Info éco

Tous les jours, du lundi au jeudi, Christophe Dansette et les autres chroniqueurs de France 24 décryptent un grand thème de l’actualité économique en France et à l’étranger. 

  1. -3 j

    Carburants : les prix s’envolent, la colère monte

    Le sans-plomb atteint un record historique en France, tandis que le gazole s’approche de son plus haut niveau. Face à cette flambée, le gouvernement privilégie les aides ciblées, mais les mobilisations commencent à se multiplier. Le SP95-E10 coûte désormais près de 2,15 euros le litre et le gazole environ 2,35 euros. La hausse pourrait se poursuivre, certains économistes n’excluant pas un litre de diesel à 2,50 euros. Au renchérissement du pétrole, repassé au-dessus de 100 dollars le baril, s’ajoutent les coûts de raffinage et de distribution ainsi qu’une fiscalité représentant environ 45 % du prix à la pompe en France. L’essence reste moins chère en Espagne, en Italie et surtout en Andorre, mais plus chère en Allemagne. Le gouvernement français exclut une baisse générale des taxes, jugée trop coûteuse, et préfère chercher à prolonger les aides aux agriculteurs, aux entreprises du BTP et aux pêcheurs. Les travailleurs modestes qui utilisent beaucoup leur voiture peuvent également demander une indemnité de 100 euros. Ces mesures ne suffisent pas à calmer la colère : les pêcheurs multiplient les actions et des appels à une nouvelle mobilisation des Gilets jaunes circulent pour le 17 octobre. Au Guatemala, en Indonésie, en Syrie et en Irak, la hausse des carburants provoque également manifestations et blocages. Partout dans le monde, la flambée des prix à la pompe menace désormais de devenir une étincelle.

  2. -5 j

    Canada–États-Unis : l’escalade commerciale pousse Ottawa à changer de cap

    Une nouvelle série de droits de douane américains frappe des produits canadiens. Face à une guerre commerciale qui s’intensifie, Ottawa cherche à réduire sa dépendance aux États-Unis en se rapprochant notamment de l’Europe et de l’Asie. Les États-Unis appliquent désormais des droits de douane de 50 % à de nouvelles catégories de produits canadiens, notamment certains fromages, meubles, luminaires, bateaux et véhicules tout-terrain. Au total, les surtaxes américaines frappent environ 20 milliards de dollars d’exportations canadiennes, soit 5 % des ventes du pays aux États-Unis. Le 29 septembre, Washington prévoit également d’interdire l’importation de nombreux alcools, produits laitiers et motos fabriqués au Canada. Cette escalade révèle un rapport de force profondément déséquilibré : 71,6 % des marchandises canadiennes sont exportées vers les États-Unis, contre seulement 15,3 % des exportations américaines dans l’autre sens. Ottawa cherche de nouveaux partenaires Mark Carney veut doubler les exportations canadiennes hors États-Unis d’ici à 2035, notamment vers l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Europe. Le Canada souhaite bâtir une "alliance unique" avec l’Union européenne dans la défense, l’énergie, le numérique, l’intelligence artificielle et les minerais critiques. Ses exportations vers l’UE ont déjà progressé de plus de 16 % en 2025. Mais la géographie reste un obstacle majeur : 90 % du pétrole brut canadien exporté part encore aux États-Unis, tandis que les infrastructures et les chaînes logistiques du pays demeurent largement orientées vers le sud.

  3. -6 j

    Panique à bord de l'IA

    Les valeurs liées à l'intelligence artificielle reculent en Europe et en Asie après les avertissements spectaculaires de plusieurs dirigeants du secteur. Dario Amodei, patron d'Anthropic, appelle à ralentir le développement des modèles les plus puissants, avec le soutien de Sam Altman et Elon Musk. Une position rejetée par le président américain Donald Trump. Les valeurs de l'intelligence artificielle sont sous pression sur les marchés. En Europe, ASML, qui fabrique les machines indispensables à la production des puces les plus avancées, recule, tandis qu'en Asie, Samsung, SK Hynix et surtout le géant japonais SoftBank, ont terminé dans le rouge. À l'origine de cette inquiétude : une série d'avertissements venus de ceux-là mêmes qui développent les modèles d'IA les plus puissants. Dario Amodei, patron d'Anthropic, estime que leur développement va trop vite et appelle à ralentir la course. Il redoute notamment que, dans les six à douze prochains mois, des essaims d'agents d'IA très puissants puissent agir de façon largement autonome sur Internet et provoquer des dégâts considérables. Plusieurs incidents récents ont renforcé ces inquiétudes, notamment lors de tests de cybersécurité menés avec des agents d'OpenAI. Un front inédit face à Donald Trump Les alertes se multiplient également à l'intérieur des laboratoires. Jacob Coxon – chercheur chez Anthropic passé auparavant par OpenAI –, a quitté le secteur en mettant en garde contre le risque de catastrophe lié aux systèmes les plus avancés. Près de 1 400 salariés du secteur ont également demandé aux gouvernements de renforcer la régulation. L'appel de Dario Amodei a reçu des soutiens inhabituels dans une industrie extrêmement concurrentielle : Sam Altman, patron d'OpenAI, et Elon Musk l'ont notamment approuvé. Le président américain Donald Trump refuse en revanche de ralentir. Les États-Unis ont engagé des centaines de milliards de dollars dans la course à l'IA et entendent conserver leur avance face à une Chine qui accélère avec DeepSeek, Qwen ou Z.AI. Dans ce climat d'incertitude, OpenAI a repoussé son projet d'introduction en bourse. Une opération potentiellement historique : l'entreprise pourrait viser jusqu'à 1 000 milliards de dollars de valorisation.

  4. 9 sept.

    Ouverture d'un sommet international sur l'espace à Paris sur fond de rivalité franco-allemande

    Le sommet international sur l'espace s'ouvre au Grand Palais, à Paris, sans SpaceX, Blue Origin ni le chancelier allemand Friedrich Merz. Derrière ces absences se joue une autre bataille : celle des nouveaux lanceurs européens, où la France et l'Allemagne sont désormais autant concurrentes que partenaires. Près de 2 000 participants venus de 90 pays et organisations internationales sont réunis pendant deux jours à Paris pour parler d'innovation, de défense et de souveraineté spatiale. Mais SpaceX et Blue Origin ont renoncé à venir après des pressions de l'administration Trump, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz, qui devait coprésider le sommet avec le président français Emmanuel Macron, invoque un agenda trop chargé. Son absence intervient alors que la rivalité franco-allemande s'intensifie dans une industrie longtemps structurée autour du programme commun Ariane. Les nouveaux lanceurs européens entrent en orbite La start-up allemande Isar Aerospace vient de réussir le premier lancement orbital commercial depuis l'Europe continentale avec sa fusée Spectrum, et vise à terme 40 tirs par an. Côté français, MaiaSpace prépare, pour 2027, le premier vol de son lanceur partiellement réutilisable, tandis que The Exploration Company vient de lever 450 millions de dollars, soit environ 387 millions d'euros, pour poursuivre le développement de sa capsule Nyx et de son moteur Storm. Cette émulation est soutenue par plus de 900 millions d'euros engagés en faveur de cinq nouveaux fabricants européens de lanceurs. L'Europe reste pourtant très loin de ses concurrents : en 2025, elle a investi 13,5 milliards d'euros dans l'espace, contre 18 milliards pour la Chine et 69 milliards pour les États-Unis. La même année, SpaceX a effectué 165 lancements de Falcon 9, contre seulement huit tentatives orbitales européennes, dont sept réussies. L'enjeu n'est donc pas encore de détrôner SpaceX, mais de garantir à l'Europe un accès autonome à l'espace pour ses communications, son observation et sa défense.

  5. 8 sept.

    Volkswagen : à Osnabrück, les cabriolets vont céder la place à la défense aérienne

    Volkswagen prépare la vente de son usine d'Osnabrück au fonds israélien Aurelius Capital et au Land de Basse-Saxe. Sa reconversion dans la défense pourrait préserver 1 400 emplois sur 1 800, avec Rafael et le Dôme de fer comme premier grand projet. Pendant 125 ans, l'usine d'Osnabrück a produit des voitures, du mythique Karmann Ghia au T-Roc cabriolet. Cette histoire prendra fin à l'été 2027, lorsque Volkswagen cessera d'y fabriquer des véhicules. Le constructeur s'est entendu sur les grandes lignes d'une vente avec Aurelius Capital, jeune fonds israélien spécialisé dans la défense, et le Land de Basse-Saxe. Aurelius deviendrait actionnaire majoritaire, tandis que le Land prendrait une participation minoritaire. Le premier projet serait mené avec Rafael, groupe d'armement détenu par l'État israélien et fabricant du Dôme de fer. L'usine pourrait produire des lanceurs, des générateurs et des camions de transport destinés aux systèmes de défense aérienne, mais pas les missiles eux-mêmes. Un montage pour contourner l'opposition du Qatar Une coopération directe entre Volkswagen et Rafael s'était heurtée à l'opposition du Qatar. Son fonds souverain possède 17 % des droits de vote de Volkswagen et deux sièges au conseil de surveillance, alors que Doha n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël. Le nouveau montage permettrait à Volkswagen de se retirer du site : Aurelius et la Basse-Saxe détiendraient l'usine, tandis que Rafael interviendrait comme partenaire industriel. La transaction reste cependant soumise aux accords définitifs et aux autorisations réglementaires. La reconversion offrirait une perspective à environ 1 400 des 1 800 salariés, au moins jusqu'en 2029. Le sort des 400 autres employés demeure incertain. Osnabrück pourrait surtout servir de modèle aux autres usines menacées par la restructuration de Volkswagen. Le groupe prévoit désormais environ 100 000 suppressions de postes d'ici 2030 et l'avenir de quatre sites allemands reste incertain. Cette bascule illustre un mouvement plus large en Europe : face à la crise automobile et au réarmement, les usines de voitures se rapprochent de l'industrie militaire. En France, Renault prépare notamment l'assemblage de drones militaires sur son site du Mans.

  6. 7 sept.

    Sommet Lumière : le cinéma mondial réuni à Saint-Paul-de-Vence pour un "Davos du 7ème art"

    Le président français Emmanuel Macron et son homologue sud-coréen Lee Jae-myung réunissent à Saint-Paul-de-Vence plus de 200 responsables du cinéma et de l'image. Financement, concurrence des réseaux sociaux et intelligence artificielle sont au cœur de ce premier "Davos du septième art". En 2019, environ 8 milliards de billets de cinéma étaient vendus dans le monde. En 2025, ce chiffre est tombé à près de 5 milliards. Le Covid-19 a provoqué la fermeture des salles, mais il a surtout accéléré un changement durable des habitudes au profit des plateformes et des réseaux sociaux. Dans vingt grands marchés étudiés par Digital i, YouTube est désormais regardé 99 minutes par jour, contre 93 minutes pour Netflix. Même si quelques blockbusters battent encore des records, les films indépendants et les productions aux budgets intermédiaires peinent davantage à trouver leur public et leur financement. Un milliard d'euros pour financer l'avenir du cinéma En France, les investissements dans la production ont reculé de près de 5 % en 2025 et les apports des diffuseurs de près de 12 %. Les plateformes de vidéo à la demande ont investi 76,1 millions d'euros, mais les réseaux sociaux contribuent encore très peu au financement des œuvres par rapport à leur poids dans la consommation d'images. Selon Les Échos, la France devrait proposer un fonds international pouvant atteindre un milliard d'euros, alimenté notamment par Bpifrance et des investisseurs privés. Le sommet doit également encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle afin de garantir le consentement, la transparence et la rémunération des créateurs. Son ambition : inventer un nouveau modèle permettant de financer les œuvres, de protéger ceux qui les créent et de reconquérir le public.

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