Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

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    Est du Sénégal: le développement, enjeu majeur pour éviter une contagion jihadiste [5/5]

    L'est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, fin de notre série de reportages. Aux Trois frontières, zone aux confins du Mali et de la Mauritanie, la menace terroriste est toute proche. Si Dakar a renforcé l'approche sécuritaire, sur place, des acteurs alertent sur une région en déficit chronique de tout : infrastructures, routes, électricité… Un terreau potentiellement propice aux mouvements jihadistes. Face à cette menace, le développement est un enjeu crucial de la région. De notre envoyée spéciale de retour de Gangala, Pour rejoindre la région de Ballou, à plus de 700 kilomètres de Dakar, il faut s'armer de courage. Car depuis des décennies, la zone reculée et aride la plupart de l'année rime avec le manque. Venu assister à une réunion sous un soleil de plomb pour identifier des projets de développement, Abdourrahmane Ba, le chef de village de Gangala, à quelques kilomètres du Mali, résume la situation : « Y'a pas d'eau, y'a pas d'électricité, il manque des cases de santé, et il manque des routes. » Un des enjeux majeurs pour déployer la sécurité, rapide et efficace, dans la zone, demeure la route. Le goudron qui doit relier les villes frontalières de Kidira à Bakel, en travaux depuis des années, est en passe d'être terminé, selon les autorités. Pour le maire de Ballou, Cheikhna Camara, dont la commune se trouve sur le trajet, c'est une priorité : « On est enclavés, on n'a rien ! Étant enclavés, les bandits de grands chemins peuvent venir faire ce qu'ils veulent et peuvent partir. Et les autorités, pour les poursuivre, c'est très difficile. On vit cette situation-là depuis des années. » À écouter aussiEst du Sénégal : la vigilance locale pour se prémunir des jihadistes [4/5] Développer pour ne pas devenir un territoire oublié Ce jour-là, une quinzaine d'habitants et de chefs de village de la zone sont venus examiner une mare grande comme trois terrains de foot. Ce point de ravitaillement en eau est crucial pour les bergers transhumants de la zone. L'agence régionale de développement, avec l'appui de bailleurs, veut le consolider. « Nous sommes en train d'évaluer le volume du travail, et comment faire pour sécuriser la digue, tout en conservant la mare, sans que l'eau ne détruise la berge », explique Mamadou Fade, acteur de l'agence étatique de développement (ARD). Il plaide pour que cette région frontalière menacée par l'insécurité voisine ne reste pas un angle mort du développement : « Nous sommes dans une région où, du fait des effets des changements climatiques, les gens sont vulnérables. Donc, la fragilité de l'économie locale fait que tout le monde est dans le besoin. C'est ce qui justifie que les jeunes émigrent. C'est ce qui justifie aussi le risque d'enrôlement des jeunes par rapport aux jihadistes. » Pour l'heure, le Sénégal et les populations locales résistent à une extension du conflit jihadiste. Mais pour combien de temps ? À écouter aussiEst du Sénégal : Kidira, face à la peur d'une menace jihadiste [3/5]

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    Est du Sénégal: la vigilance locale pour se prémunir des jihadistes [4/5]

    L’est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, suite de notre série de reportages. Dans cette zone aux confins du Mali et de la Mauritanie, où la Falémé se jette dans le fleuve Sénégal, la menace terroriste est toute proche et hante le quotidien de cette région reculée. Les récentes attaques au Mali voisin ont provoqué le renforcement du dispositif de sécurité des autorités du Sénégal, qui, avec une frontière poreuse en zone rurale, s’appuie sur un élément central : ses habitants. De notre correspondante de retour de Ballou, Un poste radio grésille au pied du village de Ballou. Une pirogue chargée de voyageurs traverse les eaux de la Falémé et du fleuve Sénégal qui se mélangent à cet endroit. En face, de l’autre côté de la rive, la Mauritanie et à droite, le Mali. Sous ces airs paisibles, Aboubaker Niangané, le chef du village de Ballou, 8 500 habitants, l’assure, la menace est réelle. « Quand même, nous ne sommes pas tranquilles. Car Ballou se situe dans la zone des trois frontières. De Arundu à Kidira, la sécurité est tellement faible, c’est notre grande préoccupation. Alors, des deux côtés du fleuve, étant donné que nous sommes les mêmes familles, on s’organise, et on s’alerte. » Des alertes assez fréquentes, comme la semaine dernière, quand des personnes non identifiées sont venues incendier une école dans le village de Sébou, située en face du Mali. « Il y a eu des gens qui ont traversé en toute tranquillité le fleuve pour s’attaquer aux écoles, raconte par téléphone le maire de Ballou, absent lors de notre passage. On est exposés en permanence, ils sont venus, ils ont mis le feu, carrément. » L’enquête n’a pas encore permis d’identifier les assaillants, mais via ces comités de veille, des incidents sont régulièrement signalés, d’autant plus en saison sèche quand il est particulièrement facile de franchir le fleuve. Au risque parfois de créer une certaine psychose. « Un jour, on nous a signalé au mois de janvier que des motos traversaient la frontière. Les villageois ont cru que c’étaient des jihadistes, mais quand ils sont allés vérifier, ils ont vu que c’étaient des gens qui allaient à un mariage, explique le chef du village de Gangala, situé à quelques kilomètres de Ballou. Ils avaient fait un cortège pour y aller et les gens ont cru que c'étaient des jihadistes. » À lire aussiEst du Sénégal: les routiers en première ligne face au conflit [2/5] Un dispositif citoyen pour compléter celui des forces de sécurité Le dispositif, quoique artisanal, avec des veilles nocturnes et un numéro d’appel des forces de sécurité pour chaque chef de village, est devenu indispensable dans cette zone reculée, sans route goudronnée, difficile à superviser en permanence. Mamadou Fode, qui travaille pour l’agence régionale de développement, se rappelle d’une intervention il y a un an : « Quelqu’un a été arrêté par rapport à l’apologie du terrorisme dans un village de cette zone, il faisait du commerce, mais quand on a examiné son téléphone, on a réalisé qu’il avait des relations avec des têtes pensantes du jihadisme. » Un dispositif qui vient compléter celui des forces de sécurité, hier quasi inexistantes, selon des sources locales, et aujourd'hui mobilisées face à des jihadistes bien structurés à 50 km à peine de là. Les habitants l’assurent, des patrouilles de l’armée et de la gendarmerie sont désormais visibles, mais la zone à surveiller reste immense. À lire aussiEst du Sénégal: Kidira, face à la peur d’une menace jihadiste [3/5]

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    Est du Sénégal: Kidira, face à la peur d’une menace jihadiste [3/5]

    L’est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, suite de notre série de reportages. Direction Kidira, dernière ville du Sénégal, sur la route qui relie Dakar à Bamako. Depuis que des jihadistes ont attaqué le poste-frontière côté malien à un kilomètre de Kidira en juillet dernier, la surveillance a été renforcée côté sénégalais. Il n'empêche, la population de cette ville frontalière vit dans la crainte d’une extension du conflit. De notre envoyée spéciale de retour de Kidira, Assis à l’ombre d’une cahute en bois, le toit recouvert de pailles, une vingtaine de personnes attend que les taxis collectifs se remplissent direction l’ouest du Sénégal, une matinée ordinaire à la gare routière de Kidira. Ibrahima, qui vend des tickets, n’est pas inquiet de la proximité de la frontière malienne à tout juste 200 mètres : « Nous, on a la sécurité. Sur le pont, là-bas, il y a des policiers. Si tu passes, on te demande ta carte d’identité, sans ta carte tu te fais refouler. » Le pont qui passe au-dessus de la Falémé, un affluent du fleuve Sénégal, est tout ce qui sépare Kidira de sa jumelle au Mali, Diboli. Mais dans cette zone surnommée le Sénémali, tant les populations sont liées, le sujet de la sécurité ne laisse personne indifférent, comme l’explique Lia Waso qui vend des bouteilles d’eau aux voyageurs : « Diboli et Kidira, c’est presque la même ville, c’est à moins d’un kilomètre et demi. Donc, la situation, là-bas, les attaques et l’insécurité, ça nous fait mal. On a des parents de l’autre côté et d’autres qui vivent ici, donc on espère que ça va s’améliorer. » À écouter aussiEst du Sénégal : le portrait d'un chauffeur malien, rescapé d'une attaque jihadiste [1/5] Le traumatisme de l’attaque du 1er juillet Une proximité qui est aussi source d'insécurité, comme le raconte Aïssatou qui tient la cantine à côté de la gare routière : « Toi, tu t’assois et tu entends "panpan, pan", ça fait peur. » Aïssatu fait référence à cette attaque du 1er juillet quand les jihadistes ont tiré sur le poste frontière de Diboli à moins d’un kilomètre. Depuis, tout le monde en convient, la sécurité a été renforcée. Un blindé surmonté d’une mitrailleuse est posté en permanence à la frontière côté sénégalais. L’armée patrouille en ville, mais une nouvelle attaque du Jnim, fin janvier, à une trentaine de kilomètres à peine du Sénégal, ravive l’anxiété.  « Nous, les mamans, on n’est pas tranquilles. » Djeinaba, née et grandie à Kidira, a peur : « Les jihadistes, l’autre jour, ils sont venus ici, ce n’est même pas loin. Ils ont brûlé des camions-citernes, plus de 12 chauffeurs ont été tués. On a bien sécurisé les frontières. Le Garsi est là, les gendarmes sont là, la police, on a tout augmenté, mais quand même, jusqu’à présent, on a peur, car on n'est pas loin, on ne sait pas quel jour ils vont venir. Les jihadistes, ils peuvent même déjà être ici, car de Diboli à Kidira, tu peux venir à moto ou même à pied. » À écouter aussiEst du Sénégal : les routiers en première ligne face au conflit [2/5] Une frontière qui continue de vivre malgré tout En ville, aucun responsable local ne souhaite s’exprimer sur l’épineux sujet de la sécurité, tant la proximité du Mali et la crainte d’éventuelles représailles sont fortes. Pendant ce temps, à la frontière, policiers, gendarmes et agents de la douane sont assis côte à côte à l’ombre des arbres. De chaque côté du fleuve, piétons et vélos traversent, ainsi que des camions, presque comme si de rien n’était.

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    Est du Sénégal: les routiers en première ligne face au conflit [2/5]

    L’est du Sénégal face au risque de la contagion jihadiste, suite de notre série de reportages. Direction Kidira, dernière ville du Sénégal, sur la route qui relie Dakar à Bamako. Depuis que des jihadistes ont attaqué le poste-frontière côté malien à un kilomètre de Kidira en juillet et, pour la première fois, des chauffeurs routiers sénégalais en septembre dernier, la surveillance a été renforcée côté sénégalais. Mais côté malien, sur la route qui approvisionne Bamako chaque jour en denrées ou biens importés, les chauffeurs routiers sont en première ligne face au conflit. De notre envoyée spéciale de retour de Kidira, Ce matin-là, ils sont une trentaine de chauffeurs routiers rassemblés à l’entrée du parking pour gros porteurs. Dernière halte avant la frontière et le Mali à 600 mètres de là. Particulièrement mécontents, comme Koné Tiemoko : « On en a marre ! Il y a des camions qui nous doublent pendant que nous, on est là coincés depuis quatre jours, on veut qu’ils nous disent pourquoi ! » Entouré de centaines de camions et de semi-remorques garés en plusieurs rangées, ce chauffeur malien se dit plus préoccupé, ce jour-là, par les tracasseries subies sur le trajet au Sénégal, plutôt que par les enjeux de sécurité au Mali. Koné Tiemoko : « Attaqué sur la route ? Non, tu sais, c’est mon travail, si je laisse ça, comment les enfants vont faire pour aller à l’école ? Il faut que je prenne la route. La route, c'est risqué, mais que faire ? On est obligé de le faire, et tant que ton jour n’est pas arrivé tu ne vas pas mourir ! »  Garé un peu plus loin, Malick Dieng, qui transporte un conteneur chargé de médicaments et de vêtements destinés à Bamako, confirme la présence des jihadistes sur la route, mais refuse d’être inquiet : « Oui, il y a des gens qui contrôlent, mais ils contrôlent des pièces. Si vous êtes des Sénégalais, on dit oui, nous sommes des Sénégalais, on nous laisse passer. Tu ne peux pas dire que c'est l’armée, non. On ne peut pas chercher ça, non, ce n'est pas notre rôle. Si la voie est libre, tu passes, il n'y a pas de problème. » À lire aussiEst du Sénégal : le portrait d'un chauffeur malien, rescapé d'une attaque jihadiste [1/5] Malgré les risques, un métier impossible à abandonner Entre 500 et 1 000 véhicules franchissent chaque jour la frontière entre les deux pays pour approvisionner Bamako depuis le port de Dakar. Dem sillonne depuis neuf ans : « Sénégal, Mali, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Adidjan... » Accroupi à l’ombre de son camion, il confirme, sans vouloir entrer dans les détails, une dégradation depuis trois ans. « Il n'y a plus de sécurité, c’est devenu trop dangereux. C'est un peu compliqué, mais il n'y a plus de sécurité. » Le 4 septembre dernier, l’attaque inédite et l’enlèvement de six chauffeurs routiers sénégalais près de la frontière ont changé la donne pour Modou Kaire. Cet ancien chauffeur est membre de l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest depuis plus de trente ans : « Au début on nous parlait de banditisme transfrontalier, on entendait parler de ces attaques vers Tombouctou, Gao, Kidal... Aujourd'hui, on en parle à moins de dix kilomètres de chez nous et ça nous fait vraiment peur. Quand une case brûle et que c'est la case du voisin, il ne faut pas dire "non, je n’interviens pas parce que ce n'est pas la mienne, c'est la case du voisin". » Si les autorités sénégalaises assurent avoir renforcé leur présence militaire le long de la frontière avec le Mali, Modou Kaire, lui, plaide pour des contrôles renforcés, des motos notamment, pour éviter des risques d’infiltrations et un plus grand soutien aux chauffeurs routiers.  À lire aussiMali : cibles d’attaques jihadistes, des chauffeurs routiers appellent à un arrêt de travail

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    Est du Sénégal: le portrait d'un chauffeur malien, rescapé d'une attaque jihadiste [1/5]

    L’est du Sénégal face au risque d’une contagion jihadiste : premier volet de notre série de reportages. Depuis septembre et le blocus sur le Mali décrété par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans affilié à al-Qaïda, le Jnim, les camions-citernes sont systématiquement attaqués. Le 29 janvier dernier, lors d’une attaque du Jnim entre la ville malienne de Kayes et la frontière du Sénégal sur un convoi de camions-citernes, au moins 16 chauffeurs routiers ont été exécutés. Une nouvelle attaque traumatisante pour les professionnels du secteur, en première ligne dans ce conflit. De notre envoyée spéciale à Dakar, Son pied gauche toujours enroulé dans un bandage, Seydou se souvient du 29 janvier et de sa course effrénée quand, peu après 10 h, sur la route de Kayes au Mali, à moins de 30 km du Sénégal, des tirs retentissent en tête du convoi de 60 camions-citernes escorté par l’armée. « Quand ils ont commencé à tirer à l’avant du convoi, tous les camions se sont arrêtés, se rappelle le jeune homme. Il y avait des tirs dans tous les sens, chacun a essayé de se sauver, certains vers le village, d’autres dans la brousse, d’autres se sont réfugiés sous les véhicules ou cachés dans des trous. C’est là qu’ils m’ont trouvé. » « Ils », ce sont les jihadistes du Jnim qui ont revendiqué cette énième attaque, à 42 km de la ville de Kayes, au Mali. Ce 29 janvier, ils ne s’en sont pas pris qu’aux forces armées maliennes mais aussi aux chauffeurs des camions-citernes. « Ils étaient 16 ou 17, ils nous ont arrêtés. Ils nous ont dit de ne pas fuir, qu’ils n’avaient pas besoin de nous, que c'étaient les autorités qu’ils cherchaient, témoigne Seydou. Mais ils nous ont dit que si on se levait, on prendrait une balle. On est restés couchés presque jusqu’au soir pendant que les assaillants pointaient leur fusil sur nous. À un moment, ils nous ont demandé de les suivre… Ils nous ont finalement libérés au bord de la route. J’ai eu tellement peur, car même couché, autour de moi je voyais les balles filer, je pensais que j’allais y rester et que c’était terminé pour moi. » À lire aussiAu Mali, l'approvisionnement en carburant plie mais ne rompt pas « Ras-le-bol de voir des conducteurs braqués, tués, blessés » Terrorisé, une fois relâché par les jihadistes, Seydou reprend sa course à travers la brousse en direction de Diboli. La ville la plus proche se trouve à une trentaine de kilomètres, elle est située sur la frontière avec le Sénégal. Les pieds ensanglantés, il arrive épuisé à l’hôpital, incapable de marcher, avant d’être recueilli par son syndicat, l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest.  « Ce n’est pas la première ou la seconde fois, ras-le-bol de voir des conducteurs, qui ne sont ni de près ni de loin mêlés à ces affaires de l’État, de les voir braqués, tués, blessés », enrage Modou Kaire, inspecteur du syndicat de l’Union des conducteurs routiers de l’Afrique de l’Ouest.  Ce 29 janvier, 16 chauffeurs routiers seront tués, certains égorgés et leurs corps laissés sur le bord de la route. Ils sont finalement enterrés deux semaines plus tard, le 11 février, après que les chauffeurs de camions-citernes maliens ont menacé de faire grève. Seydou, dont l'employeur est décédé lors de l’attaque, a un message à faire passer : « Je demande aux jihadistes de réfléchir avant de tuer des personnes innocentes qui font tout pour faire vivre leur famille. C'est vraiment décourageant, car ce sont des gens qui cherchent juste à nourrir leur famille. » Dès qu’il sera remis, le jeune apprenti de 24 ans prévoit lui aussi de reprendre cette route entre Dakar et Bamako, malgré la peur et un salaire de moins de 50 000 francs CFA. À lire aussiMali: cibles d’attaques jihadistes, des chauffeurs routiers appellent à un arrêt de travail

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    L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: à Baboua, la jeunesse mobilisée face à l’insécurité [4/4]

    Quatrième et dernier volet de notre série de reportages en Centrafrique dans la ville de Baboua qui se relève. Située à seulement 50 kilomètres de la frontière camerounaise, cette ville diamantifère a été profondément marquée par la crise de 2013 à 2016. Longtemps laissée à elle-même, livrée à l’insécurité et au manque d’infrastructures, Baboua semblait condamnée à l’abandon. Mais aujourd’hui, un vent de renouveau souffle sur la ville. Les jeunes, en coordination avec les chefs de villages et les forces de sécurité, s’organisent pour lutter contre les bandits armés et protéger leur communauté. Grâce à leur engagement citoyen, les routes entre Baboua et la frontière sont plus sûres et les habitants peuvent reprendre leurs activités agricoles et économiques en toute sérénité. De notre correspondant de retour de Baboua, Le ciel est noyé dans le brouillard, l’air est frais. Florentin pédale en direction de la falaise de Garga-Mbongo. Sur son dos, un sac contenant un bidon d’eau et quelques vivres. Entre ses mains, un téléphone relié à un fil métallique, improvisé pour capter le réseau. « Nous sommes simplement des habitants de la ville. Nous faisons de notre mieux pour parcourir les secteurs périphériques, les champs et les zones isolées », explique-t-il. Ce matin, il a choisi de parcourir une dizaine de kilomètres au nord de la ville pour recueillir des informations. « Dans nos activités quotidiennes, nous essayons d’être curieux et de poser des questions. Nous cherchons à repérer les inconnus, à vérifier si des hommes armés ne sont pas dans le secteur et à identifier des comportements inhabituels. » Depuis le désarmement, en octobre dernier, des rebelles des 3R, conformément à l’accord de paix de Ndjamena, il n’y a plus d’attaques dans la ville de Baboua et sa périphérie. Mais certains hommes armés ont changé de stratégie et agissent désormais comme des coupeurs de route. À lire aussiCentrafrique: les chefs rebelles de l'UPC et des 3R de retour à Bangui « La population vit dans un climat de peur » « La plupart des hommes armés sont autour des chantiers miniers. Ils font des braquages et la population vit dans un climat de peur, confie Privât, un habitant de Baboua. Nous sommes là pour lutter contre le grand banditisme, les assassinats, les enlèvements et le phénomène des coupeurs de route, chacun à notre manière. » Mais l’activité de ces jeunes n’est pas sans conséquences. Anselme, un agriculteur, s’inquiète pour son fils, qui reçoit régulièrement des menaces de mort : « Mon fils continue d’aller à l’école. Un jour, il a reçu des menaces de la part de ces bandits. Certains d’entre eux sont de jeunes habitants du village. J’ai peur pour la vie de mon fils, s'alarme Anselme, mais il est déterminé. Nous avons trop souffert. Ces actes de banditisme doivent cesser. » Les autorités locales travaillent en étroite collaboration avec ces jeunes afin de rétablir l’ordre et la sécurité dans la localité. « Ce ne sont pas des groupes rebelles, indique Jean Michel Bouaka, sous-préfet de Bouar. Ces gens utilisent pour la plupart des armes artisanales pour braquer des gens qui vaquent à leurs occupations. Ces jeunes en profitent pour les braquer, pour prendre leurs biens. Mais ce ne sont pas des groupes armés en tant que tels. Nous avons nos forces. Nous avons les Facas, la gendarmerie, la police, la Minusca et les alliés russes qui sont là pour nous prêter main-forte. » La plupart de ces jeunes volontaires ont l’ambition d’intégrer le rang des Forces armées centrafricaines pour défendre leur pays contre les rebelles et les bandits.  Retrouvez les premiers épisodes de notre série sur l'Ouest centrafricain : L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4] L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4] L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: le problème persistant des viols à Baboua [3/4]

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    L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: le problème persistant des viols à Baboua [3/4]

    Direction Baboua, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière camerounaise, au nord-ouest de Bangui, pour le troisième volet de notre série de reportages. Dans cette ville, les violences sexuelles connaissent une inquiétante recrudescence ces dernières semaines. Chaque semaine, une dizaine de femmes, principalement de jeunes filles, sont victimes de viol. Si certaines bénéficient d'une prise en charge à l'hôpital local, beaucoup restent silencieuses, freinées par le poids des traditions et la stigmatisation sociale. Ces agressions surviennent autant en pleine ville que dans les champs ou les villages alentour, et les auteurs présumés sont parfois des bandits armés… mais aussi des proches. Face à cette situation alarmante, l'ONG SENI PLUS, basée à Baboua, apporte un accompagnement psychologique pour favoriser la réinsertion sociale des survivantes, sans discrimination. De notre envoyé spécial à Baboua, À la tombée de la nuit, le quartier populaire de Bokom est plongé dans l'inquiétude. La peur s'installe, les jeunes filles n'osent plus sortir ni marcher seules dans les rues. Privé d'éclairage public, le quartier s'enfonce dans l'obscurité, à peine éclairé par la lueur lointaine de la lune. Sous un hangar de fortune, fait de paille et de bâche, des jeunes se rassemblent. Ils fument et consomment de l'alcool. C'est ici qu'une jeune fille de 15 ans été violée. « Ce qui m'est arrivé m'a brisée. Je passais ici pour aller au marché. Ce jour-là, il pleuvait. Je n'ai rien fait pour mériter ça. Ils ont abusé de moi avant de fuir. Aujourd'hui, je veux que justice soit faite », confie-t-elle. Dans la cour à côté, Lima malaxe la boule de manioc à l'aide d'une spatule. Il y a un mois, alors qu'elle travaillait aux champs, elle a confié sa fille de 5 ans à son oncle paternel. Malheureusement, celui-ci a abusé d'elle : « Après le forfait, il a quitté le village sans laisser de trace. Ma fille est entre la vie et la mort à l'hôpital. L'enquête se poursuit pour le retrouver. » À l'hôpital de Baboua, les victimes reçoivent des soins médicaux et un accompagnement psychologique. Dans son bureau, Elvige Kadjidja Bita, de l'ONG Seni Plus, en reçoit plusieurs par jour. « Des cas d'agressions sexuelles, avec ou sans pénétration, ne sont pas des cas isolés, c'est régulier. Franchement, ici à Baboua, le nombre est élevé. Parfois, on reçoit dix cas par semaine. La statistique mensuelle des filles violées varie généralement entre 15 et 18 cas. L'âge des victimes varie de 5 à 15 ans pour les plus jeunes, et de 18 ans jusqu'à pas d'âge. Certains parents gardent le silence pour des questions de coutumes. Ces prises en charge sont gratuites à notre niveau », explique-t-elle. Beaucoup d'agressions au sein de la famille Malgré les nombreuses sensibilisations, la situation continue de gagner du terrain dans cette ville d'environ 20 000 habitants, dont les jeunes représentent plus de 70% de la population, selon les autorités locales : « Ça se passe beaucoup au sein de la famille. Ça peut être l'oncle paternel ou maternel qui est l'auteur. Souvent, l'enfant est allée jouer et un voisin vient coucher avec elle. Lorsque l'on amène des enfants de 5 ans ici, ce sont des cas délicats qui nécessitent des soins minutieux. On amène la victime chez les médecins pour une prise en charge médicale, on l'amène ici pour la prise en charge psychologique. On répond aux besoins selon la nécessité et selon l'urgence : d'abord sauver la vie avant la prise en charge psychosociale. » À Baboua, ces filles sont régulièrement victimes de stigmatisation et de rejet de la part de la société. Pour une lutte efficace, les autorités locales multiplient depuis le début du mois de février les sensibilisations en porte-à-porte et les réunions publiques, appelant la population à la vigilance et à saisir la justice. À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]​​​​​​​ À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4]

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  8. 19. FEB.

    L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4]

    La Centrafrique poursuit lentement mais résolument son processus de reconstruction. À Bouar, une ville d'environ 30 000 habitants située à l’ouest du pays, l'hôpital préfectoral renaît progressivement après plusieurs années de profondes difficultés. Manque de personnel qualifié, insuffisance d'infrastructures adaptées, pénurie de médicaments et d'équipements médicaux... Autant de défis qui ont longtemps empêché cette formation sanitaire d'assurer pleinement sa mission première : sauver des vies. Aujourd'hui, en complément des efforts engagés par le gouvernement pour améliorer la qualité des soins, une nouvelle étape vient d'être franchie. Début février 2026, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a doté l'établissement en équipements médicaux, redonnant espoir au personnel soignant comme aux populations locales. De notre correspondant de retour de Bouar, Dans les couloirs silencieux du service des urgences, le temps semble suspendu. Sur les lits usés, les patients tentent de trouver le sommeil. Le bras relié à un sérum, ils observent presque machinalement les gouttelettes tomber une à une, au rythme lent de l'attente. Cet hôpital fonctionne avec des services limités : la chirurgie, la maternité, la pédiatrie et les urgences. Martin Zekana est le médecin-chef de cet hôpital : « Nous avons un circuit d'évacuation qui est clairement défini pour des cas qui dépassent notre plateau technique. Il s'agit entre autres des cas de traumatologie, des accidents de la voie publique où il y a des fractures ouvertes. On n'a pas un service de traumatologie, ni de radiologie qui peut nous situer sur la lésion osseuse. Devant cette situation, nous transférons les patients à l'hôpital général de Bangui. » Mireille, victime d'un accident, fait partie des patients pris en charge dans cet établissement. Comme beaucoup d'autres, elle vient de loin, du village de Kpocté, situé à proximité de Bouar : « À chaque maladie, nous sommes obligés de venir ici parce que dans mon village, il n'y a pas de centre de santé. Nous transportons les malades sur des motos ou dans des pousse-pousse, même les femmes enceintes. Nous sommes heureux que l'hôpital soit doté d'équipements qui permettront de sauver des vies et de s'occuper des malades. » Des défis à relever Cette dotation du HCR permet de relever le niveau du plateau technique de l'hôpital, explique le docteur Martin Zekana, médecin-chef : « Nous avons reçu le Dinamap, qui est un moniteur de paramètres vitaux d'un malade au niveau du bloc opératoire. Nous avons aussi reçu des lits de réanimation, des lits mécanisés. Il y a également des appareils qui nous permettent de voir dans quelle mesure le malade a besoin d'oxygène ou pas. » L'hôpital de Bouar est le plus grand de toute la préfecture. Mais avec l'accroissement de la population, sa capacité d'accueil reste limitée et le nombre de spécialistes se compte sur les doigts d'une main. « Nous avons des difficultés d'accès à l'électricité et à l'eau potable, explique le docteur Zekana. Il y a aussi d'autres défis à relever en termes d'extension d'infrastructures, la nécessité d'avoir un centre d'imagerie et surtout de rehausser notre plateau technique. » Toutefois, un autre problème majeur s'impose : l'hôpital ne dispose pas de morgue. En cas de décès, le corps est remis directement aux parents pour inhumation. C'est un besoin réel qui se fait sentir dans cette formation sanitaire. À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]

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