Elle excelle à incarner des personnages sur lesquels semble peser un poids invisible, une charge passée. Surveillante de prison, prostituée dans une maison close, sage-femme totalement border ou jeune femme éplorée d’amour… Hafsia Herzi, 39 ans, est en ce moment à l’affiche de Quelques mots d’amour, de Rudi Rosenberg, où elle incarne Erika, une mère célibataire dont l’aînée des deux enfants est confrontée au manque du père. Pour cet épisode du « Goût de M », nous rencontrons l’actrice multiprimée à Paris, dans le café d’un hôtel où elle a ses habitudes, tout près de la gare de l’Est. C’est son « QG » quand elle est de passage dans la capitale, car elle habite dans l’Est de la France, « à la campagne ». C’est donc dans une petite pièce bleue, au fond de ce café, qu’elle nous raconte de bon matin son enfance dans les quartiers nord de Marseille, « petite dernière » d’une fratrie de quatre, entourée par l’amour de sa mère, venue d’Algérie dans sa vingtaine. Hafsia Herzi raconte ses premiers pas au cinéma, simple figurante pour un téléfilm après avoir répondu à une petite annonce dans le journal – « J’étais aux anges ». Puis, en 2004, elle passe un casting pour La Graine et le Mulet, d’Abdellatif Kechiche, le réalisateur qui lui confie son premier rôle – pour lequel elle recevra le César du meilleur espoir féminin. L’actrice revient sur ses débuts, lorsqu’elle monte à Paris, « une ville où on peut se sentir très seule », et essaie de faire carrière dans le cinéma. Rapidement, on lui dit de corriger son accent, ce qu’elle fait « sans essayer de le perdre complètement, puisque ça fait partie de [s]on identité ». Mais Hafsia Herzi est aussi une réalisatrice qui, en trois films, s’est déjà fait une place dans le cinéma français. Après Tu mérites un amour, son premier long-métrage avec un tournage « 100 % débrouille », Bonne mère (2021), portrait d’une mère sacrificielle des quartiers nord de Marseille, et La Petite Dernière (2025), histoire d’une jeune femme lesbienne et musulmane, adaptée du roman de Fatima Daas (éditions Noir sur Blanc, 2020), l’installent comme une cinéaste qui donne à voir des visages, des voix et des vies jusqu’alors peu représentés à l’écran. Elle prépare en ce moment l’adaptation au cinéma du premier roman de Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre (Gallimard, 2014), un « projet coup de cœur ». --- Cet épisode a été publié le 6 novembre 2026. Crédit photo : James Weston. Vidéo Ronan Deshaies et Angèle Marrey. Depuis huit saisons, la journaliste et productrice Géraldine Sarratia interroge la formation et les méandres du goût d’une personnalité. Créateurs, artistes, cuisiniers ou intellectuels, tous convoquent leurs souvenirs d’enfance, tous évoquent la dimension sociale et culturelle de la construction d’un corpus de goûts, d’un ensemble de valeurs. Un podcast produit et présenté par Géraldine Sarratia (Genre idéal), préparé avec l’aide d’Alexis Ferenczi et Diane Lisarelli, avec Emmanuel Baux au son et Benoit Thuault à la réalisation. Musique : Gotan Project Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.