En Pleines Formes

Radio Campus Paris

En Pleines Formes, c'est l'émission de Radio Campus Paris, dédiée à la création contemporaine sous toutes ses formes. Un dimanche par mois, nous nous entretiendrons avec des artistes, des commissaires d'exposition, des historiens de l'art pour décortiquer les mécanismes de la création et vous proposer les meilleures expositions du moment.

  1. 13.02.2022

    En Pleines Formes 13/02/2022 : Bruno Serralongue

    À l'occasion de son exposition Pour la vie au Frac Île-de-France/Le Plateau, nous recevons En Pleines Formes reçoit mois-ci le photographe Bruno Serralongue. Dans cette exposition on trouve des images des années 1990, à partir desquelles Bruno Serralongue a commencé sa carrière d’artiste jusqu’à aujourd’hui, mais cette exposition entretient un rapport au temps plus complexe qu’elle n’en a l’air. Rétrospective partiale : elle prend le parti des portraits et des rencontres. En 1996, après être sorti de l’ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles et de la Villa Arson, Bruno Serralongue part à la rencontre des zapatistes du Chiapa réunis pour la rencontre intercontinentale pour l’Humanité et contre le Néolibéralisme. Il part avec l’idée de développer son travail sur la construction de l’image médiatique et sur l’information mais sur place la rencontre de personnalité et le contexte politique crée un déplacement dans son travail. Si dans la série des Faits Divers débutée en 1993 il retournait le lendemain sur les lieux des événements heureux ou malheureux, cocasse ou tragique, il rencontre cette fois l’actualité. A Nice, il avait commencé à travailler à la chambre et cette pratique qui demande un plus long temps de pose et un autre investissement dans le moment ne le quitte plus. On ne peut pas faire une photo en passant dit-il même en ouvrant à d’autres techniques, notamment numériques, ces dernières années. Photographe ou témoin volontaire, Bruno Serralongue n’use pas de passe droit journalistique et n’accède pas aux premiers rangs ; il montre les évènements depuis la place de tout un chacun la rue pour la série des Manifestations en 1995-96. On voit l’histoire en train de s'écrire comme Fabrice del Dongo pris en pleine bataille napoléonienne dans La Chartreuse de Parme, sans parvenir à rien distinguer. Au travers du travail de Bruno Serralongue, on assiste à la fabrication médiatique de l'événement. L’histoire batailles a été remise en question par l’école des Annales qui a cherché à fournir une histoire de la société plus complexe. L’exposition “Pour la vie” présenté au Frac Ile de France, propose des portraits de groupe ou d’individus engagés, des portraits de présences et de luttes. Animation & Interview : Henri Guette, Flore Di Sciullo

  2. 26.11.2021

    En Pleines Formes 21/11/2021 : Ruralité et art contemporain

    Depuis la catégorisation de la société en trois « ères » dont la première correspondrait à l’agriculture, la seconde à l’industrie et la troisième aux biens et services, une profondes scission s’opère entre l’agriculture et le reste de la société, une scission qui opère aussi bien d’un point de vue géographique et territorial que culturel, dans les imaginaires et les représentations collectives associées à la ruralité. C’est pour remédier à ces idées préconçues à ce partage trop ferme qu'En Pleines Formes a reçu deux femmes qui questionnent, par leurs discours et leurs productions, ces représentations. Matali Crasset est designeuse dont le travail est mondialement reconnu. Elle questionne sans cesse les notions de réseaux, de module, de flexibilité. Ses productions concernent aussi bien les objets du quotidien que les espaces à habiter, à travailler. À son optique du design s’ajoute également celles du design graphique, de la scénographie, de l’architecture d’intérieur. Elle nous parle notamment de ses projets "Le vent des forêts" (Meuse), "Le blé en herbe" (Bretagne) et ses différentes contributions au Mumo, un musée mobile et itinérant visant à rendre accessible l'art contemporain à celles et ceux qui en sont éloignés. Julie Crenn est critique d’art et commissaire d’exposition. Elle porte notamment le projet « Agir dans son lieu », qui après avoir voyagé entre plusieurs lieux qui se tient en ce moment au Transpalettes de Bourges (jusqu'au 16 janvier 2022).  Henri Guette nous propose sa lecture de l'exposition. Dans l’ancienne usine, la réplique à l’échelle d’un tracteur en bois par Pascal Rivet en impose et indique d’emblée le programme : interroger les liens entre artistes et monde paysans. La citation à Edouard Glissant “Agis dans ton lieu, pense avec le monde” à laquelle se réfère la commissaire d’exposition n’est pas anodine et témoigne d’une conscience à plusieurs étages. Qu’est-ce que c’est pour un artiste travailler dans son lieu ; qu’est-ce que c’est pour un commissaire de travailler dans son lieu ? Plusieurs artistes comme Damien Rouxel ou Meg Boury sont enfants de paysans et la commissaire d’exposition elle-même a pour compagnon un agriculteur. Le lieu s’impose ainsi, familièrement, personnellement, intimement quand bien même il n’est pas a priori celui de l’art. Quand Damien Rouxel a annoncé à ses parents qu’il ne reprendrait pas la ferme mais qu’il souhaitait entamer une carrière artistique ; il lui est apparu que son choix avait une incidence concrète sur l’organisation de la famille. Il a donc ancré sa pratique dans l’histoire de la ferme, sa vie quotidienne, ses pratiques dans un geste artistique qui lui permettait de maintenir un lien et de prendre position. Par la photo et des jeux de poses qui jouent avec l’imagerie de peintures religieuses ou mythologiques, il propose un nouveau récit familial. Par l’installation, la performance, il revisite des réalités concrètes de la ferme et par exemple par le registre des naissances des animaux propose de dire quelque chose de notre rapport comptable au vivant. Agir dans son lieu, c’est donc premièrement prendre conscience du lieu où l’on se situe et d’être capable d’y développer une action, qui peut-être critique mais aussi et surtout créatrice. Julie Crenn aussi connue comme critique d’art agit dans son lieu qui est celui des espaces d’expositions et comme elle le rappelle il n’y a pas un monde de l’art ou un monde paysan mais des mondes de l’art et des mondes paysans. Une exposition en plusieurs étapes, un suivi au long cours des artistes : Cette temporalité, ce continuum de relation se sent dans l’exposition et est un positionnement éthique à lui seul. Les œuvres de Pascal Rivet réparties dans l’espace témoignent d’une relation de confiance de plusieurs années depuis ce tracteur du hall donc jusqu’à la vidéo du sacrifice d’un de ses tracteurs dans Jour de Fête. Pour le visiteur, le parcours se fait autour de ces deux figures, celle de Pascal Rivet et celle de Loïs Weinberger : jardinier des poches et cultivateur des résistances. Agir dans son lieu est une exposition consciente des dérives d’une agriculture intensive et productiviste mais cette réalité là, palpable dans l’installation très mécanique de Nicolas Tubéry est appelée à être réinvestie, réappropriée. Sans tomber dans un angélisme, ou une naïveté qui pourrait caractérisé des néo-ruraux Le travail de Suzanne Husky et Stéphanie Sagot au sein du Nouveau Ministère de l’agriculture est manifeste à cet égard : de multiples alternatives aux agricultures industrielles sont possibles et induisent aussi des changements de société. En proposant un programme, des images pour cette utopie peut-être adviendra-t-elle ? Plus concrètement les artistes Kako et Kenkle ont décidé à partir d’un terrain hérité d’établir un projet qui les sort un peu de la peinture et les fait pousser ailleurs. Ils ont commencé ainsi par déplanter sur ce terrain toute la canne à sucre qui y poussait, manière de dénoncer la monoculture qui sévit à la réunion mais aussi de montrer que d’autres modèles sont possibles pour subvenir à ses besoins tout en respectant l’écosystème. Par la plantation d’une forêt et d’un potager pour lequel ils ont récupéré d’anciens plans, il s'ancre dans un dialogue générationnel et ouvre de nouveaux futurs. Une vision optimiste qui ne résout pas tous les problèmes mais qui dans cette exposition donne de l’énergie ** Animation & interviews : Henri Guette & Flore Di Sciullo Réalisation : Jeffrey

  3. 07.06.2020

    En Pleines Formes 07/06/2020 : Intérieur/Extérieur

    Si le printemps est traditionnellement le passage du dedans au dehors, cette année 2020 a marqué un passage historique du dehors au dedans. Nous parlons bien sûr du confinement, du contexte sanitaire lié au COVID 19 qui nous amène à enregistrer hors des studios et avec les moyens du bord mais plus globalement de la façon dont notre perception des espaces intérieurs comme extérieurs a changé. Si nous ne pouvons plus nous retrouver au bureau ou dans les cafés en effet nous avons commencé à recevoir et être reçu à la maison par des écrans omniprésents. Rien a priori de nouveau depuis que Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook ait déclaré en 2010 que la vie privée était un concept dépassé tout en vendant les données personnelles des utilisateurs de ses plateformes et pourtant …  La webcam désormais intégrée sur chaque ordinateur, chaque tablette, chaque mobile transforme nos intérieurs en place publique où l’on peut faire un apéro Skype, comme une réunion Zoom. Toutes ces interfaces que l’on utilise en fonction de nos interlocuteurs, en ayant encore conscience de rapports plus ou moins formels témoignent d’une porosité. L’intime et le public donc apparaissent plus que jamais corrélé comme l’ont montré de nombreuses personnalités faisant visiter leurs maisons, des adolescents broadcastant leurs chambres ou même des artistes nous proposant le tour de leur ateliers sur des réseaux sociaux comme Tik Tok ou Instagram Le concept d’extimité développé par Serge Tisseron en 2001 dans L’intimité surrexposée peut nous aider à mesurer le chemin parcouru depuis Loft Story. En analysant cette émission de télé-réalité, le psychiatre distinguait l'exhibitionnisme - négatif, morbide- du désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l'intimité. Ce désir posait-il est constitutif de la personne humaine et nécessaire à son développement psychique - notamment à une bonne image de soi. Loin des critiques contemporaine de Loft Story y voyant alors la réalisation du quart d’heure de célébrité warholien, l’analyse semble toujours aussi pertinente aujourd’hui où l’on se trouve soi-même à travers l’écran comme on retrouve les autres. Un article d’Emma Madden pour I-D Magazine révèle ainsi comment la chambre d’ado devient une interface avec le monde où les posters arborés aux murs agissent comme des marqueurs de reconnaissance pour le meilleur, le sentiment d’acceptation, d’entrer dans une communauté et le pire comme le harcèlement en ligne.  Si les lignes bougent entre le privé et le public et le dehors, le dedans il ne faut toutefois pas être dupe du travail de cadrage et de pose qui continue derrière nos écrans. Peut-être votre interlocuteur est-il mal coiffé mais il a une chemise, peut-être a-t-il une chemise mais reste-t-il en sous-vêtement. Alors que nous voudrions croire qu’une chambre, un appartement révèle une personnalité nous ne voyons jamais qu’un aspect rendu public de cette personnalité. Peut-être l’affiche d’un film est-elle un clin d’oeil au deuxième degré ou l’arrière plan soigneusement arrangé. Le concept d’extimité nous amène à réexaminer l’opposition classique entre authenticité / artificialité et à faire la part des choses entre ce qui est montré et ce que nous voulons voir, le principe de projection. La performativité qu’appelle l’écran  nous amène à devenir attentif, à regarder les écrans comme des fenêtres. C’est ainsi en compagnie des artistes Nadim Asfar, Nathanaëlle Herbelin et Juliette Terreaux que nous avons conçu cette émission entre intérieur et extérieur mais complètement poreuse à l’actualité. Animation et Interview : Henri Guette Lecture : Anaïs Meaume

Info

En Pleines Formes, c'est l'émission de Radio Campus Paris, dédiée à la création contemporaine sous toutes ses formes. Un dimanche par mois, nous nous entretiendrons avec des artistes, des commissaires d'exposition, des historiens de l'art pour décortiquer les mécanismes de la création et vous proposer les meilleures expositions du moment.