C'est dans ta nature

C'est dans ta nature, le rendez-vous hebdomadaire de RFI avec la biodiversité. Reportages et infos sur les végétaux et les animaux, leurs comportements, leurs secrets, leurs rôles dans les écosystèmes et dans la mondialisation. Tout ce dont on parle ici, C'est dans ta nature !

  1. 23 May

    Ruse, force et nombre: comment les animaux défendent leurs nids et leurs petits

    De nombreuses espèces animales, après s'être reproduites au printemps, utilisent des tactiques parfois étonnantes pour éloigner ou tromper les prédateurs attirés par des proies sans défense.  Pour naître heureux, vivons cachés. Pour espérer perpétuer son espèce, à l'abri des prédateurs, rien ne vaut le camouflage, la première des défenses. Une expérience menée sur des diamants mandarins – des oiseaux – en captivité l'a montré : parmi toutes les bandelettes de papier de différentes couleurs mises à leur disposition, les oiseaux choisissent celles de la même couleur que leur cage ; le nid se confond avec le paysage.  Les animaux sont rusés. La chevêche des terriers, une chouette qui niche au sol, imite le son strident du serpent à sonnette pour éloigner de son nid les prédateurs. La ruse encore, chez des oiseaux limicoles, qui vivent en bord de mer : la ruse de l'aile brisée. L'adulte feint d'avoir une aile blessée, s'éloigne du nid en boitant de l'aile, pour attirer le prédateur vers une proie plus facile. Avant de s'envoler dès que le danger pour ses petits semble écarté. Vomi et coups de bec Quand un prédateur s'attaque à nid, il peut s'exposer à une réplique parfois féroce, ou dégoûtante. Le fulmar, un oiseau marin, projette jusqu'à un mètre son vomi, des poissons en partie digérés, une gerbe visqueuse et odorante, si on s'approche trop près de son petit. Il arrive aussi que des corneilles attaquent des humains qui se trouvent là, sans savoir, sous l'arbre où elles ont niché. De la même manière, on déconseille de s'approcher de la tanière d'une ourse, ou d'un sanglier avec ses petits.  Chaleur mortelle Moins impressionnant pour l'espèce humaine : les moineaux. Pour défendre leur territoire, leur zone de nidification, ils sont capables d'attaquer plus de 70 espèces. Les mâles attaquent les mâles, et les femelles les femelles : c'est la guerre en non-mixité. Pour protéger leur descendance, les loups sont prévoyants : ils préparent plusieurs terriers avant les naissances. Des solutions de repli si l'on est découvert. Et puis, souvent, l'union fait la force, par exemple chez les abeilles. Quand un intrus, un frelon, pénètre dans la ruche, elles s'agglutinent autour de lui. Leur nombre et leurs vibrations produisent une telle chaleur que le prédateur finit par mourir, cuit à point. C'est chaud de s'attaquer aux abeilles.  La question de la semaine

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  2. 16 May

    Hantavirus, rats et oiseaux: il y a de la vie dans nos poubelles

    Les décharges publiques abritent, paradoxalement, de la biodiversité et des écosystèmes qui peuvent aussi attirer des ornithologues, comme l'a montré l'enquête sur les origines de la crise du hantavirus en Argentine. Une décharge publique, à Ushuaïa en Argentine : c'est là que conduit l'enquête sur l'origine de la crise du hantavirus, parce que plusieurs passagers de la croisière infernale s'y étaient rendus, avant d'embarquer, pour y observer des oiseaux. Une équipe scientifique est envoyée dans le sud de l'Argentine pour y détecter la présence éventuelle du virus chez des rats d'Ushuaïa, même s'il semble plus probable que le hantavirus ait été transmis au patient 0 dans les forêts des Andes. Quoi qu'il en soit, il y a de la vie dans les décharges. Déchets recyclés Là où finissent nos déchets, un nouvel écosystème se met en place. Il y a d'abord des bactéries, qui décomposent la matière organique. À une plus grande échelle, toute une faune est attirée : des mouches, des vers, des chiens errants, des sangliers, et surtout des rats et des oiseaux. « Il y a des oiseaux qui viennent directement chercher la nourriture. Et puis il y en a d'autres, les rapaces et en partie les goélands, qui peuvent venir se nourrir des animaux qui eux-mêmes sont attirés par la nourriture : les rats, pour ne pas les nommer. Il y a donc déjà un début de chaîne alimentaire sur les décharges du même nom », explique Frédéric Malher, ornithologue à la LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux. Des nuées de mouettes, ou de vautours, selon les régions du monde, signalent à coup sûr un garde-manger géant à ciel ouvert. En Europe, les cigognes sont devenues les reines des décharges, jusqu'à arrêter de migrer. « On a une décharge qui contribue à fixer jusqu'à 80 cigognes en hiver, a observé Frédéric Malher en Lorraine, dans l'est de la France. Le climat lorrain, malgré le réchauffement, est quand même connu pour être un petit peu frisquet en hiver. Avant, les cigognes partaient classiquement en migration, mais désormais, elles restent sur place en hiver en profitant de la décharge. Il y a une année où ils ont fermé la décharge et effectivement, les cigognes sont parties en migration avant de revenir au printemps suivant. Et depuis que la décharge a rouvert, elles passent de nouveau l'hiver en Lorraine. » À lire aussiDes insectes nettoyeurs au service de l'humanité Nourriture plastique On trouve de tout dans les décharges, du bon (le reste de votre repas), ou du beaucoup moins bon. « Les cigognes peuvent se faire avoir par ce qu'elles trouvent, parce qu'on a remarqué qu'elles avalaient des bracelets élastiques, qu'elles prenaient sans doute pour des vers de terre. J'en ai trouvé dans les fientes de cigognes de ma bonne ville, raconte Frédéric Malher. Ces élastiques, ou des morceaux de plastique des sacs en plastique, peuvent faire des bouchons dans l'estomac. Des cigognes meurent l'intestin encombré de ces matières plastiques. » Les décharges à ciel ouvert ont un bilan finalement contrasté ; il y a bien du bon et du mauvais. « Évidemment, par principe, les décharges à l'air libre, ce n'est pas terrible, ce n'est pas bon et on est contre, convient Frédéric Malher. Mais d'un autre côté, cela favorise certaines espèces. C'est un petit peu comme la nourriture en ville : pour les oiseaux en ville, ce n'est pas de la bonne nourriture, c'est clair, cela a des conséquences sur l'état de santé. Et d'un autre côté, le fait qu'il y ait de la nourriture facile, cela maintient en ville un certain nombre d'espèces. » La question de la semaine À lire aussiComment les mouettes, les goélands et les cormorans ont colonisé la Seine à Paris

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  3. 25 Apr

    [Trésors cachés du Muséum d'histoire naturelle 1/3] L'Herbier national, une réserve botanique bien gardée

    Avec plus de huit millions de spécimens de plantes accumulés depuis quatre siècles, le Muséum national d'histoire naturelle à Paris abrite l'une des plus importantes collections végétales au monde. Un outil précieux pour la science. C'est un long bâtiment qui s'étend en bordure du Jardin des plantes, à Paris, et n'y entre pas qui veut. Après avoir gravi des escaliers art déco, et « avant de rentrer dans ce qui est le cœur de notre réacteur », Germinal Rouhan nous fait pénétrer dans un sas ultra-moderne, « avec une lumière verte pour détecter les insectes qui sont des ravageurs potentiels de nos collections ». Responsable scientifique de l'Herbier national, au sein du Muséum national d'histoire naturelle, Germinal Rouhan veille sur huit millions de spécimens de plantes récoltés au fil des siècles partout sur la planète. Certains ont 400 ans, l'âge du Muséum ou plutôt de son ancêtre, le Jardin royal des plantes médicinales, créé par Louis XIII en 1626. Quarantaine obligatoire « On va rentrer dans un espace dont les conditions sont contrôlées, poursuit notre guide. La température est maintenue entre 19 et 22°C, avec une humidité relative de 50% pour éviter l'installation de champignons qui sont des ravageurs du papier et des plantes. » L'Herbier est un trésor bien gardé qu'il faut préserver, pour le partager. Tout nouvel arrivant est placé en quarantaine. C'est le rôle du grand frigo qui se dresse devant nous. « Tous les spécimens qui nous arrivent, que ce soient les dons ou les spécimens qu'on ramène nous-mêmes du terrain, doivent passer par la chambre froide pour désinsectisation, explique Germinal Rouhan. On peut lire -19,4°C, ce qui permet de tuer les insectes et les larves qui pourraient être sur certains spécimens. » Plus de la moitié des espèces végétales La visite se poursuit au milieu d'immenses rayonnages coulissants : l'Herbier est sous nos yeux. C'est une bibliothèque de la nature où il n'y a pas de livres, seulement des feuilles – des feuilles mortes conservées précieusement dans des pochettes. Chaque planche possède une partie de plante, le plus souvent la feuille, parfois des fleurs ou des graines, ainsi que la date, le lieu et le nom de celle ou de celui qui l'a récoltée, sans oublier toute observation utile à son identification. Chaque planche a son histoire. « On a plus de la moitié des espèces qui sont connues aujourd'hui dans le monde, se félicite Germinal Rouhan. On peut voir dans les rayonnages de nombreuses chemises cartonnées rouges. Ce sont les spécimens qui ont servi aux botanistes à décrire pour la première fois une espèce nouvelle pour la science. » À lire aussi[Diaporama]Le deuxième plus grand herbier du monde en voie d'être numérisé Prélèvements ADN Aujourd'hui encore, l'herbier continue de faire progresser la science. « On voit que nos collections sont des plantes sèches, apparemment mortes, mais elles ont encore une vitalité scientifique importante », souligne le responsable de l'Herbier. Grâce à la numérisation de plus de six millions de planches, les chercheurs du monde entier – et n'importe quel amoureux des plantes – peuvent désormais accéder à distance à l'Herbier sur un site internet dédié. Certains scientifiques choisissent aussi de venir sur place, notamment pour effectuer des prélèvements ADN. La génétique a révolutionné la botanique. Génomes et virus « Ici, on a un spécimen qui n'est pas forcément très joli, mais on voit qu'un morceau de feuille a été enlevé, montre Germinal Rouhan. Il s'agit d'une espèce proche du manioc qui a été récoltée en Afrique en 1928. Et pourquoi a-t-on fait ce prélèvement ? Parce qu'on a vu un symptôme d'une pathologie de la plante qui est un fléau dans les cultures africaines. Il a été possible de séquencer entièrement le génome de ce virus-là, pour mieux le combattre. » Dans cette collection où le moindre ravageur est persona non grata, on peut donc traquer sur les plantes des virus et même des insectes morts il y a parfois des siècles, grâce à l'ADN environnemental. « Même si on ne retrouve pas l'insecte lui-même, on passe un petit coton-tige et on va pouvoir retrouver l'identité de l'insecte qui a pu être hébergé par cette plante », révèle Germinal Rouhan. La nature n'est jamais tout à fait morte.   À lire aussi2. Qu'y a-t-il dans l'herbier du Muséum?

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  4. 18 Apr

    Une guerre sans pitié: ces plantes qui éliminent leurs rivales

    Dans la nature, pour vivre et survivre, tous les coups sont permis : empoisonnement, parasitisme, invasion, mercenaires... Découvrez les stratagèmes du monde végétal pour éradiquer la concurrence. Que le meilleur gagne et que les autres crèvent. Bienvenue dans un monde où règne une concurrence effrénée, sans pitié, où Margaret Thatcher et Javier Milei passeraient pour de tendres agneaux pacifistes. Bienvenue dans la nature.  Armes chimiques Dans cette guerre pour la vie, certaines plantes ont des armes chimiques. C'est le cas de l'arbre à créosote qui pousse dans les déserts d'Amérique du Nord, où l'eau est rare et le sol pauvre. La plante, aux jolies fleurs jaunes, contient de la créosote, une toxine si puissante que rien ne pousse autour. Un désherbant XXL. La plante s'assure ainsi le monopole de l'eau et des nutriments. Et c'est efficace : dans le désert californien, un arbre à créosote a dépassé les 11 500 ans – ce serait la plus vieille plante au monde.  Plante vampire Il y a parfois des câlins mortels : ceux que prodiguent les cuscutes, qui s'enroulent autour d'une plante après avoir détecté ses composants chimiques volatils. Les cuscutes n'ont quasiment pas de feuilles ; elles n'ont pas besoin de faire de photosynthèse puisqu'elles se nourrissent en plantant des espèces de suçoirs dans les tiges de leurs victimes pour en aspirer l'eau et les nutriments. La cuscute est un parasite. Très cher envahisseur Une autre plante grimpante ne fait pas non plus dans le détail : le kudzu, qui recouvre tout, étouffe tout sous ses feuilles et ses lianes, rendant la vie impossible. Introduit aux États-Unis pour lutter contre l'érosion des sols, le kudzu y a très vite été interdit. L'envahisseur coûte chaque année à la société des centaines de millions de dollars. La plante est tellement coriace que ses graines peuvent germer plusieurs années après alors qu'on croyait s'en être débarrassé. Fourmis mercenaires D'autres plantes recrutent des mercenaires, en l'occurrence, des armées de fourmis : l'acacia leur offre le gîte et le couvert (le nectar de ses fleurs), pendant que les fourmis dévorent la moindre pousse autour de l'arbre – la concurrence est éliminée. Les fourmis attaquent aussi les herbivores qui viendraient manger les feuilles de l'acacia. Leurs morsures font fuir les éléphants. Même un milliard de fois plus lourd, face à la fourmi, l'éléphant ne fait pas le poids. La question de la semaine À lire aussiPlantes toxiques, pour le pire et parfois le meilleur

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  5. 11 Apr

    Manchots, éléphants de mer: comment le réchauffement climatique menace la vie en Antarctique

    Le manchot empereur est désormais en danger d'extinction, selon la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, l'UICN. La crise climatique affecte la banquise et les sources d'alimentation des animaux du pôle Sud. C'est l'un des endroits les plus reculés de la Terre et les plus froids, mais où le réchauffement climatique est deux fois plus important. L'Antarctique subit de rapides bouleversements, ce qui affecte les animaux qui y vivent : le manchot empereur, le plus grand et le plus lourd de toutes les espèces de manchots, est désormais considéré « en danger » d'extinction, selon la nouvelle liste rouge de l'UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature, publiée cette semaine. De nombreuses colonies ont perdu 20 % de leurs effectifs en quinze ans.  Le réchauffement climatique a des effets sur la banquise, qui se rétrécit, ainsi que sur l'alimentation des animaux. L'eau devient plus chaude et le krill, ces petites crevettes à la base de la chaîne alimentaire marine, vit désormais dans des eaux plus profondes où il fait davantage froid. Ses prédateurs – mammifères, oiseaux et poissons – doivent ainsi plonger plus profondément. « Ils doivent consacrer plus de temps à descendre pour atteindre la profondeur où se trouvent les proies, plus à remonter à la surface pour respirer. Cela va diminuer le temps efficace de pêche, qui est le temps passé au fond de la plongée », explique Christophe Guinet, directeur de recherche au CNRS. Voyager plus pour plonger moins Certaines espèces préfèrent alors voyager plus pour plonger moins. C'est le cas des éléphants de mer. « Les femelles éléphants de mer que l'on équipe de balises vont s'alimenter en moyenne 350 kilomètres plus au sud qu'elles ne le faisaient il y a vingt ans, précise Christophe Guinet, qui travaille à la station scientifique des îles Kerguelen. Cela veut donc dire six jours passés en plus à voyager sur un voyage de sept mois. Ce n'est pas majeur. Surtout si, à l'endroit où vous allez, vous trouvez beaucoup de nourriture, ce qui semble être le cas. » L'UICN vient pourtant de classer « vulnérable » l'éléphant de mer austral, mais c'est à cause de la grippe aviaire, transmissible aux mammifères. Dans certaines colonies, le taux de survie des nouveau-nés n'a pas dépassé les 10 %. À lire aussiPourquoi la ruée sur le krill est une menace pour la planète? Course contre-la-montre Mais la migration du krill provoquée par le réchauffement climatique est un problème pour les manchots. Pendant que l'un des parents couve l'unique œuf pondu, ou protège le poussin du froid, l'autre doit aller pêcher plus loin, faire le plein de nourriture (non digérée) pour revenir nourrir le petit resté sur terre – enfin sur glace. Une vraie course contre-la-montre. « Cent kilomètres de plus pour accéder à la nourriture, cela veut dire pratiquement deux jours de plus pour accéder à la zone de pêche, deux jours de plus pour revenir sur un voyage qui doit faire dix ou quinze jours au maximum. Si vous voulez revenir avant que le poussin meure, cela commence à avoir un effet énorme », souligne Christophe Guinet. Les jeunes manchots sont aussi menacés par la fonte de la banquise, avant que leur plumage ne soit imperméable. Des colonies sont aujourd'hui régulièrement décimées, quand la glace se brise et que les oiseaux se noient dans l'eau froide.  La question de la semaine À lire aussiLe manchot empereur et l'otarie à fourrure antarctique désormais classés comme espèces en danger

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  6. 4 Apr

    Découvrez le conseil-santé d'Entabu, chimpanzé et médecin

    Dans la forêt d'Ouganda, la primatologue Sabrina Krief observe depuis des années une communauté de grands singes et nous partage ses découvertes : comment les chimpanzés de Sebitoli se soignent ou évitent de tomber malades. C'est l'histoire d'Entabu, un chimpanzé du parc national de Kibale, en Ouganda, qu'observe plusieurs mois par an la primatologue française Sabrina Krief. Et ce jour-là, « après une espèce de combat avec beaucoup d'effusions, de cris, etc., je le suis et je me rends compte qu'en fait, il a la lèvre vraiment ouverte, avec une blessure profonde, raconte la codirectrice de la station de recherche du Sebitoli Chimpanzee Project. Il se dirige vers un arbre, monte, récupère des feuilles, en descend avec une sorte de boule de feuilles qu'il va presser sur sa lèvre avant d'aller se reposer dans un nid pendant plusieurs heures. » Entabu fait-il un gros dodo pour soigner son gros bobo ? Pas tout à fait. Lors de sa sieste, il forme une nouvelle boule avec les feuilles qu'il avait cueillies dans l'arbre et qu'il applique encore sur sa lèvre. « Quand j'ai vu la blessure, je me suis dit qu'il n'allait pas être capable de manger pendant plusieurs jours tellement la blessure était impressionnante, poursuit Sabrina Krief. Le lendemain, c'était quasiment cicatrisé, et deux jours après rien, ne paraissait plus. J'ai regardé dans les articles scientifiques et j'ai vu que c'était une plante qui avait des propriétés pour les problèmes d'hémorragie, pour limiter les saignements. » Les chimpanzés, qui partagent 99% de leur ADN avec les humains, n'ont pas besoin d'aller sur internet pour se soigner. Non seulement la pression du cataplasme a permis d'arrêter les saignements, mais les feuilles choisies ont aussi agi comme un médicament. À l'instar d'autres animaux, les chimpanzés font de la médecine de terrain, et ils apprennent les uns des autres. « Ce n'est pas inné, ce n'est pas instinctif. Il y a de l'apprentissage de type essai-erreur, mais c'est dangereux quand même de faire des erreurs en forêt tropicale parce que certaines plantes sont extrêmement toxiques. La curiosité des chimpanzés est ce qui permet de dépasser cette peur. Quand un individu utilise ou consomme quelque chose de différent de ce qui est habituel, cela suscite vraiment l'intérêt des autres », explique Sabrina Krief. Chaque communauté de chimpanzés possède ainsi une culture, comme on a aussi pu le constater avec l'utilisation d'outils. Parmi les autres découvertes médicales que la primatologue partage dans son livre Infiniment proches aux éditions Grasset : l'invention d'un lit anti-moustique. « Les chimpanzés font un nid différent tous les soirs. Ils ont vraiment un très vaste choix d'espèces dans la forêt tropicale. Or, quand on a enregistré plus d'un millier de nids, on s'est rendu compte que pratiquement 80% des nids étaient concentrés autour de dix espèces seulement. On a alors testé les propriétés aromatiques de ces feuilles et on s'est rendu compte que certaines d'entre elles avaient des actions répulsives contre les moustiques. » Les chimpanzés de Sebitoli savent se soigner, et mieux encore, ils font de la prévention. La question de la semaine

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  7. 28 Mar

    Les derniers secrets des oiseaux migrateurs

    De récentes études scientifiques nous en apprennent un peu plus sur un phénomène fascinant, mais encore parfois mystérieux : pourquoi, et comment, chaque année, des dizaines de milliards d'animaux à plumes se lancent dans de (très) longs voyages pour trouver chaleur et nourriture. (Rediffusion du 26 janvier 2025) Ils sont, chaque année, plus de 50 milliards à s'envoler vers ailleurs, pour passer l'hiver au chaud, se reproduire ou trouver une nourriture plus abondante. Une espèce d'oiseau sur cinq appartient ainsi à la grande famille des migrateurs. Préparation physique Mais au sein d'une même espèce, tous les oiseaux ne sont pas migrateurs. C'est par exemple le cas du merle qui possède l'un des plus beaux chants d'oiseau en Europe. On le voit gratter le sol en hiver à la recherche de quelques vers. Mais un quart d’entre eux, environ, préfère s'exiler plusieurs mois, là où il fait plus chaud et où il y a plus à manger, en Espagne ou en Afrique du Nord. Un voyage de 800 kilomètres en moyenne. Ce n'est pas rien, et ça se prépare, comme l’ont constaté des scientifiques allemands en équipant des merles d'une forêt du sud de l'Allemagne des mêmes capteurs qu'utilisent les sportifs pour mesurer leurs performances. Un mois avant le grand départ, le rythme cardiaque diminue la nuit, avant que la température corporelle, la nuit aussi, ne se mette également à baisser. L'heure est aux économies d'énergie. Phénomène social À l'image de l'autoroute des vacances qu'empruntent les humains, les oiseaux migrateurs parcourent souvent les mêmes chemins, et ils ne sont pas tout seuls. Sur la longue route, dans l’air ou sur les aires de repos, on socialise, et pas qu’avec les siens, comme viennent de le montrer de récentes études réalisées notamment grâce aux progrès de l'intelligence artificielle, en s'appuyant sur des enregistrements sonores d'oiseaux en vol ou au repos. Ce sont en moyenne trois espèces différentes qui voyagent ensemble (2,7 exactement, selon une étude publiée ce mois-ci aux États-Unis). Il y a une dimension sociale dans la migration et elle est liée au plumage : puisque la vitesse en vol dépend de la taille des ailes, les oiseaux aux ailes similaires voyagent ensemble. Qui se ressemble s’assemble. À écouter aussiLa migration des animaux Cocaïne et déforestation Pendant ces longues migrations, les oiseaux affrontent de nombreux périls dont les humains sont souvent responsables – la chasse, la pollution lumineuse, les constructions, le changement climatique... Et il y a aussi, plus inattendue, la cocaïne. Non, les oiseaux n’en consomment pas pour tenir le coup sur ces longues distances. Mais la coca les menace indirectement. C'est l'un des effets pervers de la lutte antidrogue en Amérique latine, mise en lumière l'an dernier par une étude de chercheurs aux États-Unis. Pour échapper à la surveillance, les narcotrafiquants s'enfoncent toujours plus dans les forêts tropicales et sont responsables, au Guatemala ou au Nicaragua, de près d'un tiers de la déforestation. Précisément là où viennent passer l'hiver, 20% des oiseaux migrateurs nord-américains. À lire aussiD'ici 2050, 80% des espèces d'oiseaux migrateurs menacées Le plein de caca Dernière révélation : la migration encourage la coprophagie, le fait d'avaler des excréments. Le caca, c'est caca, mais c'est surtout plein d'énergie. Des chercheurs australiens ont observé que le pétrel géant, avant la traversée de l’océan Austral, se nourrissait d'excréments de phoques, pour s'envoler le ventre plein. Chez tous les oiseaux migrateurs coprophages, il s'agirait aussi d'enrichir leur microbiote intestinal, pour que le système digestif s'adapte sans problème aux nouveaux types de nourritures rencontrées tout au long de la migration. Chez les oiseaux, la tourista, on ne connaît pas. La question de la semaine

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  8. 21 Mar

    Certaines plantes ne perdent jamais la boule

    Dans des milieux arides, comme dans le Haut Atlas au Maroc, des végétaux poussent en forme de sphère. Une adaptation aux conditions extrêmes qui leur procure de nombreux avantages. Avez-vous déjà vu un hérisson se mettre en boule ? Ou un cloporte ? C'est pour se protéger. Des plantes ont la même tactique. Dans des zones arides, presque désertiques, comme dans les montagnes du Haut Atlas marocain, des boules vertes ponctuent les paysages, « des paysages magnifiques », témoigne Thierry Gauquelin, qui les arpente pour leur beauté, et pour son travail à l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie de Marseille. Des plantes poussent donc en forme de boule parce que cette architecture sphérique offre de nombreux avantages. Dans une région aux étés marqués par la sécheresse, il s'agit d'abord de perdre le moins d'eau possible et de limiter l'évapotranspiration (lorsque les feuilles rejettent dans l'atmosphère de l'eau sous forme gazeuse). « On sait que la sphère est la structure qui présente le rapport surface/volume le plus faible. Pour les végétaux qui doivent lutter contre la sécheresse, l'idée est donc de présenter une surface de contact avec l'atmosphère la plus faible possible et donc des possibilités de transpiration les plus faibles possibles », explique l'écologue. À lire aussiÀ la clinique des hérissons Microclimat Ces touffes de feuilles limitent aussi l'érosion du sol. Ce sont des boules vivantes qui forment « vraiment un coussin plaqué contre le sol, poursuit Thierry Gauquelin, professeur émérite à l'Université d'Aix-Marseille. On a ainsi un sol bien différent de celui qu'on a à l'extérieur, plus riche en matière organique, plus épais, qui présente une biodiversité plus importante. Un certain nombre d'insectes, des coléoptères, etc., vont se développer au sein de la touffe en y trouvant des conditions optimales pour leur développement. » Ces boules abritent aussi un formidable microclimat, comme l'a mesuré Thierry Gauquelin en plein été : alors que « la température était à l'extérieur de 30°C ou 35°C, elle n'était plus que de 20°C à l'intérieur de la touffe et l'humidité y restait beaucoup plus importante. On a effectivement une sorte de microclimat qui affranchit un petit peu la plante du climat général. » Et c'est aussi utile pendant les hivers rigoureux à 2 500 mètres d'altitude. Cette architecture sphérique est le fruit de millions d'années d'évolution, au Maroc mais aussi dans les Alpes ou même en Alaska. À des milliers de kilomètres, des plantes ont trouvé la même stratégie. Depuis, elles n'ont jamais perdu la boule. La question de la semaine À écouter dans 8 milliards de voisinsFace aux sécheresses et aux inondations, peut-on cultiver la pluie ?

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