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Cuntesta accompagne l’élan d’une société qui se cultive, s’interroge et se réinvente. Loin des sentiers battus, nous prenons le temps de l’essentiel. En croisant le regard de nos aînés et l’énergie des nouvelles générations, nous célébrons celles et ceux qui font vivre notre identité au présent. Découvrez des portraits sincères, des projets porteurs de sens, et l’inspiration d’un territoire qui s’épanouit de l’intérieur. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  1. -3 h

    Vanessa Codaccioni | Le droit de manifester à bout portant

    « DÉRIVE AUTORITAIRE » Le terme revient sans cesse. Il suppose un dysfonctionnement : la répression, l’exception et la concentration des pouvoirs y sont des accidents de la démocratie. Et si elles en étaient le fonctionnement ? Tout part d’une crise. La guerre d’Algérie. L’instabilité parlementaire de la IVe République. La Constitution de 1958 concentre le pouvoir autour du président et de son exécutif. En 1964, François Mitterrand intitule son pamphlet contre ce régime Le Coup d’État permanent. Il est élu président dix-sept ans plus tard, et garde la Constitution. La Cour de sûreté de l’État, juridiction d’exception créée en 1963, disparaît en 1981, l’année où la peine de mort est abolie. Les atteintes à la sûreté de l’État retournent aux juridictions de droit commun. Après l’état d’urgence de 2015 et deux ans d’application, la loi SILT de 2017 inscrit dans ce droit commun quatre dispositifs issus de l’exception : périmètres de protection, fermeture de lieux de culte, contrôles administratifs, visites domiciliaires. Le 4 avril 2019, le Conseil constitutionnel censure l’interdiction administrative de manifester. Dans la rue, LBD, nasses, grenades. Devant la commission des lois du Sénat, le 19 mars 2019, le secrétaire d’État à l’Intérieur fait état d’environ 13 000 tirs de LBD estimés depuis le 17 novembre, et de 174 enquêtes confiées à l’IGPN. Le ministre de l’Intérieur compte près de 4 000 blessés, manifestants et forces de l’ordre confondus. Le décompte du journaliste David Dufresne recense 23 personnes éborgnées et cinq mains arrachées. Le ministère de la Justice fait état de plus de 3 000 condamnations, dont environ un tiers de prison ferme. À partir de quel moment manifester devient-il un risque ? Avant la répression, les mots. Depuis 1958, les gouvernements ont engagé 116 fois leur responsabilité au titre du 49.3. Michel Rocard l’a fait 28 fois entre 1988 et 1991, Élisabeth Borne 23 fois entre 2022 et 2024, dont une pour les retraites, le 16 mars 2023. Les ordonnances travail datent de 2017, la dissolution de juin 2024. Puis le vocabulaire change. Le 22 octobre 2026, Emmanuel Macron qualifie de « séditieux » des actes commis en marge des manifestations. Le 26, il distingue une mobilisation « sociale et politique », l’ultragauche et la délinquance. Le même jour, une circulaire du garde des Sceaux demande aux procureurs de requérir la privation des droits civiques en cas de « volonté de rupture avec le pacte républicain ». Négocier fait aussi partie du rapport de force. En Corse, le processus de Beauvau s’ouvre en mars 2022, après l’agression d’Yvan Colonna et plusieurs jours d’émeutes. Le 23 juin 2026, l’Assemblée nationale adopte le projet de loi constitutionnelle, par 271 voix contre 202. Le 26 octobre, le Sénat le réécrit, puis le rejette, par 181 voix contre 134. Les élus nationalistes quittent le processus. À quelles conditions une colère devient-elle, pour l’État, une interlocutrice ? Vanessa Codaccioni, politiste à l’université Paris 8, spécialiste de la répression d’État et éditée chez Divergences Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Vanessa Codaccioni | Le droit de manifester à bout portant
  2. 27 sept.

    Anne-Sophie Canto | Mafia : beaucoup de morale, très peu de politique

    Il n'y a pas de film antimafia. Il y a des films qui essaient de l'être.« Tout film sur la guerre finit par être un film pour la guerre. »Quand Truffaut dit ça, en 1973, il aurait pu parler de la mafia.Parce qu'à force de filmer ses codes, ses hommes, sa violence, même pour les condamner, on finit presque toujours par produire de la fascination.Mais le problème est-il vraiment là ?Cinquante ans de représentations plus tard, il faut sortir de l'écran et regarder ce qu'elles recouvrent.Le réel, d'abord, est violent.En Corse, le taux d'homicides atteint 3,7 pour 100 000 habitants en 2023. Près de six fois celui de la Sicile.Mais ce réel n'est pas seulement criminel. Il est aussi social et économique.La Corse est la région la plus pauvre de l'Hexagone : 18,1 % de ses habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2021.Et pourtant, le mot reste en suspens.Le 28 février 2025, l'Assemblée de Corse vote à l'unanimité un rapport sur les « dérives mafieuses ».Un amendement proposait de parler de « fait mafieux ».Il n'est pas retenu.L'adjectif, pas le nom.La rue, elle, dit le nom.Le 8 mars puis le 15 novembre 2025, on défile contre la mafia.À quoi sert de célébrer la parole antimafia d'un film, d'une série ou d'un livre, quand le politique lui-même hésite encore sur le mot ?Est-il sain, et même utile, de faire le procès des œuvres une par une, quand les structures, elles, bougent si peu ?Pendant qu'on juge les représentations, le foncier, les marchés publics et les circuits de blanchiment continuent d'exister hors de l'écran.Anton Jäger appelle cela l'hyperpolitique : une politisation intense, mais sans organisation ni relais institutionnels.On s'indigne beaucoup. Et la morale, à la fin, tient lieu de politique.Docteure en études italiennes, Anne-Sophie Canto a consacré sa thèse à la littérature italienne de l'antimafia. Elle produit le podcast Réversible et publie Le véritable récit de la mafia. Quand la littérature fait surgir le réel, aux éditions L'Harmattan. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Anne-Sophie Canto | Mafia : beaucoup de morale, très peu de politique
  3. 20 sept.

    Jean-Louis Fabiani | Riacquistu : que reste-t-il de la révolution culturelle ?

    Le mouvement nationaliste corse a muté. Des conférences de presse clandestines du FLNC, dans le maquis, sous les lumières bleutées des lampes à gaz, aux sièges capitonnés de la Collectivité de Corse, de l'Assemblée nationale, et même du Sénat. Aux dernières territoriales, 68 % des suffrages. Cette hégémonie électorale n'est pas tombée du ciel. C'est le résultat d'un long processus de politisation. D'un côté, les actions de terrain. De l'autre, la culture. Des associations, des militants, des acteurs culturels, rassemblés derrière un mouvement : le Riacquistu. Les années 70. La langue qu'on réapprend, les chants qu'on remet debout, un imaginaire, des codes, une manière de se tenir. Cinquante ans plus tard, leur vocabulaire est devenu celui de tout le monde. Décentralisation, corsophonie, protection du foncier. On en tire une formule facile : tout le monde est nationaliste, donc plus personne. La formule sonne juste. Elle est fausse. Le vocabulaire s'est diffusé, pas le projet politique. Dans les 68 %, la conscience nationale au sens politique reste probablement minoritaire. Premier revers de l'hégémonie : gagner, c'est se fondre. Second revers : ce vocabulaire devient récupérable. L'extrême droite française, longtemps centralisatrice et hostile à tout régionalisme, s'y est mise. Elle parle identité, enracinement, préférence. En juin, à l'Assemblée, le Rassemblement national a combattu la clause d'égalité inscrite dans le texte d'autonomie, au motif qu'elle interdisait la préférence régionale. Défendre une identité régionale peut servir de marchepied à un projet qui n'a rien à voir avec elle. Pour en parler, Jean-Louis Fabiani, sociologue, directeur d'études à l'EHESS, ancien directeur régional des affaires culturelles de Corse de 1988 à 1991, auteur de plusieurs ouvrages sur la société corse. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Jean-Louis Fabiani | Riacquistu : que reste-t-il de la révolution culturelle ?

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