De vive(s) voix

Une émission consacrée à la langue française dans le monde et aux cultures orales. Un rendez-vous quotidien du lundi au jeudi, pour rendre plus vivant notre rapport à la langue, et être la vitrine des initiatives en faveur de la francophonie. Une émission consacrée à la langue écrite qui vit, s’adapte, se développe. Mais aussi une émission où la langue parlée, blablatée, tchatchée, déclamée et murmurée aura toute sa place. En compagnie d’historiens, linguistes, traducteurs, artistes… ce nouveau rendez-vous sur RFI sera aussi celui de l’oralité : ce qui est émis, qui est énoncé de vive voix. Théâtre, slam, poésie sonore, contes, traditions orales… Émission présentée par Pascal Paradou, en collaboration avec Cécile Lavolot. Réalisation : Laura Pinto. Et en podcast sur www.rfi.fr. *** Diffusions du lundi au jeudi : à 13h30 TU vers toutes cibles ; 18h30 vers l'Afrique lusophone ; à 22h30 vers l'Afrique haoussa ; du lundi au jeudi à 23h30 vers Malabo/Bata. Le vendredi à 23h30 vers l'Afrique peul & lusophone & Malabo/Bata. Et le dimanche à 15h30 vers l'Afrique peul & lusophone & Malabo/Bata. (Heure de Paris = TU + 2 en grille d'été).

  1. 6 HR AGO

    1966, Dakar : 1er Festival mondial des arts nègres, quel héritage?

    Pendant trois semaines, en avril 1966, à l'initiative de Léopold Sédar Senghor, Dakar accueille le premier Festival mondial des arts nègres. Nous sommes au lendemain des indépendances et André Malraux, ministre des Affaires culturelles de la France, salue avec son phrasé si particulier ce qui est l'avenir de l'esprit, c'est-à-dire l'Afrique. 60 ans après, nous allons raviver cette mémoire et ausculter les espoirs nés de cette rencontre.  Invités : Ibrahim Wane, professeur de Littérature et Civilisation africaines à l'université de Dakar, a dirigé l'ouvrage collectif consacré à ce festival Sarah Frioux-Salgas, archiviste et commissaire d’exposition au Quai Branly. En 1966, le Festival mondial des arts nègres incarne l’espoir d’une rupture avec l’ordre colonial. Mais il ne surgit pas de nulle part : il s’inscrit dans une histoire plus longue, nourrie par les échanges intellectuels et artistiques de la diaspora noire en Europe avant les indépendances et notamment le Congrès des écrivains et artistes noirs qui se déroule à La Sorbonne en septembre 1956. Premier grand événement culturel de cette ampleur organisé en Afrique, le Festival des arts nègres est un évènement fondateur qui illustre les idéaux panafricains. La France a joué un rôle important dans le Festival mondial des arts nègres de 1966, notamment grâce à ses réseaux intellectuels et culturels, en particulier à travers la maison d’édition Présence africaine, dirigée par Alioune Diop, basée à Paris, et la participation d’André Malraux. Toutefois, le festival ne se limite pas à une initiative franco‑sénégalaise : soutenu par l’Unesco, il s’inscrit dans une stratégie d’ouverture internationale menée par Senghor, associant de nombreux pays, y compris dans le contexte de la guerre froide, afin de lui donner une portée véritablement panafricaine et mondiale. Un festival pluridisciplinaire « Révolution », « nouvel humanisme », ce sont les mots de Léopold Sédar Senghor lors de son discours d'ouverture du premier Festival mondial des arts nègres. Il s’agissait avant tout de montrer la culture africaine, la culture noire, dans son évolution, son dynamisme et surtout sa diversité. Le Festival mondial des arts nègres constitue ainsi un point de départ important dans la réécriture de l’histoire de l’art en Afrique, en mettant en lumière la contribution fondamentale de l’art africain à l’évolution de la création artistique dans le monde. Rôle de la musique dans la culture et l'identité noire et nationale Dès le premier Festival mondial des arts nègres, la musique apparaît comme un élément central de la culture et de l’identité noire. Le festival ne choisit ni uniquement la tradition ni seulement la modernité : il organise volontairement leur rencontre. En réunissant troupes folkloriques et orchestres modernes, il démontre que la fusion des instruments, des styles et des héritages est possible et féconde. Cette dynamique a inspiré de nombreux groupes en Afrique de l’Ouest et aujourd’hui encore Youssou N’Dour en est l’héritier. Cette rencontre des instruments dits modernes avec le patrimoine africain, c'est ça, c'était ça la voix de la nouvelle musique africaine. La négritude occupe une place centrale dans l’esprit du Festival mondial des arts nègres de 1966, notamment à travers la figure d’Aimé Césaire. Bien que le terme lui-même suscite déjà des réserves, Césaire l’emploie pour affirmer l’idée d’une unité du monde noir par‑delà la diversité des nations africaines et des diasporas. Aujourd’hui encore, la négritude reste un objet de débat : si elle est contestée par une partie des jeunes artistes, elle continue de nourrir la réflexion intellectuelle, rappelant un contexte historique précis où il s’agissait avant tout de revendiquer une dignité culturelle commune et une histoire partagée. Musique : Youssou N'dour, en duo avec Gims, « Sans dire un mot ». À écouter aussiSénégal : il y a 60 ans, se tenait le premier Festival mondial des arts nègres à Dakar

    29 min
  2. 1 DAY AGO

    Splendeurs et misères des librairies indépendantes

    C’est le moment ou jamais de pousser la porte et d’aller chez votre libraire… Deux dates importantes : 23 avril, la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, et samedi 25 avril, la Fête de la librairie indépendante, initiée voilà presque 30 ans par Marie-Rose Guarnieri. Invitées :  Marie-Rose Guarnieri, libraire française, dirige la Librairie des Abbesses à Paris, créatrice du Prix Wepler et de la Fête de la librairie indépendante Audrey Neveu, gérante de la librairie Les 2 GeorgeS à Bondy et à Bobigny, en région parisienne. 420 millions de livres sont vendus chaque année, près d'un livre sur deux est acheté en librairie indépendante  À l’origine de la Fête de la librairie indépendante, la Sant Jordi, une fête catalane. Initiée il y a près de trente ans par Marie‑Rose Guarnieri, libraire à Montmartre, cette journée s’enracine dans une histoire de résistance. Sous le franquisme, le 23 avril était la seule journée durant laquelle écrivains, intellectuels et opposants au régime pouvaient manifester dans les rues, livres et roses à la main, pour réclamer le retour à la démocratie et la liberté de publication. En France, la Sant Jordi coïncide avec la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Elle rappelle le rôle fondamental des libraires : ceux qui choisissent les livres, rémunèrent les auteurs, défendent la pluralité des voix et rendent visible une profession essentielle à la vie démocratique. Aujourd’hui, sur les 3 000 librairies indépendantes en France, plus de 700 participent à cette fête en France, en Belgique et en Suisse francophones, offrant à chaque lecteur un livre et une rose. Et plus de 80 pays participent à cette journée. Libraires indépendants : un métier fragile Marie‑Rose Guarnieri et Audrey Neveu dressent un portrait sensible du métier de libraire aujourd’hui. Qu’il s’exerce à Paris ou en province, ce métier est marqué par une grande fragilité économique, mais porté par une conviction forte. Conseillers, médiateurs, découvreurs de lecteurs, ils travaillent au quotidien à élargir l’accès au livre, notamment auprès des jeunes, et à maintenir des fonds exigeants, loin des seules logiques commerciales. Édition et liberté de publication Le secteur de l’édition a connu de gros bouleversements ces derniers temps avec le rachat du groupe Hachette par Vincent Bolloré, soit une cinquantaine de maisons d'édition, et le départ de la maison Grasset de plus de 200 auteurs qui a fait suite au licenciement de son directeur historique, Olivier  Nora. Pour Marie-Rose Guarnieri, « il s'est attaqué à la valeur de ce mystérieux lien qu'il y a entre un auteur, un éditeur et de la sécurité que doit être une maison d'édition, et surtout la liberté de publication et d'idées, la diversité littéraire qu'il doit y avoir dans une maison d'édition ». À lire aussiCrise dans l'édition française : le président Macron veut défendre le «pluralisme éditorial» Et l'expression du jour dans La puce à l'oreille, une chronique de Lucie Bouteloup : « montrer patte blanche ». Explication de Benjamin Rouxel, lexicographe aux éditions du Robert.  Musique : « Ce que tu veux » de Creol et Eboloko, un duo 100% gabonais !

    29 min
  3. 2 DAYS AGO

    «Force Bleus»: le théâtre face aux violences policières

    Thomas Gourdy est fils, petit-fils, arrière-petit-fils de policiers de la préfecture de Paris. Il découvre tardivement que son père est mêlé au meurtre de Malik Oussekine. Dans Force Bleus, il questionne son histoire familiale pour questionner en profondeur l’institution policière. Invité : Thomas Gourdy, auteur et metteur en scène de Force Bleus, un spectacle joué au Théâtre de Belleville jusqu’au 30 avril 2026. Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, est tué par la police dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors qu’il fuyait une manifestation contre la loi Devaquet, une loi voulant réformer l’université. Cet événement qui a profondément marqué l’enfance de Thomas Gourdy – il avait quatre ans – nourrit son spectacle Force Bleus. Fils et petit-fils de policiers, il met en lumière une généalogie familiale traversée par la police, tout en questionnant l’institution de l’intérieur : ses violences, ses silences, ses logiques de domination et ses effets destructeurs sur ceux qui la servent comme sur ceux qui la subissent. Force Bleus ne se contente pas de revenir sur l’affaire Oussekine. Le spectacle met en regard cette mort avec des violences policières plus récentes, notamment celle de Nahel Merzouk, et questionne la continuité des mécanismes de justification, de discours et de pouvoir. Parcours artistique de Thomas Gourdy Thomas Gourdy est auteur et metteur en scène au sein de la compagnie La bande passante depuis 2020. Il y dirige des collectes de récits et des ateliers d’écriture dans le cadre d’un cycle de création consacré aux récits intimes adolescents. Cette collaboration l’amène à s’engager pleinement dans la création de son premier spectacle Devenir (2022), dont il est le dramaturge et le coauteur. Par la suite, il explore le champ de la performance, posant les premières bases d’un travail de recherche personnel autour de la figure du policier, de l’héroïsation des récits de trois générations de policiers de son arrière-grand-père à son père, et se confronte à des archives judiciaires qu’il va consulter dans les sous-sols de la Préfecture de police de Paris, relatives à une affaire d’État dans laquelle son père était mis en cause.  La jonction apparaît alors évidente entre ce projet et la démarche documentaire de la compagnie, qui interroge les relations entre le public et le privé, le général et l’intime, les protocoles de collecte et d’écriture, ainsi que les manières de mettre en scène le réel, notamment par la performance. Il est alors décidé de produire et de diffuser ce projet au sein de La bande passante. Le spectacle prend le nom de Forces Bleus.

    29 min
  4. 3 DAYS AGO

    Le romancier Alexandre Lenot, révélé par le Prix des 5 continents de la Francophonie 2026

    Chaque jour, chaque semaine, des dizaines de livres nouveaux sont publiés… L’actualité s’impose, chasse l’un pour mettre en avant un autre, mais soudain un livre plus ancien refait surface et revient à la Une. C’est le cas du second roman d’Alexandre Lenot, Cette vieille chanson qui brûle, qui vient de remporter le Prix des cinq continents de la francophonie. L’écrivain Alexandre Lenot vient nous présenter Cette vieille chanson qui brûle, roman couronné par le Prix des cinq continents de la francophonie. Une œuvre traversée par la mémoire, la colère et la nécessité de dire. Encore peu connu du grand public en France, ce prix international, décerné exclusivement par des écrivains et écrivaines issus de toute la francophonie, distingue avant tout une exigence stylistique. « J’ai conçu un objet très littéraire. D’être reconnu pour ça m’a fait immensément plaisir », confie l’auteur. Né aux États-Unis, d’une mère égyptienne, vivant aujourd’hui à Paris tout en s’échappant régulièrement dans le Cantal, Alexandre Lenot revendique un parcours profondément francophone et multiculturel. Une histoire de frères et de fantômes Cette vieille chanson qui brûle est l’histoire de deux frères jumeaux, d’une mère absente, d’un père violent, et d’une forêt menacée par les appétits capitalistes et de l’enfance qu’il faut quitter, qu’il faut bien quitter un jour... L’un des frères est mort – on l’apprend dès les premières pages –, mais il faudra attendre la fin du roman pour comprendre comment et pourquoi. Entre-temps, le narrateur marche, revient vers la demeure paternelle nichée au cœur de la forêt, tandis que les souvenirs affluent : la peur, la colère, la douleur d’une enfance privée de mots. Le roman devient alors une enquête intime, où le narrateur revisite ses souvenirs un à un. Une forêt politique La forêt occupe une place majeure dans le roman. Loin d’un décor bucolique, elle est à la fois refuge, mémoire et enjeu contemporain. Cette forêt, précise l’auteur, est celle d’aujourd’hui : une forêt qui brûle, qui manque d’eau, qui est convoitée par des logiques productivistes et extractivistes. Le roman fait écho à la mort de Rémi Fraisse, jeune militant écologiste tué en 2014 lors du projet de barrage de Sivens. Alexandre Lenot reconnaît cette inspiration. Ce qui l’a bouleversé, dit-il, au-delà de la mort elle-même, c’est la violence du langage politique, capable de retourner la victime en coupable. Invité : Alexandre Lenot, romancier et scénariste, auteur de Cette vieille chanson qui brûle, publié aux éditions Denoël.  Et la Chronique Ailleurs avec Mahi Binebine, président de Festival du livre africain de Marrakech, le FLAM. La 4è édition se tiendra du 23 au 26 avril 2026 sous la présidence d'honneur de Jean-Marie Gustave Le Clézio. Musique : Lolo Zouaï & Disiz – « Coquelicot ».

    29 min
  5. 16 APR

    Anne Roumanoff nous vante l'expérience de la vie

    Dans son spectacle, la comédienne Anne Roumanoff dresse une galerie de portraits hauts en couleur, avec un objectif unique : raconter, grâce à ces personnages, « l’expérience de la vie ». Une bouchère dépassée par la vie, une adolescente « woke », un pilier de bar, une coach de vie et de couple, dans ce spectacle, grâce à ses personnages, Anne Roumanoff explore l’évolution du langage, la fragilité des relations amoureuses ou encore notre nouveau rapport au travail. Des caisses automatiques en supermarché aux livres de développement personnel, elle croque les travers de la société actuelle.    40 ans de carrière Cela fait 40 ans qu’Anne Roumanoff monte sur les planches pour nous faire rire. Elle constate qu’en quatre décennies, « tout a changé ». Avec ses sketches, elle a à cœur de « tendre un miroir à la société ». « Je suis dans le constat, je n’ai pas la prétention de vouloir changer la société. » Au début de sa carrière, elle explique avoir « subi des remarques sexistes », des remarques qui, selon elle, « ne pourraient plus exister aujourd’hui ». Fabriquer le rire Pour Anne Roumanoff, l’écriture de l’humour se fait en plusieurs phases. Tout d'abord, elle note un maximum d’idées, puis elle resserre son écriture... Elle teste alors ses nouveaux sketches devant un public, dans des petites salles et elle observe... pour voir quand ça réagit ! « On ne sait pas quand le rire va surgir ». Elle se permet de rire de tout mais sans attaque frontale. Pour elle, il y a toujours une partie improvisée, mais l’humour sur scène ne supporte pas l’imprécision et ses sketches sont alors très écrits.  Un humour bienveillant mais tranchant Anne Roumanoff commence par rire d’elle-même : « rire des autres, c’est d’abord savoir se moquer de soi-même ». Elle définit son humour comme bienveillant, « plein d’humanité mais tranchant ». Elle admet manier parfois la diplomatie, tout en gardant un regard lucide sur la société et ses dérives !  L'expérience de la vie : à voir au Théâtre des Mathurins et en tournée.  Invitée : Anne Roumanoff, née en 1965, est une humoriste, comédienne et autrice française. Formée au Cours Florent, elle se fait connaître à la fin des années 1980 avec l’émission télévisée « La Classe ». Elle enchaîne ensuite les one-woman-shows, apparaît régulièrement à la télévision et à la radio, et publie plusieurs livres et chroniques. Son humour porte notamment sur la vie quotidienne, la politique et les relations sociales, et elle est identifiée visuellement par sa robe rouge, souvent portée sur scène. Programmation musicale :  L'artiste Yoa avec le titre Moa.

    29 min
  6. 15 APR

    Le désamour des jeunes pour la lecture : «Faire lire, c’est un rôle-clé des enseignants»

    Les jeunes de 7 à 19 ans lisent de moins en moins, alerte le rapport du Centre national du livre (CNL) publié mardi 14 avril 2026. Une conclusion qui confirme la tendance déjà observée dans l’étude menée en 2024.  Cette étude, réalisée tous les deux ans depuis 2016 par le CNL, met en lumière le rapport des 7-19 ans avec la lecture. Les résultats de cette enquête réalisée sur un échantillon de 1 500 personnes et qui vise à évaluer la manière dont les jeunes Français perçoivent et pratiquent la lecture aujourd’hui sont sans appel : bien que le nombre de jeunes qui lisent reste globalement stable, on observe toujours un décrochage à l’adolescence et une dégradation du niveau de lecture.    L'adolescence, une période charnière  86% des jeunes déclarent lire, mais la tendance est à la baisse. Le décrochage semble se faire à l’adolescence. « C’est alarmant. On imagine que c’est à l’âge du premier smartphone que le fossé se creuse », nous dit Olivier Lombardi du CNL. Cette baisse se confirme aussi pour les mangas et les BD. Cependant, la France reste une terre de littérature, notamment chez les jeunes, comparée à des pays comme les États-Unis. Dans certains pays, comme la Finlande ou l’Espagne, les gouvernements ont pris le problème à bras-le-corps pour redonner l’envie de lire aux jeunes. Le souci, c’est que les parents, souvent digital natives, ont moins d’appétence pour la lecture que la génération d’avant. Cependant, ajoute-t-il, le livre reste sacré en France : il demeure le cadeau de Noël préféré des Français. Il reste central. Olivier Lombaardi préconise de lire des histoires aux enfants dès le plus jeune âge et de pratiquer la lecture à voix haute avec ses adolescents. Un phénomène qui s’observe dans les écoles Gilles Vernet le constate dans sa classe. Professeur des écoles en CM2 depuis vingt ans, il demande à ses élèves de lire un chapitre pour le jour suivant. « Faire lire, c’est un des rôles-clé des enseignants. Les jeunes lisent, oui, mais combien de temps par jour ? Que lisent-ils ? Est-ce une lecture profonde ? Il y a un manque de lecture nourrie. Il y a un manque d’ambition. »  La solution serait pour lui de faire baisser le temps d’écran chez les jeunes, une mesure plébiscitée par ses élèves eux-mêmes, qui admettent ne pas arriver à se poser des limites dans l’utilisation des écrans ! Pour l’enseignant, il est primordial de faire comprendre aux enfants que la lecture est un outil d’émancipation sociale. Il recommande aussi de leur faire lire, dès le plus jeune âge, de grands auteurs tels que Victor Hugo ou Stefan Zweig afin de les imprégner de la beauté de la langue et des mots. « Des auteurs comme Victor Hugo, qui ont défendu les pauvres et les enfants, ça parle aux jeunes, ils se sentent proches de ces préoccupations, il faut prendre le temps de les guider. » Il insiste sur le rôle des parents dans la transmission du goût de la lecture Invités : - Olivier Lombardi, directeur général du Centre National du Livre - Gilles Vernet, professeur des écoles en CM2 à Paris en zone prioritaire. Son documentaire « Et si on levait les yeux ? » est à regarder ici.  L'étude complète du CNL est à lire ici.  Avec également le reportage de Camille Simon.    Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup s'amuse à décortiquer pour nous, les expressions de la langue française. Cette semaine c'est l'expression « À cor et à cri » qui donne bien du fil à retordre à ceux qui essaient de l’écrire correctement. Avec Benjamin Rouxel des éditions Le Robert.   Programmation musicale :  L'artiste québécoise Ariane Roy avec son titre Mordre.

    29 min
  7. 14 APR

    Adama Diop et Aimé Césaire: dialogues de poètes

    Dans L'Apocalypse d'Adam et Aimée, Adama Diop poursuit son travail de création et revisite l'œuvre fondatrice du poète, Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal. Le père, Adam, figure tutélaire, fatiguée, crépusculaire, raconte l’apocalypse à sa fille, Aimée. Pour ce faire, il reprend parfois les mots d’Aimé, le grand Césaire. Un baisser de rideau pour l’humanité, écrit et incarné par Adama Diop, qui se joue actuellement au Théâtre du Rond-Point.   Être la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche Le spectacle se construit sur des échos : ‘Aimée’ rappelle ‘Aimé’, Adama est ‘Adam’, le premier homme qui est aussi le dernier, et qui est encore l’interprète présent devant son public. Les voix de tous se prolongent, se répondent et se confondent. Adama Diop évoque un « rapport presque radiophonique à dire de la littérature ». Sur scène, Adama Diop porte un costume brodé de fleurs rouges et déclame dans un décor minimaliste, où la nature reprend progressivement ses droits. Il parle pour le végétal menacé, pour les espèces animales disparues, et la poésie perdue. À travers sa lecture, Adama Diop explique avoir voulu permettre à la poésie de reprendre ses droits sur le plateau de théâtre. L’Apocalypse d’Adam et Aimée est une pièce qu’il qualifie plutôt de « grand poème », poème qui rend hommage à un autre : le Cahier d’un retour au pays natal.   Genèse d’un récit de la fin des temps Au commencement, il y a donc le Cahier de Césaire, œuvre indomptable qui le suit depuis l’adolescence. Au commencement, il y a aussi une commande du musée de l’Orangerie à Adama Diop pour un texte sensé être lu in situ, avec en toile de fond les nymphéas de Monet. Les peintures de Monet sont symptomatiques d’une frénésie de dire le monde, dans laquelle se reconnait Diop. La civilisation déchue qu’il décrit est un peu la nôtre, documentée dans tous ses excès, le point de bascule dépassé.   Entre retour et renoncement, fin et recommencement Pour Adama Diop, l’Apocalypse n’est pas juste la fin du monde. « L’Apocalypse, c’est aussi une révélation », rappelle-t-il. L’effondrement d’une société devient le moment de prise de conscience qui permet d’envisager le monde d’après, celui qui se dessine par-delà les décombres. On pourrait même épouser l’embrasement de « mini-apocalypses pour laisser place à des mondes plus ouverts, plus justes. » C’est bien la fin des temps qui permet au futur d’advenir. Si Adam ressasse le passé, Aimée est l’avenir, un futur au féminin. Elle assure la préservation de sa lignée et la survie de l’humanité...  Le texte est à retrouver aux éditions Actes sud.  Invité : Adama Diop, auteur, comédien et metteur en scène, né à Dakar, au Sénégal. Il se forme à partir de 2002 à l’ENSAD de Montpellier puis au CNSAD de Paris. En 2016, il est révélé dans la pièce-fleuve 2666 de Julien Gosselin.  En 2018, il tient le rôle-titre dans Macbeth de Stéphane Braunschweig. En 2021, le rôle de Ermolaï dans la Cerisaie mis en scène par Tiago Rodrigues. En 2022, il est Othello dans la mise en scène de Jean-François Sivadier.  En 2021, Diop crée au Sénégal l’« École internationale d’acteurs et d’actrices de Dakar » (EIAD), un lieu dédié à la formation et à la professionnalisation des comédiens et comédiennes issus de tout le continent africain. En 2024, il met en scène Fajar ou l’Odyssée de l’homme qui rêvait d'être poète.  L'Apocalypse d'Adam et Aimée est sa deuxième mise en scène.    Programmation musicale :  Les artistes Meryl feat Umpa avec le titre Lajen.

    29 min
  8. 13 APR

    «La petite tortue-étoile», un conte bilingue pour raconter le génocide au Rwanda

    Dans La petite tortue-étoile, Béatrice Uwambaje transforme son histoire marquée par l’exil et le génocide de 1994 en un conte universel de résilience. Quelle est la part d’universel et de spécifique dans un conte ? Comment les histoires traversent le temps et les continents ? Avec La petite tortue-étoile, Béatrice Uwambaje nous offre un magnifique récit de résilience, où une histoire intime touche à l’universel.  Revenir à l'enfance  Agée de 20 ans en 1994, au moment du génocide, elle quitte son pays pour venir en France. Avec ce conte, l'autrice voulait prendre un peu de distance avec son histoire. Le conte était le genre qui me permettait de prendre du recul et de me relier à moi-même.  Le conte était un moment de partage très important. Enfants comme adultes attendaient ce moment avec impatience.  La petite tortue-étoile raconte l’histoire d’Ikamba, une petite tortue ocre qui vit d’abord sur une terre en harmonie. Mais elle devra connaître l’exil, échapper à mille périls, traverser des territoires inconnus pour, finalement, loin de sa terre natale, donner naissance à un bébé tortue… Une histoire d’errance, de transmission et de résilience.  Un conte foisonnant de symboles et de métaphores Dans son conte, les vaches occupent une place primordiale. Au Rwanda, cet animal possède une forte charge symbolique : « C’est presque un animal sacré. Elle symbolise la richesse ; on dit d’une personne qui a beaucoup de vaches qu’elle est riche. » La tortue, elle non plus, n’est pas choisie au hasard. Ce petit animal, qui peut sembler « insignifiant », est en réalité d’une grande résistance grâce à sa carapace. Elle incarne aussi « le temps long, la patience et la persévérance ».   Un conte bilingue français-kinyarwanda À quel moment votre langue natale vous échappe-t-elle quand vous ne la parlez plus tous les jours ? C’est la question que s’est posée l’autrice en écrivant son conte. « J’ai vécu aujourd’hui plus longtemps en France qu’au Rwanda, je voulais savoir si j’avais encore cette fluidité. » Elle n’avait encore jamais osé écrire directement en kinyarwanda. Elle a commencé par la formule consacrée en kinyarwanda, puis a rédigé deux pages en français… avant de tout réécrire dans sa langue maternelle. Puis de retraduire vers le français.    Invitée :  Béatrice Uwambaje Georget, autrice. C'est une jeune adulte lorsqu’elle a quitté le Rwanda en 1994 au moment du génocide.  Elle vit en France depuis bientôt 30 ans.   Elle avait publié auparavant Le Silence des Collines, aux éditions Sépia, inspiré par des faits réels. Puis, Elles dansaient sous la pluie, un deuxième roman aux éditions Vérone. Elle raconte dans ces deux livres comment elle a survécu au génocide rwandais.  Elle vient de publier le conte bilingue français-kinyarwanda La petite tortue-étoile à compte d'auteur. Illustré par les dessins de Marcello Pettineo. Pour vous procurer l'ouvrage  ibaba12@yahoo.fr.   Et la chronique Ailleurs nous emmène à Ottawa, pour parler du programme VIF, (Valorisation d'Initiatives Francophones) une initiative pancanadienne, visant à soutenir l’engagement des jeunes de 14 à 30 ans en français, en favorisant le dialogue et le rapprochement des communautés linguistiques. Et c’est Ajà Besler, directrice générale du Réseau Dialogue qui nous explique tout cela !    Programmation musicale : L'artiste Naâman avec le titre «Toi et moi».

    29 min

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