Les Chroniques de l'Orang-outan

Les Bibliothèques de la Ville de Lausanne

Les bibliothécaires vous proposent des coups de cœur ou des sélections thématiques sur des romans, des films, des livres documentaires et des bandes dessinées. C'est le podcast à écouter si vous ne savez pas quoi lire ou regarder!

  1. -6 j

    J'emporterai le feu - Leïla Slimani

    La minute des chroniques de l'Orang-outan, un format ultra-court pour présenter une œuvre qu'on a aimée. Retrouvez également nos chroniques en vidéo sur la chaîne YouTube "Lire à Lausanne". « J’emporterai le feu » de Leila Slimani (Gallimard 2025) Il s’agit du troisième volet de la série « Le pays des autres », le roman qui vient clore cette saga ou l’on suit l’histoire d’une famille franco-marocaine sur plusieurs générations, au fil de la deuxième moitié du 20e siècle. Toute la trilogie est un vrai coup de cœur pour moi.J’ai adoré l’écriture fluide et vivante de l’autrice, tantôt laissant deviner sa colère pour ce que la société fait vivre à ses personnages, ce que le Maroc mais aussi le monde en général est devenu, tantôt au contraire pleine de tendresse pour cette famille, ce clan, qui traverse les décennies envers et contre tout, entre maladresses et dignité.Le premier volume, « Le pays des autres », s’ouvre sur la rencontre entre Amine Belhaj, soldat marocain pendant la deuxième guerre mondiale, et une française, Mathilde, qui partira vivre avec lui quand il rentrera au Maroc, donnant naissance à cette lignée. On voyage avec Mathilde alors qu’elle découvre et se prend d’attachement pour ce pays et ses gens.Dans le deuxième tome, « Regardez-nous danser », c’est les aventures des enfants d’Amine et Mathilde que l’on suit, notamment Aicha, qui part étudier la médecine en Alsace et revient à Rabat pour exercer la gynécologie. Elle se marie avec Mehdi et ils forment un couple plutôt moderne, qui oscille entre critique du régime et tentative de faire bouger les choses de l’intérieur.Quant à ce dernier volume, « J’emporterai le feu », il commence avec la naissance de la troisième génération : les deux petites filles de Mathilde, filles d’Aicha. On les voit grandir, tiraillées entre la joie et la douceur de vivre de l’enfance dans une famille marocaine aisée, et les difficultés de la vie pendant les « années dures » du Maroc. Ce sont les années 80-90, une période de crise économique et politique, sur fond de monarchie autoritaire et d’arrestations arbitraires de dissidents politiques.Le roman est surtout concentré sur Mia, que l’on suit au fil de son enfance et adolescence, jusqu’à l’âge adulte. On l’accompagne dans sa quête alors qu’elle cherche à définir son identité, ses relations aux autres, sur fond de pression familiale et de société des apparences. On partage sa colère lorsqu’elle est contrainte à taire son attirance pour les filles, sa rébellion, sa soif de liberté. On ressent sa déchirure lorsqu’elle quitte à son tour le Maroc pour étudier à Paris, éprouvant à la fois une grande solitude, et un espoir de tracer enfin sa propre voie et vivre son orientation sexuelle de façon un peu plus libre.Au final, les trois volumes nous évoquent de superbes destins de femmes, à la fois ordinaires et extraordinaires.La toute dernière phrase du livre de Leila Slimani m’a fortement marquée. Même si elle se trouve dans les remerciements, elle fait presque partie du roman, on a la sensation qu’elle met un point final magistral à cette saga. La voici : « A ceux dont je ne peux citer les noms, mes amis de toujours, qui n’ont pas d’autre choix que de vivre leur sexualité en cachette. Ce livre est pour vous, je vous dois tant et votre feu brûle en moi pour toujours. »

    4 min
  2. 29/10/2025

    Eve : 200 millions d'années d'évolution au féminin - Cat Bohannon

    La minute des chroniques de l'Orang-outan, un format ultra-court pour présenter une œuvre qu'on a aimée. Retrouvez également nos chroniques en vidéo sur la chaîne YouTube "Lire à Lausanne". BOHANNON, Cat : Eve, 200 millions d’années d’évolution au féminin – Flammarion 2025En 2025, si vous êtes une femme, vous avez moins de risque de faire un infarctus que votre voisin. ! Mais, mauvaise nouvelle : même si vous vivez dans un pays industrialisé et que vous appartenez à une catégorie socio-professionnelle favorisée, vous avez plus de risque d’en mourir ! Le milieu médical, principalement formé à partir de données masculines, ne repère pas ou pas assez rapidement les signes annonciateurs de l’infarctus au féminin!De même, l’anesthésie chirurgicale, les traitements médicamenteux, les programmes scolaires, souffrent de l’idée générale que le corps féminin est le même que le masculin avec quelques accessoires « inférieurs » en moins.Dans la recherche scientifique et médicale, lorsque les accessoires « en plus » posent problème ces corps sont tout simplement écartés de la cohorte des études afin de simplifier celles-ci ! Entre 1996 et 2006, 79 % des études sur l’animal publiés dans la revue scientifiques « Pain » n’incluaient que des sujets mâles. A l’heure actuelle, les revues scientifiques reflètent encore un grand déséquilibre…Plus encore, lorsqu’un médicament est mis sur le marché, il n’est pas rare qu’il n’ait jamais été testé sur un corps femelle.D’un point de vue biologique, l’hypothèse qu’être sexué n’est qu’une question d’organes sexuels, ou qu’être « femelle » ne représente qu’une légère modification est encore très présente. Bien au contraire, être sexué se reflète dans les caractéristiques essentielles de notre corps mammalien, que nous soyons une souris ou un être humain.De la prise de conscience de cette ignorance du corps féminin, la chercheuse Cat Bohannon en a tiré la volonté de mettre au jour et de rassembler les connaissances scientifiques autour du corps humain féminin. Elle nous livre une incroyable odyssée qui nous raconte l’émergence des ancêtres de l’Humaine actuelle.L’histoire commence par la petite Morgie, une minuscule chasseuse pas plus grosse qu’un pouce. Cette pondeuse d’œuf vivant parmi les dinosaures fait partie des Morganucodon. Elle nourrit ses petits avec du lait suintant des pores de son ventre et semble être l’ancêtre des mammifèresPuis c’est l’apparition de l’utérus, ou plus précisément la transformation d’un corps femelle permettant de garder l’œuf à l’intérieur d’un espace adéquat. Cette transformation contre nature marque une étape importante dans l’incroyable survie et l’explosion de la diversité des ancêtres des mammifères.La scientifique explore ainsi, au fil des chapitres, les transformations biologiques amenant à la femme moderne.A travers un récit scientifique détaillé, émaillé d’anecdotes, complété par des explications claires et facilement compréhensibles, ce livre nous fait traverser les millions d’années d’évolution du corps femelle. Les particularités extra-ordinaires du corps des femmes apparaissent, sélectionnées par l’évolution biologique et sociologique !Que vous soyez l’heureux propriétaire d’un corps mâle ou femelle, si vous ne deviez lire qu’un seul livre de biologie, d’anthropologie ou de science de l’évolution, ce devrait être celui-ci ! Car, à n’en pas douter, nous sommes tous et toutes nés de la magnifique « machine à bébés », d’un corps incroyablement complexe, issu de 200 millions d’années d’évolution !

    5 min
  3. 17/09/2025

    Trois films pour voyager

    La minute des chroniques de l'Orang-outan, un format ultra-court pour présenter une œuvre qu'on a aimée. Retrouvez également nos chroniques en vidéo sur la chaîne YouTube "Lire à Lausanne". Trois nouvelles sorties DVD à ne pas manquer, trois films venus de loin : d’Iran, pour Mon gâteau préféré, de Géorgie, pour Crossing Istanbul, et d’Inde, pour All we imagine as light.Commençons en Géorgie, puis en Turquie, avec Crossing Istanbul. Dans ce film, on suit les pérégrinations à travers Istanbul d’un duo improbable : un jeune adulte en quête d’avenir, une vieille dame à la recherche de sa nièce partie sans laisser de traces. Tous deux viennent d’un petit village de Géorgie et se lancent dans ce voyage ensemble. Ils ne se connaissent pas, ils ne connaissent pas Istanbul. Ils vont donc découvrir la ville, apprendre à s’apprivoiser, mais aussi comprendre peu à peu les raisons de leur voyage. Une très belle histoire dans une ville fascinante.Avec All we imagine as light, c’est la ville de Mumbai qu’on découvre. On suit trois amies, toutes collègues dans un hôpital de la ville. A elles trois elles représentent trois générations de femmes. La plus jeune cherche à éviter un mariage arrangé. La deuxième essaie de ne plus penser à son mari, parti travailler en Allemagne et dont elle n’a plus de nouvelles depuis longtemps. La dernière est veuve, sur le point de prendre sa retraite, et se bat pour ne pas perdre de son logement. Trois portraits de femmes brillamment rendus, où se mêlent des problématiques intimes dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître, tout en nous faisant découvrir les particularités de la vie en Inde. Un film d’une beauté et d’une poésie envoutante.Pour finir, direction l’Iran avec le film Mon gâteau préféré. Ici aussi se mêle à la fois une histoire universelle, celle d’une femme en quête de l’amour, et une peinture de la situation en Iran, juste avant le début du mouvement « Femmes Vie Liberté ». Embarquez avec Mahin, une femme de 70 ans qui vit seule dans sa maison de Téhéran. Elle est veuve depuis longtemps et tous ses enfants sont partis à vivre à l’étranger. Après une soirée avec ses amies elle décide de forcer le destin et de retrouver l’amour. Un film prenant, un film qui démultiplie l’envie de vivre, un film qui vous retourne le cœur.

    3 min
  4. 23/10/2024

    Le Retour de Mara Roux - Anne-Fédérique Rochat

    La minute des chroniques de l'Orang-outan, un format ultra-court pour présenter une œuvre qu'on a aimée. Retrouvez également nos chroniques en vidéo sur la chaîne YouTube "Lire à Lausanne". Texte intégral:Ecrire dans un style clair, ce n’est pas sacrifier à la qualité. C’est le pari lancé à Anne-Frédérique Rochat pour composer ce roman dit FAL (ce qui signifie facile à lire)Le « Facile à lire », c’est quoi ? C’est une démarche qui vise à promouvoir un ensemble de règles permettant de faciliter la compréhension de la communication écrite auprès de personnes qui n’ont jamais vraiment maîtrisé l’apprentissage de la lecture ou qui ont désappris à lire.L’offre de lecture « Facile à lire » est issue d’une sélection réalisée par les bibliothécaires sur des critères d’accessibilité et de lisibilité. Dans le réseau des bibliothèques de la Ville, 3 sites proposent cette collection dans des espaces de lecture confort adaptés: EB MT CH.Vous y trouverez Le Retour de Mara Roux, roman pour lequel l’autrice a été accompagnée tout au long de son parcours d’écriture, par des groupes d’apprenants de l’association Lire et écrire Vaud. Grâce à eux, nous entrons dans l’histoire de Mara, une chanteuse dont nous suivons le retour au village de son enfance pour un concert exceptionnel. Avec sa tache de naissance sur la joue, ses souvenirs qui remontent, et ce père à qui elle ne pensait plus parler.extrait page 69 : « Ce serait formidable de pouvoir chanter ce soir dans le village de mon enfance. Là où ma passion et mes rêves sont nés. Je passe à salle de bain pour me rafraichir. Dans le miroir je regarde ma tâche sans lui accorder d’importance. Ce qui compte, c’est ma voix. Je préfèrerais être couverte de la tête aux pieds, mais capable de chanter. »Un roman facile à lire et facile à aimer !

    3 min
  5. 11/09/2024

    Zèbre zen - Clotilde Poivilliers

    La minute des chroniques de l'Orang-outan, un format ultra-court pour présenter une œuvre qu'on a aimée. Retrouvez également nos chroniques en vidéo sur la chaîne YouTube "Lire à Lausanne". Texte intégral: Vous connaissez la série tv HPI ? Les histoires de cette femme de ménage - folle dingue - qui réussit à démêler les intrigues policières les plus compliquées de l’enquêteur Karadec ? Et tout ça, d’un simple battement de cils. ! Le trait est certes un peu forcé, mais le portrait de cette jeune femme donne une première entrée dans la vie compliquée d’une personne adulte surdouée…Comment comprendre et expliquer les différences de comportement d’un adulte HPI ? grâce à l’utilisation des IRM. Selon les recherches actuelles, ces adultes n’ont probablement pas éliminé la majorité des connexions neuronales établies pendant l’embryogénèse et durant l’enfance. Le commun des mortels voit s’éliminer beaucoup de connexions superflues pendant sa croissance, afin de ne garder que les plus « utiles » à l’âge adulte. Le cerveau des surdoués semble avoir moins élagué de connexions. Ils ont ainsi gardés actives les facultés du petit enfant ainsi que la part animal et instinctive. Par ailleurs, ils vont développer, comme le commun des mortels, celles qui apparaissent au cours de la face de maturation. Dès lors ils ont, certes, la chance d’avoir des compétences cognitives XXL mais également des systèmes émotionnel et limbique toujours XXL. Faute d’être bien gérés, tous ces systèmes surdimensionnés peuvent s’avérer très encombrants et même court-circuiter leurs possibilités intellectuelles extraordinaires. En bref, dans certaines situations, la HPI peut perdre tous ses moyens et se figer, littéralement !L’autrice décrit, d’une manière précise et imagée, l’adulte surdoué à travers toutes ses facettes : d’un point de vue neuroscientifique, psychologique et éthologique avant de faire profiter le lecteur (HP ou pas) d’une véritable boîte à outils permettant de gérer des émotions exacerbées au quotidien.Il ne sert à rien d’avoir la chance de posséder un cerveau puissant, des dons formidables, si votre bon vieux cerveau limbique court-circuite toutes vos belles compétences et possibilités de vous épanouir et vivre pleinement votre vie avec les autres !Rien de révolutionnaire dans les techniques proposées dans ce bouquin, mais l’autrice les rassemblent, les testent et nous offre leur meilleure version boustée, à glisser dans notre quotidien très chargé.A mettre vraiment entre toutes les mains que l’on soit à haut potentiel ou pas

    3 min
  6. 12/06/2024

    Mieux comprendre le syndrome d'Asperger - Sélection de documents

    Une petite sélection de trois livres et une BD pour mieux comprendre et mieux vivre avec ce qu'on appelait le syndrome d'Asperger. Texte intégral:Connaissez-vous dans votre entourage une personne un peu à part ? Un ou une drôle de zèbre ?Il ou elle semble assez maladroite en société, vos blagues semblent ne pas la faire rire. Elle a le regard un peu « voyageur », des problèmes à supporter les odeurs ou le bruit ? Certains thèmes semblent littéralement la passionner et elle est inépuisable sur le sujet ?Vous vous êtes peut-être même un peu – beaucoup -reconnu dans ce portrait ?Cette personne est peu-être porteuse du syndrome d’Asperger, un des divers troubles « du spectre autistique » comme le nomme les spécialistes en santé mentale. Certains Aspergers célèbres ont fait la une des journaux, écrit des livres : on a vanté leur intelligence extraordinaire, leurs aptitudes hors normes, mais ce sont les personnes qui s’en sortent bien. Il y a toutes les autres…Actuellement ce syndrome est assez bien connu et suivi dans sa forme infantile mais il ne disparait pas comme par magie lorsqu’on devient adulte. C’est alors le commencement d’une vie d’adulte souvent compliquée dans une société formatée. L’amitié, l’amour, le travail tout est incroyablement difficile et la dépression est souvent au rendez-vous.Que vous vous reconnaissiez vous-même dans ces quelques traits, que vous côtoyiez un / une aspie au travail, parmi vos amis ou que votre cœur bat pour un tel zèbre ou zèbrette, je vous propose la lecture de 2 petits livres, très faciles d’accès. L’autrice Rudy Simone, elle-même porteuse du syndrome d’Asperger, nous livre « 22 choses que sa ou son partenaire doit savoir » pour « Vivre avec un homme / une femme Asperger « parus aux éditions DBS. Véritable s« mode d’emploi » destiné à mieux comprendre son ou sa partenaire dans le couple, ces petits documents éclairent de manière plus générale le fonctionnement d’une personne Asperger. A lire donc par les amis, la famille et… conseil personnel - par la personne porteuse du syndrome elle-même pour mieux se connaître et surtout mieux comprendre le décalage qui peut exister entre elle et un / une normo-pensant.Si la lecture précédente vous donne envie de creuser le sujet, je vous recommande « Le syndrôme d’Asperger » de Tony Attwood, docteur en psychologie et l’un des meilleurs spécialistes du syndrome d’Asperger. Ce livre très complet fait référence dans le domaine mais ce veut aussi accessible. Les concepts scientifiques qu’il aborde sont expliqués de manière claire et sont suivis, à chaque fois, de conseils pratiques. Il est régulièrement mis à jour pour intégrer les nouvelles connaissances sur le sujet.Pour aborder le thème sous une forme dessinée, je vous recommande i la lecture de la BD « La différence invisible » de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline publié chez Delcourt. Cette histoire en noir et blanc, relevée de touches de couleurs vives nous raconte la vie quotidienne de Marguerite. A 27 ans, la jeune femme mène une vie au quotidien bien structuré, ne partage pas son appartement avec son ami Florien pour cause d’hypersensibilité, essaie de survivre dans son travail en open-space. Aux prix d’efforts titanesques que personne ne remarque et qui l’épuisent littéralement, elle tente de se glisser dans la peau d’une personne « normale » Mais est-ce vraiment possible toute une vie ?

    4 min

À propos

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