Cette semaine, le bras de fer entre Washington et Téhéran continue de peser sur les marchés. Tant qu'aucun accord ne se dessine, le pétrole reste à des niveaux élevés et alimente les tensions inflationnistes, poussant les investisseurs à exiger une prime de risque sur la dette souveraine. 🇺🇸 États-Unis Aux États-Unis, Kevin Warsh a officiellement pris les rênes de la Réserve fédérale, succédant à Jerome Powell dans un contexte particulièrement délicat. Sa confirmation par le Sénat avec seulement 54 voix contre 45, le vote le plus serré de l'histoire pour un président de l’institution, illustre à lui seul les tensions qui entourent l'institution. Dans les minutes de la Fed, une majorité des responsables de la Réserve fédérale a d'ailleurs averti que la banque centrale devrait probablement envisager de relever les taux si l'inflation se maintenait durablement au-dessus de leur objectif de 2,00%. D'après l'outil FedWatch, la probabilité d'une hausse d'ici décembre ressort désormais à 55%. Donald Trump, qui réclamait une baisse des taux à Jerome Powell, pourrait découvrir que son favori devrait finalement les relever. Du côté macroéconomique, les prix à la production ressortent à 1,40% en rythme mensuel, soit le double du mois précédent, confirmant que la hausse des coûts se propage désormais à l'ensemble de l'économie. Dans ce contexte, le taux souverain américain à 30 ans a franchi le seuil des 5,00% pour la première fois depuis 2007, signe que les marchés exigent désormais une prime plus élevée face au risque inflationniste. 🇪🇺 Europe De l'autre côté de l'Atlantique, la zone euro voit sa croissance nettement ralentir, avec un PIB en hausse de seulement 0,80% sur un an au premier trimestre, son niveau le plus faible depuis plus de deux ans. Parallèlement, l'inflation accélère à 3,00%, portée par le choc pétrolier. Dans cette situation, la BCE devra trancher lors de sa réunion de juin, prise entre une inflation qui repart et une activité qui faiblit, alors que les taux de la zone euro progressent face au risque de stagflation. Face à ce constat, la Commission européenne a révisé à la baisse sa prévision de croissance qui ne devrait être que de 1,10%, contre 1,40% annoncé à l'automne dernier. En France, la conjoncture se dégrade davantage, avec un chômage qui remonte à 8,10% au premier trimestre, son cinquième trimestre consécutif de hausse. L'inflation atteint quant à elle 2,20% sur un an en avril, au plus haut depuis 2024. Désormais, l’OAT 30 ans flirte avec les 3,85%, un niveau inédit depuis la crise des subprimes. Or l'AFT prévoit de lever 310 milliards d'euros sur les marchés en 2026, ce qui pourrait alourdir à nouveau la dette de l'Hexagone. Au Royaume-Uni, le PIB affiche une croissance de 0,60% sur le trimestre, supérieure aux attentes, mais ce rebond repose surtout sur une reconstitution des stocks et masque une dynamique de fond bien plus fragile. Côté inflation, les prix refluent à 2,80% en avril, un répit de courte durée alors que la Banque d'Angleterre s'attend déjà à de nouvelles hausses dans les mois à venir, portées par le choc pétrolier. 🇨🇳🇯🇵 Asie En Asie, la Banque populaire de Chine a maintenu ses taux d'intérêt inchangés pour la douzième fois consécutive. Dans le même temps, son taux de chômage a reculé à 5,20%, un signe de résilience du marché du travail malgré une demande intérieure qui reste fragile. Par ailleurs, la question de Taïwan s'est imposée comme l'enjeu central des relations sino-américaines à l'issue de la visite de Donald Trump à Pékin. Les États-Unis arrivent affaiblis dans les négociations, après avoir échoué à faire plier la Chine sur les droits de douane, notamment à la suite de l'embargo chinois sur les terres rares. Désormais, Washington a besoin de Pékin pour contribuer à résoudre la crise dans le détroit d'Ormuz. Le président américain a qualifié les ventes d'armes à l'île de « très bon atout de négociation », laissant craindre que la sécurité de Taïwan ne pèse dans la balance. Au Japon, le produit intérieur brut a progressé de 2,10% en rythme annuel, porté par la solidité des exportations et de la consommation. Toutefois, la croissance devrait ralentir au cours des prochains trimestres, à mesure que s'intensifient les retombées du conflit au Moyen-Orient, le pays restant fortement dépendant du pétrole en provenance de cette région. Dans ce contexte, le taux souverain japonais à 10 ans a atteint un sommet de vingt-neuf ans et frôle désormais les 2,70%, témoignant des tensions qui pèsent sur les perspectives économiques. 🛢️ Matières premières Du côté des matières premières, le Brent évolue autour des 110 dollars, après avoir quasiment doublé depuis le mois de janvier. Parallèlement, l'AIE et l'OPEP s'accordent sur une révision à la baisse de la demande pour le reste de l'année, puisque la hausse des prix pèse directement sur la consommation. Par ailleurs, l'Iran continue d'utiliser le détroit d'Ormuz comme levier de pression, alors que les stocks mondiaux s'épuisent à un rythme record selon l'AIE. Les prix restent volatils, tiraillés entre les signaux contradictoires autour d'un éventuel accord entre Washington et Téhéran. S'il se concrétise, celui-ci permettrait un reflux progressif vers des niveaux plus soutenables. Ce contexte bouleverse également les anticipations monétaires. Alors que les banques centrales envisageaient des baisses de taux dès le mois de janvier, c'est désormais le scénario inverse qui s'impose. Le choc pétrolier relance l'inflation et fait peser un risque de stagflation, avec une pression simultanée sur les prix et sur la croissance.