Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 3 DAYS AGO

    Pourquoi ne faut-il pas jeter n'importe quoi dans ses toilettes ou son évier?

    Les canalisations ne sont pas des poubelles. Lingettes, médicaments ou huiles de cuisine finissent trop souvent dans les eaux usées, ce qui entraine surcoûts et pollutions de l'environnement. C’est un geste anodin, qui peut entraîner des conséquences ennuyeuses. Jeter ce qu’on trouve dans ses poches ou se débarrasser de n’importe quel objet en le jetant au fond de la cuvette des WC n’est pas une bonne idée, tout simplement parce que les toilettes ne sont pas des poubelles. Même si ce n’est pas toujours le cas sur l’ensemble de la planète, nos eaux usées arrivent normalement dans des stations d'épuration, où elles sont traitées, nettoyées, avant d'être rejetées dans les rivières, qui finiront, elles, par se jeter dans la mer. Mais les usines d'assainissement ne servent, en gros, qu'à nettoyer pipi et caca. « On peut croire parfois que le système d'assainissement est une poubelle. Or, ce n'est pas le cas. Et d'ailleurs, il faut en finir avec l'expression du tout à l'égout. Le tout à l'égout, c'était une expression qui faisait sens il y a un siècle mais plus maintenant : on ne met pas n'importe quoi dans l'égout », insiste Vincent Rocher, le directeur de l'innovation, de la stratégie et de l'environnement du SIAAP, le syndicat en charge des eaux usées de la région parisienne. Le danger des lingettes Le premier objet à bannir de ses toilettes est la grande ennemie des stations d'épuration : la lingette, antiécologique au possible. D’abord réservée aux restaurants sous la forme de rince-doigts au parfum citron discutable, la lingette est devenue grand public dans les années 90 pour nettoyer les fesses de bébé, avant de servir à faire le ménage. On a même inventé la lingette pour nettoyer les fruits et les légumes, sans que lesdits fruits et légumes soient garantis sans pesticides. Chaque année, les Français consomment 7 milliards de lingettes. Mais « les lingettes, ça bouche, rappelle Vincent Rocher. À l'échelle de l'agglomération francilienne, on va récupérer à l'entrée de nos usines plusieurs tonnes de lingettes tous les jours. Et elles peuvent conduire à dégrader le traitement, ce qui peut conduire à rejeter des eaux moins bien traitées à la rivière. Et tout cela a un coût. À l'échelle de l'Europe, c'est entre 500 millions et un milliard d’euros de surcoûts par an ». Monstre de graisse D'une manière générale, on évite de jeter tout ce qui peut boucher le réseau, y compris ses propres canalisations : le coton, les tampons périodiques, les préservatifs, le marc de café – qui peut absorber les mauvaises odeurs mais ne rend pas plus fluides ses canalisations, bien au contraire, et contrairement à une idée reçue. Verser dans l’évier de la cuisine les graisses et les huiles de cuisson n’est pas non plus une bonne idée. « Quand elles sont chaudes, elles sont bien fluides, mais quand elles refroidissent, elles ont une capacité à se figer. Et lorsqu'elles sont introduites en trop grande quantité, cela peut poser des problèmes de colmatage des systèmes. Ce sujet nous concerne tous en tant que petits utilisateurs, parce qu'un grand nombre de petits utilisateurs, cela fait finalement des grandes quantités », souligne Vincent Rocher. À la fin de l'année dernière, un « monstre » de graisse a ainsi été découvert dans les égouts de Londres, composé d'huile et de lingettes. Il mesurait 100 mètres de long et pesait une centaine de tonnes...  Poissons sous Prozac Il y a aussi le problème des médicaments. Ses médicaments périmés, on les ramène à la pharmacie, on ne les jette pas dans les toilettes. « On retrouve dans nos réseaux des molécules qui sont présentes à l'état de traces, partiellement ou plus ou moins éliminées en fonction de leurs propriétés, avec d'éventuels impacts sur la biodiversité », explique Vincent Rocher. Même s’il s’agit de quantités minuscules, elles s'accumulent dans les organismes avec des effets sur la croissance et la reproduction des poissons. On s'est aussi rendu compte que le Prozac, le célèbre anti-dépresseur, retrouvé dans les rivières augmentait la prise de risque de certains poissons face aux prédateurs. Nos gestes individuels ont en fait des conséquences collectives. Il faudrait même se dire que tout ce qu'on verse dans son évier, on le boira peut-être un jour. « Ce qu'il y a dans nos eaux, hein, c'est ce qu'on y met, rappelle Vincent Rocher, du SIAAP, le service public de l'assainissement de la région parisienne. On a l'impression que la chasse d'eau, c'est quelque chose de magique. Une fois qu'on l'a tirée, tout disparaît. Bien entendu, tout cela n'est pas tout à fait vrai… » L'écologie commence à la porte des WC.

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  2. 4 DAYS AGO

    Comment peut-on mourir de soif au Soudan?

    La question de l'eau est centrale est dans la guerre civile soudanaise, déclenchée il y a tout juste trois ans. L'eau est une arme de guerre, aggravée par la crise climatique. On meurt de soif au Soudan, et l'énoncé de cette phrase peut paraître inconcevable, nous ramenant à l'injustice la plus cruelle de l'humanité, dans l'un des guerres les plus cruelles de la planète – une guerre civile qui a éclaté il y a tout juste trois ans, le 15 avril 2023. La question de l’eau est centrale dans ce conflit qui a provoqué des dizaines de milliers de morts, et plus d’une dizaine de millions de personnes déplacées. En novembre dernier, quand les paramilitaires s’emparent d’El-Fasher, la grande ville du Darfour, des milliers et des milliers d’habitant s’enfuient et prennent la route pour rejoindre, ou tenter de rejoindre, la ville de Tawila. « Il fallait traverser cette immensité, marcher pendant 70 kilomètres sans accès à l'eau pour des personnes qui étaient extrêmement dénutries. Les gens qui ont pu arriver ont rapporté qu'ils ont dû abandonner familles et amis sur la route, parce qu'eux-mêmes ne pouvaient pas les porter. Ils étaient trop faibles et ils en sont morts », raconte Amande Bazerolle, responsable des opérations d'urgence de l'ONG Médecins sans frontières au Soudan. Morts, viols et maladies L'eau est aussi une arme de guerre au Soudan. Des infrastructures ont été bombardées, souvent de manière volontaire. Le manque d'électricité empêche aussi les pompes de fonctionner. Dans certaines régions, selon l'Unicef, plus de la moitié des systèmes d'eau sont hors service. Et quand il y a de l'eau disponible, il faut souvent marcher des kilomètres pour aller la chercher, au risque de se faire violer. « Ce sont très souvent les femmes ou les enfants qui ont la charge d'aller chercher de l'eau et qui sont extrêmement exposés et vulnérables, souligne Amande Bazerolle. Dans cette guerre, on a aussi vu que le viol a été utilisé comme une arme de guerre pour faire plier la société soudanaise. Certaines ethnies sont ciblées et sont donc les plus exposées de manière quotidienne à ces risques de viol ». Le manque d'eau entraine aussi des maladies. Des épidémies de choléra, notamment, ont tué des milliers de personnes. La crise de l'eau aggrave la crise humanitaire. Certains en sont réduits à boire l’eau du Nil. « Avec mon petit frère, on ramène tous les jours deux gros seaux et trois petits. Ce n’est pas assez, mais on se débrouille. On s’en sert pour cuisiner, se laver et boire. L’eau est sale, elle nous rend malades, mais on n’a pas le choix », témoignait une petite fille de la banlieue de Khartoum, Iman Abdallah, au micro de l’envoyée spéciale de RFI Gaëlle Laleix. La crise climatique aggrave la crise humanitaire La guerre au Soudan a en fait aggravé une situation déjà dramatique. Avant le conflit, on estimait qu'un Soudanais sur trois n'avait pas accès à l'eau potable, et le changement climatique n'arrange rien, avec une aggravation des phénomènes extrêmes, de graves inondations en saison des pluies, et des sécheresses plus intenses qu'avant. « Dès que la saison des pluies arrive, elles sont très intenses et ont tendance à dégrader et à éroder les terrains avec le risque d'abimer les cultures, explique Amande Bazerolle de MSF. Aujourd'hui, on voit que les précipitations se sont réduites ces dernières années. La saison des pluies n'apporte plus autant d'eau qu'avant, ce qui pèse évidemment sur les nappes phréatiques pour le reste de l'année pour les populations ». Le Soudan endure à la fois une crise climatique, une crise humanitaire et une crise de l'eau. Même dans un pays traversé par l'un des plus grands fleuves au monde, on peut manquer d'eau, et en mourir.

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  3. 5 DAYS AGO

    Israël convoite-t-il l'eau du Liban?

    Des discussions de paix s'ouvrent ce mardi à Washington entre Israéliens et Libanais, alors que l'État hébreu entend occuper le Sud-Liban jusqu'au fleuve Litani. En raison de ses ressources hydriques, le Liban est considéré comme le château d'eau de la région. La gestion de l'eau est-elle une des raisons de cette guerre ? Ce sont les premières discussions directes depuis 1993. Les ambassadeurs israéliens et libanais aux États-Unis se retrouvent ce mardi à Washington pour tenter de mettre fin aux bombardements de l’armée israélienne et du Hezbollah. Et ce alors que l'État hébreu entend instaurer une zone tampon au Sud-Liban, jusqu'au Litani, le fleuve de 170 kilomètres qui traverse le pays d’est en ouest, qui ne coule dans aucun autre pays en prenant sa source dans la Bekaa et en se jetant dans la Méditerranée. Le Litani est un pilier du Liban, et le Liban est une exception dans une zone où l'eau est rare. À tel point que le pays du Cèdre est aussi surnommé « le château d'eau » de la région. « Dans la région, le Liban est le seul pays qui dispose de ressources naturelles très diversifiées, par comparaison avec l'état de la ressource en eau des pays voisins, souligne Charlotte Touzot-Fadel, docteure en droit, spécialisée en droit de l'environnement. Le Liban est traversé par plusieurs cours d'eau, dont le fleuve Litani, dont on parle beaucoup. Et il y a surtout une quantité assez importante de neige, ce qu'il n'y a pas dans les pays voisins. Ces neiges vont alimenter également les cours d'eau, le fleuve Litani, les nappes phréatiques. Ce bon état de la ressource en eau naturelle du pays le caractérise et en fait vraiment un objet de convoitise ». En particulier de la part d’Israël. « Frontière naturelle » Avant même la création du futur État juif, le mouvement sioniste parle du fleuve Litani comme d'une « frontière naturelle d'Israël ». Dans les années 70, l'armée israélienne lancera même « l'Opération Litani ». Plus tard, de 1982 jusqu’en 2000, Israël occupera le Sud-Liban jusqu'au fleuve. Et aujourd'hui, c'est une zone tampon qu'Israël veut instaurer jusqu'au cours d'eau, en expulsant toutes les populations et en tentant d’y rendre la vie impossible. Officiellement, c'est une question de sécurité face au Hezbollah, mais dans la région, la question de l'eau est omniprésente. « Depuis la première partie du XXe siècle, cette question de la raréfaction de la ressource en eau se pose. Et en raison des conséquences du changement climatique, cette ressource va devenir dans la région un point crucial de négociation, de marchandisation et de pression de façon globale », estime Charlotte Touzot-Fadel. Pour Israël, la question de l'eau est majeure. Structurellement, le pays est en déficit hydrique. Et l'histoire des annexions territoriales peut se lire aussi comme la volonté de sécuriser son accès à l'eau. C'est le cas de l'occupation du plateau du Golan, depuis 1967, déclenchée en partie par la volonté des pays arabes de détourner une partie de l’eau du Jourdain. Après la guerre des Six-jours, Israël va s’assurer le contrôle de ses eaux. Arme de guerre et but de guerre L'implantation des colonies en Cisjordanie est aussi une question d'eau, qu'Israël partage à son gré, et le partage est très inégal. Selon une étude d'Amnesty international, il y a quelques année, 80% de l'eau revient aux Israéliens, les 20% restants aux Palestiniens. L'eau est même devenue une arme pour chasser les Palestiniens, comme nous le racontait l'an dernier Alice Moreno dans un reportage tourné après le sabotage, par des colons, d'une station de distribution d'eau. « Ils ont pris le contrôle des ordinateurs qui permettent normalement d'envoyer l'eau vers les villages. Couper l'eau comme ça, c'est un moyen d'assoiffer les gens et de tenter de les déplacer », témoignait un Palestinien. On parle ainsi d'une militarisation de l'eau. L'eau est une arme de guerre, et une raison de faire la guerre. « La valeur d'un territoire se mesure, notamment par la présence ou non de ressources naturelles et notamment de la ressource en eau. Donc derrière la militarisation de la ressource, c'est le contrôle tout simplement de la ressource et donc le fait de monopoliser ou non cette ressource qui va être un enjeu clé ensuite, non seulement de géopolitique dans un premier temps, mais ensuite de construction et de développement d'une société », analyse Charlotte Touzot-Fadel. L'eau se fait de plus en rare, les guerres de moins en moins.

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  4. 6 DAYS AGO

    Y a-t-il de la vie sous les éoliennes et les panneaux solaires?

    Le plan français d'électrification de l'énergie, dont le gouvernement vient de dévoiler une partie, passe notamment par les énergies renouvelables. Eolien et photovoltaïque peuvent nuire à la biodiversité, mais pas toujours. L'électrification est en marche. Le Premier ministre français a dévoilé vendredi soir une partie du plan destiné à renverser la tendance énergétique, pour que la France se sèvre un jour des énergies fossiles, en misant davantage sur le nucléaire et les énergies renouvelables, qui produisent de l'électricité sans émettre de gaz à effet de serre. Elles peuvent toutefois porter atteinte à la biodiversité. Il y a de la vie sous les panneaux solaires et les éoliennes, mais il y a aussi des morts.  Les centrales photovoltaïques, d'immenses champs plantés de panneaux solaires, peuvent nuire à l'activité de certaines espèces, comme les pollinisateurs, notamment les abeilles. « Ces pollinisateurs visitent beaucoup moins la végétation qui est sous les panneaux pour deux raisons principales, détaille Raphaël Gros, professeur à l'Université d'Aix-Marseille et à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie. On a beaucoup moins de fleurs. Et puis ces abeilles ne vont pas rencontrer des conditions très intéressantes à leur activité. Il fait en été un peu plus frais, c'est à l'ombre... » Des impacts contrastés Mais cette ombre des panneaux solaires a aussi des atouts. Dans les zones arides, l'ombre peut favoriser un microclimat et la végétation peut s'y développer. Ailleurs, le manque de lumière peut aussi avoir un effet stimulant. « On constate par exemple des situations où la végétation est assez abondante, pour pas dire assez luxuriante. Par le manque de lumière, les plantes devoir trouver des solutions pour aller capter cette lumière. Et généralement, elles produisent davantage de feuilles ou des feuilles qui sont plus longues. Mais c'est aux dépens des fleurs », explique Raphaël Gros. Les impacts des panneaux solaires sur la biodiversité sont souvent contrastés, en fonction des écosystèmes, des endroits où ils sont implantés.  Comme le soleil, le vent est une énergie gratuite, sans pollution. Mais les éoliennes, sur terre et en mer, peuvent tuer les oiseaux, surtout quand elles sont installées sur les routes migratoires. Elles peuvent aussi tuer les chauve-souris attirées par les petites lumières qui clignotent pour que les avions les repèrent. Les chauve-souris peuvent mourir juste en s'approchant : le changement de pression de l'air (avec l'extrémité des pâles qui tourne à 200 km/h) provoque des hémorragies internes. Enfin, des études ont aussi montré que les éoliennes pouvaient tuer des milliards d'insectes. L'effet récif Les éoliennes en mer ont aussi un impact sur la faune marine. Le bruit du chantier peut tuer des animaux. En tout cas les perturber fortement. Mais il peut y avoir aussi des effets positifs. Les socles des éoliennes forment des récifs artificiels, pour des algues, des moules, ce qui attire toute une population d'espèces marines. Et si la pêche y est interdite, ce sont des refuges pour les poissons. Mais en France, à ce jour, rien de tel n'est prévu. « Là, il y a un vrai enjeu, estime Cédric Marteau, le directeur général de la LPO (la Ligue pour la protection des oiseaux). Est-ce qu'on suit les travaux scientifiques sur ce qu'on appelle l'effet récif pour voir un peu si s'y concentrent des poissons, des coquillages et comment tout cela se dynamise, à condition évidemment de ne pas les prélever ? En France, on n'a aucune certitude qu'il n'y aura pas de pêche dans les zones de parc. » Il peut y avoir conflit entre climat et biodiversité mais on doit concilier les deux, et on le peut. « Que cette volonté de diminution des impacts climatiques se fasse au détriment du vivant, ce n'est pas acceptable, insiste Cédric Marteau, de la LPO. On a fait la démonstration que les secteurs favorables étaient évidemment beaucoup plus nombreux que nécessaires pour la production qui est envisagée. Donc évidemment, n'opposons pas ces deux politiques publiques qui sont des politiques d'urgence. » Pour lutter contre la crise climatique, on a besoin des renouvelables, mais on a besoin aussi de la biodiversité.

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  5. 9 APR

    Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre ne baissent-elles pas assez vite?

    La France et d'autres pays pollueurs historiques vont-ils parvenir à atteindre leur objectif de neutralité carbone ? Le rythme de réduction des émissions de CO2 s'essouffle alors que les efforts les moins difficiles ont été accomplis. Elles baissent, mais pas assez vite. Les émissions de gaz à effet de serre, responsables de la crise climatique, n'ont diminué que de 1,5% en France l'an dernier. Elles baissent, c’est déjà ça, pourrait-on se rassurer. Mais on est très loin de l'objectif de 4% par an fixé pour atteindre la neutralité carbone en 2050. On est aussi loin du rythme des années précédentes.   La France n'est pas le seul pays où la baisse est en baisse. L'Allemagne fait pire : ses émissions l'an dernier n'ont diminué que de 0,1%. Autant dire qu'elles n'ont pas baissé, à l'image de l'ensemble des pays de l'Union européenne, avec seulement moins 0,4%. Mais il y a pire encore : les États-Unis. En 2025, l'année du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l'année de la sortie de l'Accord de Paris sur le climat, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de presque 2%, après des années de baisse. En attendant Pékin Sur l'ensemble de la planète, les émissions de CO2 (le principal gaz responsable du réchauffement climatique) ont atteint un nouveau record, en hausse de 1% environ. Tout le monde attend le pic des émissions, et quand elles commenceront à baisser, peut-être dans les prochaines années ? Le signal viendra sûrement de la Chine, le plus gros pollueur aujourd'hui. On se trouve actuellement dans une situation paradoxale : jamais la planète n'a produit autant d'énergie renouvelable, jamais on n'a installé autant d'éoliennes et de panneaux solaires, jamais on n'a produit autant de voitures électriques... Et d'ailleurs, sans elles, sans les technologies vertes, la hausse des émissions de gaz à effet de serre aurait été trois fois plus importante. Le problème, c'est que la demande en énergie augmente encore plus vite. Consommer toujours plus Parce que la population mondiale continue d'augmenter, parce que l'énergie est à la source de la croissance économique, de la production de richesse, du développement, et parce que le modèle économique mondial (consommer toujours plus), entre en contradiction avec la nécessite de faire baisser la température de la planète.  Il est aussi aujourd'hui plus compliqué de diminuer son empreinte carbone. Depuis le début du siècle, on a fait le plus facile : fermer les centrales à charbon, l'énergie la plus polluante, et développer les énergies renouvelables. Mais aujourd'hui on entre dans le dur. Pour résumer le problème, on n'a jamais autant pris l'avion et on n'a jamais autant utilisé de béton.  Problème politique Le transport représente un quart des émissions mondiales de CO2, et le transport aérien et le transport maritime continuent de croître, alors qu'on n'a pas encore la solution pour faire voler les avions sans pétrole. C'est la même problématique pour l'industrie lourde : le frein technologique pour devenir plus vertueuse. Le secteur du bâtiment, gros émetteur lui aussi, peine également à baisser ses émissions. La rénovation thermique des bâtiments, pour qu'on utilise moins de chauffage l'hiver, et moins de climatisation l'été, cela prend du temps et demande de l'argent.   Hier en France, le gouvernement a reconnu que la baisse des émissions de CO2 était « insuffisante ». C'est pourtant lui qui possède les leviers d'action, qui a les moyens d'agir. La réduction des gaz à effet de serre est d'abord le problème des politiques. Même si, à la fin, ce sera notre problème à tous.

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  6. 8 APR

    Cessez-le-feu en Iran: le biocarburant est-il la solution pour se passer du pétrole?

    Le blocage du détroit d'Ormuz a souligné la dépendance aux énergies fossiles. Pour faire rouler les voitures, des alternatives existent, comme le bioéthanol, produit à partir de végétaux, au risque d'accaparer des terres agricoles au détriment de la sécurité alimentaire. L’effet ne s’est pas fait attendre : sitôt un cessez-le-feu de deux semaines annoncé entre l’Iran, les États-Unis et Israël, le prix du baril de pétrole est largement redescendu en-dessous des 100 dollars. Un soulagement, s’il est confirmé, pour tous les automobilistes de la planète, effrayés par l’explosion des prix de l’essence depuis les premiers bombardements sur l’Iran. En quelques semaines, le biocarburant a ainsi eu le vent en poupe partout dans le monde. Le biocarburant, ou le bioéthanol, est un carburant fabriqué à partir de matière végétale, céréales ou betterave. En France, dans les stations essence, il s'appelle E85 parce qu'il est composé jusqu'à 85% de produits végétaux, le reste étant du pétrole. Hier, avant l’annonce du cessez-le-feu, il s'affichait à 85 centimes le litre, quand le carburant classique coûtait au moins 2 euros. Des automobilistes ont ainsi décidé de passer au bioéthanol, grâce à un petit boitier rajouté dans le moteur. « C’est le fameux boîtier éthanol qui permet de faire des économies au quotidien en roulant avec un carburant made in France et un carburant écologique, expliquait sur France 2 un garagiste, Sylvain Catard. C'est votre budget annuel divisé par deux ». Économique, oui, puisque le bioéthanol permet d’économiser plusieurs milliers d’euros par an. Mais sa dimension écologique est plus controversée. De la nourriture dans le moteur Une voiture qui roule au biocarburant reste une voiture à moteur thermique, et son bilan environnemental « est très mitigé, juge Bastien Gebel, responsable décarbonation de l'industrie automobile au sein de l'ONG Transport et environnement. D'un côté, on a une réduction d'émissions de gaz à effet de serre d'environ 50% par rapport au pétrole, mais je rappelle que la réduction d'émissions de gaz à effet de serre de l'électrique est de 80%. Deuxième point, la question de la qualité de l'air : les résultats des biocarburants sont assez décevants puisqu’ils émettent les mêmes quantités de polluants que les véhicules qui roulent au pétrole ». Surtout, pour produire du biocarburant, on utilise des terres agricoles. Un réel problème dans un monde où tout le monde ne mange pas à sa faim, où il peut y avoir des tensions sur les terres agricoles disponibles. L'an dernier, le Pulitzer Center publiait une enquête très critique sur un projet européen de biocarburant au Congo-Brazzaville qui pourrait menacer la sécurité alimentaire. En Europe, les surfaces agricoles utilisées pour le biocarburant permettraient de nourrir 120 millions de personnes. Le biocarburant, c'est un peu de la nourriture qu'on mettrait dans le moteur de sa voiture. La solution électrique « Au niveau mondial, la surface agricole mobilisée pour produire ces biocarburants est équivalente à la taille de l'Italie, souligne Bastien Gebel. C'est quand même une surface très conséquente. Et l'augmentation de l'usage de ces carburants-là, notamment pour décarboner les secteurs aériens et maritimes, augmentera la surface totale mobilisée au niveau mondial qui sera équivalente à la taille de la France en 2030 ». Il y a bien les biocarburants de deuxième génération, produits à partir de résidus, de déchets végétaux, mais les stocks disponibles sont limités ; ce n’est pas comme ça qu'on pourra décarboner l'industrie automobile. La seule solution durable reste la voiture électrique – on y revient toujours. « La meilleure solution pour les automobilistes est clairement de passer à la voiture électrique plutôt qu'au biocarburant, assure Bastien Gebel, de Transport et environnement. Il reste un surcoût à l'achat de ces véhicules, mais qui est largement amorti, surtout dans une période de prix des carburants qui explosent et qui est une période qui peut être amenée à durer. C'est le bon moment pour investir dans une solution électrique ». Quel que soit l'avenir du cessez-le-feu annoncé autour du détroit d’Ormuz, c'est toujours le bon moment pour passer à l'électrique.

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  7. 7 APR

    Exportation de pesticides interdits: c'est quoi ce double jeu de l'Europe?

    Les industriels de la chimie européens continuent de vendre dans le monde entier des produits phytosanitaires pourtant bannis dans l'Union européenne : plus de 120 000 tonnes en 2024, selon l'ONG Public Eye. Une loi promise depuis six ans par Bruxelles n'a toujours pas vu le jour. On n’a qu’une santé, proclame le sommet One Health, organisé aujourd’hui en France. Ce qui n’empêche pas la France et les autres pays membres de l’Union européenne de continuer à exporter des pesticides qui sont pourtant interdits dans l’UE. La justice française, à Marseille, se prononce d'ailleurs aujourd'hui sur le cas de six agriculteurs accusés d'avoir importé des pesticides interdits. Mais c’est généralement dans l’autre sens que les choses se jouent, même s’il ne s’agit malheureusement pas d’un jeu, puisqu'il est question de vie humaines. Dans l’histoire des pesticides, utilisés par l’agriculture pour limiter les ravageurs et autres maladies, on retrouve l’éternelle opposition entre la santé des consommateurs et les profits des industriels. L'Europe est championne du monde des pesticides, pas pour leur utilisation grâce à la règlementation la plus stricte au monde, mais pour leur production : la chimie est un savoir-faire historique, du côté de l'Allemagne notamment, avec Bayer et BASF, sans oublier le Suisse Syngenta. « Ces trois entreprises, qui sont donc européennes, contrôlent plus de la moitié du marché mondial des pesticides. Et une bonne partie de leurs usines sont basées en Europe. Quand on interdit un produit, c'est uniquement son utilisation qu'on interdit sur le sol européen. Mais les industriels peuvent continuer à fabriquer ces produits », relève Laurent Gaberell, enquêteur au sein de l'ONG suisse Public Eye qui travaille sur l’impact des « entreprises sur les pays économiquement défavorisés ». 122 000 tonnes exportées en 2024 Public Eye a ainsi publié une enquête éloquente sur le marché des pesticides. En 2024, 122 000 tonnes de pesticides interdits en Europe ont été exportés par les industriels européens. Un chiffre qui a plus que doublé depuis 2018. Empêchés de vendre en Europe, les industriels ne se sont pas gênés pour poursuivre leur dangereux commerce et faire des affaires partout ailleurs dans le monde. L’Europe exporte ainsi des pesticides interdits sur son territoire dans près d'une centaine de pays en développement ou aux économies intermédiaires : le Brésil, l'Inde, ou encore le Maroc et l'Afrique du Sud, les premiers clients en Afrique. Partout où la règlementation est plus souple et où les agriculteurs sont encore moins protégés. Agriculteurs pieds nus En Inde, « dans les campagnes, raconte Laurent Gaberell, vous voyez les paysans qui appliquent ces pesticides sans aucune protection, sans masque, sans gants, sans lunettes, souvent pieds nus, alors que ce sont des pesticides extrêmement dangereux, qui sont même trop dangereux pour être utilisés par des agriculteurs européens avec toutes les protections disponibles. Vous imaginez donc les risques pour des paysans indiens qui les appliquent sans aucune protection, et souvent sans aucune conscience des dangers ». Au Brésil, l’épandage est la règle (une technique interdite en Europe, sauf exceptions) : des tonnes de pesticides balancées par avion, dispersés à tous vents – il ne vaut mieux pas habiter ou aller à l’école près d’un champ. Malgré les risques pour la santé, qui ont justement entrainé leur interdiction dans l’UE, la fabrication de ces poisons reste encore autorisée. En 2020, la Commission de Bruxelles avait promis une loi pour interdire ces exportations. Mais on l'attend toujours. Et aujourd'hui, la remise en cause régulière du Pacte vert européen ne rend pas très optimiste. Les Européens « ont subi de fortes pressions de l'industrie. Il faut le dire : il y a des grosses résistances du côté de l'industrie chimique européenne. Et maintenant, le vent a tourné un peu au niveau politique et on sent que cela ne fait plus autant partie des priorités. On a un peu peur que la Commission renie son engagement pris en 2020 », avoue Laurent Gaberell. Deux poids deux mesures Cette histoire révèle ainsi une forme d'hypocrisie de la part de l'Union européenne. On tolère pour les pays pauvres ce qu'on refuse chez soi. « Il y a un deux poids deux mesures, un double standard de la part de l'Union européenne sur ce sujet. Il s’agit des pesticides les plus dangereux au monde qui ont été retirés du marché parce qu'ils polluaient les nappes phréatiques, parce qu'ils tuaient les abeilles en masse, parce que ce sont des produits qui sont cancérogènes ou qui peuvent nuire à la fertilité ou qui empoisonnent les agriculteurs. Mais on décide de fermer les yeux pour protéger notre industrie », condamne Laurent Gaberell. Là où l’histoire est encore plus absurde, c'est que l'Europe importe des produits agricoles venus de ces pays. Les pesticides interdits reviennent ainsi dans les assiettes des Européens.

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  8. 6 APR

    Pourquoi les œufs (de Pâques mais pas qu'eux) sont-ils menacés par le réchauffement climatique?

    À Pâques, c'est la saison des œufs dans le jardin. Des œufs en chocolat, et d'autres plus naturels : ceux des oiseaux, des reptiles ou des poissons. Mais dans un monde de plus en plus chaud, leur survie est en jeu.  Ils symbolisent la vie depuis des siècles et des siècles, la renaissance (pour ne pas dire la résurrection de Jésus), parce que c'est souvent au printemps que la vie reprend, que les œufs éclosent, mais aujourd'hui, dans un monde qui se réchauffe, les œufs de Pâques (mais pas qu’eux), les œufs des oiseaux, des reptiles et des poissons, sont menacés. C'est le cas des œufs des tortues. Les tortues marines sont parmi les animaux les plus touchés par le réchauffement climatique. Le sexe, à la naissance, dépend de la température d'incubation des œufs. Au-delà d’une certaine température, c’est une femelle, et en-deçà un mâle. Le réchauffement climatique a ainsi tendance à donner plus de femelles, ce qui risque, à terme, d’avoir un impact sur la survie de l'espèce. Féminisation des tortues « Plus c'est chaud, plus on aura de femelles. C'est ce qu'on appelle la féminisation d'une population. Ce qui pose problème puisque pour qu'il y ait une capacité de reproduction, pour que l'espèce perdure, il faut une probabilité de rencontre assez bonne. Et forcément, si dans notre population on a une part trop importante de femelles, la probabilité de rencontre entre les mâles et les femelles va diminuer », explique François-Elie Paute, chargé de mission scientifique au sein de l’association Oulanga Na Nyamba qui protège les tortues à Mayotte, dans l'océan Indien. Dans la Grande barrière de corail, au nord de l'Australie, jusqu'à 99% des tortues qui naissent aujourd'hui sont des femelles.  Le réchauffement climatique a aussi un effet sur le niveau des mers, et donc sur les plages où pondent les tortues. La fonte des glaciers et la dilatation de l'eau provoquent une montée des océans, ce qui augmente le risque d'inondation des sites de pontes. C'est le cas à Mayotte, où le phénomène est aggravé par la proximité d’un volcan : l'île s'enfonce. « De l’eau va rentrer dans le nid de manière trop régulière et à des périodes bien précises de l'incubation. Ensuite, ce qu'on peut retrouver, ce sont des embryons qui ne se développent pas ou avec des malformations, des choses comme ça… En fait, l'air ne circule plus dans le nid, ce qui altère le développement des embryons », détaille François-Elie Paute, également membre du Conseil scientifique du patrimoine naturel. Quitter le nid Les œufs des oiseaux subissent également le réchauffement climatique. Trop de chaleur peut menacer la phase de reproduction, ainsi que la survie des œufs une fois que la femelle a pondu. Le phénomène a été observé notamment chez un oiseau d'Afrique australe, le cratérope bicolore, qui peut quitter le nid pour aller se rafraîchir, ce qui rend les œufs plus vulnérables à la chaleur. En Australie, chez un autre passereau, le miro enchanteur, les parents étendent leurs ailes pour faire de l'ombre à leurs œufs. Mais essayez de garder les bras tendus toute une journée : c'est épuisant, les oiseaux se déshydratent et certains en meurent. Lors d'une forte canicule, des scientifiques ont aussi observé que les embryons, dans les œufs, n’ont pas supporté la chaleur. Les parents ont continué à les couver, pendant des jours, pour rien, et au péril de leur survie. Les poissons aussi pondent des œufs, et les œufs et les larves sont les plus sensibles au changement climatique. C’est le cas chez le poisson-clown (le poisson du film Némo) qui vit dans les anémones de mer. Leur blanchiment, provoqué par des eaux plus chaudes, entraine une baisse des œufs viables de 73%, selon une étude menée en Polynésie. Quelques degrés de plus suffisent à menacer toute une génération. La crise climatique fait désormais des victimes avant même leur naissance.

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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