Après bientôt quatre ans de guerre, le conflit ukrainien a souligné le rôle prépondérant de l’artillerie roquette. Cette artillerie longue portée, longtemps négligée par les armées européennes, est de nouveau au centre du jeu, mais faute d’offre souveraine, l’achat ne peut se faire que sur étagère. Et l’heure du choix pour l’armée de Terre française approche. Intitulée « Lance-roquettes multiples, une dépendance européenne historique et durable ? », la note de l’Institut français des Relations internationales est arrivée il y a quelques jours sur le bureau du général Schill, patron de l’armée de Terre, et depuis elle fait beaucoup parler. Retour d’expérience ukrainien oblige, les militaires font le constat qu’un corps d’armée doit désormais traiter des objectifs situés à plusieurs centaines de kilomètres de la ligne de contact. Or, les lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée française sont à bout de souffle, il faut trouver une solution en urgence, nécessairement sur étagère, et trois systèmes sortent du lot : une offre américaine avec le Himars qui s’est illustré en Ukraine, une offre israélienne avec le PULS et une offre sud-coréenne avec le Chunmoo, le plus répandu en Europe, acquis à plus de 300 exemplaires par la Pologne, l’Estonie et bientôt la Norvège. Ce choix serait celui de l’interopérabilité. À lire aussiL’armée française en quête d’une artillerie longue portée Pourtant Paris pourrait se tourner vers une quatrième solution, un système indien pointe Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri et auteur de la note : « Un lance-roquettes indien qui s'appelle donc le Pinaka, qui n'a pour le moment été exporté qu' à l'Arménie, parce que l'Arménie avait besoin d'un système peu cher et rapide, mais qui est en fait très très inférieur aux autres. D'abord, la plupart des lance-roquettes de troisième génération qu'on vient d'évoquer peuvent tirer des roquettes ou des missiles qui vont à 300 voire 500 kilomètres et ont pour la plupart des solutions qui se développent pour tirer encore plus loin. Le Pinaka, de son côté, n'a qu'une requête qui va à 80 kilomètres, sachant que le Pinaka est réputé pour être moins précis que ses équivalents, pour avoir une interface qui est beaucoup plus datée. Autre problème encore, le Pinaka est un système qui est national indien. Il n'est donc pas aux normes OTAN, il n'est pas aux normes européennes et en conséquence, il n'est interopérable avec rien de ce qui existe en Europe ». Rafale contre Pinaka? Si ce matériel ne correspond pas aux exigences de la guerre de haute intensité, pourquoi est-il évoqué avec autant d’insistance ? Une question reste en suspend : les intérêts industriels de la France pourraient-ils conditionner les choix capacitaires de ses armées ? « Depuis quelques années, l'Inde veut devenir autosuffisante dans les domaines stratégiques et notamment dans le domaine de l'armement. Ce qui passe par l'accession au statut d'exportateur important sur le marché de l'armement mondial. Pour cela, l'Inde cherche donc à exporter par tous les moyens ses produits qui ont malgré tout des problèmes de qualité, des problèmes de fiabilité, des problèmes de performance par rapport à la concurrence, indique Léo Péria-Peigné. La France, de son côté, cherche à cultiver son partenariat avec l'Inde, qui est son excellent client pour son industrie de défense. Au vu de l'actualité, notamment très récemment, vous avez eu l'annonce que le Rafale avait été sélectionné pour l'achat de 114 appareils pour l'armée de l'air indienne. Il est possible, au vu notamment des échanges entre Narendra Modi et le président Macron, que les Indiens aimeraient que la France achète ses lance-roquettes pour valider le contrat Rafale. Mais ce n'est qu'une supposition », analyse le spécialiste. Rafale contre Pinaka, l’hypothèse sera peut-être résolue mardi prochain à l’occasion de la visite d’Emmanuel Macron en Inde.