C’est un témoignage rare, celui que nous livre ce journaliste iranien anonyme dans les colonnes de Libération à Paris : deux pleines pages pour nous raconter la guerre de l’autre côté, côté iranien. « Nous sommes pris au piège entre deux bandes de fous », explique-t-il. « Les Iraniens subissent deux formes de violences, celle que le régime continue d’exercer – Internet coupé depuis le 28 février, reprise des exécutions capitales et des arrestations d’opposants depuis quelques jours – et celle imposée par les États-Unis et Israël ». Beaucoup de témoignages dans cet article, comme celui d’Amirezza, 39 ans : « le sort des Iraniens est désormais entre les mains d’un trio composé des pires acteurs du monde actuel, affirme-t-elle : les criminels de la République islamique, Netanyahu et Trump. Chacun d’entre eux est capable à lui seul de détruire un pays. Pour prouver qui est le plus fort, ils sont prêts à sacrifier des millions de vies innocentes ». La tentation du tout noir ou tout blanc… Autre témoignage, à lire dans cet article publié par Libération, celui de Leila, 28 ans, diplômée en psychologie : « la haine de la République islamique et le sentiment d’impuissance face à sa répression ont poussé certaines personnes, presque inconsciemment, à soutenir la guerre et à nier sa réalité. Ils avaient passé des années à espérer la chute du régime, rappelle la jeune femme. Aujourd’hui, ils constatent que cette guerre tue des milliers de civils iraniens, détruit des ponts, des usines, des hôpitaux et des infrastructures, et pousse l’économie vers un effondrement total, tandis que le régime lui-même reste en place. Dans ce maelström, le risque est grand de penser de manière binaire, de tout voir en noir et blanc. Soit on est avec les États-Unis et Israël, c’est-à-dire en faveur de la guerre, soit on est contre eux, ce qui fait automatiquement de nous un partisan du régime, poursuit Leila. C’est la même logique de polarisation que les autorités ont toujours utilisée ». Un répit… Alors, soulagement pour les Iraniens… Soulagement pour le monde entier… Ces dernières heures, les États-Unis et l’Iran ont convenu d’un cessez-le-feu de deux semaines, à peine une heure avant l’expiration de l’ultimatum fixé par Donald Trump pour anéantir le pays. Téhéran a annoncé la réouverture temporaire du détroit d’Ormuz, voie de passage vitale. Toute la presse fait ses gros titres sur ce retournement de situation. Et ce qui est frappant, souligne notamment le Guardian à Londres, c’est que les deux camps affirment chacun avoir gagné… D’un côté, Trump qui parle de « victoire totale et complète » pour les États-Unis. Et l’Iran qui présente ce cessez-le-feu aussi comme une « victoire » et qui déclare avoir « accepté que des pourparlers avec Washington débutent vendredi au Pakistan en vue de mettre fin au conflit ». Quel règlement ? Reste que rien n’est réglé… C’est ce que souligne le New York Times : « la tactique de Trump consistant à surenchérir dans sa rhétorique guerrière lui a certainement permis de trouver l’issue qu’il recherchait depuis des semaines. C’est une victoire tactique. Mais elle n’a résolu aucun des problèmes fondamentaux qui ont conduit à la guerre, pointe le quotidien américain. Le gouvernement théocratique, soutenu par le redoutable Corps des gardiens de la révolution islamique, reste à la tête d’une population terrorisée, ravagée par les missiles et les bombes. L’arsenal nucléaire iranien reste intact, affirme encore le New York Times, notamment les 440 kg de matières quasi-nucléaires qui constituaient, en théorie, le casus belli de ce conflit. (…) Trump doit donc désormais relever le défi non seulement de parvenir à un règlement durable, mais aussi de prouver aux États-Unis et au monde entier que ce conflit était justifié dès le départ. Pour ce faire, il devra démontrer qu’il a brisé l’emprise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz et anéanti ses chances de se doter un jour de l’arme nucléaire ». Pas simple… La face cachée des dirigeants de la Terre… Enfin, à lire dans Le Soir à Bruxelles, cette charge contre « la fuite en avant, folle, irresponsable et infamante des dirigeants du monde » : ceux qui, « Trump en tête, claquent d’une main des milliards pour être les premiers à envoyer leurs semblables, leurs business et leurs prédations sur la Lune ou Mars, mais qui, de l’autre, font exploser les budgets militaires au service de nouvelles guerres, bouleversent les équilibres énergétiques et réduisent à rien les institutions et tout ce qui pourrait sauver la planète, assurer la survie de l’humanité et de notre civilisation. Elle n’est pas belle, conclut le quotidien belge, la face cachée des dirigeants de la Terre ».