Tradition Orale Poétique

Pauline Moingeon Vallès

Tu fais quoi de tes nuits ?Rien.Tu dors ?Non.Tu écris ?Parfois.Et sinon ?Je me laisse glisser dans mes chaussettes.Mais encore ?Je me laisse grignoter par mes doigts de pieds. A force de manger des morceaux de moi, mes pieds sont tout déformés. Mais je ne peux me récupérer, je suis trop lourde, écrasée par mes talons. C'est pour ça que je ne marche pas droit. Oui, on dit de moi que je ne marche pas droit. Désaxée. Mais c'est pour ça. Je suis déséquilibrée par des morceaux de moi. Mon centre de gravité n'est pas à hauteur de la deuxième sacro-lombaire, il est à hauteur de mes chaussettes.Illustrations des Poèmes et de la couverture : Xabier Moingeon - https://xabiermoingeon.wordpress.comCrédit photos de profil : Christèle Billault - ? Instagram : https://www.instagram.com/christelebee/

  1. 13/09/2022

    Deuil

    Deuil in Poésies Nocturnes ?Illustration : Xabier Moingeon - https://xabiermoingeon.wordpress.comJe voudrais concevoir dans mon corps le mouvement de chacun des muscles, la légèreté.Je voudrais caresser de mon amour l'air doux de mes pensées qui ne sont que bien-être et ne disent que le meilleur de moi. Mais je ne les entends pas. Tout entière focalisée sur la peur du ne plus vivre et du ne plus vouloir vivre comme ce fœtus que j'étais qui a souhaité s'échapper...Douleur de la mère en moiDouleur d'une mère De l'émiettement d'un amour perduCelui d'un parentCelui d'un enfantCelui d'un amantSéparation psychique et physiqueJe pleure aujourd'hui mon impuissance, le partage stérile de mes craintes, l'amour de soi privé de son Moi plein et complet, à la recherche de son double, à la recherche de son ombre.J'inspire pour me rassemblerCompassion, compatir, compassus sumJ'expire pour l'autrePensées inventéesPensées qui ne soulagent ni l' autre, ni le poète qui glisse hors de son corps vers le corps de l'autre.Pensées mensongères qui n'existent pas pour l'autre, ni ne sont les miennes propres.Perte d'identitéRessens-tu La vraie pensée Le véritable amour qui est tienCette joie partagée ?Quand tu es là Entière dans ton corpsPuissante pour toiDans l'écoute de l'autreRessens-tu cette paix La paix de cet amourQui dort en toi proche de la faune et la floreImmense et belle ?Oui, vois, comme tu es belleQuand tu aimes ton âmeQuand tu aimes cette voixQuand tu aimes à te retrouverÀ être là pout toi.Ressens l'amour du soiL'amour du père et de la mèreL'amour du fils et de la filleL'amour du roi.

  2. 10/02/2022

    Picassent 2

    Picassent 2 in Quia Frater poética (2020-2021)Illustration : Xabier Moingeon - https://xabiermoingeon.wordpress.comPicassentLes couloirs, les grilles, les gardiens, les portiques de sécurité, les casiers pour tes affaires - Enfin, ce qu'il en reste...Tout a été retiré à l'entrée. Encore des couloirs et encore des grilles. Des alarmes pour tout - surtout pour te dire de passer et de dégager.Des minis-cellules de visite avec de lourdes portes en verre - et des gardiens qui rodent - font office de parloirs. Il y en a une vingtaine côte à côte.Certaines cellules ne ferment pas. La lourde porte ne tient pas. Un bruit ahurissant envahit la pièce.Tu ne peux pas accueillir ton émotion dans le silence et la sérénité.A l’intérieur, une autre vitre et ton bro derrière les barreaux. Vitre + barreaux.Un tabouret. Tu as 40 minutes.D'autres cellules n'ont pas de tabouret.Tu ne peux pas te poser pour faire face à l'émotion. Tu dois tenir 40 minutes avec les tremblements dans les cuisses et sous les yeux et autour de la bouche.Sur le côté un téléphone. Pour l'entendre, tu dois décrocher.D'autres cellules n'ont pas de téléphone. Ou encore, d'autres cellules ont un téléphone qui ne fonctionne pas.Tu ne peux pas entendre ni parler pour évacuer l'émotion.Je fais toutes les cellules restantes sans trouver une cellule libre qui me permette de réunir les conditions pour profiter correctement de mon bro que je n'ai pas revu depuis un an.Je choisis la cellule avec la porte qui ne ferme pas, c'est encore ce qu'il y a de plus tenable pour moi, mais j’entends le brouhaha constant des autres prisonniers, des autres visiteurs, des gardiens. Un bruit qui résonne, énorme. Et parfois je n'entends pas mon frère, mais je ne le fais pas répéter. Je n'ai pas le temps de le faire répéter. Je demande à mon cerveau d'interpréter ce qui peut se dire et se vivre dans cet instant-là . Unique et très court instant.Tu dois profiter, ne pas perdre de temps. Tu n'as pas le temps d'en perdre.

  3. 24/09/2021

    Picassent

    Picassent in Quia Frater poética (2020-2021)Illustration : Xabier Moingeon - https://xabiermoingeon.wordpress.comPicassentEl dinero, no !Es el primero paquete ?Ok, mais el dinero, no !L'argent, ils ne prennent pas Les paquets non plusIls te laissent nu et sans argentIls te laissent avec toi-mêmeIls te laissent seul au milieu d'inconnusSans argent et complètement nuEt toi, tu attends làDans la chaleur du cárcelAttendre de voir la personne que tu aimesTon bro'EnferméDerrière des fils de barbelésLes murs sont hautsLa tour encore plus hauteUn MiradorEt toi, tu attends avec les autres Dans la chaleur du cárcelLes barreaux devenus hôtesEl dinero, no !Es el primero paquete ?Ok, mais el dinero, no !Le temps passe - tic-tacEt rien ne se passeTu attends et rien ne se passeLes voix résonnentEt les éventails s'actionnentLes voix hautes des femmesAigües et hautes à faire malHautes comme la tour du cárcelQui te rentrent dans les oreillesLa plupart sont tatouéesDes cœurs, des poissons, des scorpions, des dragons Des -ON de prisONVenues voir la personne qu'elles aimentLivrée à elle-mêmeSans autre sortie de penséeJuste des barbelésPour s'évaderTout en restant là, prostréeDans la chaleur du cárcelIl est quelle heure ? J'attendsDepuis combien de temps ?Pas de téléphone, Pas de bouquin, pas de papelDans le cárcelJuste toi avec toi-mêmeDans la résonance des voix hautes perchéesQui flottent au-dessus des barbelésNue au dessus de toute convenueJ'étouffe dans la chaleur du carcelSans comprendre ce que je fous làSans comprendre ce que mon bro fout làSans argent, sans lunettes sans fringue, Sans clope, sans eau El dinero, no !

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Tu fais quoi de tes nuits ?Rien.Tu dors ?Non.Tu écris ?Parfois.Et sinon ?Je me laisse glisser dans mes chaussettes.Mais encore ?Je me laisse grignoter par mes doigts de pieds. A force de manger des morceaux de moi, mes pieds sont tout déformés. Mais je ne peux me récupérer, je suis trop lourde, écrasée par mes talons. C'est pour ça que je ne marche pas droit. Oui, on dit de moi que je ne marche pas droit. Désaxée. Mais c'est pour ça. Je suis déséquilibrée par des morceaux de moi. Mon centre de gravité n'est pas à hauteur de la deuxième sacro-lombaire, il est à hauteur de mes chaussettes.Illustrations des Poèmes et de la couverture : Xabier Moingeon - https://xabiermoingeon.wordpress.comCrédit photos de profil : Christèle Billault - ? Instagram : https://www.instagram.com/christelebee/