Vous aviez prévu un week-end prolongé à New York ou un détour par les stades américains pour la prochaine Coupe du monde ? Il va falloir préparer plus que votre valise. Désormais, pour entrer aux États-Unis sans visa, le simple formulaire ESTA ne se contente plus des traditionnelles informations d’état civil. Il scrute aussi votre vie numérique. Jusqu’ici, l’ESTA — le sésame électronique pour les voyageurs des 42 pays du programme d’exemption de visa, dont la France — demandait des données classiques : identité, passeport, adresse. Mais un décret publié fin 2025 au Federal Register a durci la procédure. Depuis le 8 février, les candidats doivent fournir leurs numéros de téléphone utilisés sur cinq ans, des renseignements détaillés sur leur famille… et surtout un historique complet de leurs réseaux sociaux sur cinq ans, ainsi que dix années d’adresses e-mail. Autrement dit : une véritable cartographie numérique de votre existence. Ces informations ne dorment pas dans un tiroir. Elles sont passées au crible d’algorithmes chargés de repérer des profils jugés sensibles selon leurs opinions, leurs relations ou leurs activités en ligne. À la clé, des contrôles renforcés à l’arrivée, parfois très longs, voire un refus d’entrée pur et simple. Une pression qui commence déjà à peser sur la fréquentation touristique : selon US Travel Association, les arrivées étrangères ont reculé de 6,3 % en 2025 par rapport à 2024. En parallèle, le Department of Homeland Security dispose d’un autre outil : des subpoenas administratifs, autrement dit l'injonction de comparaître devant un tribunal pour produire un témoignage ou un document, adressés directement aux plateformes comme Meta ou Google, sans autorisation judiciaire préalable. Ces demandes permettent d’obtenir des métadonnées — adresses IP, horaires de connexion, localisation — afin de reconstituer les habitudes d’un utilisateur. Elles ont déjà servi à identifier des internautes critiques envers l’administration, notamment sur les opérations de Immigration and Customs Enforcement. Au final, frontière physique et frontière numérique se confondent. Voyager vers les États-Unis, ce n’est plus seulement montrer son passeport. C’est aussi exposer son historique en ligne. Et accepter que chaque clic puisse, un jour, peser dans la balance au contrôle des douanes. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.