Info éco

Tous les jours, du lundi au jeudi, Christophe Dansette et les autres chroniqueurs de France 24 décryptent un grand thème de l’actualité économique en France et à l’étranger. 

  1. -2 j

    Ouverture d'un sommet international sur l'espace à Paris sur fond de rivalité franco-allemande

    Le sommet international sur l'espace s'ouvre au Grand Palais, à Paris, sans SpaceX, Blue Origin ni le chancelier allemand Friedrich Merz. Derrière ces absences se joue une autre bataille : celle des nouveaux lanceurs européens, où la France et l'Allemagne sont désormais autant concurrentes que partenaires. Près de 2 000 participants venus de 90 pays et organisations internationales sont réunis pendant deux jours à Paris pour parler d'innovation, de défense et de souveraineté spatiale. Mais SpaceX et Blue Origin ont renoncé à venir après des pressions de l'administration Trump, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz, qui devait coprésider le sommet avec le président français Emmanuel Macron, invoque un agenda trop chargé. Son absence intervient alors que la rivalité franco-allemande s'intensifie dans une industrie longtemps structurée autour du programme commun Ariane. Les nouveaux lanceurs européens entrent en orbite La start-up allemande Isar Aerospace vient de réussir le premier lancement orbital commercial depuis l'Europe continentale avec sa fusée Spectrum, et vise à terme 40 tirs par an. Côté français, MaiaSpace prépare, pour 2027, le premier vol de son lanceur partiellement réutilisable, tandis que The Exploration Company vient de lever 450 millions de dollars, soit environ 387 millions d'euros, pour poursuivre le développement de sa capsule Nyx et de son moteur Storm. Cette émulation est soutenue par plus de 900 millions d'euros engagés en faveur de cinq nouveaux fabricants européens de lanceurs. L'Europe reste pourtant très loin de ses concurrents : en 2025, elle a investi 13,5 milliards d'euros dans l'espace, contre 18 milliards pour la Chine et 69 milliards pour les États-Unis. La même année, SpaceX a effectué 165 lancements de Falcon 9, contre seulement huit tentatives orbitales européennes, dont sept réussies. L'enjeu n'est donc pas encore de détrôner SpaceX, mais de garantir à l'Europe un accès autonome à l'espace pour ses communications, son observation et sa défense.

  2. -3 j

    Volkswagen : à Osnabrück, les cabriolets vont céder la place à la défense aérienne

    Volkswagen prépare la vente de son usine d'Osnabrück au fonds israélien Aurelius Capital et au Land de Basse-Saxe. Sa reconversion dans la défense pourrait préserver 1 400 emplois sur 1 800, avec Rafael et le Dôme de fer comme premier grand projet. Pendant 125 ans, l'usine d'Osnabrück a produit des voitures, du mythique Karmann Ghia au T-Roc cabriolet. Cette histoire prendra fin à l'été 2027, lorsque Volkswagen cessera d'y fabriquer des véhicules. Le constructeur s'est entendu sur les grandes lignes d'une vente avec Aurelius Capital, jeune fonds israélien spécialisé dans la défense, et le Land de Basse-Saxe. Aurelius deviendrait actionnaire majoritaire, tandis que le Land prendrait une participation minoritaire. Le premier projet serait mené avec Rafael, groupe d'armement détenu par l'État israélien et fabricant du Dôme de fer. L'usine pourrait produire des lanceurs, des générateurs et des camions de transport destinés aux systèmes de défense aérienne, mais pas les missiles eux-mêmes. Un montage pour contourner l'opposition du Qatar Une coopération directe entre Volkswagen et Rafael s'était heurtée à l'opposition du Qatar. Son fonds souverain possède 17 % des droits de vote de Volkswagen et deux sièges au conseil de surveillance, alors que Doha n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël. Le nouveau montage permettrait à Volkswagen de se retirer du site : Aurelius et la Basse-Saxe détiendraient l'usine, tandis que Rafael interviendrait comme partenaire industriel. La transaction reste cependant soumise aux accords définitifs et aux autorisations réglementaires. La reconversion offrirait une perspective à environ 1 400 des 1 800 salariés, au moins jusqu'en 2029. Le sort des 400 autres employés demeure incertain. Osnabrück pourrait surtout servir de modèle aux autres usines menacées par la restructuration de Volkswagen. Le groupe prévoit désormais environ 100 000 suppressions de postes d'ici 2030 et l'avenir de quatre sites allemands reste incertain. Cette bascule illustre un mouvement plus large en Europe : face à la crise automobile et au réarmement, les usines de voitures se rapprochent de l'industrie militaire. En France, Renault prépare notamment l'assemblage de drones militaires sur son site du Mans.

  3. -4 j

    Sommet Lumière : le cinéma mondial réuni à Saint-Paul-de-Vence pour un "Davos du 7ème art"

    Le président français Emmanuel Macron et son homologue sud-coréen Lee Jae-myung réunissent à Saint-Paul-de-Vence plus de 200 responsables du cinéma et de l'image. Financement, concurrence des réseaux sociaux et intelligence artificielle sont au cœur de ce premier "Davos du septième art". En 2019, environ 8 milliards de billets de cinéma étaient vendus dans le monde. En 2025, ce chiffre est tombé à près de 5 milliards. Le Covid-19 a provoqué la fermeture des salles, mais il a surtout accéléré un changement durable des habitudes au profit des plateformes et des réseaux sociaux. Dans vingt grands marchés étudiés par Digital i, YouTube est désormais regardé 99 minutes par jour, contre 93 minutes pour Netflix. Même si quelques blockbusters battent encore des records, les films indépendants et les productions aux budgets intermédiaires peinent davantage à trouver leur public et leur financement. Un milliard d'euros pour financer l'avenir du cinéma En France, les investissements dans la production ont reculé de près de 5 % en 2025 et les apports des diffuseurs de près de 12 %. Les plateformes de vidéo à la demande ont investi 76,1 millions d'euros, mais les réseaux sociaux contribuent encore très peu au financement des œuvres par rapport à leur poids dans la consommation d'images. Selon Les Échos, la France devrait proposer un fonds international pouvant atteindre un milliard d'euros, alimenté notamment par Bpifrance et des investisseurs privés. Le sommet doit également encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle afin de garantir le consentement, la transparence et la rémunération des créateurs. Son ambition : inventer un nouveau modèle permettant de financer les œuvres, de protéger ceux qui les créent et de reconquérir le public.

  4. 3 sept.

    Mercosur : l’Europe ferme ses portes aux viandes brésiliennes

    Depuis le 3 septembre, le bœuf et la volaille brésiliens ne peuvent plus entrer dans l’Union européenne. Une interdiction sanitaire qui constitue un premier test pour l’accord commercial avec le Mercosur, appliqué provisoirement depuis mai. Le Brésil n’a pas apporté les garanties exigées sur l’utilisation des antibiotiques dans ses élevages. Les produits importés doivent désormais respecter les mêmes interdictions que celles imposées aux producteurs européens, notamment concernant les antibiotiques de croissance et certains antimicrobiens réservés à la médecine humaine. Faute de preuves suffisantes, Bruxelles a donc suspendu les importations brésiliennes de bœuf, de volaille, d’œufs et de miel. Les normes européennes maintenues L’accord avec le Mercosur prévoit pourtant d’ouvrir progressivement des contingents à droits réduits, jusqu’à 99 000 tonnes de bœuf et 180 000 tonnes de volaille. Mais ces avantages commerciaux ne dispensent pas du respect des règles sanitaires européennes : l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay restent autorisés à exporter, contrairement au Brésil. Celui-ci est pourtant le premier fournisseur extérieur de l’UE pour le bœuf comme pour la volaille. Des inspecteurs européens sont actuellement sur place et, si leur audit est satisfaisant, les importations de volaille pourraient reprendre dans les prochaines semaines. Pour le bœuf, la procédure devrait être plus longue.

  5. 2 sept.

    Venezuela : le jackpot pétrolier de Donald Trump

    Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, est à Caracas pour concrétiser un accord pétrolier hors norme. Pendant cent ans, une entreprise soutenue par Washington pourra exploiter 17 champs contenant près d’un cinquième des réserves vénézuéliennes. L’accord porte sur 17 champs pétroliers situés principalement dans la ceinture de l’Orénoque, dans l’est du Venezuela, et autour du lac Maracaibo, dans l’Ouest. Ils contiendraient environ 65 milliards de barils, soit près d’un cinquième des réserves du pays, les plus importantes de la planète. Leur exploitation sera confiée pour 100 ans à North American Blue Energy Partners, ou NABEP, une société contrôlée par l’homme d’affaires vénézuélien controversé Alejandro Betancourt. Le Pentagone doit obtenir 35 % du capital de sa maison mère ainsi qu’un droit de veto sur la composition de son conseil d’administration. Les États-Unis pourront acheter 20 % du pétrole produit à prix coûtant et disposeront d’un droit de priorité sur les 80 % restants. À lire aussiVenezuela : Alejandro Betancourt, le sulfureux magnat du pétrole sur lequel Trump veut miser Un accord gagnant-gagnant, mais risqué Washington sécurise ainsi l’approvisionnement de ses raffineries et réduit l’influence chinoise et russe sur plusieurs champs stratégiques. En contrepartie, NABEP prévoit jusqu’à 100 milliards de dollars d’investissements pour moderniser une industrie pétrolière vénézuélienne profondément dégradée. Caracas espère des milliers d’emplois ainsi que près de 200 milliards de dollars de taxes et de redevances durant les 25 premières années. Chris Wright affirme que ces investissements pourraient plus que doubler une production tombée à environ 1,2 million de barils par jour, contre plus de 3 millions à la fin des années 1990. Mais la remise en état des installations prendra des années et la durée du contrat, l’absence d’appel d’offres et l’entrée du Pentagone au capital d’une entreprise privée soulèvent déjà de sérieuses interrogations juridiques.

  6. 1 sept.

    Shein : début mouvementé en bourse

    Le géant de l’ultra fast-fashion a perdu jusqu'à près de 10 % lors de ses premiers échanges avant de clôturer finalement la journée à l'équilibre (-0,12 %). Déjà valorisé presque quatre fois moins qu'en 2022, Shein doit désormais convaincre qu’il peut réinventer un modèle fragilisé par la concurrence et les nouvelles réglementations. Shein a fait mardi son entrée à la bourse de Hong Kong, mais l'accueil des investisseurs s'est révélé particulièrement froid. L'action, introduite à 48,56 dollars de Hong Kong, a perdu jusqu'à près de 10 % avant de se reprendre partiellement. Le groupe reste valorisé plus de 26 milliards de dollars, contre près de 100 milliards en 2022 : le roi des prix cassés arrive donc lui-même en bourse à prix cassé. Créé en Chine en 2012, Shein a bâti son succès sur l'analyse instantanée des tendances et la production de vêtements en très petites quantités. La plateforme propose près de 4 700 nouveaux modèles par jour et a connu une croissance spectaculaire pendant le Covid-19, portée notamment par TikTok. Un modèle économique sous pression Après les échecs de ses projets de cotation à New York puis à Londres, Shein a dû se rapprocher de Pékin pour obtenir son entrée en bourse à Hong Kong. Le groupe affronte désormais la concurrence de Temu et TikTok Shop, ainsi que la multiplication des mesures sur les petits colis aux États-Unis et en Europe. En France, un nouveau malus écologique visant l'ultra fast-fashion peut désormais renchérir les produits ou réduire directement les marges de la plateforme. À voir aussiFast-fashion : au cœur de la machine Shein, en Chine Shein a réalisé près de 42 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2025, davantage que Zara mais son bénéfice net a chuté de près de 40 % sur un an. Pour rebondir, le groupe veut devenir une sorte d'Amazon de la mode, accueillant d'autres marques et leur proposant ses usines, sa technologie et son réseau mondial de distribution.

  7. 31 août

    L’OCS, bouée de sauvetage de la Russie et de l’Iran face aux sanctions

    Réunis à Bichkek, capitale du Kirghizstan, les dirigeants de l’Organisation de coopération de Shanghai veulent renforcer un espace économique moins dépendant de l’Occident. Pour Moscou et Téhéran, le bloc offre des outils permettant d’atténuer, voire de contourner les sanctions. Née il y a vingt-cinq ans pour renforcer la sécurité en Asie centrale, l’OCS a progressivement changé de dimension. Ses dix membres, parmi lesquels la Chine, la Russie, l’Inde et l’Iran, représentent plus de 40 % de la population mondiale et autour de 30 % de l’économie de la planète. Depuis l’adhésion de l’Iran en 2023, l’organisation apparaît de plus en plus comme un refuge pour les économies sanctionnées. Avant le sommet, ses ministres des Affaires étrangères ont d’ailleurs condamné les "mesures coercitives unilatérales", autrement dit les sanctions occidentales. Grâce au poids de la Chine et de l’Inde, Moscou et Téhéran disposent de nouveaux acheteurs, fournisseurs, pays de transit et circuits financiers. Monnaies, banque et nouvelles routes Premier levier : la dédollarisation, avec davantage d’échanges en yuans, en roubles ou en monnaies nationales et le développement de systèmes de paiement alternatifs à SWIFT. La Chine pousse également à la création d’une banque de développement de l’OCS pour financer des infrastructures sans dépendre systématiquement du dollar, du FMI ou de la Banque mondiale. La Russie et l’Iran développent en parallèle le corridor Nord-Sud, long de plus de 7 000 kilomètres, tandis que leurs exportations d’énergie sont réorientées vers la Chine. Ces mécanismes leur permettent de résister, mais l’OCS reste divisée, notamment par la rivalité entre l’Inde et la Chine, et Pékin protège ses grandes banques des sanctions américaines. L’affaire de la banque Misr en montre la limite : Washington veut couper la filiale émiratie de la banque égyptienne du système financier américain, accusées d’avoir traité 1,8 milliard de dollars pour des sociétés potentiellement liées aux réseaux  iraniens.

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