Lorsque s’ouvre le procès de Nuremberg en novembre 1945, un homme attire immédiatement l’attention plus que tous les autres accusés. Hermann Göring n’est pas un simple dignitaire nazi parmi d’autres. Il est l’ancien chef de la Luftwaffe, fondateur de la Gestapo, successeur officiel d’Hitler jusqu’aux derniers jours du Reich et, pendant plus d’une décennie, l’un des personnages les plus puissants d’Europe. Sa capture par les Alliés symbolise déjà à elle seule l’effondrement du régime. Contrairement à certains accusés abattus ou mutiques, Göring arrive au tribunal combatif, sûr de lui, souvent provocateur. Il parle abondamment, se montre courtois avec les juges, maîtrise parfaitement les rouages du système et tente d’imposer un récit dans lequel il se présente comme un dirigeant pragmatique, ayant pris des décisions difficiles dans un contexte de guerre totale. Pendant plusieurs semaines, il parvient même à donner l’impression qu’il domine les débats, comme s’il essayait de transformer le procès en tribune politique. Mais cette assurance se fissure progressivement. Les procureurs produisent des documents signés de sa main, des ordres écrits, des procès-verbaux de réunions où il est explicitement question de spoliation des Juifs, de déportations, de travail forcé, de répression massive. Göring ne peut plus se réfugier derrière l’ignorance. Son rôle central dans l’appareil criminel nazi est établi de manière méthodique. Le 1er octobre 1946, le tribunal rend son verdict. Hermann Göring est reconnu coupable de complot, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La peine prononcée est la mort par pendaison. Pour Göring, cette précision est essentielle. Il ne supporte pas l’idée d’être exécuté comme un criminel de droit commun. Il adresse alors une demande officielle aux juges : il souhaite être fusillé, à l’image d’un officier. La requête est rejetée. À partir de ce moment, Göring comprend qu’il n’a plus aucun moyen d’influencer le cours des événements. Sauf un. Dans la soirée du 15 octobre 1946, quelques heures avant l’exécution collective des condamnés, Göring se trouve seul dans sa cellule. Il parvient à porter à sa bouche une capsule de cyanure qu’il mord. En quelques minutes, il est mort. La nouvelle provoque une onde de choc. Göring était fouillé quotidiennement, surveillé en permanence. Une enquête est ouverte, mais elle ne permet jamais d’établir avec certitude comment le poison est arrivé jusqu’à lui. Certains avancent qu’il aurait caché la capsule dès son arrestation, d’autres évoquent une possible négligence, voire une complicité involontaire d’un garde. Quoi qu’il en soit, Göring réussit son dernier acte de contrôle. Il échappe à la potence. Il prive le tribunal d’une exécution publique. Il choisit lui-même la façon dont il meurt. Et ce geste final, loin de réhabiliter son image, souligne au contraire une constante de son parcours : jusqu’au bout, Hermann Göring aura cherché à se placer au-dessus des règles, au-dessus des autres, au-dessus de la justice. Même au moment de mourir. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.