Reflets du Sud : histoire et mémoire de la Martinique

Arnaud RANSAY

Reflets du Sud est un média martiniquais indépendant. Histoire, mémoire, société, politique, économie : chaque épisode est la version audio d'un article publié sur refletsdusud.blog (http://refletsdusud.blog). On y parle du Code noir et du monde qu'il a fondé, de la bataille de l'Acajou et de ceux que le récit a effacés, de la Guerre du Diamant, de l'eau, du transport, de la vie chère, du football comme héritage colonial. La méthode ne change pas : des sources vérifiées, une analyse en surplomb, aucune complaisance, ni envers l'État ni envers nous-mêmes. Les épisodes sont lus par une voix de synthèse, à partir des textes intégraux. Les articles, leurs sources et leurs versions PDF restent disponibles sur refletsdusud.blog (http://refletsdusud.blog). Écrit et dirigé par Arnaud Ransay. Ce que vous n'avez pas le temps de lire, vous pouvez désormais l'écouter. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  1. -3 j

    Le 24 mai 1925 : ce que le nom « Guerre du Diamant » nous empêche de voir

    Connaissez-vous la Guerre du Diamant ? Le 24 mai 1925, au Diamant, l’ordre tombe d’emporter l’urne d’un scrutin municipal à Fort-de-France pour la dépouiller au palais du gouverneur Henri Richard. Les habitants se rassemblent pour empêcher ce trajet, les gendarmes tirent sur la foule, et la même journée fait des morts à Ducos et à l’Ajoupa-Bouillon. Dans cet épisode, version audio de l’article de Reflets du Sud, je regarde ce que le nom reçu fait à cette histoire. « Guerre » installe deux camps là où les récits décrivent des gendarmes tirant sur des habitants ; « Diamant » enferme dans un bourg une manière de gouverner que la langue d’ici appelait « faire des élections à la Richard ». Au centre, l’urne et son trajet, car un peuple peut avoir voté et perdre sa souveraineté sur la route qui mène au dépouillement. Les noms des morts sont gravés sur une plaque depuis 2019, et l’épisode les prononce. Il y a un an, le tout premier article de Reflets du Sud portait sur la bataille de l’Acajou. Ce 24 mai 1925 est le dernier article de la première année du site. L’article écrit, avec ses sources : https://refletsdusud.blog/24-mai-1925-guerre-du-diamant/Le tout premier article, sur l’Acajou : https://refletsdusud.blog/bataille-acajou/ Abonnez-vous gratuitement au site pour recevoir chaque article et la lettre mensuelle réservée aux abonnés : https://refletsdusud.blog/abonnement/Reflets du Sud est un média indépendant qui vit de la confiance de ses lecteurs et auditeurs. Soutenez-le sur Tipeee, même avec 1 € : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/Suivez la page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=61595017529489Rejoignez la chaîne WhatsApp : https://whatsapp.com/channel/0029VbCuGeRCnA7qng1nA13h Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Le 24 mai 1925 : ce que le nom « Guerre du Diamant » nous empêche de voir
  2. -4 j

    La Rolex, c’était nous

    Le 22 octobre, à la Chambre des communes, la députée travailliste Dawn Butler a défendu les réparations de l’esclavage avec une question : si l’on vole une Rolex et qu’on la donne à sa fille, la montre devient-elle la sienne ? Sa parabole déplace le débat de la faute vers le titre de propriété : dans cette parabole, l’héritier n’est pas coupable, mais il n’est pas propriétaire non plus. Dans cette brève, je ramène la parabole en Martinique, où la montre volée avait un visage. En 1849, la République indemnise les anciens propriétaires ; les 74 447 personnes libérées comptées dans le calcul ne reçoivent rien, et une part de l’indemnité forme le capital de la Banque de la Martinique. Quand des descendants ont demandé réparation, leur action s’est heurtée, notamment, à la prescription. Aux uns l’indemnité, aux autres le délai. Version audio de la brève publiée sur Reflets du Sud, lue par une voix de synthèse française. 📖 La brève, avec ses sources : https://refletsdusud.blog/la-rolex-cetait-nous/ 📚 Pour aller plus loin« 22 mai 1848 : la liberté qu’aucun décret n’a accordée » : https://refletsdusud.blog/22-mai-1848-liberte-qu-aucun-decret-n-a-accordee/« Le Code noir est abrogé, la succession reste ouverte » : https://refletsdusud.blog/code-noir-abroge-succession-reste-ouverte/« JAMAIS » : https://refletsdusud.blog/jamais-londres-repond-avant-la-question/ 📬 Abonnement gratuit au site : https://refletsdusud.blog/abonnement/ Reflets du Sud est indépendant et vit sans subvention, grâce à ses lecteurs et à ses auditeurs. Pour le soutenir 🙏🏾 https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    La Rolex, c’était nous
  3. -6 j

    Reprendre les mots · Épisode 18 · « Makoumè »

    Pour comprendre « makoumè », il faut le prendre par l'usage, parce que tous les makoumè ne se valent pas. Quand un homme rate un geste tout simple, on lui lance « ou fè kon an makoumè », et la sexualité de personne n'est en cause. Quand un homme veut certifier ce qu'il vaut, il annonce « man pa an makoumè », sans que personne l'ait accusé de rien. Le mot fonctionne donc parfaitement sans qu'il soit jamais question de qui dort avec qui. C'est une toise qu'on tient au-dessus de la tête des garçons pour vérifier s'ils dépassent, et tous y passent, celui qui aime les hommes comme celui qui ne les aime pas.   Le créole n'a jamais manqué de mots pour dire la chose elle-même : « fè makonmè » entre hommes, « fè zanmi » entre femmes. Ces tournures ne datent pas d'hier, puisqu'un anthropologue qui a travaillé sur les milieux gais antillais rappelle que dès la fin du 19e siècle on appelait déjà « ma commère » les hommes habillés en dames. Le jour où l'on vous dira que tout cela nous arrive du dehors, demandez pourquoi nos arrière-grands-parents avaient déjà les mots pour le nommer.   Écrivez-le comme on l'entend vraiment : ma-kon-mè. Ma commère. Or « commère », avant d'être la bavarde de l'épisode précédent, est un mot d'église, du latin « commater », de « cum », avec, et « mater », mère. La co-mère, autrement dit la marraine, celle qui tient l'enfant sur les fonts et doit le guider si sa mère vient à manquer. L'insulte la plus lourde qu'un homme puisse recevoir ici sort du nom de celle qui promet de protéger un enfant qui n'est pas le sien.   Je ne me place pas du bon côté. Ces phrases, je les ai dites, et je n'accuse personne ici à part moi. Je dis seulement qu'on peut faire autrement, et que ça tient à peu de chose : la prochaine fois que le mot tombe devant vous, ne riez pas. L'insulte seule ne tient pas 3 secondes, c'est le rire qui la ratifie.   Si vous avez besoin d'en parler : KAP Caraïbe, association martiniquaise qui fait de l'écoute et de la prévention du suicide, au 05 96 67 29 58. SOS homophobie, ligne anonyme, au 01 48 06 42 41, du lundi au jeudi de 13h à 17h et le vendredi de 13h à 15h, heure de Martinique. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Reprendre les mots · Épisode 18 · « Makoumè »
  4. 23 oct.

    Transport en Martinique : pourquoi ça bloque ?

    Quand le bus ne passe pas, c’est toute une journée qui se recompose autour de son absence, du travail qu’on rejoint en retard au cours qu’on manque. Cet épisode part de cette attente pour remonter jusqu’aux pièces qui l’expliquent, en commençant par une distinction de base : Martinique Transport organise le service et en fixe le cadre, tandis que la Régie des transports de Martinique, la RTM, en est l’opérateur interne, à côté d’autres entreprises qui exploitent les réseaux. Devant un bus absent, c’est cette chaîne qu’il faut pouvoir remonter, du contrat jusqu’au contrôle. Les comptes de 2025 se lisent ensuite de 2 façons. Le compte administratif inscrit un déficit d’exploitation de près de 1,66 million d’euros ; une fois chaque charge rattachée à son année, le déficit de fonctionnement atteint 33,15 millions, et c’est Martinique Transport qui publie lui-même ce retraitement. L’épisode refait le calcul du coût économique du service, 170,31 millions d’euros pour 2025, puis situe la RTM dans ces comptes, où les 61 euros annulés désignent des crédits inutilisés. Il se termine sur ce que les documents permettent d’établir et sur ce qu’ils laissent ouvert, puis sur des exigences que chacun pourra vérifier : rendre les contrats accessibles et comparer le service commandé au service effectué. Pour celui qui attend à l’arrêt, une seule question compte : le service annoncé est-il réellement rendu ? Texte adapté de mes enquêtes sur le transport, lu par une voix de synthèse française. État des pièces : octobre 2026. 🔎 Les documents de Martinique TransportPrésentation du compte administratif 2025 (pages 4, 14 et 28) : https://www.martiniquetransport.mq/wp-content/uploads/2026/07/99_DE-ANNEXE-DELIB-26-30.06.033-PRESENTATION-COMPTE-ADMINISTRATIF-2025.pdfCompte administratif 2025 (article 65737) : https://www.martiniquetransport.mq/wp-content/uploads/2026/07/99_DE-ANNEXE-DELIB-26-30.06.033-COMPTE-ADMINISTRATIF-2025.pdf 📖 Les enquêtes de Reflets du Sud« 44,6 millions reportés, 61 euros annulés » : https://refletsdusud.blog/rtm-martinique-transport-44-6-millions/« Le transport martiniquais n’est pas en faillite. Il fonctionne comme il a été construit. » : https://refletsdusud.blog/transport-martinique-comptes-publics/« Quand le bus s’arrête, c’est un pays qui se révèle » : https://refletsdusud.blog/quand-le-bus-sarrete-cest-un-pays-qui-se-revele/🧭 Comprendre le transport en Martinique : https://refletsdusud.blog/comprendre-transport-martinique/ Reflets du Sud est indépendant et vit sans subvention, grâce à ses lecteurs et à ses auditeurs. Pour le soutenir 🙏🏾 https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  5. 23 oct.

    SMTVD et déchets en Martinique : nous avons mutualisé la facture, pas la décision

    À la mi-août 2026, dans le Sud, les bacs gris restaient pleins devant les maisons. Cinq semaines plus tard, la chambre régionale des comptes constatait que le syndicat qui traite nos déchets était sorti du rouge. Les deux faits sont exacts en même temps. Dans cet épisode, version audio du dossier de Reflets du Sud, je relis douze ans de politique des déchets en Martinique, de la création du SMTVD en 2014 à sa sortie du plan de redressement en septembre 2026. En 2014, les trois agglomérations ont mis en commun le traitement, mais gardé la collecte et le tri ; la contribution de chacune s’est calculée surtout au poids déposé, sans critère de qualité. J’y examine où se logeait vraiment le surcoût martiniquais, la place prise par un petit nombre de prestataires, la taxe que nous pouvions réduire, et ce que le redressement des comptes change, ou ne change pas. Le dossier intègre aussi le jugement rendu en première instance le 21 octobre 2026 contre l’ancien président du syndicat, sur l’exploitation de la décharge de Céron ; un appel est annoncé. Une question reste ouverte : construirons-nous une politique commune, ou nous contenterons-nous d’en déplacer les frontières ? Le dossier écrit, avec ses sources et sa version PDF : https://refletsdusud.blog/dechets-martinique-comptes-publics/ Reflets du Sud est un média indépendant qui vit de la confiance de ses lecteurs et auditeurs. Soutenez-le sur Tipeee, même avec 1 € : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/Suivez la page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=61595017529489 Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  6. 19 oct.

    « Makrel » · Reprendre les mots, épisode 17

    Dans ton quartier, il y a une makrel. Tu peux la nommer. Donc ce n’est pas un mot en l’air : c’est une fonction, et elle est occupée. Épisode 17 de « Reprendre les mots », le rendez-vous où Reflets du Sud reprend chaque lundi un mot qu’on emploie sans en connaître l’histoire. Au programme : ce que dit vraiment le dictionnaire de Raphaël Confiant, où « makrel » désigne la commère, puis la curieuse des affaires d’autrui, et aussi la maquerelle. Pourquoi ce n’est pas le poisson, qui se dit « makriyo ». Et, du côté du français, « maquereau » qui remonte au moyen néerlandais makelâre, l’intermédiaire, le courtier, sans qu’une parenté directe avec notre mot créole soit pour autant établie. Reste le cœur de l’épisode : ce que la makrel surveille, ce ne sont pas les faits, ce sont les manières. Et la sentence tombe toujours dans les mêmes mots, « ça ne se fait pas », « une famille comme il faut », « des gens bien élevés ». La phrase est en créole, le code est en français. Ce n’est ni un plaidoyer pour le silence, ni un procès fait aux makrel. Dans un petit pays, se regarder, c’est aussi se protéger. Ce qu’on laisse tomber, c’est le tribunal, pas la parole. L’article complet, avec les entrées de dictionnaire et les sources vérifiées :https://refletsdusud.blog/makrel-commere-ragots-jugement-quartier-martinique/ Sources : Raphaël Confiant, Dictionnaire du créole martiniquais ; CNRTL, entrée « maquereau, maquerelle » ; Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition. Lundi prochain : « makoumè ». Reflets du Sud, histoires et mémoires martiniquaises.refletsdusud.blogSoutenir le travail : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    « Makrel » · Reprendre les mots, épisode 17
  7. 17 oct.

    44,6 millions reportés, 61 euros annulés : ce que disent les comptes du transport martiniquais

    Au plus fort de la crise du transport, une phrase revenait partout : la régie coûte trop cher. Je n’ai trouvé ce calcul nulle part, alors je l’ai fait, avec les documents que Martinique Transport publie lui-même. Trois opérations suffisent. La Régie des transports de Martinique pèse 15,3 % du coût du transport en 2025. La contribution que l’autorité lui vote pour 2026 est inférieure à ses seules charges de personnel constatées en 2024. Et sur l’exercice où 44 609 061,93 euros de transport scolaire, urbain et maritime ont été repoussés sur l’année suivante faute de crédits ouverts, la ligne de la régie, elle, a été mandatée presque à l’euro près : 61,23 euros restés sans emploi. Leur résultat ne dit pas ce que tout le monde répète. Alors pourquoi la régie concentre-t-elle les critiques ? Parce qu’elle publie. Ses comptes, ses effectifs, ses accords salariaux sont en ligne. Les entreprises qui exploitent les réseaux, dont les contrats pèsent 78,3 % des dépenses prévues en 2026, ne publient rien de comparable. On discute ce qui est visible, pas ce qui compte. Cette asymétrie documentaire produit une asymétrie du soupçon. Cet épisode ne raconte pas la crise d’août et de septembre 2026. Il explique pourquoi l’argent n’était pas là quand elle est arrivée : les chapitres budgétaires, la compensation de l’opérateur interne, les cinq autorisations d’engagement fusionnées en une, et quatre mots réécrits dans les statuts en 2021 qui ont changé la façon dont la présidence s’exerce. Un travail de lecture sur actes publics : délibérations, budgets, comptes administratifs, statuts, règlements intérieurs, avis au registre du commerce, décisions de justice. Aucune source anonyme, aucune institution interpellée, aucun coupable désigné. Le dossier nomme ce qui est établi, puis les six ensembles de pièces qui permettraient de trancher le reste. Si quelqu’un a fait ce calcul avant moi, qu’il me le montre et je le citerai. Le dossier complet, 17 pages en accès libre : https://refletsdusud.blog/rtm-martinique-transport-44-6-millions/ Reflets du Sud vit sans publicité ni subvention. Pour soutenir le travail : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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