Au XVIIIe siècle, un homme devient l'ennemi public numéro un du royaume de France. Son nom : Louis Mandrin. Contrebandier, chef de bande et véritable héros populaire, il ose défier l'un des systèmes les plus puissants de l'Ancien Régime : celui des impôts. Louis Mandrin naît en 1725, dans le Dauphiné, au sein d'une famille de commerçants. Il reprend jeune les affaires familiales, mais connaît rapidement de graves difficultés financières. Il en veut particulièrement à une institution : la Ferme générale. À l'époque, le roi de France confie la collecte de nombreux impôts indirects à des financiers privés, appelés les fermiers généraux. Ces derniers versent une somme au Trésor royal, puis récupèrent les taxes auprès de la population, en conservant leurs bénéfices. Le système est particulièrement impopulaire. Certains produits, comme le tabac ou le sel, sont lourdement taxés. Mandrin décide alors de s'attaquer directement à ce monopole. En 1754, il prend la tête d'une bande de contrebandiers, organisée presque comme une petite armée. Son principe est simple : acheter des marchandises à l'étranger, notamment en Suisse ou en Savoie, puis les revendre en France sans payer les taxes. Résultat : les habitants peuvent acheter du tabac, des étoffes et d'autres produits à des prix bien inférieurs à ceux du commerce officiel. Mais Mandrin ne se contente pas de vendre illégalement des marchandises. À la tête de plusieurs dizaines, parfois de centaines d'hommes armés, il organise des expéditions spectaculaires. Il attaque les agents de la Ferme générale et contraint parfois ses représentants à lui acheter ses marchandises. Ses opérations se déroulent notamment en Bourgogne, en Auvergne et dans le Dauphiné. Pour les autorités, c'est un dangereux criminel. Pour une partie de la population, c'est un justicier qui s'attaque à des collecteurs d'impôts détestés. Sa popularité devient immense. Mais sa carrière est étonnamment courte. En mai 1755, Mandrin est capturé en Savoie, territoire qui n'appartient alors pas à la France, au cours d'une opération particulièrement controversée. Ramené à Valence, il est rapidement jugé et condamné à mort. Le 26 mai 1755, à seulement 30 ans, il subit le terrible supplice de la roue, devant une foule considérable. Sa mort ne fait pourtant que renforcer sa légende. Des chansons, des récits et des gravures célèbrent bientôt ses exploits. Mandrin devient ainsi une sorte de Robin des Bois français. Une image largement idéalisée, car ses expéditions furent aussi violentes. Mais son histoire révèle surtout une réalité essentielle : plusieurs décennies avant la Révolution française, l'injustice fiscale nourrissait déjà une profonde colère contre l'Ancien Régime. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.