Tigre, Janis Jonevs, éditions de l'Argonaute J'ai été attirée par la magnifique couverture du livre, mettant en image un magnifique chat noir au-dessus du titre, Tigre. C'était assez intrigant pour que j''y aille, en plus de la quatrième de couverture : Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne, en passant par le milieu de l’océan, les protagonistes de ce roman en douze nouvelles font face à un monde saugrenu où tout est possible, où rien n’est jamais acquis. Compositeurs, enquêteurs, voyageurs et rêveurs y suivent leur intuition, manquent toutes les opportunités et échappent – avec un peu de chance – à un désastre planétaire. Imprégnées du comique absurdiste d’un Boulgakov et de quelques alcools forts, ces histoires aux mille rebondissements, venant d’une Lettonie prise par la fièvre de la liberté, évoquent les vacillations de l’âme balte. Surtout, elles nous parlent du désir très universel d’être tigre quand on n’est, en réalité, que chat domestique. Cela se confirme, le comique absurde n'est pas fait pour moi, j'ai par exemple relu deux fois la première nouvelle, et je ne l'ai toujours pas comprise ! Je suis quand même allée au bout intriguée, et ayant beaucoup apprécié certaines nouvelles que pour le coup j'ai comprises. J'imagine que l'auteur doit considérer que le monde marche sur la tête, et qu'il a écrit les nouvelles en conséquence. Il place ses personnages dans un monde qu'ils ne comprennent pas, et cela génère de l'angoisse, et on est en totale empathie avec eux, pour le coup, moi-même ne maîtrisant rien en tant que lectrice ! Mais c'est la cocasserie qui l'emporte, dans cette quête existentielle farfelue. Qu'en disent les critiques ? "Le monde créé dans les histoires de Janis Jonevs est un théâtre de l'absurde aux couleurs vives et d'une ironie poignante." Mexico Médée, Dahlia de la Cerda, Ed. du sous-sol C'est un recueil de 6 nouvelles, que l'on peut choisir de voir comme un roman choral, puisque certains personnages réapparaissent au fil des nouvelles. Mais c'est Médée la figure tutélaire de ce roman. L'autrice se réapproprie ce mythe de façon formidable : à l'origine, elle est la mère matricide, celle qui tue ses propres enfant pour se venger d'un homme. Ici elle est trentenaire, porte des rastas, est tatouée de serpents, et débarque dans une voiture de sport verte, pour accompagner des femmes dans des moments charnières, en lien avec la maternité : elle les aide à avorter, accoucher, faire leur deuil, et sa seule présence change tout. Il y a bien sûr un humour noir à choisir Médée comme figure de proue de ce roman, dans ce Mexique hyper-machiste dans lequel tout le monde est perdant, surtout les femmes, mais y compris les hommes, chez qui on encourage une virilité débridée, et qui n'ont d'autres choix que soit de devenir des narcotrafiquants, soit d'embrasser une carrière dans l'armée. C'est un roman traversé par une énergie remarquable, qui parle de violence, mais pas que ! Elle la dépasse avec brio, dans une langue crue, épatante de vitalité, nous sommes face à des monologues de personnes qui tentent de s'en sortir, c'est traversé de mythologie, de références pop, de musique, tout du long. Un recueil que je recommande. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.