Les canalisations ne sont pas des poubelles. Lingettes, médicaments ou huiles de cuisine finissent trop souvent dans les eaux usées, ce qui entraine surcoûts et pollutions de l'environnement. C’est un geste anodin, qui peut entraîner des conséquences ennuyeuses. Jeter ce qu’on trouve dans ses poches ou se débarrasser de n’importe quel objet en le jetant au fond de la cuvette des WC n’est pas une bonne idée, tout simplement parce que les toilettes ne sont pas des poubelles. Même si ce n’est pas toujours le cas sur l’ensemble de la planète, nos eaux usées arrivent normalement dans des stations d'épuration, où elles sont traitées, nettoyées, avant d'être rejetées dans les rivières, qui finiront, elles, par se jeter dans la mer. Mais les usines d'assainissement ne servent, en gros, qu'à nettoyer pipi et caca. « On peut croire parfois que le système d'assainissement est une poubelle. Or, ce n'est pas le cas. Et d'ailleurs, il faut en finir avec l'expression du tout à l'égout. Le tout à l'égout, c'était une expression qui faisait sens il y a un siècle mais plus maintenant : on ne met pas n'importe quoi dans l'égout », insiste Vincent Rocher, le directeur de l'innovation, de la stratégie et de l'environnement du SIAAP, le syndicat en charge des eaux usées de la région parisienne. Le danger des lingettes Le premier objet à bannir de ses toilettes est la grande ennemie des stations d'épuration : la lingette, antiécologique au possible. D’abord réservée aux restaurants sous la forme de rince-doigts au parfum citron discutable, la lingette est devenue grand public dans les années 90 pour nettoyer les fesses de bébé, avant de servir à faire le ménage. On a même inventé la lingette pour nettoyer les fruits et les légumes, sans que lesdits fruits et légumes soient garantis sans pesticides. Chaque année, les Français consomment 7 milliards de lingettes. Mais « les lingettes, ça bouche, rappelle Vincent Rocher. À l'échelle de l'agglomération francilienne, on va récupérer à l'entrée de nos usines plusieurs tonnes de lingettes tous les jours. Et elles peuvent conduire à dégrader le traitement, ce qui peut conduire à rejeter des eaux moins bien traitées à la rivière. Et tout cela a un coût. À l'échelle de l'Europe, c'est entre 500 millions et un milliard d’euros de surcoûts par an ». Monstre de graisse D'une manière générale, on évite de jeter tout ce qui peut boucher le réseau, y compris ses propres canalisations : le coton, les tampons périodiques, les préservatifs, le marc de café – qui peut absorber les mauvaises odeurs mais ne rend pas plus fluides ses canalisations, bien au contraire, et contrairement à une idée reçue. Verser dans l’évier de la cuisine les graisses et les huiles de cuisson n’est pas non plus une bonne idée. « Quand elles sont chaudes, elles sont bien fluides, mais quand elles refroidissent, elles ont une capacité à se figer. Et lorsqu'elles sont introduites en trop grande quantité, cela peut poser des problèmes de colmatage des systèmes. Ce sujet nous concerne tous en tant que petits utilisateurs, parce qu'un grand nombre de petits utilisateurs, cela fait finalement des grandes quantités », souligne Vincent Rocher. À la fin de l'année dernière, un « monstre » de graisse a ainsi été découvert dans les égouts de Londres, composé d'huile et de lingettes. Il mesurait 100 mètres de long et pesait une centaine de tonnes... Poissons sous Prozac Il y a aussi le problème des médicaments. Ses médicaments périmés, on les ramène à la pharmacie, on ne les jette pas dans les toilettes. « On retrouve dans nos réseaux des molécules qui sont présentes à l'état de traces, partiellement ou plus ou moins éliminées en fonction de leurs propriétés, avec d'éventuels impacts sur la biodiversité », explique Vincent Rocher. Même s’il s’agit de quantités minuscules, elles s'accumulent dans les organismes avec des effets sur la croissance et la reproduction des poissons. On s'est aussi rendu compte que le Prozac, le célèbre anti-dépresseur, retrouvé dans les rivières augmentait la prise de risque de certains poissons face aux prédateurs. Nos gestes individuels ont en fait des conséquences collectives. Il faudrait même se dire que tout ce qu'on verse dans son évier, on le boira peut-être un jour. « Ce qu'il y a dans nos eaux, hein, c'est ce qu'on y met, rappelle Vincent Rocher, du SIAAP, le service public de l'assainissement de la région parisienne. On a l'impression que la chasse d'eau, c'est quelque chose de magique. Une fois qu'on l'a tirée, tout disparaît. Bien entendu, tout cela n'est pas tout à fait vrai… » L'écologie commence à la porte des WC.