Un podcast intime c’est d’abord une voix. La tessiture légèrement acidulée de Fanny peut décontenancer un temps, avant d’envouter les oreilles qui l’écoutent. Car cette voix est portée par une diction altière qui polit chaque mot puis ponctue chaque phrase d’une blanche pointée. Une pincée de secondes de silence pour respirer, méditer sur les paroles qui précèdent et accueillir celles qui suivent. Ce phrasé détaché apaise l’écoute même lorsque les mots sont terribles.
Peaux c’est aussi une écriture, à la fois simple et travaillée, qui traque le mot parfait et la métaphore juste. Comparer le regard des autres à des ratures qui s’écrivent sur les pages blanches de nos vies, porter une montre arrêtée pour goûter le temps qui passe sans subir sa tyrannie, sentir un corbeau posé sur son épaule qui symbolise la tyrannie des contrôles alimentaires… autant d’images qui s’impriment et ne s’évaporent pas.
Enfin, il y a ce nom, ce titre étrange, cette syllabe qui claque et dont il est finalement peu question en apparence. Mais l’apparence est bien au cœur de ces épisodes qui racontent les tourments du corps exposé au diktat des normes imposées et évoquent ce qui se passe sous la peau pour mieux disséquer ce qui se passe dans la tête. Le tout, sans surexposition ostentatoire. En calligraphiant des mots sur la peau, Fanny met les corps à nu avec délicatesse.
Je suis un homme alors que le podcast a pour vocation de « libérer le corps des femmes » et si l’on fait abstraction des carrés de chocolats engloutis après le café du midi, je suis peu sujet aux troubles des conduites alimentaires alors que les TCA parsèment les épisodes de la première saison.
Et alors ?
Peaux est un podcast captivant même si l’on n’est pas dans la cible. Ma curiosité ne s’arrête d’ailleurs pas à ce qui me ressemble et mon attrait pour les voyages en terres antipodiques me fait souvent accoster sur des rivages inconnus… mais pas non plus totalement dépaysants. L’asservissement aux apparences et la malédiction des addictions n’est pas circonscrit à un genre ou alors il s’agit du genre humain. Et mes oreilles se sentent bien accueillies quand elles écoutent la voix de Fanny qui psalmodie à chaque épisode : « Bienvenue chez Peaux, bienvenue chez toi ».