Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. -18 H

    Au Rwanda, le difficile retour d’anciens membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda

    Au Rwanda, les autorités affirment avoir réinséré plus de 12 000 combattants ou civils affiliés à des groupes armés depuis 2001, en particulier des FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda, un groupe à l’origine créé par d’anciens génocidaires rwandais, basé à l’est de la République démocratique du Congo. Des repentis, capturés ou rentrés volontairement au pays, rejoignent le centre de Mutobo pour un programme de démobilisation de plusieurs mois. En mars dernier, plus de 200 personnes ont été rapatriées dans leur village après leur formation. De notre envoyée spéciale de retour de Mudende, Sous une tente, une dernière cérémonie réunit leaders locaux, familles et anciens combattants ou civils affiliés à un groupe rebelle en RDC, avant le retour de ces derniers dans la vie civile. Pierre Manirakiza retrouve son beau-frère, parti du pays en 2011. « Nous sommes heureux qu’il soit revenu. On ne pensait pas le revoir, confie-t-il. On doit le soutenir maintenant, et partager ce que nous avons avec lui, pour l’aider à recommencer sa vie. » Devant la maison familiale, le repenti Jean Damascene Niyonzima embrasse ses proches après 15 ans passés en RDC. Après avoir, selon ses affirmations, travaillé sur les barrages des FDLR pour récolter les taxes prélevées par le groupe armé, les difficultés de la guerre l’ont poussé à rentrer au Rwanda. « Quand le M23 a pris Goma, ceux qui n’étaient pas armés, nous sommes allés au camp de Mugunga, raconte-t-il. Mais lorsque le M23 est arrivé, le camp a été détruit. Certains ont fui dans la forêt, d’autres sont rentrés chez eux. La situation devenait intenable, alors nous avons eu recours au HCR. » À lire aussiRDC: «De gré ou de force, les FDLR doivent rendre les armes», exige l’armée congolaise Un plaidoyer en faveur de ces ex-combattants Rapatrié l’an dernier d’abord en tant que civil avant de se déclarer aux autorités comme FDLR, Jean Damascene a passé plusieurs mois dans le centre de réintégration de Mutobo. À ses côtés, son fils adoptif de 25 ans, ancien combattant du groupe armé, Amos Bigirimana, témoigne : « Je suis né au Congo, dans un quartier général des FDLR, à Rutshuru. Mes parents faisaient partie de ce groupe. Quand j’avais huit ans, leur base a été attaquée et ils ont été tués. Deux ans plus tard, Jean Damascene m’a recueilli. C’est aujourd’hui mon seul parent. » Le secteur de Mudende, à proximité de la frontière congolaise, accueille régulièrement d’anciens combattants repentis. « Après un mois, lorsqu’ils sont déjà en communauté, nous allons leur rendre visite pour voir comment ils ont été acceptés, explique Valerie Nyirahabineza, présidente de la Commission rwandaise de démobilisation et de réinsertion. Il est question pour nous de faire du plaidoyer en faveur de ces ex-combattants. Si une personne quitte le centre de réinsertion de Mutobo, elle devient automatiquement un citoyen du Rwanda. » Des retours en nombre qui s’accompagnent de défis. Avec l’arrivée de Jean Damascene et de ses proches de RDC, la petite maison familiale accueille près de deux fois plus d’occupants. À lire aussiRwanda: plus de 200 membres de groupes rebelles, dont les FDLR, réinsérés

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  2. -2 J

    «Un savoir-faire qu'il faut développer»: les femmes en marche vers l'autonomie et la reconnaissance en Centrafrique

    En Centrafrique, les femmes prennent de plus en plus conscience de leur situation et se mettent en ordre de bataille pour leur émancipation. Partout, des initiatives émergent, portées par une volonté commune : conquérir une autonomie économique durable et affirmer leur place dans la société. Longtemps considérées comme le sexe faible, elles ont décidé de reprendre leur destin en main. Activités génératrices de revenus, petits commerces, agriculture, artisanat : une dynamique collective qui redessine peu à peu le paysage économique local, malgré de nombreux défis à relever. De notre correspondant à Bangui, Au milieu des rangées de bananiers et d'avocatiers, Yvette Denzou s'active. Machette à la main, elle avance d'un pas sûr, observant chaque parcelle avec attention. En face, des tomates mûrissent lentement dans un petit jardin bien clôturé, offrant des touches de rouge vif, promesses de récoltes à venir. Pour Yvette Denzou, l'agriculture est bien plus qu'un simple moyen de subsistance : « La terre, c'est notre richesse. Tout ce que vous voyez ici est le fruit de notre travail. Nous cultivons pour nourrir nos familles, mais également pour vendre et vivre dignement. Mon combat, c'est de montrer que nos produits locaux ont de la valeur. Quand je vois mes cultures grandir, je sais que mes efforts ne sont pas vains. » Au quartier Kassaï, dans le septième arrondissement de Bangui, un atelier artisanal est installé au bord de la route. À l'intérieur, Rebecca Mambelo façonne patiemment ses créations : bois, fibres naturelles et tissus. Ici, chaque objet raconte une histoire : « L'artisanat, c'est ma passion, mais c'est aussi ma vision : créer quelque chose qui nous ressemble et qui peut nous faire vivre dignement. Je fabrique des sacs, des paniers, des vêtements et des perles artisanales. À travers mon savoir-faire, je défends la valeur des femmes. » « Il faut un lieu vraiment dédié à la femme » Aujourd'hui, de nombreuses femmes centrafricaines s'inspirent de modèles venus du continent pour aller de l'avant. Parmi ces figures, Sefora Kodjo, présidente de la Fondation Sephis. Lors de son séjour à Bangui, cette Ivoirienne a partagé son expérience avec des femmes qui rêvent de réussir : « J'ai vu que la Centrafrique est riche de son sol. Il y a énormément de richesses locales et un savoir-faire qu'il faut développer, amplifier. On a des questions d'infrastructure, on a des questions de la technologie, du digital, de la connexion internet. Ce sont sur beaucoup de défis de ce genre qu'il faut encore travailler. » Pour que cet élan se consolide, la structuration est essentielle, selon Portia Deya Abazene, présidente de la Fédération des associations des femmes entrepreneures de Centrafrique (Fafeca) : « Parce que si tu restes dans l'informel, tu ne pourras pas gagner les parts de marché. Donc, il faut d'abord que l'on surmonte ce défi de se structurer et de se former. Il faut un incubateur, il faut un lieu dédié à la femme. » Dans un contexte encore fragile, ces femmes tracent leur chemin avec détermination. Entre initiatives individuelles et actions collectives, elles doivent aussi lutter contre les pesanteurs sociales qui cherchent encore à les reléguer au second plan dans la société. À lire aussi«Chaque jour, on voit sa tombe»: à Bangui, des familles enterrent leurs morts à domicile, faute de cimetières À lire aussi«Il n'est jamais revenu»: en Centrafrique, terreur au lycée de Boali après la mort de plusieurs élèves [2/3]

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  3. -3 J

    «Il n'est jamais revenu»: en Centrafrique, terreur au lycée de Boali après la mort de plusieurs élèves [2/3]

    Dans la ville de Boali, à 95 kilomètres au nord de la capitale centrafricaine, les élèves du lycée sont confrontés, depuis le début de l'année, à un phénomène aussi troublant qu'inexpliqué : des décès mystérieux et répétés au sein de leur établissement. Depuis janvier 2026, une dizaine d'élèves auraient perdu la vie dans des circonstances encore difficiles à élucider. Dans la ville, de nombreux habitants évoquent des causes mystiques, tandis que la justice, faute de preuves, refuse pour l'instant de valider cette hypothèse. À l'approche des examens de fin d'année, l'inquiétude grandit : certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison, dans l'attente de réponses concrètes. De notre correspondant à Bangui, Dans la cour du lycée moderne de Boali, en Centrafrique, les élèves se promènent par petits groupes. Les visages sont fermés. Chacun observe autour de lui avec une inquiétude palpable, comme si le danger pouvait surgir à tout instant. Sac au dos, Nelson Tende et ses camarades de sixième tentent de contenir la peur qui les envahit : « On a peur... On se demande s'il y a de mauvais esprits dans cet établissement. Chaque fois qu'un camarade tombe malade, on pense que c'est la fin pour lui. L'école, qui devrait être un lieu d'apprentissage, devient un endroit où l'on lutte pour survivre. » Dans cet établissement public, les élèves restent sur leurs gardes. Certains envisagent même des manifestations, voire un boycott des cours si la situation perdure. Depuis le début de l'année, selon Euphrasie Ngoumba, membre de l'association des parents d'élèves, 15 élèves ont déjà perdu la vie : « D'après nos observations, les victimes présentent toujours les mêmes symptômes : agitation, troubles mentaux, maux de tête, perte de connaissance, puis parfois la mort. Un enfant peut être en parfaite santé, quelques heures auparavant, puis s'effondrer brutalement. Nous envoyons nos enfants à l'école pour construire leur avenir, et non pour mourir. » « L'avenir de mes enfants est menacé » Ce matin-là, Jacob Panzé se rend au champ, accompagné de sa femme et de leur chien. Depuis la mort de son fils, élève en classe de troisième, survenue en février , le deuil ne l'a jamais quitté : « J'ai élevé mon enfant dans la difficulté. J'ai traversé tant d'épreuves pour lui offrir une éducation. Il rêvait de devenir médecin. Ce matin-là, il est parti à l'école en parfaite santé... et il n'est jamais revenu vivant. Je suis convaincu que les élèves sont ensorcelés. » Malgré ces soupçons, aucun suspect n'a été interpellé à ce jour, faute de preuves tangibles. Une absence de réponses qui renforce l'angoisse des familles : « L'avenir de mes enfants est menacé. Je ne peux pas prendre le risque d'en perdre encore un. La vérité doit être établie avant que je ne les laisse retourner à l'école. L'école ne doit pas être un lieu dangereux. Les autorités doivent agir pour garantir leur sécurité. » Entre hypothèses médicales et croyances populaires, la vérité peine à émerger. À l'hôpital de la ville, le personnel appelle au calme : aucune épidémie n'a été détectée ces derniers mois. De leur côté, les autorités locales poursuivent les investigations pour tenter de comprendre ce phénomène. Au lycée de Boali, les responsables multiplient les actions de sensibilisation pour rassurer les parents et encourager le retour des élèves en classe.

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  4. -4 J

    «Chaque jour, on voit sa tombe»: à Bangui, des familles enterrent leurs morts à domicile, faute de cimetières

    La mort n'est plus seulement une douleur intime à Bangui. Elle est devenue, au fil des années, une épreuve logistique, sociale et profondément humaine. Depuis près d'une décennie, la capitale de la Centrafrique ne dispose plus de véritable cimetière public accessible à tous. Une crise silencieuse mais lourde de conséquences que vivent chaque jour des familles désemparées. Dans les quartiers périphériques comme dans la capitale, les concessions familiales et les fermes sont devenues, faute d'alternative, des lieux d'inhumation improvisés. Derrière les murs de maisons modestes, sous des manguiers ou à l'écart des habitations, reposent désormais des pères, des mères, des enfants. De notre correspondant à Bangui, Après avoir délimité un espace dans cette ferme privée, un groupe de jeunes commence à creuser la terre, à l'aide de pelles et de pioches. Un trou rudimentaire, d'environ deux mètres carrés et profond de deux mètres. Les larmes aux yeux, Enock Bouaka, qui vient de perdre son jeune frère, fixe la fosse qui s'agrandit lentement : « Ce qui se passe n'est pas normal. Voir ces jeunes faire ce travail archaïque, sans encadrement, sans lieu approprié, ça me brise. Mais, on n'a pas le choix. C'est notre petit frère qui est parti. On ne pouvait pas le laisser à la morgue et il n'y a nulle part où aller. Alors, on a décidé de l'enterrer ici. » Autour de lui, cousins et voisins s'activent en silence. Les gestes sont mécaniques, presque automatiques. Mais sur les visages, la fatigue se mêle à l'incompréhension. Enterrer un proche devrait être un moment de recueillement. Ici, c'est devenu une urgence à gérer, selon Enock Bouaka : « Cette situation dépasse la simple question d'espace. Elle touche à la dignité et même à nos traditions. Chez nous, le lieu de repos des morts est sacré. C'est un lien avec la mémoire familiale. Il nous faut des cimetières. » Des cimetières saturés  À Bangui, en Centrafrique, les cimetières publics existants depuis l'indépendance en 1960 sont aujourd'hui saturés. Debout à côté d'une tombe en béton, érigée dans sa propre concession, Claudine Nguingo se souvient de l'épreuve vécue par sa famille, il y a deux mois : « L'absence de cimetière nous traumatise. Ceux qui ont des moyens trouvent toujours des solutions rapides. Mais les pauvres improvisent. Quand notre grand-père est décédé, on a fait le tour des chefs de quartiers pour demander un bout de terre. On n'a rien trouvé. Tu es en deuil, et en plus, tu dois supplier, c'est un double malheur. On a fini par l'enterrer ici, à côté de la maison. Chaque jour, on voit sa tombe, ça ravive la douleur. » Une réalité que confirme Jean-Baptiste, ancien chef de quartier, qui observe, impuissant, les conséquences de cette crise : « Avant, on accompagnait nos morts dans des lieux dédiés, respectés par tous. Aujourd'hui, chacun fait comme il peut. Il n'y a plus de registre, plus de suivi, aucune garantie que ces tombes resteront intactes. On voit apparaître des sépultures un peu partout dans les parcelles. Cela pose des problèmes sanitaires, de pollution, mais également de dignité humaine. Ce n'est pas normal. Une société ne peut pas fonctionner ainsi. » Selon une source à la mairie de Bangui, plusieurs sites ont été identifiés pour la création de nouveaux cimetières publics. Leur aménagement est annoncé dans les prochaines semaines. À lire aussiCentrafrique: au moins 29 morts au lycée Barthélémy Boganda de Bangui, le président Touadéra décrète trois jours de deuil

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  5. -5 J

    «Refaire de cet endroit un lieu pour la vie»: un centre de torture transformé en école au Liberia [3/3]

    La localité de Gbartala, dans le centre du pays, a accueilli pendant la guerre un camp militaire servant également de centre de torture. Il était dirigé par Chuckie Taylor, fils de Charles Taylor. Depuis, le camp est désaffecté et les propriétaires du terrain y ont construit une école qu'ils dirigent. Cet établissement accueille de nombreux élèves orphelins, comme un symbole de la renaissance du pays après la terrible guerre civile entre 1989 et 2003. De notre envoyé spécial à Gbartala, Réunis dans la salle de classe, une vingtaine d'élèves entonnent un chant religieux sous la direction de Helen Flemister, fondatrice de cette école pour orphelins et enfants démunis du Liberia : « Ma mère rêvait de diriger une école, un orphelinat et un centre de santé, mais elle a disparu avant de pouvoir faire quoi que ce soit. On a vécu là jusqu'en 1980. On a dû partir aux États-Unis quand Samuel Doe a fait son coup d'État. Pendant la guerre civile, Chuckie Taylor a fait de cet endroit un camp militaire et un centre de torture, pour semer la terreur. Quand je suis finalement rentrée, en 2019, j'étais très triste de voir cet endroit dans cet état, c'était terrible. » L'école, qu'elle a fait construire sur le terrain de sa famille, est juste en face du camp militaire. Il est en ruines, mais sur le fronton, on peut encore lire « Executive Mansion » du nom du quartier général du National Patriotic Front of Liberia (NPFL), parti de Charles Taylor établi dans la ville voisine de Gbarnga, avant qu'il ne prenne le pouvoir à Monrovia. Wilson Nornie est un habitant de la localité : « C'était là qu'était établi Chuckie Taylor, c'était son quartier général. Il l'utilisait comme centre d'entraînement pour sa milice de l'''Anti-Terrorist Unit'', tristement célèbre pour les exactions qu'elle a commises. Elle arrêtait des gens arbitrairement. Il y a eu beaucoup de tortures ici. Ce camp a aussi servi à dispenser des formations aux combattants du RUF, pour la guerre qu'ils menaient en Sierra Leone. » « La porte vers la vie » Aujourd'hui, Helen Flemister veut faire de son école un symbole de la renaissance de son pays : « Quand je suis rentrée, les histoires que j'ai entendues, ce qu'il s'est passé pendant la guerre, c'était horrible, ça m'a brisé le cœur. Mais je me suis dit qu'il ne fallait pas laisser la terreur prendre le dessus sur le bien. Donc j'ai fait mon possible pour effacer cette terreur et refaire de cet endroit un lieu pour la vie. C'est pourquoi je l'ai appelé l'école ''Gateway for Life'', la ''Porte vers la Vie''. Mon objectif est d'offrir aux enfants une porte d'entrée vers une vie meilleure, en leur donnant une bonne éducation. » Helen Flemister finance sur ses fonds propres cet établissement. L'école accueille 200 enfants. Leurs familles n'ont pas de frais de scolarité à payer. À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3] À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, les militants des droits humains sous pression [2/3]

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  6. -6 J

    Plus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, les militants des droits humains sous pression [2/3]

    Au Liberia, plusieurs organisations de défense des droits humains agissent pour soutenir les victimes ou documenter les crimes commis pendant la guerre civile, en vue de la tenue de procès. Mais ces organisations sont sous pression, puisque de nombreux chefs de guerre sont en liberté à Monrovia et sont encore très influents. Dernièrement, Hassan Bility, le directeur de l’ONG Global Justice and Research Project, a fait l’objet de menaces de mort. De notre envoyé spécial à Monrovia, Hassan Bility est lui-même une victime de la guerre civile au Liberia, emprisonné et torturé sous la présidence de Charles Taylor. À l’époque journaliste, il s’est depuis reconverti en défenseur des droits humains et a fondé en 2012 le Global Justice and Research Project pour collecter des preuves sur les criminels de guerre. « J’ai créé cette organisation parce que le gouvernement libérien était incapable, ou plutôt il n’avait pas la volonté de faire passer la justice. On travaille en collaboration avec l’ONG suisse Civitas Maxima pour poursuivre les chefs de guerre qui se sont réfugiés en Europe. Et on a eu beaucoup de résultats. On était très heureux quand la justice française a condamné Kunti Kamara, un des chefs de l’Ulimo. Cela a envoyé un message très fort », raconte -t-il. À lire aussiLiberia: en appel, la justice française condamne l'ex-chef rebelle Kunti Kamara à 30 ans de réclusion Mais ces succès ne sont pas sans contrepartie. À cause de son travail, Hassan Bility subit des menaces depuis des années. Fin février, des hommes armés sont entrés par effraction, la nuit, à son bureau, pour voler du matériel et le menacer. Yusuf Twa, un des agents de sécurité, témoigne : « Vers 3 heures du matin, on a commencé à entendre un bruit au niveau du portail. Un collègue est allé voir et il y avait des hommes armés. Ils ont menacé de lui tirer dessus et lui ont demandé de s’asseoir par terre. Ils étaient trois au total. Ce qu’ils ont demandé ensuite, c’était : "Où habite votre patron ?" On a répondu qu’on ne savait pas, qu’on travaillait ici mais qu’on ne connaissait pas son adresse personnelle. Ils sont ensuite entrés dans le bureau en forçant l’entrée et ils ont pris des ordinateurs ». Hassan Bility ne veut cependant pas se laisser intimider : « On a officiellement informé la police. Elle est venue ici trois ou quatre fois pour inspecter les lieux. Mais jusqu’à présent, on n’a obtenu aucune information concrète sur les responsables. Je ne veux pas interférer dans l’enquête, mais je ne doute pas qu’il s’agisse d’anciens chefs de guerre. Ils nous menacent et nous attaquent régulièrement. Je veux leur dire, ainsi qu’au peuple libérien : "On continuera à travailler avec les gouvernements étrangers et avec le gouvernement du Liberia pour obtenir la justice. Aucune menace ne nous fera arrêter ce travail". » Pour lui, l’un des grands enjeux des procès, quand ils auront lieu à Monrovia, sera la protection des juges, des avocats et surtout des témoins. À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3]

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  7. 30 AVR.

    Plus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3]

    En 2009, la Commission vérité et réconciliation, instaurée après la guerre civile qui a déchiré le Liberia entre 1989 et 2003, avait recommandé l’organisation d’un grand procès pour juger les criminels de guerre. Depuis, peu de choses ont été faites en ce sens. De notre envoyé spécial à Monrovia, Si l’ancien président Charles Taylor a été jugé et condamné par un tribunal international, c’était à La Haye et pour ses crimes commis en Sierra Leone. D’autres chefs de guerre ont été condamnés à l’étranger, mais aucun à Monrovia. Le président Joseph Boakai, arrivé au pouvoir en 2024, avait fait de la justice l’une de ses promesses phares, mais les défenseurs des droits humains attendent toujours, avec impatience, de voir des procès se tenir dans le pays. Dans son bureau de la banlieue de Monrovia, Adama Dempster prépare une réunion de partage d’expérience avec des Éthiopiens en visite au Liberia. Eux aussi se battent pour la justice dans leur pays. À la tête d’une fédération d’organisations de défense des droits humains, Adama Dempster était optimiste quand le président Joseph Boakai a signé en 2024 un executive order pour mettre en place un tribunal sur les crimes de guerre : « J’étais là quand le président Boakai a signé l’executive order, j’étais dans la salle, juste à côté du président. Ça a marqué un tournant dans ce long combat pour la justice, souligne-t-il. Malheureusement, ce processus aurait dû être très rapide mais cela fait déjà deux ans et peu de choses ont avancé. Et la dynamique en faveur de la création de ce tribunal est en train de ralentir. Cela compromet notre quête de justice puisque, pendant ce temps-là, des criminels présumés, des victimes ou des témoins disparaissent. » À lire aussiGuerre civile au Liberia: «Il n’y a pas un groupe ethnique qui a échappé au massacre» Les procès à l'étranger, un « pas vers la justice » L’un des principaux chefs de guerre, Prince Johnson, est mort en 2024, sans jamais avoir été inquiété. Pour l’instant, les défenseurs des droits humains doivent se contenter des procès des criminels de guerre qui se sont réfugiés à l’étranger. Comme Kunti Kamara, l’un des chefs de l’Ulimo, récemment condamné par la justice française au nom de la compétence universelle pour les crimes les plus graves. « C’est très bien qu’il y ait des procès à l’étranger, c’est un pas vers la justice. Ça devrait certes être à la justice libérienne de faire cela, mais tant mieux si d’autres pays le font. Ces gens ont fui le pays, ils ont changé de noms, ils ont menti à leurs pays d’accueil, tant mieux si la justice les rattrape, approuve Peterson Sonyah, qui dirige la plus grande association de victimes de la guerre, la Liberia Massacre and Survivors Association. Martina Johnson, une proche de Charles Taylor, va bientôt être jugée [en Belgique]. Nous applaudissons tous les pays qui poursuivent ces gens, parce que nos gouvernements ont pris trop de retard. » À écouter dans L'Invité d'Afrique midiCrimes des guerres civiles au Liberia: «Si on tarde trop, il n'y aura bientôt plus personne à juger» Mettre fin au « régime de l'impunité » Frances Greaves se félicite aussi de ces procès à l’étranger. Mais pour celle qui fut membre d’un groupe de femmes, Women of Liberia Mass Action for Peace, qui a joué un rôle décisif pour mettre fin à la guerre, la justice doit passer par Monrovia : « Ceux qui connaissent l’histoire du Liberia savent que l’impunité fait partie du quotidien. On appelle à la mise en place de ce tribunal pour mettre fin à cette impunité, pour que les gens soient tenus responsables de leurs actions, martèle-t-elle. Et avoir les procès ici au Liberia aurait un deuxième avantage. La population est largement illettrée. Si les procès ont lieu ici, ils pourront être diffusés à la télé ou à la radio, et c’est très important. Si cela ne se concrétise pas, cela enverra un très mauvais signal pour les générations futures. Ce sera encore le régime de l’impunité. » Pour l’instant, la commission chargée de la mise en place du tribunal continue son travail. Les premiers procès sont espérés pour fin 2027.  À écouter dans L'Invité d'Afrique midLes excuses du président libérien au nom de l’État pour la guerre civile «sont bienvenues mais tardives»

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