Aziz Abu Sarah, entrepreneur palestinien et médiateur de conflits. Maoz Inon, entrepreneur israélien, fondateur d'auberges de jeunesse en Israël et en Palestine. Ils viennent d'écrire ensemble La paix, notre avenir, un livre né de deux deuils qui auraient dû les rendre ennemis. Maoz a grandi dans un kibboutz à un kilomètre et demi de Gaza. Le 7 octobre 2023, ses parents ont été parmi les premières victimes de l'attaque du Hamas. Deux jours plus tard, avec ses frères et sœurs, il publiait un message pour dire qu'il refusait la vengeance. Aziz, lui, a grandi à Jérusalem-Est sous occupation, et il avait dix ans quand son frère est mort des suites de tortures infligées par des soldats israéliens. Il a refusé d'apprendre l'hébreu, il a grandi en colère, contre toute idée de réconciliation. Trois jours après le 7 octobre, Aziz a tendu la main à Maoz sur Facebook. Depuis, ils ne se quittent plus. Le pape Léon XIV les a appelés « frères dans la paix » et ils ont gardé le nom. Ce qui m'a frappé en les écoutant, c'est à quel point leur discours est simple. Pas simpliste, simple. Ils ne débattent pas de qui a commencé, ils refusent même de rentrer sur ce terrain. Ils disent : il y a sept millions de Palestiniens et sept millions de Juifs israéliens entre le Jourdain et la Méditerranée, ils sont condamnés à vivre ensemble, alors autant y travailler maintenant. Dans cet épisode, nous parlons de la colonisation britannique et de la fabrication du conflit, du mythe des « 3000 ans de guerre », de ce que le sionisme veut encore dire aujourd'hui, de l'antisémitisme et de l'islamophobie qui montent ensemble, et de la façon dont la France importe un conflit qui n'est pas le sien dans ses universités et ses quartiers. J'ai questionné Aziz et Maoz sur ce qu'ils répondent aux gens qui pensent qu'il faut choisir un camp, sur ce que peut concrètement faire quelqu'un depuis Paris, et sur la forme que pourrait prendre la paix : un État, deux États, une confédération. Cette conversation est en anglais, traduite en simultané. C'est la première fois que je fais ça sur Vlan!. C'est un des épisodes les plus bouleversants que j'ai enregistrés. Citations marquantes- « La guerre, c'est une maladie qu'on a créée nous-mêmes. Ce n'est pas un tsunami, ce n'est pas un volcan en éruption. Nous faisons les guerres, et nous devons aussi faire la paix. » — Maoz Inon- « Les Juifs ne sont pas plus en sécurité en Israël qu'ils ne le sont en France. Le plus grand jour de tuerie de Juifs depuis la Shoah, c'était le 7 octobre 2023. » — Aziz Abu Sarah- « Quand vous choisissez le silence, quelqu'un d'autre utilise votre voix. Vous devenez un soutien de la guerre. » — Aziz Abu Sarah- « Ne divisons plus le monde entre pro-israéliens et pro-palestiniens. Divisons-le entre ceux qui croient à l'égalité, à la justice et à la paix, et ceux qui n'y croient pas encore. » — Aziz Abu Sarah- « Ce n'est pas du courage, c'est normal. Les êtres humains ont besoin de paix par défaut. Je n'ai pas à vous convaincre que la paix est une bonne chose. » — Maoz Inon Idées centrales discutées1. La vengeance est un choix, pas une réaction — 03:15 → 05:31Deux jours après avoir perdu ses parents, Maoz publie un message pour refuser de les venger. Son raisonnement est froid : venger, c'est alimenter un cycle vieux de cent ans. C'est la démonstration que le deuil ne dicte pas mécaniquement la haine. 2. Le conflit n'est ni religieux ni millénaire — 18:41 → 21:56Juifs, chrétiens et musulmans ont cohabité des siècles à Jérusalem et à Jaffa. Aziz raconte les femmes chrétiennes et musulmanes manifestant ensemble en 1920, et les tirs britanniques attribués à l'autre camp pour que les deux communautés cessent de viser le colonisateur. Le nationalisme a un siècle, pas trois mille ans. 3. Le clivage pro-israélien / pro-palestinien est un piège — 12:35 → 14:46Aziz condamne le meurtre de civils israéliens en tant que Palestinien, Maoz condamne la famine à Gaza en tant que Juif israélien. Leur ligne de partage n'est pas ethnique, elle est morale. Ça déplace toute la conversation française. 4. L'indifférence est une position — 16:29 → 18:41Ce que je retiens le plus. Le silence n'est pas neutre, il transfère votre voix à ceux qui font la guerre en votre nom. Ils proposent des gestes précis : parler à ses élus, refuser les ventes d'armes, financer les mouvements de paix, offrir le livre à un journaliste ou un sénateur. 5. L'antisémitisme et l'islamophobie se combattent ensemble — 34:07 → 40:16Chaque communauté qui se défend seule contre les autres augmente la haine contre les deux. Aziz, issu d'une famille très musulmane, considère la lutte contre la haine des Juifs comme son devoir. L'anecdote du chauffeur de taxi complotiste vaut tous les ateliers de sensibilisation. 6. Pas de paix sans vision partagée — 43:32 → 46:53Un État, deux États, une confédération : ils refusent de trancher. Ce qui compte pour eux, ce sont les valeurs qu'on met dans l'accord. Deux États peuvent très bien se faire la guerre, la France et l'Allemagne en savent quelque chose. Ils veulent des éducateurs, des philosophes, des artistes et des jeunes dans la salle de négociation, pas seulement des politiques et des avocats. 7. La société civile change la politique, concrètement — 21:56 → 26:20La séquence Vérone est extraordinaire : une demande à une journaliste italienne, quatre semaines plus tard 12 000 personnes debout, le pape François qui sort du protocole pour les enlacer, et un mois après leurs mots repris quasi textuellement dans le communiqué du G7. Questions posées dans l'interview- C'est quoi votre histoire, à chacun, intime et professionnelle ?- Où est-ce que vous trouvez ce courage, l'un et l'autre ?- Qu'est-ce que vous diriez à quelqu'un qui est très pro-palestinien et qui devient anti-israélien ? Et l'inverse pour les Juifs de France ?- Vous dédiez le livre à ceux que vous avez perdus. De qui sont-ils victimes ?- Qu'est-ce qu'un Français peut faire concrètement, depuis ici ?- Quelle est la part de la colonisation britannique dans ce conflit, alors que vos peuples vivaient ensemble avant ?- Est-ce qu'on peut être pour la paix et sioniste en même temps ?- Est-ce que je me trompe si je dis que Israéliens et Palestiniens viennent des mêmes familles ?- On peut comprendre qu'après des siècles d'antisémitisme en Europe, un peuple veuille se protéger, quitte à attaquer en prévention. Que répondez-vous à ça ?- À qui profite ce conflit ?- Comment vous envisagez cette paix : un État, deux États ?- À quoi voulez-vous ouvrir la porte, et à quoi voulez-vous la claquer ?Références citées dans l'épisodeLivre - La paix, notre avenir, Aziz Abu Sarah & Maoz Inon (07:40) — leur livre commun, sept chapitres, dont un consacré à Nazareth. Ouvert par les mots du pape François.Organisation - Interact International (04:26) — leur ONG, objectif affiché : un accord de paix israélo-palestinien d'ici 2030.- Abraham Hostel, Jérusalem (04:26) — auberge co-fondée par Maoz, lieu de leur première rencontre de dix minutes en 2014.- Première auberge de jeunesse de Nazareth, ouverte par Maoz en 2005 (22:31).Personnalités - Pape François (21:56) — rencontré à l'Arena di Verona en mai 2024, devient leur ambassadeur auprès du G7.- Pape Léon XIV (00:33) — les appelle « frères dans la paix ».- Jon Stewart (38:37) — sur son plateau un mois avant l'enregistrement, sa réponse sur l'antisémitisme.- Samih al-Qasim (48:40, transcrit « Samir Kacem ») — poète palestinien druze, auteur du poème Billets de voyage, lu en fin d'épisode.- Lucia (24:07) — journaliste italienne accréditée auprès de la presse du Vatican, à l'origine de la rencontre avec le pape.Lieux et événements - Kibboutz Netiv HaAsara (03:15, transcrit « Naira Sara ») — communauté juive la plus proche de Gaza, où Maoz a grandi à partir de ses 14 ans.- Sommet de la paix israélo-palestinien, trois semaines avant l'enregistrement (08:45) — des milliers de participants.- Restaurant Saba, Paris (08:12) — co-fondé par un Israélien de Jérusalem et un Palestinien de Gaza.- Manifestation de femmes chrétiennes et musulmanes à Jérusalem, 1920 (19:44).- Sommet du G7 en Italie, juin 2024 (25:47).Faits et repères historiques - 7 octobre 2023 (03:15) — plus grand nombre de Juifs tués en une journée depuis la Shoah.- 14 millions d'habitants entre le Jourdain et la Méditerranée, 7 millions de Palestiniens, 7 millions de Juifs israéliens (30:18).- La France, seul pays d'Europe à avoir fait la guerre à tous les autres sauf le Danemark, et pourtant membre fondateur de l'Union européenne (12:01).- Le conte des deux frères de Jérusalem (26:57) — récit palestinien longtemps cru juif.- Rwanda, Russie-Ukraine (46:20) — cités comme contre-exemples d'États voisins en guerre.Timestamps clés (YouTube)00:00 Deux hommes que tout oppose, un même livre 02:11 Le kibboutz à 1,5 km de Gaza et le 7 octobre 05:31 Aziz : mon frère est mort quand j'avais dix ans 07:40 D'où vient le courage ? "Ce n'est pas du courage" 10:24 Comment la France importe un conflit qui n'est pas le sien 12:35 Arrêter de choisir entre pro-Israël et pro-Palestine 14:46 "La guerre est une maladie que nous avons créée" 16:29 Le silence n'est pas neutre : ce que vous pouvez faire 18:41 Les Britanniques, ou l'art de diviser deux peuples 21:20 Le mythe des 3000 ans de guerre 21:56 Vérone, 12 000 personnes et le pape qui sort du protocole 26:57 Le conte des deux frères et le lieu le plus sacré de Jérusalem 29:11 Peut-on être sioniste et vouloir la paix ? 31:22 Sanctions, droit international, la même règle pour tous 33:02 Le même ADN, la même culture, la même terre 34:07 Antisémitisme et islamophobie montent ensemble 36:52 À qui profite v