Tu peux conclure le plus beau contrat de ta carrière sans rien ressentir. Ce qui te permet de tenir est aussi ce qui t’empêche de sentir. Savoir quand revenir respirer vaut plus que savoir tenir plus longtemps Si tu ne l’as pas encore fait le quiz Authentik est ici et il est gratuit. Bonjour. Je suis ravi de te retrouver. Installe-toi confortablement… on va prendre quelques minutes ensemble, tranquillement, pour ce nouvel épisode de C’est Alain qui m’a dit. Alain m’a dit, un jour : « À force de couper tes ressentis pour continuer à performer, tu ne te protèges pas : tu t’éteins à petit feu. » Quand on dirige, on apprend vite à mettre certaines choses de côté. Une fatigue, un doute, un malaise, on les range pour avancer, et ça fonctionne si bien qu’on finit par ne plus remarquer ce qu’on a rangé. Ça s’est joué pour moi à l’époque où mon studio de création graphique marchait le mieux. LE JOUR OÙ J’AI REGARDÉ LE BAS DE LA FACTURE Au début, tout était juste. Je faisais vivre mon studio comme je l’entendais, en phase avec ce que je ressentais. Puis, petit à petit, la pression de l’entreprise a pris le dessus. Dix-neuf salariés, de gros clients, un statut de société anonyme avec des actionnaires et un commissaire aux comptes. Tout allait très bien, en apparence. Et moi, je ne m’écoutais plus. À la maison, je compensais mon absence, et je m’étais persuadé que cela suffisait. Chaque étape ajoutait une couche : un client de plus, un statut de plus, une responsabilité de plus. Aucune n’était un problème à elle seule. Mais à chaque couche, j’écoutais un peu moins ce que je ressentais, et je regardais un peu plus ce qui se mesurait. Un jour, un dossier arrive sur ma table. Il sortait de notre zone d’action habituelle. Rien ne collait avec le profil de la société, rien ne collait avec mes valeurs. Mais le montant de la facture potentielle ressemblait à une aubaine. Aujourd’hui, la liste des raisons de dire non me paraît évidente. À l’époque, aucune d’elles ne faisait le moindre bruit. Je me revois dans le bureau. Le client est là, mon bras droit aussi, et le comptable. Nous avions préparé le terrain en amont, et ce jour-là, nous allions conclure. Tout le monde était enthousiaste. Moi, je regardais une seule ligne : le bas de la facture. Tout le reste, mes valeurs, ce que ce dossier avait d’étranger à notre métier, le plaisir que je n’en tirais pas, je l’avais coupé sans le savoir. Ensuite, nous avons investi lourdement, parce que ce dossier demandait des moyens que nous n’avions jamais mis en œuvre. Toute l’équipe a beaucoup travaillé. Et rien n’est sorti. Le client a abandonné le projet sans rien payer. J’étais caution sur tout. La société a fermé, et j’ai tout perdu. Je te raconte ça avec vingt-cinq ans de recul, et tout paraît limpide. À l’époque, je ne voyais rien de tout cela, je ne ressentais rien de tout cela. Aucun voyant ne s’allumait, parce que j’avais coupé ce qui aurait dû les allumer. Pour comprendre comment on peut traverser une telle décision sans rien sentir, on peut regarder du côté d’un animal qui fait exactement cela, mais qui, lui, sait toujours remonter. Merci de lire C’est Alain qui m’a dit ! Vous pouvez inviter vos amis en cliquant ici : CE QUE LE PHOQUE COUPE POUR TENIR Un phoque plonge. Dès qu’il s’immerge, un réflexe se déclenche, que les scientifiques appellent la réponse de plongée. Trois choses se produisent presque en même temps : la respiration s’arrête, le cœur ralentit fortement, et les vaisseaux de la périphérie du corps se resserrent. Le sang est alors dirigé vers les deux organes dont la vie dépend le plus, le cœur et le cerveau. On observe aussi, selon les espèces étudiées, une contraction de la rate. Chez de jeunes éléphants de mer, lors d’une immersion forcée, elle se réduit à environ 15 % de son volume en trois minutes, et il lui faut une vingtaine de minutes pour retrouver sa taille après la remontée. Cette réponse est dosée. Lors d’une plongée volontaire, elle est bien moins marquée que lors d’une immersion forcée, et elle s’ajuste à la durée, à la profondeur, à l’effort. Chez l’éléphant de mer, on mesure même une accélération du cœur avant la reprise de la respiration. Pendant la plongée, la périphérie du corps est donc moins irriguée, et c’est précisément ce qui préserve l’oxygène pour l’essentiel. Les muscles, eux, travaillent en manque d’oxygène, ce qui permet de prolonger la durée de plongée aérobie. Mais ce choix a une contrepartie. Quand une plongée dépasse ce que l’organisme peut soutenir, les muscles accumulent des déchets, et il faut un temps de récupération en surface. Et tout ce système repose sur un point d’arrivée : le phoque remonte. Toujours. Sa plongée se termine par une remontée et par un temps pour retrouver son souffle. Alors relisons mon histoire avec cette image. REMONTER À LA SURFACE Ce jour-là, dans ce bureau, mon organisme faisait ce que fait le phoque. Il avait identifié une priorité, le bas de la facture, et il avait resserré tout le reste. Mes valeurs, mon plaisir, mon doute, tout ce qui se trouvait en périphérie recevait moins d’attention, comme la périphérie du phoque reçoit moins de sang. Le plus troublant, c’est que de l’intérieur, cela ne ressemble pas à une coupure. Cela ressemble à de la clarté. Tout est net, tout est simple, il n’y a plus qu’un seul chiffre à regarder. Et c’est ce qui rend la chose si difficile à repérer : personne ne se sent en train de se couper. On se sent efficace, concentré, en pleine possession de ses moyens. C’est ce que j’appelle l’Apnée Dorée : une plongée où tout paraît réussi à l’extérieur, pendant que tu retiens ton souffle sans le savoir. Voici ce que j’en comprends aujourd’hui. Ne plus rien ressentir n’est pas le signe que tout va bien. C’est le signe que ton organisme a jugé que sentir coûtait trop cher pour le moment. Et parmi ce qu’il met de côté se trouvent justement les signaux qui auraient pu te protéger : le malaise devant un dossier qui ne te ressemble pas, le plaisir qui ne vient pas, le doute qui t’aurait fait poser une question de plus. Le réflexe, en lui-même, est un outil remarquable : il permet à l’animal d’aller chercher au fond ce dont il a besoin. Ce qui pose question, c’est une plongée dont on a oublié qu’elle devait avoir une fin. Le phoque ne se perd pas dans cette apnée, parce que sa plongée a une durée et une remontée. Chez nous, rien ne prévoit la surface. Personne ne sonne la fin de la plongée. On peut rester en apnée des mois, parfois des années, avec des résultats superbes, des équipes enthousiastes, un statut solide, et ne jamais sentir ce que cela coûte, jusqu’au jour où le coût se présente de lui-même. Dans mon cas, il s’est présenté sous la forme d’une société qui ferme. Il y a pourtant quelque chose de plus doux à entendre. Ce que tu as coupé n’a pas disparu. Cela attend, comme la périphérie du phoque attend la surface pour retrouver sa circulation. Et ce que cela demande, ce n’est pas de renverser ta réussite. Cela demande simplement d’oser remarquer. Remarquer, par exemple, l’absence de plaisir. Dans mon histoire, c’était le détail qui aurait pu tout changer : un dossier qui ne m’apportait aucune joie, alors que tout le monde autour de moi était enthousiaste. L’enthousiasme des autres peut très bien servir d’écran à ce qui manque en toi. Quand tout le monde autour de toi est enthousiaste, il devient presque impossible de te demander si toi, tu l’es. Ce jour-là, la seule personne qui pouvait poser la question, c’était moi, et c’était justement celle qui n’était plus en état de le faire Le bas de la facture, chez toi, sera peut-être autre chose : un chiffre d’affaires, un statut, une échéance, une promesse faite à quelqu’un. Peu importe son nom. C’est ce qui, un jour, a pris toute la place sur l’écran, pendant que le reste s’éteignait sans bruit. Remonter à la surface, ce n’est pas renoncer à ce que tu as construit. C’est redevenir l’habitant légitime de ta propre vie, celui qui sent ce qu’il décide, au moment où il le décide. Une dernière question avant qu’on se quitte : sur la dernière grande décision que tu as prise, qu’est-ce que tu ressentais vraiment à l’instant où tu as décidé? On va s’arrêter là pour aujourd’hui. Souviens-toi : la seule différence entre une vie de réussite et une vie réussie, c’est la justesse de ton état intérieur. Merci pour ton écoute, et à très bientôt. QUIZ Si cette question de ce que tu ressens vraiment au moment de décider résonne dans ta trajectoire, le Quiz Authentik est là pour t’aider à clarifier ta posture. Merci d’avoir lu cet épisode de C’est Alain qui m’a dit ! Abonne-toi pour ne pas louper les prochains This is a public episode. 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