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  1. 12/04/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 31- "Le dôme de la Méduse" de Pierre Raufast

    "Le dôme de la Méduse" de Pierre Raufast la trilogie baryonique volume 3 paru en mars 2024 aux éditions "Les Forges de Vulcain" Plus que quelques jours avant de recevoir des nouvelles du système de la Tortue !Le manuscrit devrait être transmis par le portail spatio-temporel de la rue des Vieilles Douves à Nantes, la cité de l'imaginaire ... j'ai réservé le mien ...Au n°15, l'Atalante, c'est le rendez-vous de tous les martiens et vénusiens, c'est l'éditeur-librairie de tous les monstres intergalactiques et de tous les aliens dégoulinants de saletés cosmiques.C'est qu'on en croise dans la ruelle de drôles de pèlerins ! Mais ça marche aussi dans toutes les bonnes librairies de France, de Navarre et de la galaxie.Si vous vous êtes mis à la bourre, il vous reste deux jours pour lire les deux tomes précédents et ce sera sans le plaisir d'y flâner.Tant pis pour vous !Et méfiance !Le voyage jusqu'aux confins du système de la Tortue, ça vous bouffe vite fait un week-end ...Il va sans dire qu'après lecture, cette chronique provisoire s'autodétruira pour laisser place à une véritable critique torchée avec brio et talent, toute chaude sortant du four et d'une dernière page tout juste refermée :"Le dôme de la méduse" est le troisième et dernier volet de la trilogie baryonique écrite par Pierre Raufast.Il a été publié en mars 2024 par les éditions "Aux forges de Vulcain".Le premier tome de la trilogie baryonique, "la tragédie de l'Orque", avait créé l'événement et s'était inscrit dans la sélection des cinq romans SF retenus pour concourir en 2023 au prix littéraire des Utopiales de Nantes.Le second volume, "Le système de la tortue", avait repoussé l'aventure jusqu'aux confins des galaxies et y avait introduit tous les possibles.Troisième et dernier opus, "Le dôme de la méduse", avant même d'avoir été écrit, avait déjà beaucoup promis et semblait devoir venir culbuter les limites de l'humanité ...Par Zarathustra !Que Dieu me savonne et qu'Arthur C. Clarke me pardonne, mais il y a là de quoi faire friser la barbe de Stanley Kubrick !C'est qu'il m'a semblé que ... Mais bon sang, mais c'est bien sûr !Mais électriques ou pas, revenons à nos moutons : - le 25 juillet 2176, à bord de l'Orca-7459, Sara Mc Teslin, la commandante de l'expédition, a déclenché un code MES ...Mais que peut donc bien être un code MES ?Ce roman est assez technique, ça a été depuis le début de la trilogie, la marque de fabrique de Pierre Raufast : "l'incompréhensible, bien compris" !Ici, plus que dans les deux autres volumes, cela semble avoir un peu gêné la progression du récit.De plus, Pierre Raufast, très vite y a délaissé l'aventure sidérale pour y privilégier une espèce de déroulé de petites manipulations et de grandes duperies terriennes.C'est que l'enjeu est de taille !Mais l'on n'en saura guère plus sur les autres, et notre solitude continuera de soudre dans l'espace infini de l'univers, avec cependant une petite lueur d'espoir braquée vers l'avenir.D'où vient ce dôme d'antimatière ?Que peut bien signifier ce rayon laser pointé vers l'espace ?Sommes-nous vraiment seuls ?Qui sommes nous ?D'où venons nous ?Et dans quel état j'erre, moi qui viens de refermer ce livre ?Mais si ce roman est un épilogue alourdi de quelques longueurs, il n'en demeure pas moins un excellent roman de science-fiction.Il propose des pistes de réflexion sur notre éthique et notre appréhension de l'intelligence artificielle, sur la communication possible avec l'autre et l'ailleurs hors de toutes références, sur l'origine de la vie."Le dôme de la méduse" est un livre intelligent et un peu exigent à la lecture.Ce n'est pas un récit rugissant des tuyères d'une exploration intersidérale.Ce serait plutôt une interrogation sur nous-même et sur notre monde à venir.Mais n'est-ce pas là, le rôle qui a été dévolu à la science-fiction depuis que le genre a mûri, depuis qu'il est sorti de l'ornière dans laquelle dès sa genèse il avait été jeté, cantonné qu'il était dans les mauvaises éditions par l'incompréhension des véritables littérateurs sérieux et reconnus avant même d'être connus ?Mais était-il vraiment raisonnable de s'aventurer dans l'espace à la recherche de petits bonhommes verts hypothétiques, de lire de la SF, de la BD et autres fariboles du même tonneau ?Quoi qu'il en soit le roman de Pierre Raufast a crevé le plafond de Gillou, bien plus bas, il faut bien le dire, que celui de Tao.Ce livre, pris dans l'ensemble de sa trilogie, est un roman ambitieux qui aura, peut-être, certainement même, repoussé un peu plus encore les limites du genre ...

  2. 05/04/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 30- "Mort à l'université" de Jean-Yves Le Naour

    "Mort à l'université" de Jean-Yves Le Naour paru le 20 mars 2024 aux éditions "Calmann Lévy" Le capitaine Tarate est devenu le pestiféré du commissariat de Toulouse.C'est donc tout naturellement que le commissaire Quincampoix lui a refilé une affaire apparemment banale.François Godefroy, un enseignant de l'université du Mirail n'est pas rentré chez lui.Banale histoire de fesse ? Fugue ?Seulement voilà, François Godefroy est retrouvé assassiné.Et un autre enseignant, André Limon est retrouvé mort lui aussi, abattu avec la même arme ...Et quelle arme !Que Dieu me savonne et que le colonel Moutarde me pardonne, mais on ne me la fait plus.J'ai quelques parties de Cluedo au compteur !L'arme du crime est la plume, et la victime n'est pas plus Mlle Rose que François Godefroy ou André Limon.Le fin mot de l'énigme d'ailleurs ne serait-il pas révélé dans le titre ?"Mort à l'université" est le dernier livre de Jean-Yves le Naour, qui vient d'être publié aux éditions "Calmann-Lévy" le 20 mars 2024.C'est un très bon roman policier.Le récit s'amorce tranquillement.La lecture commence, popote et benoîte, et puis le fil s'étire de manière originale et plaisante vers un épilogue que l'on n'aura pas vu venir.Il est retors ce capitaine Tarate, et futé qui plus est !Il va l'avoir sa promotion, enfin peut-être ...Suspens !Le récit est piqueté d'humour mais pas seulement.On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'une des victimes collatérales de cette affaire est bien le système affairiste de l'université."Mort à l'université" !L'auteur avait pourtant prévenu.Mais il se peut que tout cela ne soit qu'une fausse piste.Quoiqu'il en soit dans les remerciements en postface, Jean-Yves le Naour dit de son roman qu'il a été publié dans "un moment d'égarement".Pourtant dès la dernière page tournée, le plaisir est bien réel d'avoir lu un efficace et captivant roman policier.De plus, pour en finir, j'y ai compris -Enfin ! - pourquoi durant toute ma scolarité j'ai pu me demander où pouvaient bien s'habiller les profs.Il y a là aussi un secret révélé qui n'est pas négligeable ...

  3. 29/03/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 29- "Passage de la ligne" d'Edouard Peisson

    "Passage de la ligne" d'Edouard Peisson paru en 1935 aux éditions "Grasset", et réédité, en 1946, au "Livre Moderne Illustré" des éditions "J. Ferenczi et fils" avec des illustrations de Marcel Mouillot. Le "Pèlerin" était un cargo de 2500 tonnes de la "Dreyfuss et Cie" De Marseille.Après avoir relié pendant deux ans les comptoirs africains à la cité phocéenne, le vieux "Pèlerin" était fatigué, usé par tous ces milles parcourus.Ses tôles gémissaient, son moteur était à bout de souffle et son équipage ne pensait qu'au retour prochain.Mais à Dakar, l'agent général de la compagnie, Mr Alexandre, avait décidé que le vieux cargo devrait faire route vers Rio de Janeiro et devrait donc passer la ligne de l'équateur ..."Passage de la ligne" est un petit roman, ou une longue nouvelle d'un peu plus d'une centaine de pages, d'Édouard Peisson.Il a été publié en 1935 aux éditions "Grasset", et réédité, en 1946, au "Livre Moderne Illustré" des éditions "J. Ferenczi et fils" avec des illustrations de Marcel Mouillot.Et, ces illustrations, à la fois discrètes et cardinales, ouvrent chacun des chapitres du livre.La personnalité singulière et le talent de Marcel Mouillot ont délicatement posé sur cette édition un petit supplément d'âme au roman d'Edouard Peisson.Entre 1900 et 1930, la marine marchande qui vient déjà de subir le passage de la voile à la motorisation, connaît encore et toujours de nouvelles transformations : les bateaux s'affinent, la radiotélégraphie fait son apparition, la vapeur cédera bientôt la place au diesel ..."Le Pèlerin" ne possédait, lui, aucun moyen de transmission avec la terre.Ce qui a son importance dans le récit.Ce détail, induit mais non précisé par Edouard Peisson, va imprimer à son roman tout son caractère tragique.L'équipage est prisonnier du vieux navire et de l'océan."Passage de la ligne" est un huis-clos étouffant où il ne sera aucunement question d'un quelconque baptême de franchissement de l'équateur.Pas de tribunal où trône Neptune !Pas de convocation à aller chercher dans l'endroit le plus improbable du bord !L'équipage du "Pèlerin" a bien d'autres soucis en tête ...Édouard Peisson, comme à son habitude, nous offre un récit où il privilégie la peinture des personnages à celle des décors qu'il ne tend qu'en arrière plan.Pourtant, la chaleur est ici un des éléments essentiels, tellement bien saisie dans l'écriture qu'elle en devient presque tangible.Soudain le matelot Monteil est pris de douleurs aux reins.Son corps devient rouge brique et il ressent une forte douleur au côté droit du front, jusque dans la nuque.Pris de frissons de froid et enfermé dans une impression de brûler, le matelot Monteil est au plus mal.Le matelot Monteil est mort !Latour, un matelot chauffeur est malade à son tour ...Qu'est-ce qu'il y a donc à bord ?Edouard Peisson fait monter la tension jusqu'à presque la révolte, jusqu'à l'angoisse.L'épilogue est assez inattendu.L'auteur s'était mis une tragédie de côté pour finir dans l'émotion et le sentiment.Mais tout ici est maîtrisé et reste plausible.Il n'y a pas de place pour le larmoiement et la pleurnicherie ridicule.Edouard Peisson est trop attaché à ses personnages pour sombrer dans ces travers d'hypersensibilité et d'exagération.Ce roman est passionnant.C'est l'histoire de Pierre Ledur, un jeune lieutenant qui n'aimait que naviguer au Nord, et qui pourtant, par hasard et par fatalité, de retrouva embarqué sur le "Pèlerin" ...

  4. 22/03/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 28- "Le roi qui voulait voir la mer" de Gérard de Cortanze

    "Le roi qui voulait voir la mer" de Gérard de Cortanze paru le 29 septembre 2021 aux éditions "Albin Michel" Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages ...Et, comme le le sous-préfet alla aux champs, le roi vint à la mer, avec curiosité, délice et gourmandise ..."Le roi qui voulait voir la mer" est un roman historique de Gerard de Cortanze, publié en 2021 aux éditions "Albin Michel".En juin 1786, au grand dam de son entourage et de ses conseillers, le roi Louis XVI a décidé d'aller à la rencontre de son peuple.Mais pas de n'importe quel peuple, non !Et pas n'importe où ... En Normandie !Où ça ?En Normandie ... mais ma parole, vous débarquez !le bon roi Louis le seizième voulait embarquer. Il voulait voir la mer ... A la lecture de ce livre de Gerard de Cortanze, irrésistiblement l'on sent remonter son âme de bon peuple, l'on a envie d'aimer ce roi, de protéger cet homme des dangers et de l'orage dans lequel va le précipiter L Histoire.Nous avait-on d'ailleurs déjà présenté ce roi comme l'a fait ici Gérard de Cortanze ?Cet homme curieux, plein d'esprit, pétri de culture et empreint de générosité, avait-il été vraiment présenté à la République naissante ?Serait-ce un inconnu que cette dernière a guillotiné ?Sinon quoi ? Ne lui aurait-elle pas fait merci ?Prospective, analyse fidèle à L Histoire, ou les deux à la fois ?Ce livre est magnifique.Il fait d'abord le portrait d'un homme.Cet homme est le roi, mais il a perdu la puissance que possédaient ses aïeux.C'est que les temps ont bien changé, ma pauv' dame !Le roi est isolé à Versailles, entouré de courtisans qui ne lui veulent pas tous que du bien.Il ne peut compter ni sur le clergé, ni sur la noblesse qui sont arcboutés sur leurs privilèges.Mais la vieille société s'effrite.Le roi le sait tant et si bien qu'il a imprimé à son règne de nombreuses réformes, toutes généreuses et tournées vers l'avenir.Le roi est épris des choses de la mer, le roi qui s'entoure aussi de livres, de bons livres.Il s'est passionné pour l'expédition de la Pérouse dont il est partie prenante.Le roi veut donc voir la mer. A Cherbourg, en Normandie, là où le parler grasseye ; là où il fait toujours beau, au moins quelques minutes, quelques heures par jour, entre deux averses, deux orages, deux tempêtes ; là où flotte encore cet esprit superstitieux et magique qui a soufflé même sur le livre de Gérard de Cortanze un tout petit air d'oracle fantastique.Il faudra passer par Caen, Sainte-Mère-Église, Valognes et même Saint-Vaast la Hougue ...Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Valognes ... le carrosse royal arrive en vue du Versailles normand, où la rue principale qui menait au couvent des bénédictines ne comportait pas moins d'une centaine d'hôtels particuliers.Quel beau voyage, mes aïeux !Avec au bout de la terre, la mer qui attend patiemment l'arrivée du roi et la marée qui, pour lui, sera à l'heure ...Ce livre est d'une richesse étonnante.C'est d'abord un portrait étonnant, inséré dans un récit presque surprenant.Mais c'est aussi une pertinente analyse enchâssée dans une plausible prospective, une évidence imbriquée dans une fiction.La part de réalité se sera arrêtée là où a commencé l'imagination du romancier.C'est l'arbitrage de l'historien qui en situera la frontière.Le plaisir de la lecture n'en sera pas modifié.L'ouvrage viendra se clore sur la tragédie que l'on sait, sur la triste fin d'un roi qui aurait pu être grand et glorieux s'il n'avait pas été si humain et miséricordieux.Et à Cherbourg, les flots en vinrent à recouvrir aussi les cônes visités par Louis le seizième ... jusqu'au dernier qui aura quelques temps servi de vigie pour embouquer la passe orientale du port ...

  5. 15/03/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 27- "Courrier d'Asie" d'Oscar-Paul Gilbert

    "Courrier d'Asie" d'Oscar-Paul Gilbert paru en 1937 à la "Nrf" des éditions "Gallimard" Dans "Mollenard" un précédent roman, Oscar-Paul Gilbert nous avait mené jusqu'à Shangaï à bord du "Minotaure".Le temps d'une courte escale, l'écrivain-journaliste y a rédigé à l'intention de ses lecteurs un "Courrier d'Asie", qu'il a posté en 1937 à la prestigieuse collection "Nrf" des éditions "Gallimard"."Courrier d'Asie" est un recueil de trois nouvelles : "Fin d'un homme", "Les pirates du rail" et "Shangaï, Chambard and C°".Ce premier récit, "Fin d'un homme", long d'un peu plus de soixante-dix pages, est-il véritablement une pure fiction qu'Oscar-Paul Gilbert aurait tendue jusqu'à l'angoisse par dessus un de ses reportages ?Ne serait-ce pas plutôt un souvenir de l'écrivain-journaliste ?Oscar-Paul Gilbert s'y est-il mis en scène ?Ou n'est-ce qu'une impression qu'il aurait voulu y donner ?Une nuit lourde de tiédeur et de remugles, sur les quais de Saïgon, un journaliste regarde s'éloigner "le Bengale" qui repart vers la France.Après quelques coups de sirène, ses feux ont disparu et un homme, un inconnu, une épave, est assis sur des madriers.Il va se jeter dans le fleuve.Le journaliste sait ce qu'est la débine.Il empoigne l'homme presque de force et l'entraîne vers une chambre discrète de Cholon.L'homme se nomme Jean Dumont.Il est né dans la Nièvre à Prémery 36 ans auparavant.Il était premier-lieutenant à bord du paquebot-mixte "Tunnggall".D'une voix cassée, il va raconter son histoire, sa déchéance provoquée par sa rencontre avec Khi-Co, une belle métisse d'anglais et de chinoise, dont l'autre prénom est Marie.Jean est devenu le capitaine du "Founing" dont l'armateur est le boîteux, Thomas Ruiten, un forban hollandais coupable des trafics les plus honteux ... et il va entraîner Jean jusqu'à la forfaiture ultime, l'assassinat et la baraterie ...Dans ce recueil, la nouvelle est dédiée à Pierre Lazareff qui fût directeur de la rédaction de "Paris-Soir"."Fin d'un homme", dont il semblerait que le titre initial ait été "Bétail à vendre", a d'ailleurs été publiée initialement en dix épisodes dans "Paris-Soir" du 13 au 22 novembre 1936.Et, le 3 juin 1947, la radiodiffusion française en fit une adaptation radio pour son émission "Les Débutants célèbres*". Le second texte, "Les pirates du rail" a aussi été publié préalablement dans les pages de "Paris-Soir", fin août 1936.Mais il a été surtout adapté en 1938 au cinéma par Christian-Jaque dans un grand film tourné en studio et en Camargue, dont la distribution d'actrices et d'acteurs était emmenée par Charles Vanel et Erich von Stroheim. Oscar-Paul Gilbert en a signé le scénario et co-signé les dialogues.L'ingénieur en chef Pierson est responsable du chemin de fer français qui relie Laokay, frontière du Tonkin, à Yunnanfou, capitale du Yunnan.La nuit est chaude et la tension est palpable.Quelque-chose va se passer, mais de quel côté l'attaque va-t-elle se produire ?Les Lo-Lo du Nam-Ti vont-ils descendre des montagnes pour razzier ?Est-ce une révolution politique à Yunnanfou ?Les troupes régulières du général Tsai vont-elles demeurer fidèles ?Est-ce une offensive des bandes dites communistes ?Au cercle européens de la compagnie, les familles ont trouvé refuge dans le blockhaus.Mais tout le long de la ligne, les inspecteurs et leurs familles sont en danger : Rolland à Lahati, Morgant à Mong-Tseu et Petit à Pouo-Hi.La ligne téléphonique a été coupée entre Y-Léan et Yunannfou.L'attaque, inhabituellement coordonnée, s'est portée sur 400 kilomètres de rails ...Ce récit est une puissante évocations de la Chine des années 30.Les complots s'y entrecroisent et les violences côtoient les plus affables amabilités. Les personnages sont attachants pour certains et détestables pour d'autres.Les mots d'Oscar-Paul Gilbert sont odorants, moites, pleins de mystère et d'ambiguïté.Ils transpirent la peur de l'attente et le courage de l'action. Enfin, la troisième nouvelle "Shangaï, Chambard and C°" est l'histoire de Kay Murfy, l'étoile des huit Madison-girls de la boîte à matelots "l'Olympic" de Big Bill. Que sait-on de Kay Murfy, de son passé, de son présent ?Sinon qu'elle est la reine de Broadway ...Son passé porte un lourd secret que Bob Fletcher, le journaliste, s'efforce de percer.Sous la coupe d'un certain Somnikoff elle a autrefois trahi un dénommé Hermann.Pour qui ? Pourquoi ?Pour l'heure, elle va devoir attirer le jeune Tchou-Tsuen de la "Nouvelle Chine" dans un traquenard, à la chambre 234 du Park Hôtel où il sera assassiné sur ordre du "Dragon Noir" et des influences communistes.Ce récit est le destin tragique d'une femme que Bob Fletcher, le journaliste, va détricoter sans pouvoir pourtant la sauver ...Ce récit a aussi été préalablement publié dans les pages de "Paris-Soir" , en décembre 1936.Mais c'est Louis Jouvet qui fût la vedette du film, "Le drame de Shangaï" inspiré à Georg Wilhelm Pabst par la nouvelle d'Oscar-Paul Gilbert.Christi Mardayn y fût une troublante et mystérieuse Kay Murfy et Dorville un tortueux Big Bill. Oscar-Paul Gilbert signe avec ce "Courrier d'Asie" un recueil à la frontière entre le roman, le reportage et le récit vécu.Le journaliste s'est ici associé à l'écrivain, et personne ne sait plus aujourd'hui lequel des deux a le plus influencé l'autre.Le résultat est passionnant.Ces trois histoires sont puissantes, crédibles tout en étant sidérantes.L'ombre y côtoie la lumière et le réalisme le plus sombre et cruel n'y empêche pas le courage et la générosité ...

  6. 08/03/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 26- "La machine à prédire la mort" de Charles Robert-Dumas et Roger-Francis Didelot

    "La machine à prédire la mort"  de Charles Robert-Dumas et de Roger-Francis Didelot paru en 1939 aux éditions "Arthème Fayard" Les journaux, la radio et la télévision, le cinéma, tout ce qui fait l'information a diffusé, en même temps, cette terrible et prodigieuse nouvelle : l'avenir n'a plus de secret !La durée de la vie peut être maintenant mesurée scientifiquement.Chacun peut connaître l'heure de sa mort.C'est un triomphe de la la science française."La machine à prédire la mort" a été inventée par un jeune génie français, le docteur Jean Durand ..."La machine à prédire la mort" est un roman de science-fiction écrit à quatre mains par Charles Robert-Dumas et par Roger-Francis Didelot, qui a été publié en janvier 1939 à la "Librairie Arthème Fayard".En mai de la même année, Ernst Deutsch, dit Richard Pottier, en réalisa assez librement une adaptation cinématographique au double titre assez éloquent : "le monde tremblera" ou "la révolte des vivants".Claude Dauphin, Madeleine Sologne et Roger Duchesne s'y partageaient la vedette mais quelques seconds rôles sont venus aussi s'y tailler la part du lion : Erich von Stroheim, Julien Carette, Mady Berry, Robert le Vigan, Roger Blin mais aussi Nina Sinclair, éphémère gloire du grand écran dont le destin apparaît aujourd'hui comme assez mystérieux, et surtout l'inoubliable et populaire Raymond Aimos qui avait immortalisé en 1938 le personnage de "la Ficelle" dans "Chéri-Bibi"."La machine à prédire la mort" est un roman d'anticipation teinté de policier et d'espionnage.C'est un roman écrit de manière très classique, à l'ancienne pourrait-on presque dire.Mais c'est efficace même si le récit se déroule de façon assez lente, sans à-coups.C'est de la folie !Non, c'est de la science ...Le docteur Jean Durand, à la villa des Roses au fond d'une impasse du quatorzième arrondissement de Paris, n'exerce plus, ne veut plus exercer son métier de médecin.A la différence de son vieil ami et collègue, le docteur Roger Gallois qui s'y est jeté à corps perdu.C'est que Jean Durand travaille sur une invention extraordinaire qui devrait lui apporter gloire, richesse et puissance, et lui permettre d'épouser la belle Marie-France le Veyrier.Mais Jean Durand est un cynique finalement.Il se joue de la mort avec sa machine infernale, et des sentiments de Marie-France en fricotant avec Élise Farrand dite "Zizi".Sans compter que le nouveau voisin, Nelkenthal, envoie la nuit de mystérieux messages chiffrés !Est-il vraiment, comme il le prétend, un écrivain réfugié que la tyrannie de son pays a chassé d'Autriche ?Ce roman atypique est somme toute très captivant, passionnant presque même.Dans ce livre, il semblerait qu'une chouette ait été maltraitée, mais vraiment esquintée, et que le destin y soit rudoyé.Alors antifatistes*, âmes sensibles et amis des animaux, accrochez-vous à ce récit mais ne tremblez pas trop, tout ceci n'est que de la bonne littérature de genre ...     * comme se sont nommés eux-mêmes les adversaires du principe de fonctionnement de la terrible machine du docteur Jean Durand.

  7. 01/03/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 25- "Théodore" de Laurent Laviolette

    "Théodore" de Laurent Laviolette paru le 4 janvier 2024 aux éditions "Hervé Chopin" Voilà un personnage de roman que la Littérature n'est pas prête d'oublier : "Théodore" !Mais qui es-tu vraiment Théodore Laborie ?Un demi-Dieu déchu boursoufflé d'immortalité qu'une vieille religion ubuesque aurait oublié sur terre ...La réincarnation d'un vieux mage arrachée d'une antique hérésie barbare ...Un diable surgi des enfers que Thiers avait entrouverts pour faire payer à Anselme sa dévotion à l'argent ...Quoi qu'il en soit, sitôt apparu, Théodore s'est réfugié dans le premier roman de Laurent Laviolette, paru le 4 janvier 2024 aux éditons "Hervé Chopin".Peut-être est-il venu y chercher l'immortalité que seule la Littérature pouvait lui offrir.Théodore était orphelin lorsque son oncle Anselme et sa tante Irina l'ont recueilli.En mai 1871, ses parents avaient été malencontreusement embrochés comme communards par un sabre versaillais.Théodore est un peu spécial.Il souffre d'une sévère intolérance au froid.Mais surtout il possède un don qui lui permet par consentements mutuels de s'emparer de l'âme de ses concitoyens qui, en contrepartie, peuvent vivre éternellement à l'intérieur de son corps.Étonnant non ?Ce roman de Laurent Laviolette est étrange, original et atypique.Il est très bien écrit, d'une manière à la fois stylisée et rapide.Le récit est captivant.Il s'écoule fluide et attachant.Il est construit de manière efficace et élaborée.Mais est-ce donc un drame ou une comédie ?Faudra-t-il une éternité pour le percevoir ?Bizarre !Déconcertant !Mais n'est-ce pas déjà une réussite de romancier que de déconcerter ?Les personnages ont ceci de particulier et de vivant qu'ils sont tous ambivalents.Théodore est à la fois monstrueux et touchant, et derrière sa stature de roi du fer Anselme cache une silhouette de colosse émotif, enfin Irina saura se montrer aussi impitoyable et accusatrice qu'aimante et inspirante.Aucun des personnages n'a été négligé.Ils auront tous un rôle à la démesure de leur destin de papier sur lequel l'art et la Littérature font judicieusement arrière-plan. Que diriez-vous de ne plus vieillir, de ne jamais mourir, d'être imperméable au temps qui passe, sans être seuls puisqu'il sera toujours là ?Avant toute réponse de votre part, prenez le temps, puisqu'il semble maintenant devoir vous appartenir, de lire ce livre et de bien y réfléchir ...

  8. 23/02/2024

    L'instant bookiniste - Saison 02 - épisode 24- "Cap Horn" d'Henry-Jacques

    "Cap Horn" d'Henry-Jacques paru en 1935 à la Librairie des Champs-Élysées Il y a les livres que l'on emmènerait sur une île déserte.Et il y a ce livre, que l'on serrerait précieusement au fond d'une poche de sa vareuse, pour passer le Cap Horn.Ce livre est un livre de souvenirs.Ces souvenirs, Henry-Jacques les avait conservé comme barque en bouteille.Et il a voulu les enfermer dans un livre pour ceux qui n'ont pas connu le temps de la voile, pour fixer quelques traits d'une époque aujourd'hui disparue et glorifier une race d'hommes qui a depuis longtemps serré tout ce qui lui restait de toile.A l'âge où d'autres sont encore au collège, le jeune nantais Henri Edmond Jacques embarque sur le trois-mâts "Eugénie-Fautrel" en chargement d'une cargaison de ciment à Hambourg vers Seattle.Il va enfin connaître le pays des grains, des froids, des naufrages et des calmes mortels.Il va doubler le Cap Horn ...Ce livre, paru en 1935, est, dans sa forme, un savant mélange de prose et de poésie.Chaque chapitre est entrecoupé d'un chant, celui des hommes de la mer, de la vieille chanson pour Nantes, de la chanson du cap-hornier, de celle de Jean Matelot, de la chanson du cacatois, de celle de la mort de Grand François et de quelques autres.Le récit est prenant.Il est tour à tour épique, nostalgique, attachant et incroyable.Il s'attache aux détails de la vie courante sans jamais être ennuyeux.A la mort de Grand François, il sait se faire émouvant sans être larmoyant.Le style, élégant et efficace, est enlevé. L'ouvrage s'ouvre sur une rapide page d'Histoire pour se refermer, à Nantes, dans un bar du quai de la Fosse où se sont réfugiés les capitaines sans navires, les anciens de la voile, les bourlingueurs, les cap-horniers ayant pour toujours mis sac à terre.Parti du Cap Horn, le livre revient au Cap Horn."Cap Horn" n'est pas un livre de plus sur le sujet.Il est celui devant lequel le souvenir de tous les autres s'efface.Est-ce dû à l'humanité qui transpire de chacune de ses phrases ? Est-ce dû à la beauté de ses chants ?Quoi qu'il en soit le livre est étonnamment moderne.Henry-Jacques nous offre même en postface :- une "playlist", sorte de petit inventaire de disques d'atmosphère pour accompagner la lecture du livre, dont la plus grande partie est éditée par "Gramophone et his master's voice"...- ainsi qu'une très utile et très inattendue liste de livres consultés ou à consulter sur le le sujet ...Aujourd'hui la flotte des navires est allée, presqu'au complet, rejoindre l'escadre des vaisseaux-fantômes.Et ce livre, précieux, est un magnifique et indispensable témoignage de cette dure époque à laquelle s'attache pourtant un certain romantisme ..

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