Questions d'environnement

La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

  1. 10 hr ago

    Pourquoi la Wild League traque les animaux-emblèmes des clubs de sports du monde?

    La moitié des équipes engagées dans le Mondial 2026 ont une référence à la biodiversité, animale ou végétale, dans leur emblème ou dans leur surnom. C’est également le cas de centaines d'autres clubs de sports dans le monde. Mais le logo sur le maillot cache parfois une sombre réalité : ce sont souvent des espèces menacées. Une équipe de chercheurs a lancé un projet original : la Wild League. Objectif : tenter de rapprocher clubs et supporters des bêtes qu’ils portent sur leur cœur. Ce matin du 6 juillet, il est encore possible d’imaginer 22 lions face à face en finale de la Coupe du monde. Les Lions de l’Atlas marocains contre les Three Lions d’Angleterre ou contre les lions norvégiens, vainqueurs du Brésil hier soir… Ce sont les derniers félidés, lions, encore debout dans la compétition puisque toutes les autres meutes sont déjà rentrées dans leurs tanières : celles de la Teranga au Sénégal, celles de Mésopotamie en Irak, quand les Lions indomptables du Cameroun n'étaient pas qualifiés tout comme les Lions des Caraïbes cubains… Liste non exhaustive : les Espagnols, les Tchèques ont aussi un lion sur l'écusson. Au royaume des emblèmes de clubs, le lion règne en maître absolu : au moins 146 organisations sportives dans le monde l’ont adopté. Loin devant le tigre, le loup et l’ours, les trois autres mammifères les plus appréciés. Pourtant, la réalité, dans la savane, est plus tragique pour le grand fauve, explique Ugo Arbieu qui, en plus d’être fan de foot, est chercheur en écologie et société à la prestigieuse université Paris-Saclay. « Depuis que Sadio Mané [captaine de l'équipe de la Teranga, NDLR] est né, il a une trentaine d’années, on a perdu 50% des populations de lions. Les lions, à l’heure actuelle, si leur aire de répartition possible était un terrain de foot, ils ne vivent plus que dans le rond central. » Autrefois présent sur de vastes territoires de l’Europe à l’Asie, omniprésent en Afrique, il ne subsiste guère plus qu’en Afrique centrale et méridionale. Il est classé comme vulnérable et à risque d'extinction sur la liste rouge de l'UICN. Au-delà du lion, 161 espèces emblèmes L’écologue a rassemblé passion et profession dans un même but : faire du sport le gardien de notre biodiversité marine et terrestre. Une initiative aussi originale qu’ambitieuse. Pour ce faire, il a commencé par faire des statistiques. Avec douze autres chercheurs français et étrangers, il a pu établir, à travers une très sérieuse étude parue dans la revue BioScience, qu’au moins 727 équipes dans 43 pays et de 10 sports collectifs ont choisi nos amis les bêtes comme totems, dont 25% d’équipes professionnelles. On peut aussi retenir ce chiffre : 161 espèces différentes s’affrontent sur des terrains de foot, de basket, de volley, de hockey sur glace, de handball, de cricket, etc. Après les mammifères précités, on trouve des volatiles – des aigles (du Mexique, de Carthage en Tunisie en football…), des faucons comme le caracara huppé (équipe de foot de Fortaleza en Italie), le toucan (de l’équipe nationale colombienne de foot). La vie maritime est bien présente aussi : des Dauphins de Miami en foot américain aux Pingouins de Pittsburgh en hockey sur glace, mais aussi crabes, calamars, et le croco du Lesotho ! Il y a enfin des créatures plus rares voire endémiques : citons le tuatara, le symbole reptilien de l’équipe de basket d’Auckland qui n’existe qu’en Nouvelle-Zélande. Arachnides, reptiles, requins et raies, poissons, insectes… Si on s’en tient au seul football, la Coupe du monde est à la fois le carnaval des animaux et un herbier luxuriant. La moitié des 48 équipes qualifiées comptait une plante ou un animal dans leur logo ou dans leur surnom. La biodiversité du groupe A, par exemple, faisait plaisir à voir : trois félins, le jaguar du Mexique, le lion de la Tchéquie et le tigre de la Corée du Sud, ont tour à tour batifolé autour de la fleur sud-africaine, la très admirée protée, menacée par le réchauffement. Pour l’anecdote, le protée est aussi le nom d’un drôle d’animal amphibien qui vit dans les grottes européennes (Slovénie en particulier) et est capable de vivre dix ans sans rien manger. À lire aussiClimat : la protéa, fleur nationale de l'Afrique du Sud, menacée d'extinction Un bestiaire en danger « La faune sauvage est vraiment au cœur des identités de ces communautés sportives : elles sont dans les mascottes, dans la communication sur les sites internet, les gens achètent tout un tas de goodies qui ont trait à ces espèces », observe Ugo Arbieu. Alors pour lui, « il y a un paradoxe à voir toutes ces équipes mondialement connues, ces hordes de supporters qui ont sur leur maillot et parfois en tatouage même ces espèces animales quand on sait qu’elles sont en train de décliner dans la nature », s’agaçait le jeune chercheur dans l’émission C’est pas du vent. Les chercheurs ont ainsi calculé que 27% des 161 espèces recensées dans les 230 ligues inventoriées sont menacées ou en déclin. Le taux monte à 59% pour les équipes professionnelles. Six espèces sont classées en danger critique d'extinction, selon la liste rouge de l’UICN à laquelle se réfère l’étude : le rhinocéros noir (club de foot au Zimbabwe), l'éléphant d'Asie et celui d’Afrique, la baleine bleue (hockey sur glace, Connecticut, aux États-Unis), le tigre et… le carouge de Porto Rico, un oiseau au plumage noir tâché de jaune, endémique de cette île caribéenne et emblème de l’équipe de volley. L’écologue y voit « une occasion de communiquer sur les dangers auxquels font face ces différentes espèces ». Objectif : « prendre conscience que cette biodiversité n’est pas seulement dans les logos, elle est aussi dans nos écosystèmes » et « qu’il y a donc une sorte de responsabilité à protéger les emblèmes qui font partie de notre propre identité ». La Wild League passe à l’action C’est là qu’entre en jeu la Wild League, en français la Ligue sauvage, créée par cette équipe d’Ugo Arbieu.  La Wild League, c’est d’abord une carte interactive, consultable en ligne, des clubs qui ont une imagerie animale. Le projet s’est lancé l’an dernier et le planisphère ne demande qu’à être complété avec les divisions inférieures. Pour chaque club, sont précisées les aires de distribution des espèces concernées et leurs statuts officiels de conservation… La Wild League essaie de mettre en place des regroupements de clubs par espèces pour les pousser à agir en faveur de leur préservation. Avec des centaines de millions de sportifs et de supporters dans toutes ces disciplines, le potentiel d’action et d’impact est phénoménal. Chaque jour, des dizaines de millions de supporters voient passer, sur les fils de leurs réseaux sociaux, ces animaux en danger. Le deuxième levier envisagé par la Wild League est bien sûr économique. Il consiste à utiliser la manne que représente le sport, en particulier le football et son écosystème hyper lucratif. En prélevant ne serait-ce que 0,1% sur le prix du billet des matches des 200 ligues professionnelles ayant un emblème animalier, cela représenterait plus de 3,5 millions de dollars par an, a calculé l’équipe. Une somme colossale pour financer la recherche scientifique et des projets de conservation. Le requin est l’emblème de l’équipe cap-verdienne mais aussi de nombreux clubs en Australie. Or, sur les 120 espèces de requins qui frayent autour de l’île-continent, une quarantaine sont menacées et seize sont même quasi-inconnues des scientifiques : « Il faut arriver à convaincre ces organisations, à leur dire qu’il y a des travaux de recherche à faire pour avoir un petit peu plus de données sur ces espèces. » Rencontrée récemment, la grande océanographe américaine Sylvia Earle, 90 ans et toujours plongeuse, évoquait le défi de la connaissance de l’océan – « un mystère » : « Le plus grand problème auquel nous faisons face, c’est que les gens ne savent pas pourquoi ils doivent prendre soin de l’océan. On peut savoir et décider de ne pas s’en soucier, mais on ne peut pas s’en soucier si on ne sait pas. » Reste que la biodiversité, ce n’est pas seulement des animaux et des plantes, mais l’ensemble des interactions du monde vivant. Ce sont notamment les innombrables services que la nature nous fournit, gratuitement, et qui sous-tendent nos économies et notre alimentation. Le plus connu de ces services écosystémiques, c’est la pollinisation par les insectes des trois-quarts de nos plantes de cultures qui terminent dans l’assiette des athlètes. Sport et biodiversité courent bien ensemble. À lire aussiEnvironnement: «La survie des Européens dépend de celle des pollinisateurs sauvages»

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  2. 4 days ago

    Vagues de chaleur en Europe : comment agir sur les causes du réchauffement climatique ?

    40 degrés attendus au Portugal, plus de 1 000 décès à cause de la canicule rien qu'en juin en Espagne, des coupures d'eau en Hongrie en raison d'une hausse de la demande. La vague de chaleur continue d'accabler l'Europe, impressionnante par sa portée continentale et sa durée. Ces fortes températures sont liées au changement climatique d'origine humaine. Il est possible et urgent d'agir pour en freiner l'ampleur à l'avenir. Explications. C'est l'utilisation massive des énergies fossiles – du gaz, du pétrole et du charbon – dans nos économies qui émet des gaz à effet de serre. Cela réchauffe l'atmosphère autour de nous et cause ces vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, intenses et longues. Partout dans le monde. Alors pour freiner l'ampleur du changement climatique qui tue, il faut limiter ces émissions. L'Union européenne (UE) a déjà commencé : moins 40% d'émissions carbone depuis les années 1990. Le Pacte vert, un ensemble de mesures pour décarboner l'économie et favoriser l'efficacité énergétique, porte ses fruits. « Mais depuis deux ans, l'UE et des États membres appuient sur le frein » en détricotant ou repoussant des législations clés, « alors qu'il y a urgence à agir pour protéger les communautés européennes », regrette l'Italienne Chiara Martinelli, directrice du Réseau Action Climat Europe. À lire aussiL'Union Européenne en marche arrière sur le Pacte vert Quels secteurs de l'économie européenne émettent beaucoup de gaz à effet de serre ? L'UE a beaucoup fait pour décarboner sa production d'énergie avec le développement des énergies propres comme le solaire et l'éolien notamment, mais elle a besoin de trouver des débouchés à cette électricité verte. L'enjeu est aujourd'hui d'électrifier les usages des citoyens, entreprises et collectivités. Et d'abord dans les transports. « Là où c'est possible, ne pas prendre la voiture, c'est une manière très efficace de réduire les émissions de CO2. Là où une voiture est nécessaire, passer d'un véhicule thermique à une petite voiture électrique, ça a un impact très important. Pour les villes, passer de bus thermiques à des bus électriques. Développer le train aussi, liste le franco-allemand Tristan Beucler, du groupe de réflexion Perspectives Stratégiques. Et cette électrification, on peut l'avoir aussi dans le chauffage : dans les maisons, passer d'une chaudière au fioul à une pompe à chaleur ou à des chauffages électriques. » Autre gros secteur appelé à continuer ses efforts : l'industrie. Pour l'encourager, l'UE prépare un plan pour favoriser les matériaux décarbonés et made in Europe dans les marchés publics – « pour l'acier et le béton qui vont servir à la construction d'un pont ou d'une école par exemple », illustre Tristan Beucler, spécialiste de la décarbonation de l'industrie – mais aussi dans les aides à l'achat, par exemple de pompes à chaleur ou de véhicules électriques. À lire aussiUnion européenne: le défi de décarboner l'industrie lourde Bon pour le portefeuille et la qualité de vie des Européens Aujourd'hui, la Chine mène la course à l'électrification, l'Europe a un intérêt économique à rattraper son retard. « C'est vraiment de plus en plus clair, notamment avec les crises énergétiques des dernières années : dans énormément de cas, décarboner, électrifier, ce n'est pas seulement réduire les émissions de CO2, c'est aussi permettre à l'UE de redevenir compétitive, de relocaliser son industrie, de permettre aux foyers de dépendre moins des fluctuations de l'énergie et de payer moins cher leur chauffage et leurs déplacements. C'est en général une amélioration de la qualité de vie des Européens », analyse Tristan Beucler. Et c'est vrai ailleurs dans le monde également. Bâtiment et agriculture ont aussi intérêt à faire leur mue car s'affranchir des combustibles fossiles que l'Europe importe, c'est pour le continent gagner en sécurité énergétique. Voilà pour l'action des États et de l'UE. Mais à l'échelle individuelle, est-ce que les citoyens ont un rôle à jouer ? Manger moins de viande, consommer mieux, réduire la voiture et l'avion… L'action individuelle est utile mais pas suffisante, estime Chiara Martinelli, du Réseau Action Climat Europe. « Moi ce que je demande à mes proches, à ma famille, à moi-même, c'est de ne pas être silencieux devant l'inaction climatique de nos politiciens, parce que c'est la seule chose qui va vraiment produire un changement de direction du continent. » Lutter contre la crise climatique exige donc des citoyens mobilisés et des dirigeants à la hauteur. À lire aussi«Lutter contre le changement climatique, ce n’est pas un problème technique, c’est un enjeu démocratique»

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  3. 5 days ago

    Et si nous adoptions l'habitabilité comme valeur cardinale?

    Des appartements devenus fournaises, des champs brûlés par le soleil, des poulets d'élevage et des poissons sauvages morts par centaines, des ponts qui se bloquent et des rails qui se tordent... Beaucoup d'Européens ont compris, à l'occasion de la récente vague de chaleur historique, que le monde qui commence, transformé par le changement climatique d'origine humaine, pourrait ne plus être habitable. Que la vie puisse continuer à produire de la vie sur Terre, voilà l'enjeu des crises environnementales. Et c'est pourquoi un philosophe et un juriste français proposent d'adopter l'habitabilité comme valeur fondamentale, aux côtés de la liberté et de l'égalité. Le philosophe Baptiste Morizot et le juriste Laurent Neyret sont partis d'un constat : le droit environnemental est devenu pléthorique mais il reste souvent inopérant, car jugé secondaire. Dans leur texte Liberté, Dignité, Habitabilité, paru chez Gallimard, ils citent un exemple : face à une interdiction d'épandre des pesticides à proximité d'une source d'eau, on fera valoir la liberté d'entreprendre de l'agriculteur, une valeur cardinale. De l'autre côté, la protection des eaux souterraines, indispensables à la vie, n'est appuyée que sur une règle administrative. Elle manque d'un poids symbolique. « Parce qu'on n'a jamais nommé les raisons pour lesquelles ces lois sont prises, les raisons pour lesquelles on doit respecter l'habitabilité, en l'occurrence pour préserver les enjeux essentiels de l'humanité », explique Laurent Neyret à RFI. Aujourd'hui nous considérons l'environnement comme un décor autour de nous. Pourtant, la vie sur Terre, notamment humaine, dépend intrinsèquement de la diversité et de l'activité de millions d'autres vivants. Pour que nous puissions respirer, il faut des arbres qui produisent de l'oxygène. Pour que les plantes donnent des fruits à manger, il faut des insectes qui pollinisent les fleurs. Ces interdépendances sont infinies. Garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vie Or, notre modèle de développement actuel porte atteinte à ce qui permet la vie sur Terre. De façon massive, cumulative et souvent irréversible. Voilà pourquoi Baptiste Morizot et Laurent Neyret proposent de donner à l'habitabilité la même place que nous donnons à la liberté, à l'égalité, à la dignité, tout en haut de la hiérarchie des normes. Il ne s'agit pas d'un nouveau droit individuel, mais d'affirmer un attachement commun, d'adopter une obligation collective, celle de garantir les conditions nécessaires à l'existence de la vie. Les sociétés ont déjà adopté de nouvelles valeurs à protéger par le passé. « Chaque siècle a nommé ce qu'il ne pouvait plus tolérer, et a forgé la valeur capable de le rendre inacceptable », écrivent les deux auteurs. « À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, quand on découvre les atrocités nazies, au moment du procès de Nuremberg les juges vont nommer ce qui ne doit plus être fait à l'humanité, ces crimes contre l'humanité qui doivent être sanctionnés, explique le juriste de l'environnement Laurent Neyret. Et ces crimes sont là pour protéger en creux une valeur innommée de cette manière jusque-là : la dignité humaine. Notre idée est la suivante : aujourd'hui, au XXIᵉ siècle, face à un autre risque existentiel, l'humanité est convoquée pour reconnaître l'habitabilité et permettre là aussi, une vie digne ». Car nos autres valeurs cardinales - liberté égalité, sécurité des nations notamment - dépendent de la protection de l'habitabilité. Comme il y a aujourd'hui des crimes contre l'humanité, il pourrait y avoir demain, pour les atteintes à l'environnement les plus graves, un qualificatif de crimes contre l'habitabilité. Et qu'est-ce que cela changerait ?  De grandes cours internationales (Cour Internationale de Justice, Cour Interaméricaine des Droits Humains, Cour Pénale Internationale) et certains jugements contre des multinationales ont ouvert la voie en utilisant un langage qui s'en approche. Le concept d'habitabilité pourrait devenir la boussole des juges à l'échelon local, national, international. Dans les procès climatiques, cela donnerait plus de force aux plaignants face aux États et aux entreprises. Nous pourrions l'intégrer à nos constitutions, à nos traités internationaux et les citoyens pourraient s'en saisir pour accélérer les transformations, espère Laurent Neyret, « du lac Tchad à la Creuse ». Objectif : qu'il devienne, comme la dignité humaine, une évidence pour les générations futures. À ceux qui trouveraient cette idée utopiste à l'heure des reculs environnementaux, des droits humains piétinés et face aux intérêts économiques puissants, le juriste rétorque : « ces règles ne suppriment pas le mal, mais elles suppriment la banalité du mal ». À lire aussiCanicules: l'ombre sera-t-elle demain un service public local?

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  4. 6 days ago

    Comment la pollution sonore sous-marine impacte les animaux?

    Selon une enquête réalisée par Ipsos, pour l'ONG IFAW - le Fonds international pour la protection des animaux - publiée en mars 2026, 98% des personnes interrogées dans cinq pays européens estiment qu’il est important de protéger la vie marine. Or, seules 14% identifient le bruit sous-marin comme une menace pour la biodiversité marine.   Sous l’eau, le son est essentiel pour les animaux marins. Ces derniers se basent en effet principalement sur l'ouïe, leur sens principal, pour mener à bien toutes leurs fonctions vitales essentielles comme la recherche de nourriture ou de partenaires pour la reproduction. L’ouïe leur permet aussi de se diriger et de communiquer entre espèces.  Sauf que depuis une soixantaine d'années, l'intégralité des activités humaines qui s'est développée au-dessus et en-dessous de la mer est devenue source de nouveaux bruits qui perturbent les bruits naturels de l'océan. « Aujourd’hui, les scientifiques démontrent qu’il y a environ 150 espèces marines affectées par le bruit. Les impacts vont du simple stress à des réactions comportementales comme la fuite de l’habitat », explique Aurore Morin, chargée de campagne conservation marine pour IFAW France. « Mais cela peut avoir des conséquences beaucoup plus graves, comme entrainer des blessures physiques et même la mort de ces animaux, puisque nous avons déjà vu des échouages de baleines directement liées à l’utilisation par exemple de sonars militaires ». C'est donc une pollution invisible, mal connue et très majoritairement liée au trafic maritime.  Quelles solutions existent sur cette pollution spécifique ?  Deux types de solutions existent face à cette problématique de taille. D’abord, il y a des solutions techniques sur du moyen et long terme pour réduire le bruit généré par les navires. IFAW recommande ainsi des travaux d'isolation des moteurs par exemple, ou des travaux pour optimiser la forme des coques pour un sillage uniforme sur l'eau afin de réduire le bruit.  Les solutions opérationnelles à court terme, elles, visent à éviter les zones à haut risque pour les baleines grâce au déroutage des navires pour repenser leurs trajets. La réduction de la vitesse des navires est aussi envisageable explique Aurore Morin : « Nous avons beaucoup d’études sur le sujet, notamment une qui date de 2019, et qui montre qu’une réduction de 10% de la vitesse de tous les navires dans le monde pourrait réduire la pollution sonore sous-marine d’environ 40%. C’est considérable pour une aussi petite réduction de la vitesse. Cette dernière diminuerait aussi de moitié le risque de collision avec les baleines. Cela permet aussi de réduire l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. C’est donc un gagnant / gagnant pour l’industrie ».   Quelle législation pour lutter contre la pollution sonore marine ?  À l'heure actuelle il n'existe qu'une seule directive européenne qui date de 2008. Le texte visait un bon état écologique des eaux européennes d'ici 2020, avec un critère sur le bruit sous-marin. Une directive relativement peu appliquée par les États membres. La commission européenne a commencé une révision de ce texte au début de l'année. Au niveau international, l'ONU a reconnu le bruit sous-marin comme une forme de pollution. Mais encore une fois, il s’agit de directives sans contrainte réelle.  IFAW appelle les citoyens du monde entier à prendre conscience de cette problématique, à réfléchir pour certains à l'utilisation des bateaux à moteur ou jet ski par exemple, ou encore à consommer local pour réduire les trajets maritimes.  À lire aussiSous les vagues, la pollution sonore

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  5. 29 Jun

    Face à la montée des eaux de l'Atlantique, la France déménage tout un village

    Le réchauffement planétaire entraîne une augmentation du niveau de la mer. Un phénomène qui s’accélère et alors qu’une personne sur dix vit sur les côtes et que 14% du PIB mondial y est concentré, il devient nécessaire de s'adapter à cette nouvelle réalité. En France, dans la Collectivité d'outre-mer de Saint-Pierre-et-Miquelon, au large du Canada, le village de Miquelon va ainsi être entièrement relocalisé pour échapper à la mer. L'île de Miquelon a été colonisée à l'origine par des pêcheurs français qui se sont logiquement installés en bord de mer au raz de l'eau. Le village compte aujourd’hui 600 habitants. L'ennui c'est que le sol sous leurs maisons est fait de sable et galets. Le village est donc particulièrement vulnérable aux submersions marines et à l'érosion côtière. Il a déjà été plusieurs fois inondé sous l'effet des vagues, des fortes marées ou des tempêtes et chaque hiver, régulièrement, l’eau s’infiltre dans les caves. À Miquelon, le risque d'inondation vient aussi du sous-sol. La nappe phréatique affleure et lors de fortes pluies, quand elle est pleine, elle déborde. Ces risques sont connus de la population sauf que s'y ajoute le réchauffement climatique et la montée du niveau de l'océan. Selon les experts, d’ici la fin du siècle, le niveau de l’océan devrait augmenter d’un mètre. Miquelon fait face à des événements climatiques « de plus en plus fréquents, plus violents, et le village doit faire face à des dégâts de plus en plus récurrents », dès les années 2000, note la géographe Xénia Philippenko, qui a travaillé sur l’île. Les autorités ont donc pris la décision de déménager tout le village. En 2014, François Hollande est alors président de la République. Il est en visite à Miquelon – la première visite d'un président français sur l'île – il arrive avec un plan de prévention des risques. À la surprise générale, le village est décrété à risque de submersion dans son intégralité. Miquelon pourrait disparaître, il n'est plus possible d'y construire. Il faut déménager. Du rejet à l'adhésion de la population « Les habitants le prennent très mal », raconte Quentin Lucas, en charge de l'adaptation au changement climatique à la mairie de Miquelon. « En signe de contestation, ils accrochent des bouées à leur maison. Seule solution qui reste à leurs yeux face à la montée du niveau de la mer », car ils se refusent à quitter leur lieu de vie. S'ensuivent des années de concertation, de réunions publiques, d'explications scientifiques et puis « en 2018, deux tempêtes successives font de gros dégâts », il y a alors une prise de conscience explique Xénia Philippenko, et « un retournement de l’opinion » en quelques mois, au village des irréductibles. Les habitants, les jeunes en particulier, ceux qui s'installent, en viennent même à manifester pour réclamer cette fois qu'on leur cède de nouveaux terrains constructibles sur les hauteurs, hors de danger. Longtemps certains ont pourtant espéré d’autres solutions d’adaptation. « La seule alternative aurait été de construire des digues sur plusieurs kilomètres », selon Quentin Lucas. « Mais leur efficacité aurait été très limitée, puisque sous le village on a quand même la nappe phréatique qui remonte, donc si on a un phénomène de grande marée, de vents violents et d’augmentation du niveau marin dans 50 ans, et que tous ces phénomènes sont augmentés, même si on a des digues, l’eau, par capillarité, reviendra toujours ». À cela s’ajoute le coût élevé des digues et de leur entretien, surtout sur une île où il faut faire venir les matériaux depuis le continent. Le nouveau village sort de terre Passé le cap essentiel de l’adhésion de la population, celui du financement et des nombreuses démarches, études et autorisations administratives, les travaux sont maintenant lancés. La mairie rachète, petit à petit, les anciennes maisons grâce à un fonds de l'État. Les propriétaires qui ont alors suffisamment d'argent, peuvent se construire un nouveau logement, au sec, sur les terrains mis à disposition par la Collectivité territoriale. Aujourd’hui, sur un promontoire au-dessus de Miquelon, les 28 premières maisons commencent à sortir de terre. Les travaux doivent s'étaler jusqu'en 2100 pour construire les 300 autres habitations, les bâtiments publics et déménager la place du village. L'ancien Miquelon, lui, doit être rendu à la nature. Le projet, pourrait constituer un « cas emblématique d’adaptation territoriale » pour d’autres territoires confrontés à des difficultés similaires, estime Xénia Philippenko. Reste de nombreux défis techniques et environnementaux avec le dérèglement climatique qui menace, un coût forcément faramineux – sur cette question, Quentin Lucas « préfère botter en touche », et le risque de changements de politiques au gré des élections.

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  6. 25 Jun

    Canicules: l'ombre sera-t-elle demain un service public local?

    L’été n’a que quatre jours mais une partie de l’Europe de l’Ouest reste plongée dans la torpeur d’un deuxième plateau de chaleur en un mois. Pour les villes, le chantier en matière d’adaptation au réchauffement est titanesque. Pour des raisons de santé publique comme pour l’accès à l’espace public, l’ombre est une denrée recherchée, acquiert de la valeur et se pose la question de sa disponibilité et de son partage équitable. L’ombre est une alliée fidèle et pourtant mal-aimée : lorsqu’on envoie un homme à l’ombre, c’est qu’il part au cachot. Peut-être parce que lui-même représentait un danger tapi dans l’ombre. Elle est parfois ambivalente : certains ambitieux rongent leurs freins à l’ombre d’un chef, quand d’autres y ont trouvé leur destin. Mais quand, dans la rue, le soleil cogne sur nos crânes, l’espace obscur qui se dessine là, quelques mètres devant nous, devient un refuge. Lorsque l’ami, ou le bus, est en retard et qu’il fait 40°C, l’attendre à l’ombre d’un platane ou d’un margousier est tout de suite plus supportable. « Dans les villes africaines, de Kinshasa à Khartoum, c’est plus que bienvenu : c’est essentiel », insiste l’architecte écosso-ghanéenne Lesley Lokko, autrice d’un article sur l’ombre comme « ressource publique ». Aujourd’hui, cet ombrage est tout aussi crucial à Malaga, en Espagne, et il le sera peut-être bientôt à Malmö, en Suède. En juillet 2025, on a mesuré jusqu’à 35°C juste en-dessous du cercle arctique, chez le voisin norvégien. Les villes françaises sont au pied du mur et développent des « plans » d'adaptation comme « Toulouse + fraîche », la ville rose du sud-ouest français. Plus de 70 départements sont en rouge cramoisi sur les cartes de Météo-France ce 25 juin. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Et les cœurs des villes, bétonnés et minéraux, se transforment en fournaise.   À lire aussiClimat: pourquoi l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète L’ombre et ses valeurs Dans le contexte ombrageux du réchauffement climatique, l’ombre pourrait bien s’imposer comme l’or noir de nos trottoirs. Plus les chaleurs s’élèvent, plus elle est recherchée parce qu'elle devient « une condition de l’habitabilité de la ville », explique dans une note exploratoire inspirante l’économiste urbaniste Isabelle Baraud-Serfaty sur l’ombre, sa valeur et son partage. Valeur économique d’abord. « La question de la valeur de l’ombre peut surprendre s’agissant des espaces publics, mais elle est mesurée depuis longtemps dans le secteur agricole. » Le bétail subit de multiples chocs en cas de stress thermique : il produit beaucoup moins de lait, se reproduit moins bien, son métabolisme est malmené, jusqu’à en boîter car la vache reste debout quand elle a chaud. En ville, une terrasse de café à l’ombre pourrait, bientôt, valoir autant qu’une terrasse en plein soleil. De même, les logements « exposés Nord » tiendront peut-être leur revanche sur ceux « exposés Sud ». Enfin, le coût financier des canicules se chiffre en milliards d’euros, selon les différentes études et confère indirectement à l’ombre toujours plus de préciosité. À lire aussiLa multiplication des événements climatiques extrêmes coûtera cher à l’économie mondiale Valeur d’usage également. Elle conditionne l’accès à l’espace public, devient « essentielle » pour se déplacer ou pour y vivre sa vie sociale ou professionnelle, en préservant la santé des plus vulnérables, enfants, personnes âgées ou handicapées, sans-abris, ou des travailleurs exposés, agents techniques, de nettoyage, livreurs, etc. Cette nouvelle ressource urbaine sous-tend ainsi des enjeux majeurs d’équité sociale, un des principes fondateurs du service public, rappelle Isabelle Baraud-Serfaty. Dans certaines métropoles, américaines notamment, la cartographie des zones ombragées a pu révéler des inégalités de territoires. Los Angeles a longtemps déconseillé la plantation d’arbres pour des raisons d'ordre public. Avant d’en replanter près de 100 000 en 2019. « L’ombre est de plus en plus perçue comme un bien précieux, alors que les crises du changement climatique et des inégalités convergent », déclarait alors le maire de la métropole californienne, un État extrêmement exposé à la chaleur et aux incendies. L'exemple de l'eau Pour Isabelle Baraud-Serfaty, toutes ces raisons légitiment l’idée d’un service public local dédié à l’ombre, solution naturelle pour rafraîchir la ville : « Les services publics doivent évoluer avec les évolutions de la société, de la ville, du climat », explique-t-elle dans un entretien à RFI. Mais quelle(s) forme(s) prendrait-il ? « Il faut penser l’ombrage à l’échelle de la ville, poursuit la professeure à l’école urbaine de Sciences Po. Pas seulement comme un équipement installé ici et là, mais comme une ressource publique qui doit être mise en partage. Aujourd’hui, la fourniture de l’ombre est tantôt assurée de manière individuelle, tantôt par la collectivité, mais sans qu’une politique de l’ombre soit explicitement énoncée ». Il s'agit donc d'instituer l'ombre comme ressource publique capitale, en la déployant massivement dans la cité. Un peu à la façon des bains de la Rome antique, compare l'urbaniste : d'un luxe, ils sont devenus publics sous l'empereur Agrippa parce qu'ils poursuivaient l'idéal selon lequel tous les citoyens étaient en droit de profiter des largesses de l'empire, de ce lieu rafraîchissant et de rencontres. Et c'est bien un droit à l'ombre et à la fraîcheur qui est en débat aujourd'hui. Elle a identifié deux types de scénarios. Dans le premier, la collectivité locale distribue des équipements d'ombrage. Elle en assure aussi la gestion et l’entretien, de la même manière qu’elle prend en charge le déneigement des rues ou la collecte des déchets, avec des régies affectées par la collectivité. « Aujourd’hui, on voit que l’ombre est peut-être en train de devenir ce que l’eau a été au XIXe siècle, c’est-à-dire qu’avec la montée des enjeux d’urbanisation et de santé publique, la fourniture de l’eau devenait quelque chose d’indispensable. À ce moment-là, les collectivités locales d’État en ont fait un service public local. » Des trottoirs aux auvents La fabrique de l’ombre, outre les arbres qui restent une des meilleures solutions bioclimatiques, les voiles ou ciels de rues, les pergolas, les ombrières, pourrait passer par l’installation systématique d’auvents sur la façade des immeubles de manière continue. Ils viendraient compléter ceux, individuels, des restaurateurs qui en supportent la charge, alors qu'ils feront œuvre de salut public sous l'effet du réchauffement. C’est ainsi que sont apparus les premiers trottoirs, sous Louis XVI, avant d’être généralisés au XIXe siècle, grâce à une loi de financement de 1845 : « Le financement des trottoirs au départ, il incombait aux riverains. Petit à petit, les municipalités, prenant conscience de l’importance d’avoir des trottoirs continus, ont décidé de prendre en charge leur financement. Peut-être qu’on pourrait imaginer d’avoir la même chose sur ses équipements d’ombrage », suggère l’urbaniste, auteure d’un ouvrage sur les « Trottoirs ! Une approche économique, historique et flâneuse » (Apogée, 2023). Principal frein identifié au déploiement de l’ombre comme service public : le contexte de finances locales contraintes. « Qui va financer ? Comme on voit que l’ombre devient de plus en plus une valeur, on pourrait peut-être imaginer des moyens de financer. Il me semble qu’on n’a pas le choix : des espaces qui ne seraient pas habitables par forte chaleur seront désertés. » L’article n’explore pas les pistes de rémunération de ce service, mais elles sont connues, du contribuable au consommateur, d’une taxe à une redevance. Si les terrasses à l’ombre valent désormais plus cher, pourquoi ne pas adapter la redevance d’occupation du domaine public, que les commerces de bouche paient lorsqu’ils privatisent un bout de trottoir ? L'ombre, un commun en partage Dans un deuxième type de scénario, la ville se met en retrait et organise le partage de l’ombre en tant que « commun » . Elle coordonne différents acteurs et lieux publics ou privés qui offrent une réserve d'ombre : commerces, halls de copropriétés, administrations publiques, musées et lieux de culte sont autant de refuges climatiques qui pourraient être institués et pourquoi pas même proposer des rafraîchissements. L’idée, qui s'éloigne du service public, pousse à reconsidérer notre vision de l'espace. Cette option impliquerait la fourniture d'informations sur ce service public : annonces dans les transports, signalétiques, des cartes qui renseignent sur les itinéraires ombragés ou sur les abris. C’est ce que propose d’ailleurs la carte interactive que la Région Ile-de-France avait mis en ligne à l’été 2024 dans le cadre des Jeux olympiques. Elle recense les abris climatiques potentiels, les espaces arborés/ombragés, les points de d’eau : piscines, cours d’eau, fontaines, mais aussi les commerces et les églises. Signe que, dans l’ombre, les choses avancent, un peu. Dans ce domaine comme dans d'autres, il est bon d'aller voir ce qui se fait à l'étranger. La Corée du Sud, bien que très tournée vers le techno-solutionnisme, a une longueur d’avance sur ce point : depuis plus de dix ans, des ombrières sont installées aux carrefours tricolores des artères, larges et ensoleillées ; les abribus sont équipés de brumisateurs ; les mairies mett

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  7. 24 Jun

    Et si nous mangions (davantage) d'algues?

    Alors que plus de 700 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, la solution pourrait venir d'une ressource largement ignorée bien qu'elle soit abondante et écologique : les algues. Et si pour sauver la planète et favoriser le développement économique des zones côtières nous mangions des algues ? Manger des algues n'a rien d'une révolution. D'après le musée d'histoire naturelle de Londres, on trouve des traces de consommation d'algues chez les humains il y a 8 000 ans. « En Asie, là où la production d'algues se concentre, là 90 % des algues sont produites, elles font même partie de l'alimentation de tous les jours, abonde Pierre Gilles, chargé de projet politique de l'océan à l'Institut océanographique de Monaco, rencontré à l'occasion du Blue Economy & Finance Forum. Alors qu'en Europe, elles pâtissent plutôt d'un a priori négatif », regrette-t-il.  Une image négative qui s'explique par les épisodes de pollution aux algues vertes provoqués par le déversement dans l'océan des résidus d'azote de l'agro-industrie, ou encore par la ceinture d'algues sargasses qui, en raison du réchauffement climatique, s'étend désormais du continent africain aux Caraïbes et qui étouffe les côtes. Mais on parle là de deux espèces sur les plus de 70 000 recensées à ce jour. Il ne faut donc pas mettre toutes les algues dans le même panier (de crabes). « Elles n'ont pas besoin d'eau, de lumière ou d'engrais » Les algues ne manquent pas d'avantages. Sur le plan nutritionnel, elles sont riches en protéines et en oligoéléments. Elles sont aussi faciles à cultiver. « Elles ont pas besoin d'eau, de lumière, d'énergie fossile, elles bénéficient du soleil, elles profitent des nutriments de l'eau, elles poussent toutes seules sans engrais et elles n'émettent pas de gaz à effet de serre, s'enthousiasme Pierre Gilles. C'est tout bénéfice. » Et les algues peuvent servir à bien d'autres choses. « On peut en mettre dans l'alimentation des bovins pour limiter leurs émissions de méthane qui contribue au réchauffement climatique, on peut les utiliser pour filtrer l'eau, poursuit ce spécialiste de l'aquaculture. On peut même faire des récipients pour remplacer le plastique ». Quand on sait que, selon les estimations de la fondation Ellen MacArthur, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons d'ici à  2050, la piste mérite au moins d'être étudiée. Les algues génératrices de crédit carbone ? Les algues pourraient même générer passivement des revenus pour les communautés locales. « Par exemple les Bahamas sont entourés de prairies d'algues qui sont d'extraordinaires puits de carbone, explique l'ancienne ministre française Sylvie Goulard qui co-préside désormais une initiative franco-britannique pour la restauration de la nature. Ce capital naturel a une valeur : il peut générer des crédits carbone puisqu'il absorbe le CO2 qui pourrait être émis par une compagnie aérienne, pour prendre un exemple simple ». Cette compagnie pourrait alors payer le gouvernement des Bahamas pour prendre soin de ces algues qui deviendraient alors une source de revenus stable pour les populations locales. Le potentiel est là, d'après l'ONU le marché mondial des algues a plus que triplé en 20 ans.

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  8. 23 Jun

    Comment, en 80 ans, EDF a changé la vie des Français et veut changer la trajectoire du climat

    Électricité de France, l'entreprise publique créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fut au service de la reconstruction du pays, avant d'apporter confort et progrès aux Français. Aujourd'hui, face à la crise climatique, elle accompagne la nouvelle politique énergétique de l'État. C'est une vieille entreprise présente jusque dans l'intimité des Français depuis près d'un siècle, le bras armé de la politique énergétique de l'État français, qui fête cette année ses 80 ans. Tout commence le 8 avril 1946, sous l'impulsion des communistes, avec la loi qui crée Électricité de France, une entreprise nationale, nationalisée, qui remplace les centaines de petites sociétés privées locales qui assuraient jusqu'ici la production et la distribution d'électricité. EDF est au service de la reconstruction d'un pays dévasté par la guerre et l'occupation nazie.  « L'essentiel, c'est vraiment de produire, souligne Alain Beltran, directeur de recherche émérite au CNRS, historien de l'électricité. Pour cela, il faut construire de grands barrages et des centrales thermiques, et ce sera possible grâce à l'argent du plan Marshall, des États-Unis. Ce n'est pas le consommateur de base qui est visé, c'est vraiment pour que le pays puisse se reconstruire. Et pour reconstruire, il a besoin de lignes de chemin de fer, il a besoin de ciment et il a besoin d'électricité. » Au service du confort Viennent ensuite « les Trente Glorieuses », cet âge d'or où la France se modernise et entre dans l'ère de la consommation. L'électricité est au service du progrès, comme en faisait la publicité une « réclame » en chanson pour le chauffe-eau électrique en 1953. « Sur l'évier et dans la baignoire, pour la douche et dans le lavabo, c'est une merveille d'avoir toujours de l'eau chaude à gogo ! Et si l'on est ainsi gâté, c'est grâce à l'électricité ! Papa, maman, la bonne et moi, on sait que ça coûte pas cher, ma foi. Parce que le chauffe-eau est économe ...» Les Français s'équipent de frigos, de machines à laver, bientôt de télés, et EDF est là pour les faire fonctionner. « L'électricité, au début, c'était plutôt pour l'industrie. Après, on a essayé d'aider les Français à consommer davantage d'électricité pour leur confort, explique l'auteur de très nombreux livres dont La Vie électrique. On a lancé un compteur qui était d'une couleur bleue, avec une augmentation de puissance, pour dire aux Français : "Maintenant, vous pouvez consommer davantage d'électricité sans faire sauter les plombs !" » Électricité nucléaire Troisième moment important dans l'histoire d'EDF : le nucléaire. EDF se met alors au service de l'indépendance énergétique de la France, avec la première centrale nucléaire en 1963. « L'idée pour EDF, c'est qu'on passera au tout-nucléaire dans les années 80 ou 90, rappelle Alain Beltran. Mais c'était sans prévoir les conséquences du premier choc pétrolier. L'indépendance énergétique était tombée à 25%. À partir de là, l'entreprise se mobilise un peu comme elle s'était mobilisée après-guerre, mais sur la fabrication de centrales nucléaires. » L'électricité d'origine nucléaire, malgré des oppositions marquées dans les années 70, devient même un argument, mieux : un slogan. « Alors, il a fini l'autre crétin avec sa perceuse électrique ? », demande, dans un spot publicitaire, une femme à son mari. « Nucléaire, pas électrique », lui répond-il, avant qu'EDF revendique son tournant atomique : « Aujourd'hui, 75% de l'électricité est nucléaire. » Et à cette période, dans les années 70, on incitera les Français à se chauffer à l'électricité, avec des radiateurs à l'efficacité discutable, surnommés péjorativement « grille-pains ». Au service du climat Les décennies s'écoulent, le monde a terriblement changé, et EDF, qui fut au service de la reconstruction, ensuite de la consommation, puis de la souveraineté énergétique, est désormais au service de la transition énergétique, indispensable face à la crise climatique. C'est le grand retour de la fée électrique et EDF accompagne une nouvelle fois la politique énergétique de l'État français en faveur de « la mobilité, l'automobile, les mobilités douces. Ce sera aussi la climatisation, la domotique, toute une série de nouveaux produits. Il s'opère une espèce de redécouverte, de façon à chasser de plus en plus le pétrole et le gaz. Mais cela ne va pas se faire du jour au lendemain », estime Alain Beltran. EDF a 80 ans ; ce n'est sûrement pas l'âge de la retraite.

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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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