Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. -13 h

    Histoire de la nuit africaine: le club DjaDja, la boîte afro la plus célèbre du Maroc [10/10]

    Ouvert en 2019, seulement un an après la sortie du tube éponyme, le DjaDja Afro Club, boîte branchée de Casablanca, est devenu le symbole d’un pays en plein bouleversement démographique, où les Africains d’origine subsaharienne se comptent désormais par dizaines de milliers. Le nombre de résidents étrangers au Maroc a augmenté de 76 % en 10 ans. Les Sénégalais et les Ivoiriens sont en tête des nations les plus représentées.  De notre correspondant à Casablanca, Au DjaDja, des clients venus de toute l’Afrique se pressent pour écouter les derniers sons afro en vogue, mais le lieu s’est donné pour but d’ouvrir ses portes au plus grand nombre et de participer à ce grand mouvement d’expansion culturelle de la musique africaine dans le monde. À 30 minutes de l’ouverture des portes, Konaté Vamory, le créateur ivoirien de la boite de nuit afro la plus célèbre du pays, est détendu sur une banquette en skaï, aux côtés d’un buste géant d’une femme noire qui trône au-dessus du DJ booth. L’établissement vient de fêter ses 7 ans d’existence et il est devenu une référence de la nuit casablancaise. « C’est la fête abidjanaise que j’ai voulu apporter ici, et voilà, on l’a fait et ça a été très bien fait. Toute la semaine, je suis moi-même émerveillé, rit le gérant du DjaDja club, de l'ambiance que les DJ produisent et de comment ça se défoule sur la piste de danse… Je suis émerveillé tous les soirs, donc tous les soirs, c’est une nouvelle histoire au DjaDja. » La boîte de nuit est devenue le symbole d’un Maroc devenu pays de destination et plus seulement de transit pour les travailleurs migrants venus d’Afrique subsaharienne. Sénégalais, Ivoiriens, Congolais – sapés comme jamais – se pressent déjà devant les portes de l’établissement situé sur la corniche Aïn Diab en bord d’océan. Le club propose une diversité inédite de musiques venues de toute l’Afrique. Konaté Vamory, le patron originaire de Boundiali en Côte d’Ivoire, veut faire du DjaDja une vitrine internationale de la musique afro. « Il y a des gens de toutes les communautés et de tous les continents, s'exclame-t-il. Parfois, le weekend, tu as des Asiatiques, des Saoudiens, des Blacks bien sûr, des Afros, des Marocains, même des Arabes… donc tout le monde vient. » À lire aussiFestival Gnaoua 2026: les ponts à travers l'Afrique de Richard Bona et des maâlems marocains « Une sorte d’expansion culturelle africaine » Pour convaincre le propriétaire des lieux d’accepter son projet, Konaté Vamory a tablé sur le haut de gamme : achat d’une bouteille plus que recommandé pour pouvoir entrer et cocktail à 150 dirhams, près de 15 euros. L’équipe est très qualifiée, comme ce barman congolais, Cheryl qui est « artiste barman jongleur, donc je jongle avec des ustensiles du bar, des shakers, des bouteilles… ». Un DJ sénégalais, des danseuses marocaines, ou encore un superviseur camerounais, qui répond au nom de Joseph-Renault Bagel, complètent l'équipe. « C’est l’Afrique et nous essayons d'avoir cette mixité, histoire que tout le monde s'y retrouve et nous partageons toutes les musiques », s'enthousiasme ce dernier. L’homme jovial, au look inimitable, évoque un lieu refuge, ouvert à tous, où les propos racistes et irrespectueux restent à la porte d’entrée. « Le racisme, il est présent, mais chez nous, au DjaDja, l’une de nos missions, c’est de mettre de côté tout ce qui est divergence culturelle, tout ce qui est divergence de couleur de peau, explique Joseph-Renault Bagel. Il y a beaucoup de populations, beaucoup de communautés, des musiques qu’elles ne connaissaient pas, et le DjaDja a cette mission d’apporter, au-delà de la bonne musique, de la culture aussi, une sorte d’expansion culturelle africaine. » Le DjaDja a accueilli des stars de la musique afro : Roseline Layo, Singuila, Didi B ou encore Himra. Mais la Queen Aya Nakamura, dont le tube « DjaDja » a baptisé le club, est encore attendue. « Je ne sais pas si elle est au courant, rit Konaté Vamory, on n'a pas encore les moyens pour la faire venir mais quand elle sera là, on lui racontera l’histoire pour lui faire plaisir. »

  2. -1 j

    Histoire de la nuit africaine: à Antananarivo, 15 ans de fête et de brassage culturel au Jao's Pub[9/10]

    À Antananarivo, sur les Hautes Terres, une salle de concert fait résonner depuis quinze ans maintenant les sonorités et les rythmes des côtes malgaches, bien au-delà de leurs régions d’origine. Jaojoby et sa fille Eusébia sont les rois et reines du salegy, le genre de musique traditionnelle le plus populaire sur l’île. En 2011, ils ouvrent l’emblématique Jao’s Pub, devenu un lieu de rayonnement culturel et un tremplin pour de nombreux artistes. De notre correspondante à Antananarivo, À la nuit tombée, en ce jour de juin, malgré le froid mordant de l’hiver austral, les trottoirs d’Ambohipo, quartier populaire et enclave côtière au cœur de la capitale, ont vu fleurir tables, tabourets et surtout barbecues pour faire griller les maskita, ces brochettes de viande à la bosse de zébu. Les commerçants ont laissé place aux noctambules en mini-jupes à paillettes et blousons de soirée. Vers 21 h, à l’entrée du Jao’s Pub, les clients commencent à s’amasser. « Aujourd’hui, c’est le 15ᵉ anniversaire du Jao’s Pub, se réjouit Odèque, 30 ans, surexcité en entrant dans le cabaret. Et je sais qu’ils vont valoriser les traditions de chez moi, la Sava : le salegy, le begina, le malesa… Des rythmes de ce genre, moi, ça m’émerveille ! Surtout le trotrobe, parce que le trotrobe, c’est le rythme par excellence de ma ville, Sambava. » Dans leur loge, les fondateurs du lieu, Jaojoby, 70 ans, et Eusébia, sa fille, se préparent. « Mon rêve, c’était ça : créer un lieu pour les jeunes, pour la promotion de la culture, des musiques de Madagascar. Pas que pour le salegy, précise Jaojoby. C’est pour les rythmes qui bougent, les rythmes tropicaux. » « On a même eu des concerts de jazz ici, rit sa fille, Eusébia. Il y a des artistes côtiers mais aussi tananariviens qui ont fait leur première scène ici, au Jao’s Pub, et qui par la suite ont pu avoir une carrière à l’international. » Un succès dont père et fille sont fiers. « Trouver un endroit pour se produire, si tu es quelqu’un qui n’est pas très, très connu, c’est très difficile, souligne Eusébia. Il faut que tu sois connu pour que tu puisses jouer dans des lieux. Et au Jao’s Pub, on a toujours accueilli de nouveaux groupes qui n'étaient pas connus. On ne refuse personne. Et donc le lieu est fait pour ça aussi. » À lire aussiHistoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10] « Ça fait oublier tous les problèmes » Vers 23h, père et fille arrivent sur scène. Dans le public, on est loin du millier de spectateurs des grandes heures du Jao’s Pub. Mais Odèque, lui, ne cache pas son enthousiasme et interpelle son idole. « Je suis un grand fan de vous, Jaojoby, depuis mes 4 ans, s'exclame-t-il. Je n’aime pas trop les bars dans la vie, mais le 15ᵉ anniversaire du Jao’s Pub, je ne pouvais pas le manquer ! On va rester ici jusqu’à l’aube ! » Au pied de la scène, Patricia, originaire de la côte ouest, se déhanche avec ses amies. « Il y a de l'ambiance, de la bonne musique, ça fait oublier tous les problèmes, souffle-t-elle. C'est un lieu célèbre et dès qu'il y a un grand événement, je fais le déplacement. » Quinze ans après son ouverture, le Jao's Pub continue de faire vivre les rythmes des côtes malgaches au cœur de la capitale. Plus qu'une salle de concert, le lieu est devenu un espace de rencontre entre les différentes régions de la Grande Île, une scène ouverte aux jeunes artistes et un point de passage pour des influences venues d'ailleurs. Un lieu de brassage culturel, devenu au fil des années l'un des symboles des nuits malgaches. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Soweto, le Club Pelican, lieu de rencontres durant l'apartheid[4/10]

  3. -2 j

    Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

    La musique de Sun Ra, le roi de l’afrofuturisme, continue de résonner et d’inspirer des artistes, tels que la chanteuse américaine Janelle Monáe ou le producteur Flying Lotus. En Afrique du Sud, le jazzman étatsunien disparu en 1993 et sa mythologie cosmique – il disait venir de Saturne – ont notamment influencé un groupe actuel du township de Soweto : le Sun Xa Experiment. Il tente de prolonger sa philosophie de la musique, en y mêlant les traditions africaines. De notre correspondante à Johannesburg,  Le lieu de répétition du Sun Xa Experiment se trouve au cœur du township, dans un bâtiment à l’arrière d’une maisonnette tout ce qu’il y a de plus banal. Le bassiste, Tebogo Mkhize, nous entraîne dans une grande pièce à l’ambiance feutrée, pleine de trésors, suspendue hors de l’espace et du temps. « Si vous avancez un peu, sur la gauche, il y a des platines, avec plein de vinyles. Puis, si vous regardez tout autour de vous, on trouve de l’art et même des accessoires comme ce crâne, vous nous verrez parfois avec sur scène, d’autres fois sans, raconte-t-il. Et encore sur la gauche, c'est la partie studio, où on a nos boîtes à rythmes, nos contrôleurs, des enceintes et des écrans. » Lebohang More a participé à la fondation du collectif, il y a plus de 10 ans. Et c’est bien la découverte de Sun Ra, lorsqu’il avait la vingtaine, qui a agi comme une révélation. « On a d’abord regardé son film, Space is the place, puis un de nos frères à l’époque nous a amené tout son catalogue musical. On s’est plongé là-dedans pendant deux ans !, se rappelle-t-il. On se disait : "C’est quoi ce truc ?" Le morceau sur le cosmos, par exemple, les sonorités, les chœurs… C’est comme ça que tout a commencé. » À écouter aussi#Afrofuturismes 3/5 : Littérature et musique, les bras ailés de l’afrofuturisme « Retrouver la place qui nous revient en tant que peuple » L’héritage de ce pionnier de l’Afrofuturisme a été combiné, par le groupe, à une autre référence du free jazz : le Sud-Africain Ndikho Xaba, lui aussi depuis décédé. C’est de là que vient le nom Sun Xa. « Ils jouaient tous les deux du piano, et ils se sont même rencontrés. Ndikho Xaba a quitté l’Afrique du Sud et a vécu en exil à partir des années 70, continuant à jouer sa musique d'avant-garde, explique Buyisiwe Njoko, la chanteuse du groupe. Et avec Sun Ra, tout ça influence ce qu’on fait. » Le groupe a fait de ces inspirations quelque chose qui lui est propre, une musique qui guérit, selon ses mots, qui en appelle au pouvoir des ancêtres et aux forces cosmiques, et qui se veut aussi novatrice. Sur scène, les corps peints des cinq musiciens font partie du spectacle, mêlant théâtre et danse. Et les messages de redéfinition de l’identité noire portés à l’époque aux États-Unis par Sun Ra ont une résonance particulière en Afrique du Sud. « Nous avons une chanson qui parle de récupérer nos terres, de retrouver la place qui nous revient en tant que peuple, pointe Tebogo Mkhize. Il ne s'agit pas d'aller faire la guerre, ou quoi que ce soit, notre mission est plutôt de révéler qui nous sommes réellement, de réaffirmer notre identité. C'est l'un des messages que nous cherchons à faire passer. » La vision de Sun Ra continue donc d’être refaçonnée par ce collectif, pour imaginer, au travers de la musique, un futur plus libérateur et positif.

  4. -3 j

    Science-fiction africaine: au Cameroun, les bandes-dessinées afro-futuristes de Nathanaël Ejob [4/5]

    Il est considéré par beaucoup comme le père des webtoons africains, pour avoir introduit et développé ce format de lecture à travers l’application Zebra Comics, produite par le studio du même nom, qui revendique aujourd’hui une centaine d’ouvrages adaptés aux habitudes de lecture des jeunes sur smartphone. Nathanaël Ejob développe une constellation d’histoires, de genres et de mythologies africaines réinventées pour le public d’aujourd’hui. Dans son univers, on passe de la fantasy africaine à la science-fiction, mais surtout de l’afro-futurisme avec des récits comme celui d’Anaki, son best-seller. De notre correspondant à Yaoundé, Derrière son bureau, dans le quartier Biyem Assi, Paterson relit Anaki, une œuvre de Nathanaël Ejob, pour la énième fois. « C’est surtout l’aventure de la jeune Anaki qui est de la tribu des Balemba, tel qu’il a appelé son univers. Les Balemba sont des humains aux pouvoirs surnaturels qui sont doués par rapport au commun ordinaire et aux autres populations », détaille-t-il. De l’avis de cet amateur de bandes dessinées et directeur du Mboa BD Festival, Nathanaël Ejob est la référence du genre au Cameroun et sur le continent. « Nathanaël Ejob est la meilleure "success story" du milieu de la bande dessinée de la décennie en cours », affirme-t-il. Anaki, publié en 2019, est le best-seller de Nathanaël Ejob. L’œuvre a connu une percée spectaculaire, notamment au Nigeria voisin. « C’est une œuvre qui a eu un impact important et qui a généré 16 millions de nairas. "Anaki" a également mené avec succès quatre campagnes de crowdfunding aux États-Unis. C’est un exemple fort du potentiel commercial de création africaine. Lorsqu’ils sont bien développés et bien distribués », raconte le créateur. Cet univers puise également dans son parcours personnel. Auteur, dessinateur, scénariste, entrepreneur et membre fondateur de Zebra Comics, il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme l’un des créateurs de bande dessinée les plus productifs d’Afrique. Nathanaël s’est lancé après un constat : il voyait très peu de héros africains modernes capables de parler à la fois à sa génération et au reste du monde. « L’Afrique est souvent racontée à travers certains clichés comme la guerre, la pauvreté. Je voulais montrer que l’Afrique a une source d’idées, de puissance, de beauté, de conflits, de spiritualités, de technologies et du futur », souligne-t-il. Avec neuf de ses amis, il a lancé en 2016 Zebra Comics, un studio de création, d’édition et de diffusion de « webtoon » basé à Douala, la capitale économique camerounaise. Zebra Comics revendique une centaine d’ouvrages et le plus grand catalogue de titres originaux créés par un même studio sur le continent. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: à Yaoundé, le quartier de Mvog-Ada, berceau du mbolé [6/10]

  5. -4 j

    Science-fiction africaine: la série futuriste kenyane qui aborde les défis sociétaux contemporains [3/5]

    Cette semaine, RFI vous emmène à la découverte de l’imaginaire de science-fiction africain. Aujourd’hui, rendez-vous au Kenya, avec Subterranea, une série mêlant SF et psychologie, dont les huit épisodes sont sortis en 2024 sur Showmax. Le pitch : huit Kényans coincés dans un bunker qui tentent de survivre, persuadés qu’à l’extérieur, le monde s’effondre. Une série qui explore un genre encore peu exploité au Kenya. De notre correspondante à Nairobi, Une alarme d’autodestruction, des personnages assassinés... Dès les premières secondes, Subterranea plonge dans le feu de l’action. La série suit huit Kényans coincés dans un bunker, persuadés que Nairobi subit une attaque. Très vite, le spectateur apprend qu’ils font en réalité l’objet d’une expérience psychologique. Subterranea assume la science-fiction, un genre encore peu exploré au Kenya, reconnaît Brian Munene, scénariste et producteur. « Notre marché est largement saturé de drames familiaux et de comédies familiales. On se demandait donc si le public allait comprendre ce projet et si nous serions capables de le réaliser comme nous l’avions imaginé, compte tenu des contraintes budgétaires. Mais finalement, nous nous sommes dit : "Faisons-le". Ce que nous avons cherché à faire, c’est ancrer la série dans des personnages auxquels les Kényans peuvent facilement s’identifier, des situations qu’ils peuvent comprendre et envers lesquelles ils peuvent éprouver de l’empathie. » Dérives sectaires, avortement, dépression ou encore problèmes d’addiction... Les personnages soulèvent divers enjeux sociétaux qui permettent aussi de parler, dans la série, du Kenya d’aujourd’hui. « Beaucoup de gens sont confrontés à ces difficultés, mais elles sont rarement mises en avant à la télévision ou au cinéma, en particulier en Afrique de l’Est. Lorsque nous avons choisi les huit personnages que nous voulions placer dans le bunker, nous avons donc été très attentifs à représenter ces Kényans qui ont besoin que leur voix soit entendue », ajoute Brian Munene. Pour survivre dans le bunker, les huit Kényans doivent s’entraider. C’est tout le message de la série selon Likarion Wainaina, réalisateur et producteur. Il s’exprime depuis la terrasse d’un café à Nairobi. « Les Kényans parviennent à se mobiliser lorsqu’ils poursuivent un objectif commun, et cela naît souvent d’une situation de pression. On l’a vu avec le mouvement Gen Z. Nous nous sommes demandé : comment mettre en lumière cette idée de communauté, alors même qu’elle est en train de s’effriter aujourd’hui, notamment à cause de l’urbanisation croissante ? L’idée est venue : et si nous mettions des Kényans dans un bunker et les forcions à former une communauté ? Des personnes issues de différents groupes ethniques, de différents âges et de différentes religions, qui finissent malgré tout par se comprendre les unes les autres. » Ce producteur espère voir de plus en plus de science-fiction naître du continent africain, par exemple en adaptant les contes locaux sur grand écran. À lire aussiLes séries télés qui ont fait le buzz [2/4]: «Country Queen», une production kényane

  6. -5 j

    Science-fiction africaine: au Rwanda, la bande dessinée rêve d’indépendance énergétique [2/5]

    Au Rwanda, une maison d’édition fait émerger de nouveaux récits afro-futuristes à travers des bandes dessinées. Parmi celles-ci, l’histoire de Kinyaga, une intrigue reprenant les thèmes de l’indépendance énergétique et des nouvelles technologies. De notre correspondante à Kigali, En 2100, une forêt de gratte-ciels domine l’horizon de Kigali. À l’origine du développement de la capitale du Rwanda, une mystérieuse énergie, explique l’illustrateur de Kinyaga, Tresor Dushime. « Le livre raconte l’histoire d’une jeune femme qui essaie de sauver son pays, avec une énergie qui s’appelle l’impulsion Kinyaga. C’est une énergie qui vient des volcans des Virunga, et dans ce futur, on a découvert que les Virunga abritent cette énergie qui sert à alimenter tout le pays. » détaille-t-il. Des dessins épurés aux couleurs ocre et pourpres illustrent une station futuriste, un laboratoire ultra-technologique où la jeune ingénieure doit se replonger dans un héritage passé pour résoudre des pannes inexpliquées. « C’est là que la majorité de l’action se passe. Vous pouvez voir que c’est une centrale qui est installée directement sur le volcan. J’ai voulu imaginer cette technologie et la centrer sur ce que nous avons ici au Rwanda. » précise Tresor Dushime. Son œuvre lance un avertissement contre la surexploitation, tout en portant le rêve d’un Rwanda autosuffisant, où les ressources naturelles du pays sont protégées et mises à profit. « On est dépendant de différents pays pour le pétrole, par exemple. Alors je voulais imaginer à quoi le Rwanda ressemblerait si on pouvait s’alimenter nous-mêmes en énergie. C’est un livre sur comment investir sur soi-même plutôt que de dépendre des autres. » souligne l’illustrateur. Kinyaga est publié par Imagine We Publishers, une maison d’édition rwandaise créée en 2015 par Dominique Uwase Alonga. Son objectif : proposer une série de bandes dessinées sur le thème de la réimagination, afin de promouvoir de nouveaux récits, plus positifs, dans un pays marqué par un passé douloureux. « À l’époque, il y avait plus de livres ou d’histoires sur le génocide contre les Tutsis de 1994. Notre identité sociale et culturelle était plus basée sur un traumatisme qu’un espoir de joie et de productivité. Je me suis dit que le livre serait une avenue par laquelle on peut partager nos histoires et nos peines, mais aussi nos espoirs et nos joies. » explique Dominique Uwase Alonga. La maison d’édition a pour ambition de porter des univers et des personnages littéraires dans lesquels la jeunesse rwandaise pourra se reconnaître et s’identifier. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, la boîte à histoires Akissa puise dans les contes et légendes africains

  7. -6 j

    Science-fiction africaine: au Nigeria, les séries afro-futuristes de Nollywood [1/5]

    Lorsqu’on pense au cinéma et au Nigeria, vient tout de suite en tête le célèbre Nollywood et ses films et séries dramatiques au ton théâtral. Mais parmi les 2 500 réalisations produites, aucune œuvre de science-fiction. Le genre est en revanche bien présent en ligne avec des réalisations à l’opposé du blockbuster américain Black Panther et qui revendiquent ces racines africaines. Ce mélange d’influences entre tradition africaine et science-fiction est défini par l’autrice nigériane Nnedi Okorafor comme l’afro-futurisme. L’intelligence artificielle générative a aussi donné « aux créateurs africains des superpouvoirs sans budgets hollywoodiens », selon le fondateur du premier festival du film d’intelligence artificielle africain, Obinna Okerekeocha. De notre correspondante à Lagos, Ola, un jeune homme qui naviguait dans les tumultes de l’adolescence se retrouve également à composer avec les super-pouvoirs d’une divinité Yoruba dont il est la réincarnation. C’est l’intrigue du court métrage Ogun Ola: the war is coming, réalisé par le collectif nigérian The Critics. Victor Josiah, l’un des cinq réalisateurs du groupe, revendique l’appartenance à ce genre où les imaginaires sont inspirés et racontés par des Africains. « Nous avions une passion ou un intérêt similaire pour les films hollywoodiens, ce sont les films de super-héros que nous avons regardés : Spiderman, Superman, et les autres. Et nous voulions cela dans un sens pour Nollywood. Nous voulions ça pour le Nigeria. Et nous voulions aussi avoir nos propres super-héros, nous voulions avoir nos propres films dont nous pourrions nous vanter et en être fiers », explique-t-il. Nollywood, deuxième industrie cinématographique mondiale, n’a vu émerger son premier long métrage de science-fiction qu’en 2020 : Ratnik, du regretté réalisateur Dimeji Ajibola, qui plonge Lagos dans un univers post-apocalyptique. En revanche, la production est bien plus développée en ligne, où de jeunes réalisateurs s’essayent au genre, parfois uniquement munis de leurs téléphones et de logiciels gratuits. C’est le cas de Divine Xaendra Odera, diplômée en art théâtral à l’université de Benin City. Elle écrit, produit et monte ses propres réalisations. « Le genre lui-même est déjà quelque chose qui nécessite généralement un énorme budget juste pour être exécuté. Je réalise que si nous avions plus de gens qui osaient commencer avec ce qu’ils avaient, malgré les détails techniques qu’il faudrait pour le genre, alors cela inspirerait la prochaine génération de cinéastes à faire plus », détaille-t-elle. L'intelligence artificielle, une aide à la création ? À Lagos, l’agence créative Vortex, fondée en 2013, a d’abord été une maison d’édition de bandes dessinées avant de devenir un studio d’animation mettant en avant la science-fiction africaine. Pour Somto Ajuluchukwu, son fondateur, l’intelligence artificielle peut favoriser la création. « Ce que vous imaginez peut prendre vie, vous savez, peu importe à quel point c’est fou, c’est aussi ce qui m’excite dans l’IA. Ce même niveau de flexibilité pour créer. Je pense donc que l’IA fournit en quelque sorte cette solution pour pouvoir imaginer et voir à quoi peut ressembler l’imagination », souligne-t-il. En septembre prochain se tiendra la seconde édition du Naija AI Festival, dédiée aux films africains créés à l’aide de l’intelligence artificielle. L’an dernier, plus de 300 productions y avaient été présentées. À lire aussiÉtats généraux du film documentaire: l'occasion «de raconter l’Afrique sous différents regards»

  8. 22 août

    Histoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10]

    À Dakar et en région, il ne se passe pas un week-end sans « sound system », du nom de ces soirées reggae de la scène underground. Autrefois marginalisées, elles se font une place dans les nuits sénégalaises et gagnent en reconnaissance. De notre correspondante à Dakar, À Dakar, sur une piste à ciel ouvert, les corps se laissent porter par les vibrations reggae. Aux platines, le DJ enchaîne des titres venus d’Europe, des États-Unis et de Jamaïque, bien sûr. « Ici, on aime le dancehall, on aime le reggae et la culture rasta », confie Omar. Ce dernier appartient à la communauté des Baye Fall, une branche du mouridisme connue au Sénégal pour ses valeurs communes avec le mouvement rasta, comme le sens du service et l’amour de la nature. Chez lui, le reggae a toujours résonné comme une prière. Ces dernières années, il a vu peu à peu les « sound system » s’ouvrir au reste de la société. « Il y a des pères et des mères de famille, il y a des couples mariés. Il y a des responsables et cadres d’entreprise qui viennent ici juste pour profiter de la musique. Plus de personnes sont conscientes du message qu’il y a derrière », explique-t-il. Au Sénégal, les premiers « sound system » datent des années 1990, impulsés par le travail du célèbre animateur radio Cheikh Amala Doucouré. Dès 1985, ce dernier consacre chaque samedi une émission reggae sur les ondes de la radio-télévision nationale (RTS). Mais le mouvement ne prend pas vraiment, associé à une forme de déviance morale et religieuse. Aujourd’hui, les réseaux sociaux changent la donne : la rébellion pacifique de Bob Marley ou la résistance radicale de Peter Tosh trouvent un nouvel écho chez les jeunes. « Moi, ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent voir les messages au lieu de voir la marijuana, la fumette, etc. Tous les rastas revendiquent l’indépendance de l’Afrique en général. Il y a encore le système Babylone qui règne partout dans le monde. Moi, en tant que Sénégalais, je rejoins leur mode de pensée », souligne Omar. Dreadlocks, code vestimentaire vert-or-noir aux couleurs de la Jamaïque… Ici, chacun affiche les symboles du reggae et revendique toute l’histoire qui y est rattachée. Arame Ndiaye est responsable chez Sen Reggae, l’entité qui organise les « sound system ». « Les Jamaïcains se sentent Africains. Ce sont des descendants d’esclaves, ils sont vraiment très attachés à leur terre ici. Je vous donne un exemple : un artiste reggae qui vient au Sénégal. Il veut aller à Gorée et voir la Porte du Chemin sans retour. Pourquoi ? Parce que c’est le sang », explique-t-elle. Les « sound system » veulent désormais sortir de l’ombre du mbalax et de l’afrobeats, plus populaires au Sénégal. Bien plus que de simples fêtes, Arame Ndiaye y voit un espace de cohésion sociale. « C’est un message de paix et d’harmonie. Par exemple, avec la situation politique actuelle du pays, si plus de gens écoutaient du reggae, ils seraient beaucoup plus apaisés, comprendraient mieux les choses et agiraient différemment », estime-t-elle. À Dakar, le « sound system » a rassemblé plus d’un millier de personnes le 11 mai dernier, date anniversaire de la mort de la légende Bob Marley. À lire aussiHistoire de la nuit africaine: l'Afrika Shrine, la salle mythique de Fela Kuti [7/10]

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