Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. -19 H

    À Madagascar, les métiers de l'économie informelle: les porteurs d'eau [2/3]

    À Antananarivo, ouvrir le robinet est devenu un calvaire. Dans une capitale qui a largement dépassé ses capacités d'accueil, le réseau d'eau est à bout de souffle. Pour des millions de Malgaches, l'eau a désormais un prix : celui de l'effort physique et d'une économie de l'ombre qui pèse sur les plus modestes. De notre correspondante à Antananarivo, Dans le quartier d’Anjanahary, l'eau est une marchandise que l'on traque une partie de la nuit. Pour Hoby, mère de famille, le coût de ce marché informel est devenu insupportable. « Depuis trois ans, il n'y a plus d'eau courante. On peine à s'en procurer, on dort près des bornes-fontaines ! Si on ne peut pas le faire, on doit payer des porteurs 1 000 ariary par bidon, environ 20 centimes d'euros. J'ai dû cesser de travailler : mes dépenses pour l'eau équivalaient à mon salaire, dénonce Hoby. C'était plus rentable de quitter mon emploi pour chercher l'eau moi-même. »  Ce marché est alimenté par des hommes comme Mayer. Porteur d'eau, il est l'un des rouages de cette économie grise qui pallie les insuffisances de la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité. « Le débit est trop faible, c'est coupé, il faut attendre des heures, témoigne Mayer. Je cherche l’eau même pour des foyers raccordés à la compagnie d’eau et d’électricité, la Jirama, mais où il n'y a pas de pression. Ils doivent recourir à mes services pour avoir de l’eau. » À lire aussiMadagascar: la compagnie nationale d’eau et d’électricité anticipe des «mois difficiles» dans la capitale La soif, une taxe invisible pour les plus précaires Payer dix fois le prix officiel pour un bidon d'eau : une réalité que l'État ne peut occulter. On admet, à demi-mot, que ce système D est devenu la béquille indispensable d'une population assoiffée. « La problématique majeure, c'est que les infrastructures en eau à Madagascar sont toutes vieilles. Les ménages ne peuvent pas se passer de cette économie informelle afin de s'assurer de leur approvisionnement en eau, confirme Romuald Mara, directeur général au ministère de l’Eau. C'est à partir du moment où les gens puisent l'eau sur ces points d'eau et qu'ils la revendent après que ça crée des prix très variés selon les conditions de distance, de transport, etc. » Une impuissance qui fait les affaires de l'informel. Contactée, la Jirama, compagnie nationale d’eau et d’électricité, indique miser sur une modernisation des infrastructures à l'horizon 2028. En attendant, dans les quartiers de la capitale, la soif reste une taxe invisible de plus en plus difficile pour les plus précaires.  À lire aussiÀ Madagascar, les métiers de l'économie informelle: les taxis-charretiers [1/3]

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  2. -1 J

    À Madagascar, les métiers de l'économie informelle: les taxis-charretiers [1/3]

    À Antananarivo, chaque saison des pluies transforme certaines rues en véritables pièges : routes défoncées, cavités profondes, zones impraticables. Des hommes proposent alors leurs services, à taxis-charrettes, pour aider les passants à traverser ces zones inondées, pour l'équivalent de quelques centimes d’euros.  De notre correspondante à Antananarivo, De l’eau à perte de vue, la tête baissée vers le sol, les genoux trempés, Faby pousse à la force de ses deux bras une charrette transportant deux personnes sur la route inondée du quartier d’Andavamamba. À chaque saison des pluies, la même situation se produit.  « C'est un travail fatigant, car il y a des trous partout et certains pavés se détachent, explique Faby. Si on ne fait pas attention, la charrette risque de se retourner et nous avec. On s'efforce d'amener les gens sains et secs.​ »​  Dès quatre heures du matin, Faby effectue des allers-retours sur près de 200 mètres – à raison de 300 ariarys le trajet, l’équivalent de 6 centimes d’euro – pour permettre aux riverains de traverser la zone submergée.  L’eau stagne depuis maintenant neuf ans. Le système d’évacuation de ce quartier est ancien et n’a jamais été réhabilité. La commune tente de drainer la rue avec des pompes mais rien n’y fait. Faute de solution rapide, c’est la débrouille qui prend le relais. Un soulagement pour les riverains. « J'accompagne mon fils pour qu'il traverse en charrette, témoigne Flisia, une cliente de Faby. Je dois l'emmener ici tous les matins, car les bus sont aléatoires. J'ai peur pour lui, à cause de cette eau stagnante. Des fois, je lui donne de l'argent pour traverser, mais il s'entête à marcher dans l’eau sale. C'est pour cela que je préfère l'accompagner jusqu'ici. » À lire aussiÀ Madagascar, des jeunes sans diplôme formés aux métiers d’avenir « L'inondation devient une opportunité pour survivre » Une situation qui pousse les autorités locales à se mobiliser. « À cause des constructions illicites, des gens construisent sur les canaux et l'eau ne s'évacue plus. En ce moment, tous les responsables jusqu'au chef de district cherchent des solutions durables, confie Claude Alphonse, responsable local du quartier. Mais à cause de l'urgence de la situation, des solutions à très court terme sont prises. » Ce système de débrouille révèle une toute autre réalité, selon l’urbaniste Tahiana Andriamanantena. « Quand un service public est défaillant, l'économie informelle prend le relais. L'eau n'est plus vue comme un service à maîtriser, mais plutôt comme une ressource économique, analyse-t-elle. On peut dire que certains gagnent leur vie grâce au chaos hydrique. L'inondation devient une opportunité pour survivre. C'est un marqueur fort de vulnérabilité urbaine. La ville ne protège plus, elle est exploitée pour survivre. » À Madagascar, près de 80 % de la population active vit de l’informel, selon la Banque mondiale.  À lire aussiMadagascar: face à la crise de l'emploi, le secteur informel s'étend à de nouveaux métiers

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  3. -2 J

    Ghana: dans le camp de réfugiés de Tarikom, malgré l'accueil chaleureux, la précarité subsiste [2/2]

    Deuxième et dernier épisode de notre série de reportages consacrés aux réfugiés burkinabè dans le nord du Ghana. Ils étaient plus de 13 000 enregistrés au Ghana en décembre 2025 selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la plupart ayant fui les violences jihadistes pour se réfugier dans un pays jusque-là épargné par les attaques terroristes. Le principal camp de réfugiés burkinabè, ouvert à la fin de l'année 2022, se trouve dans le village de Tarikom, à une dizaine de kilomètres seulement de la frontière avec le Burkina Faso. Un espace où vivaient encore en octobre plus de 5 500 réfugiés. Si, sur place, la cohabitation avec les communautés locales semble bien se passer, les pénuries de nourriture et de produits essentiels se ressentent dans une des régions les plus pauvres du Ghana.  De notre envoyé spécial à Tarikom, Aux côtés de quelques bâtisses en briques, se dressent des rangées de plusieurs centaines de tentes blanches floquées du logo du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. C'est dans ce camp, administré par le Bureau ghanéen des réfugiés, que vit depuis maintenant plus d'un an Eloro Madi. Âgé de 70 ans, il a dû fuir le Burkina Faso après que des assaillants ont attaqué son village en 2024 : « Je ne souhaite pas retourner au Burkina Faso tant qu'il y a des combats. Ici, ma vie est paisible. Je me sens bien accueilli, certains membres des communautés locales nous donnent de la nourriture, à nous et à nos enfants. C'est vraiment une bonne chose d'être ici. »  Assise à ses côtés à l'ombre d'un arbre, Fatima Seone acquiesce. Arrivée au camp de Tarikom il y a deux ans avec ses six enfants, elle se dit reconnaissante d'être ici aujourd'hui : « Les gens ici nous ont très bien accueillis. J'ai même pu apprendre à fabriquer du savon, et à m'occuper du bétail. » Depuis l'ouverture du camp à la fin de l'année 2022, où vivent une majorité de familles, des efforts ont notamment été mis en place pour scolariser les enfants. À la demande du gouvernement ghanéen, les communautés voisines ont également cédé certaines de leurs terres, pour que les réfugiés puissent y développer des cultures. Aucun incident majeur entre habitants et résidents du camp n'a depuis été enregistré, selon les autorités locales. Mais, depuis ces trois derniers mois, Fatima Seone déplore des conditions de vie de plus en plus précaires : « Nous recevons les allocations du gouvernement ghanéen avec de plus en plus de retard, ce qui rend notre vie de plus en plus difficile, surtout pour se nourrir. Cela nous oblige à sortir chaque jour pour trouver des petits boulots. Certains jeunes ont même décidé de quitter le camp. » Contacté par RFI, le Bureau ghanéen des réfugiés admet des « défis » pour l'approvisionnement en nourriture des camps, mais assure que le gouvernement ainsi que ses partenaires internationaux « font tout pour satisfaire au maximum les besoins des réfugiés ». À voir comment la situation évoluera dans l'avenir : en plus de trois ans, la population de réfugiés à Tarikom a presque triplé. Le camp continue d'enregistrer de nouvelles arrivées toutes les semaines. À lire aussiGhana: dans le camp de Tarikom, des réfugiés burkinabè témoignent [1/2]

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  4. -3 J

    Ghana: dans le camp de Tarikom, des réfugiés burkinabè témoignent [1/2]

    RFI vous propose une série de deux reportages consacrés aux réfugiés burkinabè dans le nord du Ghana. Ils étaient plus de 13 000 enregistrés au Ghana en décembre 2025, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la plupart ayant fui les violences jihadistes pour se réfugier dans un pays jusque-là épargné par les attaques terroristes. Notre correspondant, Victor Cariou, s'est rendu dans le principal camp de réfugiés burkinabè, ouvert à la fin de l'année 2022 dans le village de Tarikom, à une dizaine de kilomètres seulement de la frontière avec le Burkina Faso. Il y a rencontré plusieurs survivants d'attaques terroristes qui lui ont raconté leurs histoires. De notre envoyé spécial à Tarikom, Assise à l'ombre d'un arbre, Yola Lagbonmasa affiche un visage fermé. Depuis près de trois ans, elle réside dans le camp de Tarikom au Ghana, qui, en octobre 2025, abritait plus de 5 500 réfugiés burkinabè. « J'ai fui ici avec mes quatre enfants, mais pas mon mari. Lorsque nous avons fui, nous avons pris des chemins différents, et jusqu'à aujourd'hui, j'ignore où il est », déplore la mère de famille.  Le souvenir de l'attaque de son village, dans le centre du Burkina Faso, est encore vif. « C'était un vendredi matin. Les assaillants ont débarqué et ont commencé à tuer les habitants. Ce jour-là, au moins 28 personnes sont mortes. C'est pour ça que j'ai décidé de fuir », se remémore-t-elle. Qui étaient les attaquants ? Et pourquoi ont-ils pris d'assaut son village ? Aujourd'hui encore, Yola Lagbonsmasa dit ne pas savoir. Une incompréhension que ressent également Daouda Seone. Cet ancien fermier de 72 ans a dû fuir son village en pleine nuit, après une attaque de groupes armés, en 2023. Il se rappelle : « Nous avons commencé à entendre des coups de feu partout dans notre village aux alentours de minuit, 1h du matin. Les assaillants ont commencé à nous tirer dessus, nous forçant à fuir. Nous sommes retournés au village le lendemain matin, et nous avons découvert que cinq personnes avaient été tuées. Nous avons donc décidé de nous diriger vers la frontière avec le Ghana. » La seule chose dont Daouda Seone est sûr aujourd'hui, c'est qu'il n'est pas près de retourner au Burkina Faso. « Je ne veux pas retourner dans mon village car là-bas, les combats font toujours rage. Quelques jours seulement après que les assaillants ont attaqué mon village, ils s'en sont pris aux communautés environnantes, où les survivants ont dû procéder à des enterrements collectifs », déplore-t-il. Selon le dernier rapport de l'Institute for Economics and Peace, le Burkina Faso restait, en 2024, le pays le plus touché au monde par les attaques terroristes, déplorant alors 1 532 morts. Un nombre imputable en majorité aux attaques menées par le Groupe de soutien à l'islam affilié à al-Qaïda. Les réfugiés du camp de Tarikom, eux, n'espèrent qu'une chose : que ces attaques ne les suivent pas par-delà la frontière burkinabè.

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  5. -4 J

    Afrique du Sud: visite d'un parc paradisiaque au cœur de Johannesburg

    C’est une belle histoire, et elle a lieu en Afrique du Sud. En un peu plus de dix ans, l'artiste James Delaney a transformé un parc abandonné et dangereux en un petit coin de paradis. Des premiers végétaux qu'il a plantés aux gigantesques structures d'animaux en métal qu'il a installées pour attirer les visiteurs, l'artiste a fait preuve de beaucoup de patience.  De notre correspondant à Johannesburg, Le parc est situé en ville, au bord d'une route très fréquentée. Mais, une fois passé le portail, le bruit du ruissellement de l'eau couvre un peu le son des klaxons. « On entend bien le bruit de l'eau, ça fonctionne vraiment bien. Avant, l'eau passait sous terre, mais les canalisations étaient dans un état lamentable, pleines de vieux tuyaux rouillés. Du coup, on vient de tout changer pour que l'eau passe en surface », explique James Delanay Ce petit havre de paix, on le doit à cet homme : James Delaney, artiste, passionné de plantes, mais surtout voisin du parc. Il nous raconte le début de cette folle aventure : « Tout a commencé il y a environ douze ans, quand j'ai adopté mon chien Pablo. J'ai commencé à me promener ici et le parc était alors dans un état déplorable : des arbres cassés et effondrés partout, et il était considéré comme un endroit dangereux. Alors, j'ai commencé petit à petit à l'aménager, à planter, à tailler et à le remettre en état. Seul au départ, j'ai ensuite mobilisé des gens et organisé des journées de bénévolat. Au bout de quelques années, l'endroit a commencé à prendre forme. Mais les gens avaient encore peur, je n'arrivais pas vraiment à les faire revenir. J'ai donc mis en place la sculpture quelques années plus tard. La grande girafe jaune et rose est devenue un point de repère dans la nature. Je l'ai créée en me disant : "Des milliers de personnes passent devant chaque jour, comment attirer leur attention ?". » Sous cette immense structure en métal, nous rencontrons Ana, une admiratrice du travail de James, ravie de pouvoir remercier l'artiste : « Bonjour, je suis Ana, c'est un plaisir de vous rencontrer ! Merci pour tout ce que vous avez fait ! » Pour être encore plus au calme, il faut se rendre dans les hauteurs du parc. On peut y observer des hiboux, des chouettes, un peu partout dans les arbres. Il faut bien regarder partout autour pour les repérer. « Il est difficile de tout voir en même temps car cela dépend de la lumière. Vous pourriez donc voir des chouettes différentes le matin et l'après-midi. Il y en a 67 au total, représentant le nombre d'années consacrées par Nelson Mandela au service public de l'Afrique du Sud », nous explique James.  Et le travail de James inspire. De nombreux habitants lui demandent régulièrement des conseils pour réhabiliter à leur tour le parc de leur quartier. Parce que Johannesburg regorge d'espaces verts publics, mais beaucoup sont abandonnés, et peu sécurisés.

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  6. -5 J

    Éthiopie: le parti du Front populaire de libération du Tigré en péril

    Le 18 février 2026, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a célébré son 51e anniversaire dans un contexte très tendu au Tigré. Le parti tigréen, architecte de la modernisation du pays, a dirigé le pays au sein d'une coalition durant près de 30 ans. Mais l'organisation historique peine aujourd'hui à passer outre les multiples crises qui la traversent. De notre correspondante de retour de Mekele Shire, Biruk arrange quelques bouteilles sur le comptoir de son échoppe située à deux pas de la gare routière de Shire. Le jeune commerçant est anxieux : « En ce moment, la situation au Tigré est très tendue. On entend beaucoup de choses. Alors que nous, tout ce que nous voulons, c'est la paix. » Depuis un mois, cette région d'Éthiopie connaît un regain de tensions, après des affrontements entre l'armée fédérale et les Forces de défense du Tigré, bras armé du TPLF. Ces combats font craindre une nouvelle guerre, alors même que le parti régional peine déjà à se remettre des multiples crises qui le traversent depuis une dizaine d'années. À lire aussiÉthiopie: au Tigré, le ton monte entre Addis Abeba et le TPLF, l'ONU appelle à la «désescalade» Le camp de Getachaw Reda s'oppose à celui de Debretsion Gebremichael La scission du TPLF en deux camps, en mars 2023, est l'une des crise les plus importantes, explique Yohannes Woldemariam, professeur de relations internationales à l'université du Colorado : « D'un côté, il y a Getachaw Reda et quelques généraux, qui sont maintenant du côté du Parti de la prospérité du Premier ministre. Et de l'autre côté, il y a Debretsion. » Debretsion Gebremichael est le leader du TPLF qui, officiellement, ne fait plus partie du paysage électoral. En mai 2025, il a été radié par la Commission électorale, pour avoir manqué aux obligations prévues par l'instance. Un coup de massue pour ce parti emblématique, sur lequel s'appuie désormais la concurrence pour se faire une place. Kinfe Hadush, président du parti d'opposition Sawet, décrypte : « Depuis qu'Abiy est arrivé au pouvoir, les Tigréens se sentent plus vulnérables. Aujourd'hui, non seulement, le TPLF ne représente plus les intérêts du Tigré, mais il n'a en plus aucun agenda spécifique. Le TPLF veut juste mobiliser la population pour la guerre. Mais le peuple résiste, il ne veut pas participer à cette guerre. » Le TPLF rencontre des problèmes internes et sa popularité est en berne De son côté, le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa l'assure : le TPLF a encore un avenir. « Je reconnais que le TPLF doit résoudre de nombreux problèmes. Je ne peux pas dire que le parti bénéficie du même soutien qu'auparavant. Et d'ailleurs, si le TPLF n'est pas accepté par le peuple, il sera destitué, et un autre parti prendra le pouvoir. Mais ce n'est pas le cas. Le gouvernement fédéral conspire pour démanteler le parti par tous les moyens », martèle-t-il. En octobre 2025, le gouvernement éthiopien a dénoncé « une collusion évidente entre le gouvernement érythréen et le TPLF », dans l'optique d'une nouvelle guerre à venir. À lire aussiÉthiopie: un haut-responsable du Tigré accuse le gouvernement de se préparer à «lancer une guerre»

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  7. -6 J

    En Côte d'Ivoire, la médiation juridique pour lutter contre les mariages forcés

    En Côte d'Ivoire, les cliniques juridiques effectuent un travail de fourmi pour aiguiller et aider les femmes victimes de violences basées sur le genre. Dans le Tchologo, au nord du pays, trois cliniques juridiques ont été installées dans des centres sociaux. Dans ces établissements animés par des juristes, les cas les plus fréquents sont les violences conjugales et les mariages forcés.  De notre envoyée spéciale à Ferkessédougou,  Mariama [NDLR: le prénom a été modifié] a été scolarisée dans un établissement islamique. Depuis toute petite, son père et son grand-père évoquent un projet : son mariage avec un cousin. Après avoir célébré ses 15 ans, sa famille organise un mariage traditionnel, à son insu. « Ma grand-mère m'a toujours dit qu'un jour, on me donnerait en mariage à un cousin, témoigne-t-elle. J'ai protesté plusieurs fois. Mais un jour, les adultes ont célébré mon mariage avec un imam, en mon absence ». Du jour au lendemain, Mariama doit rejoindre le domicile d'un jeune homme de 20 ans, qu'elle connaît à peine. Elle sombre dans une déprime profonde. « Quand je suis arrivée dans sa maison, il voulait avoir des rapports sexuels avec moi, retrace Mariama. J'ai refusé. J'étais stressée, car je ne voulais pas me marier. Je ne mangeais plus et j'ai fini par tomber malade. On m'a emmenée à l'hôpital ». Pour sa grand-mère, ce mariage était une évidence. Une tradition perpétuée depuis des années. « C'est une tradition : j'ai moi-même été mariée de cette manière, argue-t-elle. Et les femmes de ma génération, aussi. C'est un mariage en famille. Pour nous, à 15 ans, on a atteint l'âge de se marier, donc, on l'a donnée en mariage. On a toutes été mariées comme ça à l'âge de 15 ans. C'est une pratique dans notre famille. Je ne pouvais pas faire autrement pour elle. » Tenter de maintenir les liens familiaux  Il a fallu près de deux semaines de médiation pour convaincre les adultes que cette pratique est obsolète. Le mariage a pu être annulé. Bien que ce phénomène soit puni par la loi, dans ce type de dossier, les médiateurs sociaux optent souvent pour une résolution à l'amiable afin de maintenir des liens sociaux.  « Lorsque l'affaire du mariage forcé arrive en justice, c'est que, par derrière, la petite fille qui a été récupérée, il faut l'insérer, explique Karelle Kouadio, la coordinatrice de l'Association des Femmes juristes, à Ferkéssedougou. Est-ce que les parents seront contents de la recevoir alors que des personnes risquent de se retourver derrière les barreaux ? Cela crée encore des histoires. Donc on préfère procéder étape par étape : de la récupération de la survivante, jusqu'à la réunification de la famille ». De son côté, Mariama s'épanouit à nouveau : intégrée dans sa famille, elle vend des bananes et de l'eau près du marché de Ferkessédougou. À lire aussiViolences faites aux femmes: la Côte d'Ivoire renforce sa lutte à Abidjan, mais pas seulement

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  8. 6 MARS

    Côte d'Ivoire: les femmes Tchinlovogo transforment leur localité grâce au maraîchage

    En Côte d’Ivoire, l’autonomie des femmes en milieu rural est toujours un sujet dans certaines zones reculées. Mais la situation s’améliore, grâce notamment à des organisations villageoises dans lesquelles les femmes s’investissent autour d’activités maraîchères, qui leur permettent de contribuer au développement de leur localité. Reportage dans le village de Tchinlovogo, dans la région du Tchologo. De notre envoyée spéciale de retour de Tchinlovogo Une quinzaine de femmes, accroupies, désherbent un champ d’oignons. « On vient le matin très tôt, à cause du soleil, explique l'une d'entre elles. On travaille jusqu’à midi. On travaille en groupe, ça galvanise ! J’aime les travaux champêtres, ils me permettent de subvenir aux besoins de mon ménage ». Ces femmes font partie d’une association, Tossiré, « le vivre ensemble », en sénoufo. Cette association regroupe 86 femmes : elles cultivent ensemble l’oignon, le gombo, le maïs, le piment et l’aubergine, puis partagent les bénéfices de leurs ventes. Cela leur permet, à chacune, d’investir dans d’autres activités. « Beaucoup de choses se sont améliorées, témoigne Yéli. Grâce à ces revenus, j’ai investi dans un commerce de mèches, que je vends aux femmes du village ». À lire aussiFemmes agricultrices : comment améliorer leur statut ? « Aujourd'hui, on arrive à contribuer au développement de notre village » Grâce à ces activités maraîchères, ces femmes ont construit une école primaire. « Grâce à la vente de nos produits, on a acheté du ciment, du sable, expose Mariam Soro, la présidente de cette association féminine. On a bâti l’école primaire et les logements pour les instituteurs. Je suis heureuse de voir les enfants aller à l’école à proximité. Parce qu’avant, c’était difficile : il fallait trouver des tuteurs pour leur confier la garde de nos enfants. Souvent, ils dormaient affamés, le tuteur n’avait pas de moyens. Mais aujourd’hui, on arrive à contribuer au développement de notre village. Nous fournissons 50 000 francs CFA pour approvisionner la cantine de l’école ». Dans ce village reculé, coupé des réseaux téléphoniques et dépourvu d’électricité, il a fallu d’abord convaincre les hommes de l’intérêt de mettre les femmes à contribution. « Avant on privilégiait seulement les hommes, se souvient Drissa Coulibaly, le chef du village, qui reconnaît les efforts consentis. On ne savait pas que la femme pouvait faire quelque chose dans la famille. Aujourd’hui, les comportements ont changé. Les femmes se sont organisées. Cela m’a beaucoup soutenu dans mon village. Quand il y a un cas [un problème, ndlr] qui arrive, les femmes sont prêtes à m’aider ». Ces femmes ont un projet en tête : épargner pour construire une pompe à eau, afin d’approvisionner les ménages du village en eau potable. À lire aussiEn Côte d'Ivoire, des réfugiés burkinabè bénéficient d'une formation agricole à Brondougou

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