Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne et ancien Premier ministre français. Au programme également : le reportage d'Alix Le Bourdon sur la réponse de l'Union européenne à la crise énergétique. Alors que l'Union européenne aborde l'été dans une situation de tension internationale et de crise énergétique bien installée, Michel Barnier rappelle que "le rôle des gouvernements, des ministres des Affaires étrangères et des chefs d'État n'est pas forcément le même que celui de la présidente de la Commission." L'ancien Commissaire européen au marché intérieur a "souvent souhaité que Madame von der Leyen se concentre davantage sur le renforcement du marché intérieur" plutôt que sur la politique étrangère : "Le moment est peut être venu de créer un Conseil européen de sécurité et de défense, pour que les grands pays engagés dans les efforts de défense puissent être plus flexibles, plus opérationnels". Un cadre nouveau qui pourrait être ouvert à des pays qui ne sont pas dans l'Union Européenne, comme le Royaume-Uni ou la Norvège par exemple. S'agissant de l'adhésion possible de l'Ukraine et de la Moldavie, mais aussi de certains pays des Balkans occidentaux, Michel Barnier affirme qu'ils ont vocation à intégrer la "famille européenne". Sans pour autant brûler les étapes : "Est-ce qu'il faut prendre des raccourcis ? Je crois que cela ne serait ni dans l'intérêt de ces deux pays, ni dans l'intérêt de l'Union européenne (...) Nous avons déjà un accord d'association avec l'Ukraine extrêmement ambitieux qui a été négocié dans les années 2012-2013. Appliquons cet accord, qui est déjà une grande marche en avant dans l'intégration au marché unique. Il faut aussi que ces adhésions soient acceptées par nos peuples." "Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien" Concernant la guerre au Moyen Orient, Michel Barnier estime qu'il ne faut pas dénoncer l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël : "Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien, qui a beaucoup souffert et en particulier depuis la tragédie terroriste du 7-Octobre. Je ne crois pas que dénoncer un accord d'association, qui permet à des entreprises, à des agriculteurs et des commerçants israéliens de se développer, soit une bonne formule (...) Il faut mettre en garde et demander au gouvernement actuel d'Israël de faire attention". Pour l'ancien Premier ministre français, c'est moins le conflit en Iran que la guerre en Ukraine qui a démontré nos dépendances agricoles et énergétiques : "Oui, nous avons pris du retard. Cette idée que l'Europe doit être indépendante (...) est assez récente. Et donc il faut mettre les bouchées doubles." "Je préfère être impopulaire qu'irresponsable" La Commission européenne a accordé le 3 juin dernier plus de flexibilité aux 27 Etats membres pour faire face aux conséquences de la crise énergétique. Ils pourront dorénavant utiliser jusqu'à 0,3 % de leur PIB par an pendant 2 ans, pour des mesures d'accompagnement et de soutien aux entreprises et aux ménages. Michel Barnier salue le pragmatisme de la Commission mais tempère la bonne nouvelle : "Il s'agit de permettre aux États de verser de l'argent ou de diminuer les impôts, à condition d'avoir de l'argent, si je puis me permettre. (...) Ce n'est pas possible qu'on continue en France à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Et donc voilà pourquoi il faut dire la vérité aux gens. Je préfère être impopulaire qu'irresponsable." L'ancien Commissaire européen plaide pour recréer une capacité de production industrielle et agricole sur le continent européen, ainsi que pour une meilleure coordination en matière de fiscalité à l'échelle de l'Union. "Ce serait un drame pour la France que d'être toute seule" 10 ans après, 56 % des Britanniques disent regretter le Brexit. D'octobre 2016 à mars 2021, Michel Barnier a été négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne. S'il estime que "ce ne serait pas juste de dire que tous les problèmes actuels des Britanniques ont été provoqués par le Brexit", il affirme qu'ils ont été aggravés et rendus plus difficiles "à cause du Brexit". Pour lui, cette décision "insensée" est due à une "campagne de mensonges, de démagogie menée par Monsieur Farage et Monsieur Johnson (...), soutenus par des réseaux russes ou des réseaux américains qui cherchaient à faire exploser l'Union européenne de l'intérieur". En vue de la présidentielle de 2027, l'actuel député de la 2e circonscription de Paris reste "loyal aux Républicains", notamment à l'égard du candidat que les militants ont choisi : "Il faut respecter les militants. Et donc Bruno Retailleau porte nos couleurs". Il n'envisage pas que le Rassemblement national accède au pouvoir : "Non, je n'envisage pas ce scénario. Je vais tout faire pour qu'il ne se produise pas. Il n'y a pas de fatalité, sauf si on est fataliste. Madame Le Pen l'a très bien dit le soir même du Brexit, il y a 10 ans 'Bravo aux Britanniques, ils se sont libérés de la servitude européenne'. Je n'ai jamais entendu ni madame Le Pen, ni monsieur Bardella reconnaître qu'ils se sont trompés ce jour-là (...), donc je pense qu'ils sont toujours dans cette idée qu'il faut faire exploser l'Union européenne (...) Si on se recroqueville comme le propose madame Le Pen ou monsieur Bardella, mais aussi pratiquement mot pour mot de la même manière, monsieur Mélenchon, ce serait un drame pour la France que d'être toute seule." Notre reportage : les investissement européens dans les renouvelables, un enjeu stratégique Après la crise énergétique provoquée par l'invasion de l'Ukraine, le conflit au Moyen-Orient rappelle le coût économique de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la facture énergétique de l'Union a bondi de 27 milliards d'euros. Les perspectives de croissance ont dû être revues à la baisse autour de 1 % pour 2026, alors que l'inflation augmente. Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables ne répondent plus seulement à des objectifs climatiques : ils sont aussi devenus un enjeu de résilience économique, de compétitivité et d'indépendance stratégique pour l'Europe. Un reportage de notre correspondante Alix Le Bourdon. Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Loïc Chalavon et Oihana Almandoz