Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 7 HR AGO

    «Il n'est jamais revenu»: en Centrafrique, terreur au lycée de Boali après la mort de plusieurs élèves [2/3]

    Dans la ville de Boali, à 95 kilomètres au nord de la capitale centrafricaine, les élèves du lycée sont confrontés, depuis le début de l'année, à un phénomène aussi troublant qu'inexpliqué : des décès mystérieux et répétés au sein de leur établissement. Depuis janvier 2026, une dizaine d'élèves auraient perdu la vie dans des circonstances encore difficiles à élucider. Dans la ville, de nombreux habitants évoquent des causes mystiques, tandis que la justice, faute de preuves, refuse pour l'instant de valider cette hypothèse. À l'approche des examens de fin d'année, l'inquiétude grandit : certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison, dans l'attente de réponses concrètes. De notre correspondant à Bangui, Dans la cour du lycée moderne de Boali, en Centrafrique, les élèves se promènent par petits groupes. Les visages sont fermés. Chacun observe autour de lui avec une inquiétude palpable, comme si le danger pouvait surgir à tout instant. Sac au dos, Nelson Tende et ses camarades de sixième tentent de contenir la peur qui les envahit : « On a peur... On se demande s'il y a de mauvais esprits dans cet établissement. Chaque fois qu'un camarade tombe malade, on pense que c'est la fin pour lui. L'école, qui devrait être un lieu d'apprentissage, devient un endroit où l'on lutte pour survivre. » Dans cet établissement public, les élèves restent sur leurs gardes. Certains envisagent même des manifestations, voire un boycott des cours si la situation perdure. Depuis le début de l'année, selon Euphrasie Ngoumba, membre de l'association des parents d'élèves, 15 élèves ont déjà perdu la vie : « D'après nos observations, les victimes présentent toujours les mêmes symptômes : agitation, troubles mentaux, maux de tête, perte de connaissance, puis parfois la mort. Un enfant peut être en parfaite santé, quelques heures auparavant, puis s'effondrer brutalement. Nous envoyons nos enfants à l'école pour construire leur avenir, et non pour mourir. » « L'avenir de mes enfants est menacé » Ce matin-là, Jacob Panzé se rend au champ, accompagné de sa femme et de leur chien. Depuis la mort de son fils, élève en classe de troisième, survenue en février , le deuil ne l'a jamais quitté : « J'ai élevé mon enfant dans la difficulté. J'ai traversé tant d'épreuves pour lui offrir une éducation. Il rêvait de devenir médecin. Ce matin-là, il est parti à l'école en parfaite santé... et il n'est jamais revenu vivant. Je suis convaincu que les élèves sont ensorcelés. » Malgré ces soupçons, aucun suspect n'a été interpellé à ce jour, faute de preuves tangibles. Une absence de réponses qui renforce l'angoisse des familles : « L'avenir de mes enfants est menacé. Je ne peux pas prendre le risque d'en perdre encore un. La vérité doit être établie avant que je ne les laisse retourner à l'école. L'école ne doit pas être un lieu dangereux. Les autorités doivent agir pour garantir leur sécurité. » Entre hypothèses médicales et croyances populaires, la vérité peine à émerger. À l'hôpital de la ville, le personnel appelle au calme : aucune épidémie n'a été détectée ces derniers mois. De leur côté, les autorités locales poursuivent les investigations pour tenter de comprendre ce phénomène. Au lycée de Boali, les responsables multiplient les actions de sensibilisation pour rassurer les parents et encourager le retour des élèves en classe.

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  2. 1 DAY AGO

    «Chaque jour, on voit sa tombe»: à Bangui, des familles enterrent leurs morts à domicile, faute de cimetières

    La mort n'est plus seulement une douleur intime à Bangui. Elle est devenue, au fil des années, une épreuve logistique, sociale et profondément humaine. Depuis près d'une décennie, la capitale de la Centrafrique ne dispose plus de véritable cimetière public accessible à tous. Une crise silencieuse mais lourde de conséquences que vivent chaque jour des familles désemparées. Dans les quartiers périphériques comme dans la capitale, les concessions familiales et les fermes sont devenues, faute d'alternative, des lieux d'inhumation improvisés. Derrière les murs de maisons modestes, sous des manguiers ou à l'écart des habitations, reposent désormais des pères, des mères, des enfants. De notre correspondant à Bangui, Après avoir délimité un espace dans cette ferme privée, un groupe de jeunes commence à creuser la terre, à l'aide de pelles et de pioches. Un trou rudimentaire, d'environ deux mètres carrés et profond de deux mètres. Les larmes aux yeux, Enock Bouaka, qui vient de perdre son jeune frère, fixe la fosse qui s'agrandit lentement : « Ce qui se passe n'est pas normal. Voir ces jeunes faire ce travail archaïque, sans encadrement, sans lieu approprié, ça me brise. Mais, on n'a pas le choix. C'est notre petit frère qui est parti. On ne pouvait pas le laisser à la morgue et il n'y a nulle part où aller. Alors, on a décidé de l'enterrer ici. » Autour de lui, cousins et voisins s'activent en silence. Les gestes sont mécaniques, presque automatiques. Mais sur les visages, la fatigue se mêle à l'incompréhension. Enterrer un proche devrait être un moment de recueillement. Ici, c'est devenu une urgence à gérer, selon Enock Bouaka : « Cette situation dépasse la simple question d'espace. Elle touche à la dignité et même à nos traditions. Chez nous, le lieu de repos des morts est sacré. C'est un lien avec la mémoire familiale. Il nous faut des cimetières. » Des cimetières saturés  À Bangui, en Centrafrique, les cimetières publics existants depuis l'indépendance en 1960 sont aujourd'hui saturés. Debout à côté d'une tombe en béton, érigée dans sa propre concession, Claudine Nguingo se souvient de l'épreuve vécue par sa famille, il y a deux mois : « L'absence de cimetière nous traumatise. Ceux qui ont des moyens trouvent toujours des solutions rapides. Mais les pauvres improvisent. Quand notre grand-père est décédé, on a fait le tour des chefs de quartiers pour demander un bout de terre. On n'a rien trouvé. Tu es en deuil, et en plus, tu dois supplier, c'est un double malheur. On a fini par l'enterrer ici, à côté de la maison. Chaque jour, on voit sa tombe, ça ravive la douleur. » Une réalité que confirme Jean-Baptiste, ancien chef de quartier, qui observe, impuissant, les conséquences de cette crise : « Avant, on accompagnait nos morts dans des lieux dédiés, respectés par tous. Aujourd'hui, chacun fait comme il peut. Il n'y a plus de registre, plus de suivi, aucune garantie que ces tombes resteront intactes. On voit apparaître des sépultures un peu partout dans les parcelles. Cela pose des problèmes sanitaires, de pollution, mais également de dignité humaine. Ce n'est pas normal. Une société ne peut pas fonctionner ainsi. » Selon une source à la mairie de Bangui, plusieurs sites ont été identifiés pour la création de nouveaux cimetières publics. Leur aménagement est annoncé dans les prochaines semaines. À lire aussiCentrafrique: au moins 29 morts au lycée Barthélémy Boganda de Bangui, le président Touadéra décrète trois jours de deuil

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  3. 2 DAYS AGO

    «Refaire de cet endroit un lieu pour la vie»: un centre de torture transformé en école au Liberia [3/3]

    La localité de Gbartala, dans le centre du pays, a accueilli pendant la guerre un camp militaire servant également de centre de torture. Il était dirigé par Chuckie Taylor, fils de Charles Taylor. Depuis, le camp est désaffecté et les propriétaires du terrain y ont construit une école qu'ils dirigent. Cet établissement accueille de nombreux élèves orphelins, comme un symbole de la renaissance du pays après la terrible guerre civile entre 1989 et 2003. De notre envoyé spécial à Gbartala, Réunis dans la salle de classe, une vingtaine d'élèves entonnent un chant religieux sous la direction de Helen Flemister, fondatrice de cette école pour orphelins et enfants démunis du Liberia : « Ma mère rêvait de diriger une école, un orphelinat et un centre de santé, mais elle a disparu avant de pouvoir faire quoi que ce soit. On a vécu là jusqu'en 1980. On a dû partir aux États-Unis quand Samuel Doe a fait son coup d'État. Pendant la guerre civile, Chuckie Taylor a fait de cet endroit un camp militaire et un centre de torture, pour semer la terreur. Quand je suis finalement rentrée, en 2019, j'étais très triste de voir cet endroit dans cet état, c'était terrible. » L'école, qu'elle a fait construire sur le terrain de sa famille, est juste en face du camp militaire. Il est en ruines, mais sur le fronton, on peut encore lire « Executive Mansion » du nom du quartier général du National Patriotic Front of Liberia (NPFL), parti de Charles Taylor établi dans la ville voisine de Gbarnga, avant qu'il ne prenne le pouvoir à Monrovia. Wilson Nornie est un habitant de la localité : « C'était là qu'était établi Chuckie Taylor, c'était son quartier général. Il l'utilisait comme centre d'entraînement pour sa milice de l'''Anti-Terrorist Unit'', tristement célèbre pour les exactions qu'elle a commises. Elle arrêtait des gens arbitrairement. Il y a eu beaucoup de tortures ici. Ce camp a aussi servi à dispenser des formations aux combattants du RUF, pour la guerre qu'ils menaient en Sierra Leone. » « La porte vers la vie » Aujourd'hui, Helen Flemister veut faire de son école un symbole de la renaissance de son pays : « Quand je suis rentrée, les histoires que j'ai entendues, ce qu'il s'est passé pendant la guerre, c'était horrible, ça m'a brisé le cœur. Mais je me suis dit qu'il ne fallait pas laisser la terreur prendre le dessus sur le bien. Donc j'ai fait mon possible pour effacer cette terreur et refaire de cet endroit un lieu pour la vie. C'est pourquoi je l'ai appelé l'école ''Gateway for Life'', la ''Porte vers la Vie''. Mon objectif est d'offrir aux enfants une porte d'entrée vers une vie meilleure, en leur donnant une bonne éducation. » Helen Flemister finance sur ses fonds propres cet établissement. L'école accueille 200 enfants. Leurs familles n'ont pas de frais de scolarité à payer. À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3] À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, les militants des droits humains sous pression [2/3]

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  4. 3 DAYS AGO

    Plus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, les militants des droits humains sous pression [2/3]

    Au Liberia, plusieurs organisations de défense des droits humains agissent pour soutenir les victimes ou documenter les crimes commis pendant la guerre civile, en vue de la tenue de procès. Mais ces organisations sont sous pression, puisque de nombreux chefs de guerre sont en liberté à Monrovia et sont encore très influents. Dernièrement, Hassan Bility, le directeur de l’ONG Global Justice and Research Project, a fait l’objet de menaces de mort. De notre envoyé spécial à Monrovia, Hassan Bility est lui-même une victime de la guerre civile au Liberia, emprisonné et torturé sous la présidence de Charles Taylor. À l’époque journaliste, il s’est depuis reconverti en défenseur des droits humains et a fondé en 2012 le Global Justice and Research Project pour collecter des preuves sur les criminels de guerre. « J’ai créé cette organisation parce que le gouvernement libérien était incapable, ou plutôt il n’avait pas la volonté de faire passer la justice. On travaille en collaboration avec l’ONG suisse Civitas Maxima pour poursuivre les chefs de guerre qui se sont réfugiés en Europe. Et on a eu beaucoup de résultats. On était très heureux quand la justice française a condamné Kunti Kamara, un des chefs de l’Ulimo. Cela a envoyé un message très fort », raconte -t-il. À lire aussiLiberia: en appel, la justice française condamne l'ex-chef rebelle Kunti Kamara à 30 ans de réclusion Mais ces succès ne sont pas sans contrepartie. À cause de son travail, Hassan Bility subit des menaces depuis des années. Fin février, des hommes armés sont entrés par effraction, la nuit, à son bureau, pour voler du matériel et le menacer. Yusuf Twa, un des agents de sécurité, témoigne : « Vers 3 heures du matin, on a commencé à entendre un bruit au niveau du portail. Un collègue est allé voir et il y avait des hommes armés. Ils ont menacé de lui tirer dessus et lui ont demandé de s’asseoir par terre. Ils étaient trois au total. Ce qu’ils ont demandé ensuite, c’était : "Où habite votre patron ?" On a répondu qu’on ne savait pas, qu’on travaillait ici mais qu’on ne connaissait pas son adresse personnelle. Ils sont ensuite entrés dans le bureau en forçant l’entrée et ils ont pris des ordinateurs ». Hassan Bility ne veut cependant pas se laisser intimider : « On a officiellement informé la police. Elle est venue ici trois ou quatre fois pour inspecter les lieux. Mais jusqu’à présent, on n’a obtenu aucune information concrète sur les responsables. Je ne veux pas interférer dans l’enquête, mais je ne doute pas qu’il s’agisse d’anciens chefs de guerre. Ils nous menacent et nous attaquent régulièrement. Je veux leur dire, ainsi qu’au peuple libérien : "On continuera à travailler avec les gouvernements étrangers et avec le gouvernement du Liberia pour obtenir la justice. Aucune menace ne nous fera arrêter ce travail". » Pour lui, l’un des grands enjeux des procès, quand ils auront lieu à Monrovia, sera la protection des juges, des avocats et surtout des témoins. À lire aussiPlus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3]

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  5. 4 DAYS AGO

    Plus de vingt ans après la fin de la guerre au Liberia, des procès toujours en attente [1/3]

    En 2009, la Commission vérité et réconciliation, instaurée après la guerre civile qui a déchiré le Liberia entre 1989 et 2003, avait recommandé l’organisation d’un grand procès pour juger les criminels de guerre. Depuis, peu de choses ont été faites en ce sens. De notre envoyé spécial à Monrovia, Si l’ancien président Charles Taylor a été jugé et condamné par un tribunal international, c’était à La Haye et pour ses crimes commis en Sierra Leone. D’autres chefs de guerre ont été condamnés à l’étranger, mais aucun à Monrovia. Le président Joseph Boakai, arrivé au pouvoir en 2024, avait fait de la justice l’une de ses promesses phares, mais les défenseurs des droits humains attendent toujours, avec impatience, de voir des procès se tenir dans le pays. Dans son bureau de la banlieue de Monrovia, Adama Dempster prépare une réunion de partage d’expérience avec des Éthiopiens en visite au Liberia. Eux aussi se battent pour la justice dans leur pays. À la tête d’une fédération d’organisations de défense des droits humains, Adama Dempster était optimiste quand le président Joseph Boakai a signé en 2024 un executive order pour mettre en place un tribunal sur les crimes de guerre : « J’étais là quand le président Boakai a signé l’executive order, j’étais dans la salle, juste à côté du président. Ça a marqué un tournant dans ce long combat pour la justice, souligne-t-il. Malheureusement, ce processus aurait dû être très rapide mais cela fait déjà deux ans et peu de choses ont avancé. Et la dynamique en faveur de la création de ce tribunal est en train de ralentir. Cela compromet notre quête de justice puisque, pendant ce temps-là, des criminels présumés, des victimes ou des témoins disparaissent. » À lire aussiGuerre civile au Liberia: «Il n’y a pas un groupe ethnique qui a échappé au massacre» Les procès à l'étranger, un « pas vers la justice » L’un des principaux chefs de guerre, Prince Johnson, est mort en 2024, sans jamais avoir été inquiété. Pour l’instant, les défenseurs des droits humains doivent se contenter des procès des criminels de guerre qui se sont réfugiés à l’étranger. Comme Kunti Kamara, l’un des chefs de l’Ulimo, récemment condamné par la justice française au nom de la compétence universelle pour les crimes les plus graves. « C’est très bien qu’il y ait des procès à l’étranger, c’est un pas vers la justice. Ça devrait certes être à la justice libérienne de faire cela, mais tant mieux si d’autres pays le font. Ces gens ont fui le pays, ils ont changé de noms, ils ont menti à leurs pays d’accueil, tant mieux si la justice les rattrape, approuve Peterson Sonyah, qui dirige la plus grande association de victimes de la guerre, la Liberia Massacre and Survivors Association. Martina Johnson, une proche de Charles Taylor, va bientôt être jugée [en Belgique]. Nous applaudissons tous les pays qui poursuivent ces gens, parce que nos gouvernements ont pris trop de retard. » À écouter dans L'Invité d'Afrique midiCrimes des guerres civiles au Liberia: «Si on tarde trop, il n'y aura bientôt plus personne à juger» Mettre fin au « régime de l'impunité » Frances Greaves se félicite aussi de ces procès à l’étranger. Mais pour celle qui fut membre d’un groupe de femmes, Women of Liberia Mass Action for Peace, qui a joué un rôle décisif pour mettre fin à la guerre, la justice doit passer par Monrovia : « Ceux qui connaissent l’histoire du Liberia savent que l’impunité fait partie du quotidien. On appelle à la mise en place de ce tribunal pour mettre fin à cette impunité, pour que les gens soient tenus responsables de leurs actions, martèle-t-elle. Et avoir les procès ici au Liberia aurait un deuxième avantage. La population est largement illettrée. Si les procès ont lieu ici, ils pourront être diffusés à la télé ou à la radio, et c’est très important. Si cela ne se concrétise pas, cela enverra un très mauvais signal pour les générations futures. Ce sera encore le régime de l’impunité. » Pour l’instant, la commission chargée de la mise en place du tribunal continue son travail. Les premiers procès sont espérés pour fin 2027.  À écouter dans L'Invité d'Afrique midLes excuses du président libérien au nom de l’État pour la guerre civile «sont bienvenues mais tardives»

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  6. 5 DAYS AGO

    Somalie: des femmes cassent les clichés et montent leur business au Puntland [4/4]

    Dans la région du Puntland, au nord de la Somalie, malgré la sécheresse historique, des femmes réussissent à cultiver leurs lopins de terre grâce à une initiative de l’ONG Save the Children. Grâce à un système de prêts communautaires, une agricultrice et une gérante d’épicerie sont devenues les principales sources de revenus de leurs foyers.  De notre envoyée spéciale à Qardho,  Sur un grand cahier à carreaux, une femme montre la colonne des noms et celle du montant emprunté. Autour d’elle, une petite dizaine de femmes récupèrent leurs livrets de compte dans une boîte en métal cadenassée. « On nous a donné cette boîte ainsi que des formations pour lire et écrire,  tenir des comptes et apprendre à entretenir une ferme », explique Maymoun Abdullahi. Elle est la représentante du groupe de femmes Al Hairat, une association villageoise d’épargne et de crédits mise en place il y a cinq ans par l’ONG Save the Children. Le principe est simple : chaque membre apporte un montant défini et peut ensuite profiter d’un prêt pour ses besoins professionnels. Au milieu d’une oasis de verdure où papayes et piments semblent s’épanouir, Maymoun Abdullahi détaille comment elle a pu reprendre la ferme de son père et l’améliorer : « Ici, c’est ma ferme mais on fonctionne comme une coopérative : on partage la voiture, les outils et aussi la serre. Certains fermiers ont des difficultés à avoir de l’eau mais grâce au prêt, j’ai une pompe solaire pour le puits et ça fonctionne très bien. » À écouter dans 8 milliards de voisinsEntreprendre en Afrique : le financement en faveur des femmes Des prêts qui fonctionnent aussi en ville Grâce à sa ferme, Maymoun subvient aux besoins des 12 membres de sa famille. Mais les conditions climatiques extrêmes, notamment la sécheresse de ces dernières années, ne garantissent pas la stabilité. Une expérience similaire pour les commerçants du centre de Qardho. « Ce qui est difficile, ce n’est pas d’être une femme entrepreneure, ce qui est dur, c’est l’inflation et la sécheresse », juge Mariam Said, commerçante. Elle a elle aussi pu bénéficier d’un prêt grâce à un autre groupe de femmes de la ville.  « Avant, j’avais un petit business mais grâce au prêt, j’ai pu m’agrandir et maintenant, j’ai deux magasins dans la ville », se réjouit-elle. Dans son petit magasin bien fourni du sol au plafond, la quadragénaire au commerce florissant fait partie de ces femmes somaliennes qui font vivre leur famille grâce à leur emploi. Selon le bailleur de fonds africain Aecf, en Somalie, 70 % des foyers et des créations d’entreprise dépendent des femmes.  Retrouvez notre série de reportages dans le Puntland :  Somalie : au Puntland, le changement climatique crée des déplacés de la sécheresse [1/4] Somalie : la guerre en Iran menace la sécurité alimentaire et pèse sur les bourses fragiles au Puntland [2/4] Somalie : au Puntland, une clinique face aux coupes de l'aide humanitaire internationale [3/4]

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  7. 6 DAYS AGO

    Somalie: au Puntland, une clinique face aux coupes de l'aide humanitaire internationale [3/4]

    En Somalie, la sécheresse intense de ces dernières années a des conséquences sur la santé de la population et, depuis 2023, il est de plus en plus difficile de se soigner, car le pays a subi d’importantes coupes budgétaires dans l’aide humanitaire internationale. Le programme d’aide étatsunien, par exemple, a été stoppé soudainement par Donald Trump l’an dernier, suivi par des réductions d’aide d’autres puissances, comme l’Union européenne. Conséquences : certaines cliniques rurales survivent dans une grande précarité avec un personnel souvent bénévole. De notre envoyée spéciale à Shaxda,  Omar Gure, directeur de la clinique de Shaxda, village situé dans la région du Puntland, au nord du pays, fait visiter son établissement : une pièce étroite pour garder le froid, une gigantesque glacière bleue qui contient le vaccin contre le BCG/tuberculose, la salle d’accouchement très simple ou encore la pharmacie, bien peu fournie en ce moment. Dans sa blouse blanche, le quadragénaire évoque avec nostalgie ses nombreuses années au sein de la clinique : « Les gens étaient très contents de nos services. Nous avions tous les médicaments nécessaires et le personnel était très enthousiaste. On recevait des formations et on était payés. » Un salaire, Omar n’en a pas reçu depuis trois ans. C’est la même chose pour son équipe réduite de 16 à 9 personnes. En cause, les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire internationale. Fatuma Umar est sage-femme depuis 30 ans, dont presque 20 à la clinique de Shaxda. Elle vit au quotidien les effets de ce manque d’aide : « Il y a un effet concret, par exemple nous n’avions plus de désinfectant et nous avons dû l’acheter avec notre propre argent, témoigne-t-elle, nous n’avons plus d’antidouleurs pour les accouchements, tout est très réduit. » À lire aussiSomalie: au Puntland, le changement climatique crée des déplacés de la sécheresse [1/4] « 54 % de l’aide humanitaire venait des États-Unis, c’est terminé » La clinique fonctionne grâce au bénévolat de son équipe et aux dons de médicaments privés. Ce jour-là, Safia Abokar, une patiente de 60 ans, vient se faire soigner pour des vomissements et des douleurs au ventre. Elle est heureuse de pouvoir être prise en charge. « Je suis heureuse de pouvoir être soignée et recevoir des médicaments alors que je sais que le personnel n’est pas payé », confie-t-elle. Tous n’ont pas la chance de Safia. Avec la sécheresse, la région accueille beaucoup de déplacés climatiques, certains vivant dans des endroits reculés. L’an dernier, un enfant de 6 ans est mort faute d’arriver à temps à la clinique. Si les besoins augmentent, les financements, eux, s’amenuisent, comme l’explique Hassan Isse, directeur du Sodma, le centre de gestion des catastrophes en Somalie : « 54 % de l’aide humanitaire venait des États-Unis, mais c’est terminé. » Le gouvernement somalien estime que 12 % des besoins humanitaires du pays sont couverts. Dans sa clinique de Shaxda, Omar Gure et ses équipes se sont promis d’assurer leurs services jusqu’à ce qu’il ne reste plus aucun cachet à distribuer.  À lire aussiSomalie: la guerre en Iran menace la sécurité alimentaire et pèse sur les bourses fragiles au Puntland [2/4]

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  8. 27 APR

    Somalie: la guerre en Iran menace la sécurité alimentaire et pèse sur les bourses fragiles au Puntland [2/4]

    En Somalie, pays où l’instabilité politique règne et les luttes interétatiques sont incessantes, une nouvelle menace plane. Le pays importe 70% de ses denrées alimentaires, et la guerre en Iran impacte grandement les livraisons. Les prix de la nourriture flambent, comme ceux de l'essence, rendant le quotidien des Somaliens les plus vulnérables extrêmement difficile. Reportage dans le Puntland, une région au nord de la Somalie. Dans la grande salle du village aux murs bleus, une trentaine de villageois sont assis sur des chaises en plastique. Les hommes, en cercle, les femmes, sur des bancs à l'arrière, écoutent le représentant des habitants d'Usguure parler de la situation du village. Habshir Ali évoque la sécheresse, qui rend l'accès à l'eau et à la nourriture très difficile. Il s'exprime aussi la guerre en Iran. « Ça nous impacte fortement. De l'essence à la nourriture en passant par nos revenus, tout est impacté. Avec la sécheresse, c'est la crise la plus sévère qu'on ait connue », souligne Habshir Ali. Face au chef du village, les visages sont fermés et les regards inquiets, alors qu'il ouvre un rideau donnant sur une petite pièce. À l'intérieur, quelques denrées alimentaires restantes. Elles sont essentiellement gardées pour les enfants, premières victimes du manque de nourriture à cause de la sécheresse et des prix qui ont flambé en Somalie comme ailleurs depuis le début de la guerre. « Le riz, la farine et les pâtes ont augmenté. Le sac de 50 kilos de farine est passé de 30 à 40 dollars », complète Habshir Ali. À lire aussiSomalie: au moins six millions de personnes menacées par l'insécurité alimentaire « Ça va être difficile pour la Somalie » Avec l'augmentation des prix de l'essence, un camion de livraison d'eau potable dans ce village isolé au milieu de plaines rocailleuses coûte désormais 200 dollars au lieu de 100 dollars il y a quelques semaines. Ce jour-là, Mohamed Assair, chef de la région Puntland pour l'ONG Save The Children, est présent. Lui aussi est inquiet des conséquences de la crise au Moyen-Orient : « L'impact immédiat qu'on observe, c'est l'augmentation au quotidien des prix de la nourriture. Ça va impacter des familles déjà vulnérables. Les gens n'ont tout simplement pas les moyens de s'acheter à manger. » À deux heures de route, dans la ville de Qardho, les étals du marché sont plutôt bien fournis. Pourtant, la vie ici est aussi plus chère depuis quelques semaines, comme l'explique Mariam Said, une commerçante : « Si vous prenez ce bidon de lait, avant, il coûtait 13 dollars. Et maintenant, c'est 17 dollars. Ça vient des Émirats arabes unis. » À plus de 1 000 kilomètres de là, dans son bureau ultra-barricadé de Mogadiscio, Hassan Isse n'est pas optimiste. Le directeur du centre de gestion des catastrophes en Somalie (SODMA) s'en remet à Dieu : « Je ne pense pas qu'on puisse gérer cette crise, ça va être difficile pour la Somalie. Les pays avec des économies fortes ont déjà du mal, alors imaginez la Somalie... J'espère que c'est bientôt terminé, inch'Allah (« si Dieu le veut », NDLR). » À l'heure actuelle, en Somalie, près de 30% de la population est en insécurité alimentaire aiguë, dont près de deux millions d'enfants. À lire aussiEn Somalie, la famine menace de frapper à grande échelle

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