Anatomie d'un titre

Une fructueuse erreur, un hasard de jam session, une déclaration d’amour, un cri de colère, une idée venue sous la douche, une blague qui n’arrête plus de tourner, ou tout simplement un besoin de gagner sa croûte. Les standards naissent souvent d’une étincelle avant d'exploser en feu d’artifice. Manon Brimaud se penche sur la question et décortique chaque jour l’une de ces mélodies venues du fond des jazz, retraçant l’histoire d’un patrimoine universel devenu terrain de jeu infini. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Épisodes

  1. -1 j

    CONCERTO FOR COOTIE - PAR COOTIE, POUR COOTIE, AVEC COOTIE

    1928, Mobile City, Alabama. Cootie Williams a 17 ans et trouve son ticket pour New York en intégrant le banc des trompettes de l’orchestre du clarinettiste Edmond Hall. A 18 ans, il est embauché dans l'orchestre du batteur Chick Webb, l’un des meilleurs de la ville, et se produit tous les soirs sur la scène du Savoy, à savoir le dancehall le plus convoité de Harlem.  Et A 19 ans, Cootie Williams s’est construit une réputation tellement solide qu’elle finit par piquer la curiosité de la plus grande star de l’époque, le chef d’orchestre Duke Ellington, cherche justement un nouveau trompettiste, depuis qu’il a viré le sien, fantastique et à l’origine d’une bonne partie du son à la Duke (notamment du jeu à la sourdine), mais pas toujours fiable et carrément alcoolique.  Donc une belle aubaine, mais pas une mince affaire. Une mission à la hauteur de Cootie Williams, qu’Ellington embauche sans la moindre hésitation.  Fidèle à lui-même, Cootie acquiert l’admiration générale de l’orchestre. Et, plus important encore, le respect d’Ellington, qui inspiré par sa nouvelle muse, se met à composer des morceaux pensé pour laisser à Cootie toute la place pour ses solos légendaires.  Jusqu’au plus célèbre d’entre eux, en 1940, le Duke ne laisse plus aucune place au doute en composant carrément un Concerto For Cootie.  Enfin, ça c’est ce que dit Ellington...  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  2. -3 j

    KING PORTER STOMP - ON N'ARRÊTE PAS LE PROGRÈS

    Ça avait l’air assez dingue le tournant du XXe siècle. L’époque de tous les possibles et des brevets industriels : le gramophone, l'automobile, et même la TSF. Bref, j’imagine que c'est à ce moment-là qu’on commence à dire des trucs comme “on arrête pas le progrès” et qu’on s’acharne à poser les bases du monde moderne.  Alors dans le jazz, musique du rêve américain, c’est pareil. Partant du blues, du gospel et des marches militaires, les musiciens, à commencer par les pianistes, se mettent à inventer… En 1906, c’est le sacre officiel de la main gauche avec le ragtime (littéralement “temps déchiqueté”). Un dérivé de la marche militaire avec un petit côté syncopé, comme si le soldat se mettait à danser.  En arrivant à Harlem, le ragtime se transforme en stride. Littéralement “enjamber” en anglais, ce que faisait déjà la main gauche dans le ragtime : enjamber la basse pour retomber sur l’accord, à la seule différence qu’on y ajoute de l’improvisation, de la liberté et de la créativité. Gardez les mêmes ingrédients, répartissez-les en différente s voix des fanfares de la Nouvelle Orléans et vous obtenez le Dixieland ou Hot Jazz avec son lot de grands solistes, à commencer par Louis Armstrong. L’autre grande différence entre le stride et le dixieland, c’est le rythme. Si le stride enjambe, le Dixieland marche tout droit, en marquant bien chaque temps.  Et c’est à ce moment-là qu’apparaît le Stomp...  Jelly Roll Morton, King Porter Stomp (Vocalion - 1926) Fletcher Henderson, King Porter Stomp (Columbia - 1928) Benny Goodman, King Porter Stomp (Victor - 1935) Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  3. -4 j

    HONEYSUCKLE ROSE - CECI N'EST PAS UNE FLEUR

    Sacrée année que l’année 1998. Première étoile à la coupe du monde, lancement du tout premier module de la Station Spatiale Internationale et… première cartographie du clitoris, par le Dr Helen O’Connell. Avant ça, une fois n’est pas coutume, les hommes ont joué avec pendant des siècles sans savoir ce que c’était.  C’est simple, on en parlait le moins possible. Et quand on le faisait, c’était en usant et abusant de toutes sortes de métaphores délicates, très souvent liées à la nature, et en grande majorité aux fleurs. Dans le Roman de la Rose par exemple, œuvre majeure de la poésie médiévale, la scène de la cueillette est assez explicite.  Parce-que les fleurs, ça se mange. Et là encore, ça ne date pas d’hier. Sur les murs de Pompéi par exemple, les archéologues ont retrouvé des fresques en l’honneur du sexe oral, attestant de la pratique au moins 79 ans avant Jésus Christ.  Avec quelques restrictions quand même : seules les esclaves sexuelles ou les lesbiennes avaient le droit de s’adonner à la pratique, jugées dégradante, sale ou juste complètement taboue pour tout homme qui se respecte.  Bref, on a compris, jusqu’à très récemment, le cunnilingus avait plutôt mauvaise presse. Mais parmi les artistes engagés dans la défense du plaisir féminin, on trouve un musicien de jazz, connu pour ses excès, son côté clown, son amour de la vie et un certain talent pour la composition : l'incroyable monsieur Fats Waller.  A la fin des années 20, le pianiste avait ses quartiers au Connie’s Inn, l’un des speakeasy les plus fréquentés de Harlem. Secret, interdit et convoité. Le Connie’s Inn était de toute évidence le lieu idéal pour accueillir la toute première représentation d’une ode au cunni en version swing...  Mildred Bailey and Her Alley Cats, Honeyscukle Rose (1935 - Decca Records) Lena Horn feat. Benny Carter, Honeysuckle Rose (1943) Sarah Vaughan, Live at Mister’s Kelly (EmArcy - 1958)  Anita O'Day, Anita (Verve - 1956)  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  4. 9 sept.

    On the Sunnyside of the Street - the dark side of Fats Waller

    Prenez une veste, attrapez votre chapeau et laissez vos soucis à la porte. Ce soir on va se promener On the Sunnyside of the Street!  C’est LA chanson anti-dépression par excellence. Anti Grande Dépression même. Avec des paroles qui laissent deviner tout un pan de l’histoire états-unienne.  Au lendemain du krach de 1929, la crise n’épargne personne. Les banques sont vides, les usines sont à l’arrêt et 14 millions de personnes perdent leur emploi.   Évidemment, les musiciens noirs sont parmi les premiers touchés. Alors ils se mettent à vendre des mélodies sous le manteau, comme ça, pour se faire de l’argent rapide. Et on a quelques indices qui nous laissent penser que Fats Waller étaient de ceux-là. En 1929, il a 25 ans et, même s’il n’est pas encore la vedette qu’il deviendra, il est déjà une figure importante de la scène newyorkaise.  Et - vous m’avez vu venir - la légende raconte que ce serait lui le véritable auteur de On the Sunnyside of the Street, et qu’il l’aurait vendu à Jimmy McHugh, célèbre compositeur de Broadway, pour une bouchée de pain.  Enfin, je dis la légende, mais en réalité, la légende s’appelle Maurice Waller et n’est autre que le fils du pianiste, qui racontait à qui voulait l’entendre que son père avait regretté toute sa vie d’avoir vendu On the Sunnyside of the Street, surtout en voyant le succès immédiat de la chanson. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  5. 8 sept.

    Darn That Dream - Shakespeare à Broadway

    Au XVIIe, un certain William Shakespeare faisait se rencontrer la mythologie grecque et le folklore britannique dans une comédie en cinq actes intitulée Songe d’une nuit d’été. Et le 29 novembre 1939, le public américain découvrait à Broadway, Swingin’ the Dream, une réécriture jazz de la pièce, imaginée par Erik Charell. Toujours une histoire d’amour compliquée, toujours des fées et de la magie, mais cette fois-ci un nouveau décor. Un haut lieu de la mythologie jazz : la Nouvelle Orléans des années 1890.  Louis Armstrong  dans le rôle d’un tisserand à tête d’anne, Maxine Sullivan dans celui reine des fées, Bud Freeman, Benny Goodman et l’audace d’un casting en grande majorité noir dans un pays régit par des lois ségrégationnistes.   Le résultat ? Un flop à 2 millions de dollars.  Aujourd’hui encore, les experts s’arrachent les cheveux pour déterminer la cause d’un tel tollé. Même si l’hypothèse la plus probable reste quand même le racisme.  Peut-être aussi que la pièce était naze mais ça, nous n’avons aucun moyen de le prouver.  Tous les livrets ont été perdus. Ne nous reste de Swingin’ the Dream que quelques articles et une bande son. Les plus grands standards d’alors mais aussi quelques compositions originales, dont celle qui m’intéresse aujourd’hui : Darn That Dream. “Ose ce rêve”.    Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

À propos

Une fructueuse erreur, un hasard de jam session, une déclaration d’amour, un cri de colère, une idée venue sous la douche, une blague qui n’arrête plus de tourner, ou tout simplement un besoin de gagner sa croûte. Les standards naissent souvent d’une étincelle avant d'exploser en feu d’artifice. Manon Brimaud se penche sur la question et décortique chaque jour l’une de ces mélodies venues du fond des jazz, retraçant l’histoire d’un patrimoine universel devenu terrain de jeu infini. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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