'est pas un parti pris de plus, c'est une nécessité que personne d'autre ne comble. « Les articles deviennent un début de conversation, et pas forcément une fin. »Le numérique peut apporter au journalisme une agora, un espace animé pour les commentaires, la transparence sur les sources et les méthodes : autant d'espaces où le journaliste descend et se traduit dans le quotidien des gens, des citoyen·nes, et de la cité. Pour expliquer ses choix, accueillir les corrections, admettre les zones d'ombre, expliquer et défendre les partis pris. L'article comme ouverture plutôt que comme verdict. C'est une posture éditoriale, pas une fonctionnalité. Et c'est précisément ce que partagent Brief.me et Marsactu, deux médias qui ont fait de la relation avec leurs lecteurs un projet en soi. Et c’est dans cette relation que va se déployer aussi les enjeux de la liberté d’expression : comprendre que nous faisons toutes et tous les médias, que nous soyons journalistes, lecteurices et lecteurs, aboné·e·s, soutien, critique, commentateurs … L'information n’est pas un bien de consommation, mais une pratique citoyenne, et les médias indépendants sont une infrastructure démocratique à entretenir et garantir !!

    30 Min.
  7. 4. Mai

    Culture Pixelle #47 - Reclaim the future, avec Mieke Renders et Laura Camacho

    Cette semaine, Culture Pixelle est en anglais, parce que La Friche Belle de Mai accueille la 101e rencontre de Trans-Europe Halles, réseau européen de centres culturels dans des friches industrielles, fondé en 1983, aujourd'hui présent dans 43 pays. Le thème de cette édition : Imagine Within Limits pour questionner ce que l’on peut faire quand les modèles s'effondrent, les ressources se raréfient, et que la planète nous envoie ses signaux d'alarme depuis bien longtemps ? Autour des micros, Mieke Renders, déléguée générale de Trans-Europe Halles, et future responsable de la Capitale Européenne de la Culture 2029 à Kiruna en Laponie, et Laura Camacho, facilitatrice de transformation artistique sur le projet CTM — Cultural Transformation Movement. Deux voix, deux géographies et deux manières d’agir pour une même conviction : transformer, oui, mais ensemble ! « They are creating bubbles of hope, bubbles of a new imagined future that is very interdisciplinary, transdisciplinary… They reinvent their communities, their neighborhoods, their cities, by seeing a potential in these abandoned, once thriving factories or places. » L'image des “bulles d'espoir” de Mieke pour définir les centres culturels en friches, illustre qu’ils ne sont pas des refuges mais des laboratoires de réinvention collective, des espaces safe pour agir et penser. Des lieux naissent du militantisme et se professionnalisent dans le chaos, pour finir par changer le regard d'une ville sur elle-même. Ce qui était rebut industriel devient ressource commune. Ce mouvement-là, c'est l'histoire même de la Friche Belle de Mai, et de tant d’autres friches à Marseille ! « Who is owning that future? Historically, who has done science fiction globally? From Western societies. And if we don't own that future, then the dynamics of silencing would be repeated. » Et dans cette réinvention, on parle beaucoup d’imaginaires, de récit. Laura porte un travail prospectif avec des artistes, en posant au coeur de cette réflexion, non pas seulement les formes, mais surtout qui les porte. L'Afrofuturisme, le futurisme arabe, les imaginaires du Sud global, ne sont pas des curiosités exotiques, ce sont des  actes de résistance épistémique. Si les futurs sont toujours imaginés depuis les mêmes centres, les mêmes cultures, les mêmes privilèges, alors la transformation reste esthétique. Pas politique. Changer le présent, c'est d'abord contester qui a le droit de rêver l'avenir. « What we have to shift is the context, and not the community. » Dans les débats sur la représentation et l'inclusion, on demande souvent aux communautés marginalisées de s'adapter, de faire un effort, de rentrer dans le cadre. Laura inverse le raisonnement : c'est le cadre qui doit bouger. Chaque personne, artiste, actrice ou acteur culturel, habitante d'une friche, possède une agentivité, petite ou grande. Le projet CTM part de là : non pas changer les gens, mais changer les conditions dans lesquelles ils peuvent agir. Changer les conditions c’est peut etre envisager les lieux culturels comme des quatrième lieux. Mieke nous a partagé ce concept qui lui est important. Après le travail, le foyer, et le tiers-lieu, ce Quatrième lieu est celui où l'on ne vient  plus consommer que de la culture mais où la culture fait émerger un sens commun, là où les religions s'effacent, là où les liens se refont différemment, dans de nouvelles conditions, là où les friches se réinventent. Pas un programme ou un dispositif. Mais peut-être la prochaine étape pour les centres culturels : devenir des lieux où l'on refait monde, ensemble, à nos propres mesures.

    31 Min.
  8. 23. Apr.

    Culture Pixelle #46 - Réapprendre la démocratie à l'ère des plateformes, avec Olivier Schulbaum

    Il y a deux semaines, on recevait dans Culture Pixelle, Olivier Schulbaum, directeur stratégique de la Fondation Platoniq, basée entre Barcelone et Palma de Majorque. On se connaît avec Olivier depuis longtemps, où Platoniq gravait des CD de musique libre et installait un émetteur FM dans une Burn Station à la Friche Belle de Mai pour discuter des droits d’auteurs, de la circulation des oeuvres et de la régulation des échanges sur Internet. Vingt ans plus tard, la question posée n'a pas changé, mais elle s'est déplacée : comment les outils numériques peuvent-ils servir la démocratie plutôt que chercher à l’automatiser ? Platoniq, c'est un projet singulier et inédit : un label devenu laboratoire de cultures et de numérique, qui développe des outils pour incarner les idéaux collectifs, coopé”ratifs et participatifs de l’Internet. Ils et elles ont développé Goteo, plateforme de crowdfunding solidaire et citoyen ou Decidim, plateforme de coopération et de participation citoyenne déployées dans plus de 400 villes. Et maintenant Platoniq développe, sur ces bases, une école de la créativité et de la démocratie. Parce que la participation ne se décrète pas dans du code, elle se construit dans des personnes, des territoires, des cultures, et des dynamiques de politique locale. « Ce qu'on traite vraiment maintenant, c'est un peu comment réapprendre la démocratie à l'ère des plateformes. » Pas reconstruire. Pas inventer. Réapprendre. La démocratie n'a pas disparu, mais elle a été transformée en protocole, confiée à des interfaces publiques comme privées qui optimisent l'engagement plutôt que la délibération. Le travail de l’équipe de Platoniq cherche à démontrer qu’une même infrastructure numérique peut produire des effets radicalement opposés selon qui la conçoit, avec qui, et depuis quel terrain. « La créativité doit s'appliquer sur absolument toutes les phases des processus démocratiques. » Les assemblées citoyennes produisent des recommandations, les décideurs les « technifient », et tout le côté émotionnel, la motivation, la légitimité construite collectivement, s'évaporent. Platoniq ne fait pas de beaux ateliers participatifs, mais conçoit pour cela l'https://platoniq.net/es/projects/escuelab/, pensée pour les 16–29 ans, qui articule délibération, théâtre législatif, badges de compétences pour se former aux compétences démocratiques.  « Dans le futur, vu la menace de l'IA sur le travail intellectuel, c'est le moment idéal pour développer des capacités d'imagination sur les démocraties. » L'IA automatise le travail cognitif de masse. Ce qui résiste à l'automatisation, ce qui ne peut pas être délégué à une machine, c'est précisément la capacité à délibérer ensemble, à construire du commun, à imaginer d'autres formes de gouvernance. C'est maintenant qu'il faut former à ça. Pas dans dix ans, quand les bifurcations seront déjà figées.

    31 Min.

Info

Culture Pixelle – Le podcast qui interroge l’impact du numérique dans la culture une aventure portée par Marie Picard et emmanuel vergès. Chaque semaine, 30 minutes de conversation avec un·e invité·e de choix pour explorer ensemble l’impact du numérique dans nos pratiques culturelles, médiatique et créatives. Ici, le numérique n’est pas seulement une affaire de technologies, ce n’est pas que capitaliste, polluant, addictif… mais c’est aussi coopératif, créatif et démocratique. Culture Pixelle est un espace d’échanges pour partager des expériences, faire de la veille, réfléchir de manière critique et politique et prendre une longueur d’avance. Le pari : vous faire faire un pas de côté pour mieux comprendre la puissance et les limites de ces outils, et imaginer ensemble de nouveaux usages. 📻 En direct : chaque jeudi du mois à 17h30 sur Radio Grenouille 88.8 et en web radio 🔁 En rediffusion : le mercredi à 13h 🎧 En podcast : à écouter et binger sur toutes les plateformes et sur Instagram