Il y a trois ans était rendu le rapport Sauvé.
Je me rappelle ce jour-là, ce que je faisais, où j’étais. Lors des pauses à mon travail, j’ai essayé de voir des images, d’écouter quelques mots. Je tremblais. J’avais les larmes aux yeux.
Je savais qu’une seule personne pensait à moi en ce jour-là, et c’était tellement important, ça me tenait debout.
A ce moment-là, je n’étais qu’une victime parmi tant d’autres, mais le nombre, ce nombre tellement important m’écrasait. Pas le nombre, mais chacune des victimes que cela représente, c’était mon histoire par 300 000.
Les gens ont pris conscience, d’autres ont été stupéfaits, d’autres n’ont pas voulu y croire, ont préféré éviter le sujet :des réactions bien humaines. Dans ma paroisse, un groupe a voulu s’organiser et s’est rencontré une fois, avec l’idée de se revoir, d’avoir des actions. J’ai écrit une lettre au curé, elle était anonyme, et je lui ai dit qu’il pouvait la lire. Il m’a dit que ma lettre était vraiment bien et qu’il la lirait à cette rencontre si cela était favorable mais plus surement à la prochaine. Mais il n’y a jamais eu d’autre réunion de ce groupe pourtant voulu par des laïcs.
Je savais très bien qu’il n’y aurait pas d’autre rencontre, que le cours des choses reprendrait très vite et malgré tout j’espérais un peu qu’il y ait une autre rencontre de ce groupe. Avec le recul, je me dis que c’est très bien que le prêtre n’ait pas lu cette lettre, la démarche des gens aussi honnête et louable, soit-elle n’était pas pour les victimes mais pour eux.
Puis mon affaire a pris une ampleur incroyable.
J’avais comme je pouvais régler les choses, combler les brèches, informer les personnes qui devaient l’être.
Et mon agresseur, s’est vu confier la mission d’écouter des victimes d’agression sexuelle dans l’Eglise. Au-delà de ma stupéfaction de le voir accepter cette mission, j’ai dû parler pour ses victimes potentielles. Uniquement pour elle, pas pour moi.
Alors ce fut un tourbillon pendant deux ans de procédure civile et canonique plus horrible les unes que les autres. La plus horrible, la plus terrifiante, la plus inhumaine étant la procédure canonique.
J’ai rencontré aussi de merveilleuses personnes, très à l’écoute, très attentives, très patientes. Malheureusement c’est contre ces personnes-là que je rageais, que je m’enrageais, que je me mettais dans une colère noire. J’ai été victime des faits quand j’étais enfant mais avec toute cette procédure, j’étais à nouveau victime et pire l’Eglise ne m’entendait pas du tout, le rapport de la Ciase ne changeait rien.
Le pape avait écrit la lettre au peuple de Dieu avec la tolérance zéro sur les abus sexuels, ce n’était rien que du vent.
J’étais en colère, une colère monstrueuse et noire. J’en voulais à tout le monde, mais la personne à qui j’en voulais le plus c’était moi et j’aurais à nouveau préféré mourir 1000 fois plutôt que tout ça se passe.
Mais parce que Dieu était avec moi, parce que certains m’ont aidé, parce que cela aussi ont prié et moi aussi malgré tout. Alors petit à petit, je suis sorti de la tempête.
Aujourd’hui, j’écoute ces podcasts et je pleure. Cela décrit avec tellement de justesse ce que je peux ressentir encore aujourd’hui. Cela me rappelle ce jour de la sortie du rapport de la CIASE et si j’écoute 10 fois Jean-Marc Sauvé parler, si je sais très bien ce qu’il va dire, si je connais le son de sa voix, il est impossible pour moi de ne pas pleurer.
C’est très long sûrement ce que j’écris mais ça ne raconte même pas mon agression. Alors pour ceux qui se sont réunis 1, 2 ou 10 fois, pour ceux qui pensent pouvoir faire quelque chose pour les victimes et c’est très gentil de leur part, c’est louable. Merci et surtout écoutez ces podcasts, parce que malheureusement peut-être un jour, vous croiserez vraiment une victime et que peut-être elle vous parlera.
Et pour ceux qui quotidiennement œuvrent pour les victimes : Véronique Margron , Lorraine Angeneau, Jean-Marc Sauvé et toute son équipe, Edouard Durand, Pierre Vignon, Eric de Moulin-Beaufort et beaucoup d’autres, que j’oublie, que je ne connais pas.
À elles un immense merci. Un immense bravo de ne jamais avoir dévié de votre route si courageuse, et si honnête, alors que toutes les instances politiques et religieuses, mettent constamment des bâtons dans les roues.
Si les personnes écoutent ces podcasts, vous comprendrez peut-être un peu mieux. Et si vous êtes victime, vous aussi sûrement vous pleurerez. Mais les mots sont notre réalité, alors malgré tout, ils aident beaucoup à se comprendre, à s’accepter avec nos blessures irrévocables, nos traumas qui jamais ne cesseront .
Merci pour votre lecture.
Bonne écoute aussi mal qu’elle puisse faire. Elle est belle et magnifique.
Elle est la vérité.
La vérité nous rendra libre dit Jésus.
Une Victime.