« Un peu partout en Europe, constate Le Monde à Paris, et d’autant plus à l’ouest du continent, des prairies et des champs desséchés témoignent de l’étendue et de l’intensité d’ores et déjà historiques de la sécheresse de l’année 2026. De nombreux fleuves et rivières sont dans une situation très critique, jamais observée jusqu’alors. La situation hydrologique inquiète de plus en plus de pays. Dans un bilan publié ce lundi, le service européen de surveillance Copernicus alerte : malgré les pluies et les inondations survenues cet hiver, les niveaux d’humidité des sols enregistrés en juillet dans l’ouest du continent sont désormais "nettement inférieurs à ceux de juillet 2022, dernier été marqué par une grave sécheresse dans toute l’Europe occidentale". » À lire aussiSécheresse: «Ce n’est pas en allant creuser des rivières qu’on va inventer de l’eau» Le Danube à sec Exemple : le Danube, avec ce reportage d’El Pais à Madrid, qui nous emmène à Budapest en Hongrie : le deuxième fleuve le plus long d’Europe s’étend sur 2 870 kilomètres et traverse dix pays. Et, à Budapest, le niveau du fleuve n’atteint plus qu’une trentaine de centimètres. « Là où coulait autrefois l’eau, il ne reste que de vastes bancs de sable, relève El País, que beaucoup ont transformés en plages improvisées. Vendredi dernier, alors que la chaleur étouffante de 37°C commençait à décliner, des dizaines de personnes se sont retrouvées, avec bières et en-cas, prêtes pour un pique-nique improvisé. L’atmosphère était détendue et joyeuse, note le journal. Mais à y regarder de plus près, une certaine inquiétude se faisait jour. "Je ne crois pas que nous n’ayons jamais connu une sécheresse pareille", confie Mike, un ouvrier du bâtiment de 45 ans venu passer l’après-midi avec deux amis du quartier. Une impression partagée par Diana, professeure de climatologie à l'université de Budapest : "Le Danube a toujours été un fleuve très stable. Il y a eu des crues et des sécheresses, certes, mais une situation aussi extrême est sans précédent, affirme-t-elle. Normalement, lorsqu’il ne pleut pas à un endroit, il pleut ailleurs, ou la neige des Alpes compense. Mais, cet été, la sécheresse a été généralisée". » À lire aussiLe Danube à sec: l’Europe centrale et les Balkans face à une catastrophe écologique De même que le Pô ou encore le Rhin Même cause, mêmes effets pour le Pô qui traverse Turin. Le plus long fleuve italien est presque à sec. « Le Pô est réduit à une simple flaque d’eau, soupire la Repubblica, recouverte d’algues vertes et de déchets. (…) Le courant est à l’arrêt : le Pô ne coule plus, il ressemble à une grande flaque immobile, étouffée par une eau vert bouteille. » En Allemagne, « spectacle désolant : le niveau du Rhin n’a jamais été aussi bas, relève le Süddeutsche Zeitung. Cette situation a des conséquences dramatiques pour l’économie allemande. (…) D’habitude, les péniches sillonnent le Rhin en une longue file, chargées principalement de marchandises en vrac comme du minerai, du charbon, des céréales ou du pétrole. Désormais, pointe le quotidien allemand, rien en vue pendant de longues minutes. Et lorsqu’un navire apparaît enfin, il ne transporte que quelques conteneurs. » À lire aussiAllemagne: l'industrie en souffrance face à la sécheresse qui abaisse le niveau du Rhin Une catastrophe pour l’agriculture Cette sécheresse a aussi bien sûr des conséquences directes sur l’agriculture. C’est le cas en France. « Si les pêches, concombres, nectarines, pastèques et autres melons, friands de soleil et de fortes chaleurs, ont été dopés par la canicule, l’agriculture française dans son ensemble traverse une crise sans précédent, pire encore que celle de la grande sécheresse de l’été 1976, pointe Libération à Paris. La FNSEA – principal syndicat agricole – estime que "les pertes économiques atteignent près de 25 % pour les fruits et les légumes frais". La récolte de blé a baissé de 4,3 % tandis que celle de maïs devrait chuter de 35 %, à 9 millions de tonnes cette année, son plus bas niveau depuis 1980. (…) Les animaux font, eux aussi, les frais des températures extrêmes, relève encore le journal. En juillet, deux à trois millions de volailles sont mortes grillées. Le bétail a mieux résisté, mais pourrait faire face, faute de fourrage en quantité suffisante, à de grandes difficultés dans les prochains mois. » Commentaire de Libération : « Les aides promises par les pouvoirs publics, dans un pays en période de disette budgétaire, ne suffiront pas. Les pansements provisoires pour répondre aux crises ne suffisent plus. C’est tout un modèle de fonctionnement, d’existence qui doit être profondément repensé. Par les agriculteurs, les éleveurs, les dirigeants aujourd’hui au pouvoir ou ceux qui y accéderont demain, mais aussi par chacun d’entre nous, individuellement. Parce que les jours sans fin ne font que commencer. »