Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, pays de 2,8 millions d'habitants et voisin de l'Ukraine, qui a ouvert les négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE). Le 22 juin, un sommet UE-Moldavie s'est tenu à Bruxelles dans le cadre du premier groupe de chapitre de la procédure d'adhésion, ouvert le 15 juin 2026. Maia Sandu souhaite "une adhésion à part entière" mais se dit prête "à discuter de toute autre formule qui ne se substituerait pas à cette adhésion et ne retarderait pas le processus d'intégration à l'UE." Cette émission inclut également un reportage d'Isabelle Romero sur le développement économique de la Moldavie. "Ils ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix." Malgré une campagne de désinformation massive venant de la Russie, Maia Sandu a été réélue présidente de la République de Moldavie en 2024 pour un deuxième mandat consécutif, et un an après, en 2025, son parti Action et Solidarité a gagné les élections législatives face au Bloc électoral patriotique, parti pro-Kremlin. "Les Moldaves ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix" nous dit Maia Sandu. Selon elle, ses concitoyens souhaitent "rester dans le camp du monde libre", c'est-à-dire celui de l'Union européenne, "reconnue comme le projet de paix le plus abouti." Car ce petit pays de l'ex-bloc soviétique "perçoit plus clairement l'agressivité russe" depuis le début de la guerre en Ukraine. "Il est crucial pour nous de rester dans le camp du monde libre", nous confie la présidente. "Nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter." La Transnistrie a fait sécession avec la République de Moldavie en 1992 pour se rallier à Moscou. Dans cette région, qui représente 10 % du territoire moldave, "il n'y a que 200 officiers russes". Sur cette militarisation russe, Maia Sandu explique que : "certes, cette présence comporte des risques, mais pas aussi importants pour la sécurité qu'on peut le penser." Elle affirme même que "la Russie a abandonné la population de Transnistrie sans chauffage ni électricité. (...) Cela prouve bien que l'on ne peut pas compter sur elle." En mai dernier, Moscou a signé un décret facilitant l'obtention du passeport russe pour les habitants de Transnistrie. Maia Sandu ne s'inquiète pas de l'impact de ce décret, affirmant que "les jeunes craignent qu'une fois en possession d'un passeport russe, ils ne soient envoyés combattre en Ukraine pour le compte de la Russie." Ainsi, la présidente ne rejette pas l'idée d'une réunification avec cette région : "nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter." "D'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes." Alors que le premier bloc de négociations s'est ouvert entre l'Union européenne et la Moldavie, la présidente espère "que les États membres reconnaîtront nos efforts et que le processus fondé sur le mérite nous mènera à l'adhésion." Elle affirme notamment que son pays a "éliminé totalement [sa] dépendance au gaz russe." Le plan de croissance de 1,9 milliards d'euros sur la période 2025-2027 alloué par l'Union européenne "nous offre de réelles opportunités" se réjouit Maia Sandu. La situation économique du pays pourrait ainsi s'améliorer et serait bénéfique pour "consolider [la] démocratie" dans le pays : "je suis convaincue que les mesures que nous prenons actuellement s'inscriront dans la durée et nous permettront d'instaurer l'État de droit attendu tant par l'UE que par les citoyens moldaves." Néanmoins, le problème de corruption reste un frein à l'adhésion à l'UE. En réponse, Maia Sandu assure que "d'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes de la justice." "J'estime que l'UE devrait être associée aux négociations de paix, dont l'Ukraine reste l'élément central." La Moldavie, aux portes de l'Ukraine, "jouera un rôle de centre névralgique, aidant les entreprises étrangères à participer à la reconstruction de l'Ukraine" une fois la guerre terminée, affirme la présidente. Pour cela, il faut tout de même que les combats cessent entre les deux pays. Bien que Maia Sandu se dise "sûre que la guerre en Ukraine prendra fin prochainement", elle insiste sur l'importance des efforts de la communauté internationale à apporter son soutien à l'Ukraine et à exercer une pression économique sur la Russie : "c'est en effet le seul moyen d'amener Moscou à négocier et d'engager de véritables pourparlers de paix", conclut-elle. Notre reportage : la Moldavie accélère sur le chemin de l'Union européenne Alors que la Moldavie vient d'ouvrir le premier chapitre des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne, le gouvernement, les représentants européens et les entreprises se rassemblaient à Chisinau pour la première conférence d'investissement UE-Moldavie. L'objectif : lever des fonds pour aider ce pays fragile à décoller économiquement et atteindre les standards de l'UE. Des fonds conditionnés à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption. Mais l'influence de la Russie et sa guerre hybride dans le pays compliquent ce destin européen souhaité par la présidente moldave Maia Sandu. Par Isabelle Romero Emission préparée par Isabelle Romero, Alix Le Bourdon, Perrine Desplats et Iris Pichon