Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. vor 21 Std.

    Afrique du Sud: le succès des challenges de danse amapiano en ligne

    En musique, l’amapiano sud-africain, qui a déjà conquis le monde, continue d’évoluer et de se réinventer. Et de nouveaux artistes émergent sans cesse, parfois mis en lumière grâce à des « dance challenges », de petites chorégraphies mises en ligne sur les réseaux sociaux qui deviennent virales et que tout le monde s’amuse à reproduire. À tel point que ces vidéos sont devenues des outils pour les artistes émergents qui souhaitent gagner en visibilité. De notre correspondante à Johannesburg,  Dans les rues du township d’Alexandra, des rythmes d’amapiano s’échappent de partout : d’un salon de coiffure, des enceintes d’une voiture, et de la petite pièce dans laquelle vit, avec toute sa famille, Olanna, 15 ans, qui se filme en train de danser : « Moi, un challenge, ça me demande juste 2 minutes pour l’apprendre, et ensuite je filme. C’est facile, et des fois, j’invente même mes propres pas. Ça me rend heureuse de danser, et ça me détend, même quand je suis triste », explique-t-elle.  La vidéo est ensuite directement postée sur les réseaux. Il n’y a donc pas besoin de grand-chose pour participer, et c’est ce qui plait aussi à Angie, qui, à quelques rues de là, reproduit également des chorégraphies vues en ligne. « À l’école, dans la cour de la maison, à l’intérieur : je danse partout. Même dans les centres commerciaux. Et des fois, des gens me rejoignent. J’aime ces défis, la variété des danses qui existent. Et ça permet de découvrir de nouveaux artistes, de nouvelles musiques et des genres que je ne connaissais pas », raconte-t-elle.  À lire aussiL'amapiano, cette musique électronique sud-africaine en train de conquérir le monde Même si ces chorégraphies naissent souvent sans qu’on s’y attende, ceux qui produisent de l’amapiano s’y intéressent de près, comme DJ Nastor, artiste installé à Johannesburg. « J’ai récemment publié un nouveau morceau, et j’ai encouragé les gens sur TikTok à créer des challenges autour. Donc ça fait partie des stratégies pour promouvoir notre musique, et ce format est aussi très courant chez nous. Et puis de voir des gens danser sur ma musique, ça montre qu’elle est bien reçue et qu’elle fait plaisir », se réjouit-il.   Et régulièrement, un « dance challenge » partagé au-delà des frontières permet au monde entier de s’enthousiasmer pour la musique sud-africaine. Boniswa Sidwaba est conseillère en stratégie digitale et ancienne responsable de contenu pour la plateforme TikTok en Afrique du Sud : « La raison pour laquelle ces vidéos voyagent autant et sont devenues des phénomènes en ligne, c’est grâce aux algorithmes qui permettent aux contenus d’émerger en fonction des centres d’intérêt, et non de la localisation. Ça a joué un grand rôle dans la distribution, afin que des gens, partout dans le monde, puissent être exposés à de tels contenus ». La fin de l’année et l’approche de l’été austral promettent en tout cas d’être un terrain fertile pour voir émerger de nouveaux sons et leurs chorégraphies. À lire aussi«A-Pop»: Tyla, la pop mondiale à l'heure sud-africaine

  2. vor 1 Tag

    En Côte d’Ivoire, quel sort pour les victimes du déguerpissement illégal à Koumassi?

    Le 3 juin dernier, les habitants de la cité Houphouët-Boigny du quartier Campement de Koumassi, commune d’Abidjan, étaient réveillés par les bulldozers et les pelleteuses. En quelques heures, leurs maisons ont été détruites, le site rasé. Un déguerpissement illégal a été mené par un particulier, Jacques Brou Alloui, depuis arrêté et placé sous mandat de dépôt. L’instruction judiciaire est toujours en cours. Trois mois après, le sort des habitants est toujours extrêmement précaire.  De notre correspondante à Abidjan, De ce quartier populaire au bord de la lagune, il ne reste qu’un immense tas de gravats. Près de 9 hectares ont été presque entièrement rasés et Issouf tient à montrer l’abri dans lequel il vit actuellement : « Il n'y a rien ! », interpelle-t-il en montrant son logement. Il y a trois mois, il a tout perdu, il ne lui reste qu’une natte au sol pour dormir, deux tenues pour seuls vêtements et la charité pour subsister. « Il y a un gars qui m’a donné 100 francs, je vais prendre ça pour aller payer de la banane grillée pour manger. Ce n’est pas facile », déplore-t-il. Comme Issouf, ils sont quelques dizaines à dormir sous des bâches et des planches de bois faute de solutions, des logements de fortune construits dans les jours qui ont suivi le déguerpissement illégal. Pour les habitantes et habitants, il est impossible de rebâtir les maisons détruites car depuis l’ouverture d’une instruction judiciaire, le site est placé sous scellé. Toutes les responsabilités seront établies et elles donneront lieu aux sanctions prévues par la loi, a promis, début août, le président ivoirien Alassane Ouattara. Rassuré par cette déclaration, Mamadou souhaite néanmoins voir le processus s’accélérer. « Ça a trop duré !, s'exclame-t-il, excédé. Ça fait trois mois qu'on est dans cette histoire-là. On nous dit que c’est une affaire juridique, mais on ne sait pas quand est-ce qu’on aura gain de cause. Vous voyez, pour quelqu’un qui est pauvre, il ne peut pas attendre tout ce temps-là ». À lire aussiCôte d'Ivoire: un particulier à l'origine de destructions dans un quartier d'Abidjan arrêté Une rentrée scolaire sous tension Le temps presse, surtout que dans une semaine, le 14 septembre, ce sera la rentrée scolaire en Côte d’Ivoire. Faute de moyens et de logement, Moussa ne sait pas s’il pourra scolariser ses enfants. « Comment les enfants vont aller à l’école ?, interroge ce père. C’est à ça qu’on pense. Les enfants m’appellent tout le temps : "Papa, la rentrée c’est bientôt, on fait comment ?" Je ne sais même pas quoi leur dire… Il n’y a pas de solution ! » La rentrée inquiète aussi les familles qui ont trouvé refuge dans une école du quartier, l’école Bad. Des dizaines de femmes et d’enfants y sont installés. « Regardez sur les murs, ce sont les moustiques. C’est là-bas qu’on dort tous, avec des bébés », pointe Nadège qui, tout comme Fatima à ses côtés, craint d’être délogée. « Si nous on est encore ici, est-ce que les enfants pourront aller à l’école ? Ils ne pourront pas ! Mais on n’a pas de dortoir. Il nous faut des moyens pour avoir un dortoir et que nos enfants viennent fréquenter l'école. Qui peut nous venir en aide n’a qu’à nous aider pour qu’on puisse quitter l’école ! », s'exclame cette mère inquiète. Selon le ministère ivoirien de la Solidarité, 400 familles identifiées sur des sites d’accueil temporaire ont reçu une aide au relogement. À écouter dans Appels sur l'actualitéDéguerpissements : quelles conséquences pour les personnes concernées?

  3. vor 2 Tagen

    Centrafrique: à Zamboï, un village qui vacille avec la fermeture de la mine [3/3]

    À Zamboï, dans l’ouest de la République centrafricaine, à la frontière avec le Cameroun, le silence et la précarité ont remplacé l’effervescence qui régnait autrefois autour du chantier minier. Plus de deux semaines après le terrible éboulement qui a endeuillé la localité, le site reste fermé. Avec lui, c’est toute l’activité économique du village qui est à l’arrêt. De notre correspondant de retour de Zamboï, À Zamboï, l’agriculture, la pêche, la chasse et le commerce restent peu développés. La majorité des habitants dépend directement ou indirectement de l’exploitation minière pour subvenir à ses besoins. C’est d’ailleurs autour de cette activité que Zamboï s’est progressivement développée. Alors, lorsque le chantier s’arrête, c’est tout un village qui vacille. Zamboï, c'est une localité isolée, presque coupée du monde. Ici, pas de réseau téléphonique. Dans les rues, le calme domine. Sous les manguiers, la plupart des jeunes passent la journée autour d’une partie de cartes, de ludo ou de dames. Un peu plus loin, d’autres, assis sur des bancs, forment un cercle autour d’une vendeuse de vin de palme et de boissons locales. Depuis la fermeture du chantier minier, le quotidien a changé, témoigne Alban Kongbo, un habitant. « Depuis que le chantier est fermé, nous n’avons plus rien à faire, à part jouer aux jeux de société, dormir et boire pour oublier nos soucis, déplore-t-il. Nous n’arrivons plus à prendre en charge nos familles ni à subvenir à nos besoins. Nos projets sont à l’arrêt. La vie est devenue très difficile pour nous, et cette misère n’est pas facile à supporter. » Ce matin, Pélagie Yelemo, cheffe du village de Zamboï, réunit les responsables de la société Douakouzou et les autorités locales de la Nana-Mambéré. L’objectif : porter les doléances des habitants et tenter de trouver une solution à cette situation qui paralyse le village. « Nous supplions le gouvernement de nous venir en aide. La population ne cesse d’augmenter. Depuis la fermeture, nous sommes plongés dans la misère, alerte la cheffe du village. Nous sommes désormais prêts à respecter les règles d’exploitation fixées par les autorités. Sans ce chantier, nous ne pouvons pas vivre. » À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3] Vers une sortie de crise ? Conscient des difficultés rencontrées par la population, Aliou Garga, responsable de la société Douakouzou, accepte de recevoir plusieurs centaines de doléances destinées au gouvernement. « Tous ces documents contiennent les doléances de la population. Elles remplissent mon pick-up. Je vais rencontrer le gouvernement pour plaider en faveur des habitants, mais le dernier mot lui revient, précise-t-il. J’ai créé ma société pour en tirer profit, pas pour la voir faire faillite. Mais le pouvoir de décision appartient au gouvernement. » Face à la multiplication des accidents sur les sites miniers, la société civile « I Gwe », qui signifie « Allons-y », propose des actions concrètes. « La proposition que nous faisons, c'est de mener une étude approfondie sur la gouvernance minière, déclare Quentin Ngbouando, son coordonnateur. C'est à partir de ce travail que nous aurons la possibilité de faire une campagne de sensibilisation auprès des détenteurs de permis miniers et peut-être aussi de saisir le parquet pour qu'une enquête soit ouverte, parce que les cas d'accidents miniers sont énormes. » Pour les autorités, toute reprise des activités devra impérativement s’accompagner d’un renforcement des mesures de sécurité et d’une sensibilisation accrue des exploitants. À lire aussiCentrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

  4. vor 3 Tagen

    Centrafrique: à Zamboï, les travailleurs sont de retour à la mine malgré l'accident [2/3]

    En Centrafrique, plus de deux semaines après l'éboulement meurtrier survenu sur le site minier de Zamboï, à la frontière avec le Cameroun, les autorités locales ont ouvert une enquête. L'accès au site reste interdit. Selon les informations recueillies sur place, le chantier, propriété de la société Douakouzou, avait pourtant été fermé deux semaines avant le drame. Malgré cette interdiction, des groupes de jeunes auraient incité d'autres habitants à reprendre l'exploitation du site. Avant l'accident, Zamboï attirait des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions de Centrafrique et de différents pays africains. Le village était ainsi devenu un important carrefour humain et économique, porté par l'exploitation de l’or. De notre correspondant de retour de Zamboï, Vêtus de gilets orange et de casques, quelques habitants et des membres de la société Douakouzou reviennent sur le chantier. Les traces de l'éboulement sont encore visibles : le sol est éventré, de gigantesques trous béants s'ouvrent dans le sol et des blocs de terre continuent de s'effondrer sous l'effet des pluies. Aliou Garga, propriétaire de la société Douakouzou, montre les zones considérées comme dangereuses et revient sur les circonstances du drame : « Vous voyez ces tôles ? C'est avec ça que j'ai clôturé le périmètre du chantier. Comme vous le voyez, ils ont tout cassé pour forcer le passage. Il y a eu des pluies torrentielles pendant trois jours sur le chantier. Le sol était fragile. Les 20 militaires qui surveillaient le site avaient interdit aux artisans d'y accéder. Mais les artisans étaient plusieurs milliers. C'est donc de manière illégale qu'ils ont accédé au chantier. » Pour reconstituer les faits, la délégation monte à une cinquantaine de mètres, jusqu'au premier bloc de terre qui s'est effondré. Rufin Benam Beltoungou, ministre des Mines de Centrafrique, explique : « Il y avait eu une première alerte où les stériles qui étaient en haut commençaient à s'affaisser. Ceux qui avait obtempéré et qui étaient sortis ont commencé à crier pour demander aux autres de sortir. Malheureusement, quand ils ont vu que ces stériles qui descendaient s'étaient arrêtés à un moment donné, ils se sont entêtés de continuer à travailler. Ensuite, il y a encore d'autres stériles qui étaient descendus. Et finalement, comme les travailleurs étaient dans un sol qui est un peu boueux, c'était difficile pour eux de pouvoir courir et sortir. Il y a eu un éboulement sur eux. » Une atmosphère de deuil Quarante-neuf personnes ont trouvé la mort, selon le bilan officiel du gouvernement. Mais les familles des victimes avancent un bilan beaucoup plus lourd : une centaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Anicet Bawaka, artisan minier, se trouvait dans l'un des trous au moment de l'éboulement : « J'ai couru pour sortir. Mais tout allait très vite. J'ai échappé de justesse à la mort. Ce sont les habitants de la localité qui ont commencé à sortir les corps. Presque tous les corps ont été enterrés ici, à l'exception de quelques-uns que certaines familles ont ramené dans leur village natal. Il y a eu beaucoup de pertes. » À Zamboï, la tristesse et l'atmosphère de deuil continuent de peser sur la localité. Pour prévenir une nouvelle catastrophe, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures. Selon le ministre Rufin Benam Beltoungou, « il s'agit de continuer la pédagogie. Nous allons non seulement continuer à faire de la communication, à les informer, à les éduquer, mais en même temps, nous allons renforcer la répression ». Quelques auteurs présumés, qui auraient incité les autres artisans à descendre dans les trous malgré les interdictions, ont été identifiés. Mais ils sont toujours en fuite. Les enquêtes se poursuivent et le chantier reste fermé jusqu'à nouvel ordre. À lire aussiZamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

  5. vor 4 Tagen

    Zamboï, un village né de l'activité minière en Centrafrique [1/3]

    Direction la Centrafrique pour le premier volet de notre série de trois reportages consacrés à Zamboï, un village né de l'activité minière, à la frontière avec le Cameroun. Autrefois occupé par des groupes rebelles après les crises sécuritaires qu'a connues le pays en 2013, le site a été rebaptisé Moscou-RCA après sa reprise, ces dernières années, par les forces russes de Wagner et les Forces armées centrafricaines. Aujourd’hui, le site attire des milliers de travailleurs venus de plusieurs régions du pays et d'autres pays africains. Il y a deux semaines, un terrible éboulement a fait 49 morts, selon le gouvernement, tandis que les familles des victimes évoquent une centaine de décès. Aujourd'hui, le chantier reste fermé. Rolf Steve Domia-leu nous raconte l'histoire de ce jeune village. Au cœur du village, Aliou Garga, responsable de la Société Douakouzou, propriétaire du chantier, gravit lentement une petite colline. Depuis les hauteurs, il observe Zamboï. Les maisons en bâche, les pistes poussiéreuses et l'immensité du village se dévoilent peu à peu. Du bout de l'index, il désigne les différents espaces du village et raconte son histoire, née au cœur d'une vaste forêt : « Pendant sept ans, cette zone était occupée par les rebelles. C'était une grande forêt. Les rebelles ont finalement été chassés par les Russes et des Faca. L'endroit a alors été baptisé Moscou RCA. Les artisans miniers ont commencé à s'y installer. J'ai obtenu deux permis auprès du gouvernement et je suis ici depuis un an et sept mois. » À Zamboï, plusieurs milliers de personnes vivent désormais au rythme de l'or. Venus de plusieurs régions de Centrafrique et d'autres pays africains, chercheurs d'or et commerçants affluent dans ce village en pleine expansion. À la tête de cette population grandissante, Pélagie Yelemo tente d'organiser la vie du village. « Aujourd'hui, 20 000 personnes vivent ici. J'étais commerçante à Garoua-Boulaï. Je suis venue ici pour gagner ma vie dans la mine d'or. Je me suis installée ici avec toute ma famille. Les habitants ont vu ma sociabilité, ma bravoure et mon engagement. Depuis un an et trois mois, ils m'ont élue cheffe de Moscou-RCA », explique-t-elle.  À lire aussiCentrafrique-Cameroun: après l'éboulement de Zamboï, la fermeture de la mine paralyse l'économie locale Ici, les services déconcentrés de l'État restent quasiment absents. On note toutefois la présence de policiers, de gendarmes et d'une équipe d'inspecteurs des mines, mais en effectifs limités. Prince Divine Ngaïbiro, président de la jeunesse de Zamboï, raconte : « C'est l'affaire de l'or qui nous a amenés ici. Tout le monde ici vit de l'or. Moi, par exemple, je viens de la capitale pour chercher ma vie ici. On ne sait pas faire le commerce, ni la pêche, ni la chasse. La plupart des habitants sont des jeunes désœuvrés qui ont abandonné l'école. Nous sommes dans les mines pour gagner de l'argent et avancer. » Depuis son installation, la société Douakouzou accompagne l'émancipation de Zamboï. Autour du chantier, quelques infrastructures ont ainsi vu le jour. Aliou Garga est son responsable. « Nous avons créé une société, une station-service, des hôtels, une école, un marché et un centre de santé. J'ai également créé la route pour contribuer au développement de la région. Avant d'installer cette société, j'ai commencé par une coopérative », déclare-t-il.  À Zamboï, seule la rivière Kadéï marque la frontière naturelle entre la Centrafrique et le Cameroun. Des deux côtés, l'or attire les hommes, fait vivre des familles et façonne peu à peu ce territoire frontalier. À lire aussiÉboulement meurtrier de Zamboï: «Le débat au Cameroun pour assainir le secteur minier va reprendre de plus belle»

  6. vor 5 Tagen

    Tanzanie: les Masaï, les guerriers de la faune sauvage

    Dans le nord de la Tanzanie, des guerriers Masaï ont troqué leurs lances pour des smartphones. Grâce à l'association African People and Wildlife, de nouvelles générations de villageois sont entraînées à anticiper les risques de conflit entre faune sauvage et humains et à mieux les gérer en cas d’incident. Résultat : les populations mieux informées vivent désormais en harmonie avec leurs voisins sauvages à quatre pattes. Le pas est léger et la concentration à son maximum. Dans le village de Mswakini, situé en plein passage d'animaux sauvages vers le parc national du Tarangire célèbre pour ses safaris, les wildlife warriors (« guerriers de la faune sauvage ») patrouillent. Parmi eux, il y a Lomayani. « Là, vous voyez, c'est une empreinte d'éléphant », montre-t-il. Chaque matin et soir, Lomayani et son collègue patrouillent pendant deux heures autour du village. Leur rôle : prévenir les habitants s'ils voient des signes qu'un prédateur est dans les parages. Une méthode d'anticipation bien différente du passé, comme l'explique Ezekiel Moolel, en charge du programme de coexistence entre l'homme et la faune sauvage à l'ONG African People and Wildlife : « Avant, on voyait les animaux sauvages comme des ennemis parce qu'on savait qu'ils allaient manger nos bêtes. Donc, on les combattait avec nos lances ou avec du poison. En un mois, on pouvait tuer jusqu'à trois ou quatre lions. » Désormais, les patrouilleurs n'ont plus de lances mais simplement leur bâton et leur petite machette, équipement traditionnel des Masaï qu'ils utilisent pour faire fuir les bêtes sauvages s'ils en voient. Autre accessoire désormais indispensable : un smartphone. Démonstration avec Loother, guerrier Maasaï : « Quand je patrouille, si je trouve une empreinte de lion comme celle-ci, je m'arrête et j'ouvre l'application. Ça me demande la date, le lieu, s'il s'agit d'un lion... Je dois choisir si j'ai entendu un rugissement, s'il s'agit d'une empreinte ou encore d'excréments. » À lire aussiTanzanie: le sort des populations massaï, menacées par le développement du tourisme, préoccupe l'ONU Au total, il y a une quinzaine de questions créées par l'ONG African People and Wildlife. L'objectif est de mêler communautés locales et technologie, comme l'explique Neovitus Sianga, responsable de la conservation et de l'environnement à l'association : « Dès le début, nous avons consulté les guerriers et les aînés. C'est très utile pour organiser le programme. Ce que vous voyez sur cet écran montre où ont lieu les conflits avec la faune sauvage, quels sont les principaux prédateurs responsables. Toutes ces informations nous permettent de savoir dans quoi investir notre argent exactement. » Entre 2019 et 2025, les attaques liées au bétail ont baissé de 38% dans le village de Mswakini, une amélioration en partie liée au travail des Masaï. Les conflits entre humains et faune sauvage restent malgré tout encore fréquents en Tanzanie. Selon le gouvernement, entre 2021 et 2024, plus de 8 000 incidents ont été enregistrés à travers le pays. À lire aussiEn Tanzanie, des Masaï allient tradition et technologie pour préserver les sols

  7. vor 6 Tagen

    Sénégal: une initiative pour améliorer la gestion des ordures ménagères dans un quartier de Rufisque

    À Thiawlène, un quartier de la commune de Rufisque, dans l'ouest du Sénégal, l'insalubrité a longtemps empoisonné le quotidien des habitants. Pour y remédier, une équipe engagée dans la protection de l'environnement a créé un point de collecte et de recyclage des déchets. Une initiative qui contribue aujourd'hui à changer les habitudes de la population en matière de gestion des ordures. Au début, ce lieu en bord de mer, à Thiawlène au Sénégal, n'était qu'un dépotoir sauvage. Idrissa Thiaw et son équipe l'ont transformé en un point de collecte et de recyclage des ordures : « Nous procédons à la collecte des déchets à travers nos charrettes qui font un premier tri. Et quand les déchets arrivent, nous faisons un second tri pour séparer le plastique et tout ce qui est élément ferreux. Nous avisons nos repreneurs pour venir collecter les matières valorisables. Il nous arrive de faire la récupération de tout ce qui est biodégradable pour faire du compost. Nous organisons aussi des séances de formation avec nos techniciens en agroécologie, des formations sur les cultures des sols. » Le projet associe de nombreux habitants de la localité. C'est le cas d'Aliou Konaré, qui contribue au ramassage des ordures, à l'aide d'une charrette. Il circule dans les quartiers une à deux fois par semaine : « Chaque matin d'un jour de collecte, je me lève tôt, je prépare la charrette pour me rendre dans les concessions, afin de ramasser les poubelles. Je préviens les femmes à l'avance pour qu'elles les sortent devant leurs portes. Au début, elles jetaient les déchets un peu partout, surtout au bord de la mer. Mais depuis que la zone écologique communautaire (ZEC) existe, on ne voit quasiment plus d'ordures dans les rues. » Les femmes du quartier sont elles aussi associées, notamment à travers des séances de formation et par le financement de leurs projets. Fatou Dieng est une habitante de Thiawlène : « Ils ont commencé par des séances de sensibilisation pour que les femmes sachent séparer les différents types de déchets. Ils ont aussi offert par la suite à chaque ménage une poubelle. Les femmes sont de plus en plus impliquées parce que la ZEC les aide aussi dans le financement de leurs projets. Cela a encouragé les femmes du quartier à changer de comportement dans la gestion des ordures ménagères. » Ce projet de recyclage des ordures a été mis en place avec l'aide de la mairie de Rufisque et celle de Le Soler, en France. Idrissa Thiaw et son équipe souhaitent élargir ce projet qui concerne le quartier de Thiawlène à toute la commune qui compte plus de 290 000 habitants.

  8. 31. Aug.

    Sénégal: une start-up rend accessible l'intelligence artificielle aux locuteurs du wolof et du pulaar

    Et si demain vous pouviez dialoguer avec une intelligence artificielle en wolof ou en pulaar ? C’est le pari de deux jeunes entrepreneurs sénégalais qui ont développé Awa, un assistant conversationnel capable de comprendre et de répondre dans ces langues africaines. Une innovation qui ambitionne de rendre les outils d’intelligence artificielle plus accessibles aux locuteurs des langues locales. Habib Diao nous fait visiter leur société Andakia avant le lancement officiel de l’outil. Reportage.  De notre correspondant à Dakar,  À première vue, elle ressemble à n’importe quelle intelligence artificielle conversationnelle. Mais contrairement à la plupart des outils numériques disponibles aujourd’hui, Awa comprend et répond en Wolof et en Pulaar. Une innovation développée par deux jeunes entrepreneurs sénégalais : Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye. « On a une intelligence artificielle qui s'appelle Awa. Awa se veut être le compagnon, l'ami de tout le monde et qui vous aide à faire tout ce que vous avez besoin de faire. Et cette application là se veut vraiment être ce qu'on appelle une super app. Tout ce dont l'usager a besoin, il doit pouvoir le demander à Awa. Que ce soit une information, que ce soit l'accès à un service, commander à manger, je veux me déplacer, j'ai besoin d'envoyer un colis parce que pour nous, l'intelligence artificielle va devenir une couche, j'ai envie de dire invisible, dans toutes les interactions que les humains ont », présente Alioune Badara Mbengue. À lire aussiEn Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l’IA L’idée de création de cette intelligence artificielle est née d’un constat simple, explique-t-il : « AI for development, qui a publié cette étude, montre que la somme de toutes les langues africaines, les données qu'elles représentent sur Internet, c'est moins de 0,02 % de l'ensemble des données disponibles sur Internet. Aujourd'hui, quand vous avez des modèles d'intelligence artificielle, sans en citer, ils s'entraînent justement sur ces données. Et du coup, c'est normal que ces modèles ne soient pas très aptes à s'exprimer dans les langues africaines, justement parce qu'elles sont sous-représentées en termes de données. Donc, c'est le défi principal. Et lorsque nous, on travaille sur ces modèles là, justement, le premier défi est d'avoir de la donnée de qualité, de traiter ces données pour pouvoir entraîner des modèles qui soient aptes à comprendre ces langues-là ». Avant même son lancement officiel, cette IA suscite déjà un vif intérêt auprès du public. C'est ce qu'affirme Pape Gorgui Ndoye, co-fondateur d’Awa : « Le 18 juillet. On compte enfin lancer Awa. Là on est très optimistes parce qu'on a vu en tout cas beaucoup de retours de beaucoup de gens qui attendent impatiemment l'arrivée d'Awa, qui pourra en tout cas avoir un impact très fort sur leur quotidien ». Après le Wolof et le Pulaar, les créateurs d’Awa comptent élargir les capacités de leur outil et intégrer d’autres langues africaines. Une étape importante pour cette jeune pousse sénégalaise qui ambitionne de rendre l’intelligence artificielle plus accessible aux locuteurs des langues locales africaines. À lire aussiCampus de légende: à Rabat, l'UM6P, pôle de l'IA africaine [5/6]

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Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

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