On pense souvent que lorsqu’une personne arrête de boire, de consommer ou d’utiliser ce qui lui permet de fuir, le plus difficile est derrière elle. Pourtant, arrêter l’alcool, la drogue ou tout autre comportement de dépendance ne règle pas automatiquement le vide intérieur, les blessures émotionnelles, la peur de l’abandon, le manque d’estime de soi ou la difficulté à gérer ses émotions. Dans cet épisode profondément vrai, je vous parle de ce qui arrive après la thérapie et après l’arrêt de la consommation. Ce moment où l’anesthésiant disparaît et où l’on se retrouve, parfois pour la première fois, seul face à soi-même, à ses pensées, à sa colère, à sa tristesse, à ses attentes et à toutes les émotions qu’on avait appris à étouffer. Pendant longtemps, j’ai cru que l’alcool était la source de tous mes problèmes. J’ai ensuite compris que la consommation n’était qu’une partie du problème. Le véritable travail concernait surtout la gestion des émotions, l’estime personnelle, les mécanismes de défense, les blessures d’enfance, les relations toxiques, la dépendance affective, la peur du rejet et cette difficulté à s’aimer suffisamment pour mettre ses limites. Je vous raconte les défis très concrets du rétablissement : apprendre à vivre sans fuir, changer ses habitudes, reconstruire son entourage, accepter la solitude, trouver une communauté, demander de l’aide, prendre ses responsabilités et cesser de chercher constamment un responsable extérieur à son mal-être. Je parle aussi de la difficulté de dire non. Mettre une limite à un proche, à un conjoint, à un ami, à un parent ou même à ses propres enfants peut être extrêmement confrontant lorsqu’on a toujours cherché à être aimé, accepté, utile et adéquat. Pourtant, chaque fois que nous disons non à ce qui nous fait du mal, nous nous accordons un peu plus d’amour et de respect. Sept ans après ma thérapie, je poursuis encore ce travail. La sobriété n’a pas fait de moi une personne parfaite. Elle m’a plutôt obligée à vivre ma vie à froid, à reconnaître mes émotions et à développer de nouveaux outils pour ne plus avoir besoin de m’anesthésier. Aujourd’hui encore, il m’arrive de douter de mon jugement, de ressentir mes blessures ou de retomber dans certains mécanismes de protection. La différence, c’est que je sais maintenant les reconnaître et revenir plus rapidement à moi. Nous parlons également du lâcher-prise, de la spiritualité, de l’ego, du besoin de contrôle et de cette liberté qui apparaît lorsqu’on accepte enfin que tout ne dépend pas de nous. Faire confiance à la vie, changer de routine, s’entourer autrement et investir pleinement dans son rétablissement ne représentent pas une solution magique. Ce sont des choix quotidiens. La guérison n’est pas un événement unique. Ce n’est pas un moment où tout devient soudainement réglé. C’est un processus fait de rechutes émotionnelles, de prises de conscience, de nouvelles habitudes, de limites et de petits choix répétés. Cet épisode s’adresse aux personnes en rétablissement, aux proches d’une personne vivant avec une dépendance, mais aussi à tous ceux qui utilisent encore le travail, la nourriture, les relations, la performance, les réseaux sociaux ou toute autre forme d’évitement pour ne pas ressentir ce qui se passe réellement à l’intérieur. Et toi, qu’est-ce que tu utilises encore pour te convaincre que tout va bien ou pour éviter de ressentir?